‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 8 sur 131 · LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA CONSTITUTION

SKANTK AUX JACOBINS SAINT-nOXORÉ, A PARIS AUX SOCIÉTÉS AFFILIÉES

Iiup. fin Palriofr fnincftis, s. d., in-8 de 4 pages.)

Paris, le 20 juin 1792, Tau IV'^ de la liberlc. Frères et amis,

Le premier et le plus solide avantage que la nation ait retiré de rétablissement des Sociétés patriotiques a été de réunir tous les citoyens de l'empire dans le sentiment d'une fraternité commune. Par elle, nous avons vaincu les tyrans; par elle, nous avons brisé les fers et la servitude; par elle, nous avons établi le règne, à jamais impérissable, des lois et de la liberté.

Mais, frères et amis, la liberté est menacée. Dans son fol orgueil, les despotes osent se flatter encore du criminel espoir de la détruire et de nous asservir. Des ennemis dangereux nous attaquent au dehors; des ennemis non moins redoutables intriguent et complotent au dedans; les ministres patriotes sont renvoyés; l'Assemblée nationale, ou plutôt le peuple lui-même, est outragée dans la personne de ses représentants les plus vertueux, les plus incorruptibles; les ennemis de la chose publique déposent enfin ce masque incommode qui couvrait leur hideuse aristocratie; de toutes parts, l'horizon politique, chargé de nuages, présage une tempête prochaine.

Frères et amis, laisserons-nous les oppresseurs des nations reprendre la verge de fer que nous leur avons arrachée? Subirons-nous de nouveau le joug ignominieux que nous avons brisé? Non; nous sommes devenus libres, ou plutôt nous vivrons pour l'effroi des tyrans et pour la destruction de la tyrannie.

Mais, frères et amis, si jamais nous eûmes besoin de courage et d'union, c'est dans ces circonstances vraiment critiques. Que tous les bons citoyens se serrent, qu'ils unissent leurs moyens, leurs talents et leurs forces pour repousser l'ennemi commun ; et, puisque les Sociétés patriotiques sont le boulevard le plus assuré de la constitution, travaillons de tout notre pouvoir à les multiplier; jamais la liberté n'aura trop de défenseurs, jamais la liberté n'aura trop d'ap|)uis.

28 SOCIÉTK DES JACOBINS [20 jli.n 1792]

Souffre/ donc, frères et amis, que nous vous exhortions à redoubler de zèle pour répandre autour de vous la connaissance et l'amour de la constitution et des droits de l'homme. Les campagnes offrent à votre patriotisme une moisson abondante; quoique peuplées d'homme» libres, elles manquent encore, en divers lieux, d'une instruclit)n suivie. Chargez-vous de la fonction sublime de missionnaires de la liberté, et ce que des âmes vénales, des fanatiques superstitieux, ont fait pour abrutir le genre humain, sachez le faire pour le rendre heureux et libre; ralliez autour de l'Assemblée nationale ces hommes simples auxquels il ne faut que montrer la vérité pour la leur rendre chère; élevez leur âme à la hauteur de leurs droits, et, en leur inspirant une profonde horreur pour le despotisme, familiarisez-les avec l'idée et le désir de le combattre jusqu'à ce que, terrassé sans retour, il ne puisse plus lever sa tête altière.

Vos succès seront pour nous du plus grand prix, et chaque Société nouvelle que vous présenterez à notre affiliation nous sera de votre part une nouvelle preuve de patriotisme et d'amour du Ijien public.

Nous ne nous permettrons pas, frères et amis, de faire des observations sur les i)récautions que vous devez prendre dans la poursuite de la mission honorable dont nous vous chargerons. Quand le péril est imminent, quand nous touchons peut-être au moment de marcher en bataille contre l'armée de la tyrannie, quel est celui de vous qui ne craindrait de placer dans les rangs un traître à côté de lui? Vertus, patriotisme, probité, sont et seront désormais des termes synonymes dans la langue des Français, et ceux-là seuls seront jugés dignes de notre confiance à qui ces qualités auront mérité la vôtre.

F. Chabot, président.

L. Maribon-Montaut, député; Garrau, député; Xavier Audouin, Fabre ij"E(;lanïine, .M.-J. Cuénier, Collot i/Heruois, secrclaires.

P. S. — Nous vous engageons, frères et amis, à faire circuler et à répandre, avec la plus grande profusion, la lettre qu'a écrite au roi le patriote Roland. C'est un des écrits les plus propres à faire connaître au peuple ses droits et à l'animer de ce courage généreux dont il a besoin pour les défendre.

Cette lettre est aussi le meilleur contre-|)oison que vous puissiez opjjoser à la lettre (pu' vient de pul.dier le directoire du déparlemenl «le I*aris, (;t dont l'objet est de décliirer les Sociétés jiatridtiipies en les calomniant.

Cette nouvelle [iroduclinn était bien digne de ces administrateurs

qui ont osé invoquer un veto meurtrier sur un décret de l'Assemblée nationale qui intéressait essentiellement la sûreté publique. Aussi ne doutons-nous point que vous ne livriez au mépris qu'elle mérite cette production, où l'on ne sait ce qui doit étonner le plus, de l'audace des assertions ou de la fausseté des raisonnements.

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