‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 72 sur 131 · J.XXXII · texte numérisé non relu

J.XXXII

SÉ.\NGE DU LUNDI ±1 OCTOHHK. LAN 1'-^ I)K I.A HKIM lUdOlK

[Un membre se plaint ([u'il y ait trop d'absents. Il deman(li> la ratlialion de tout membre qui aura manqué à trois appels nominau.\.]

Un citoyen appuie la niulion du préopinant; maisil demande un délai pour l'e.Kéculion, alleiidu ipiun très grand nombre de membres >onL dispersés dans leurs sections respectives pour concourir aux élec-

I ions.

IJk.n lAiioLi;. — J'appuie aussi la niolion, (d je V(Uis fais uiu; observation franche, parce (jur dans eetle Société l'on doit tout dii-e. Il y a toujours six secrétaires de nommés; depuis plusieurs séances je n'en vois que trois au bureau : d'oii vind celle négligenee? l-lst-ce que ce n'est pas un honm'ur d'i'dre srcrélaire de la Société? I)e|)nis (|ue b" rit(jyen Danton est nommé [trésident, il n'est venu (pi'une fois occu|ier le fauteuil : encore e'elait pour répiuidn' à l)unu>nrie/, par un beau discours. Hier, il élail à la sT-anec, on la invili- de viiiir pn-sidcr, il n'a pas voulu : s'il ni' mmiI pa- de la iire-idi'nrr, il l'anl (pi'il labandcuine,

Lkc.KMUu:. — C'esl par dtdieale-se «piiiirr Danlon n'a [^as voulu

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déplacer le président. J'étais à côté de lui, et, comme on lui criait de prendre le fauteuil, je l'invitai à se rendre aux désirs de la Société: « Non, me répondit-il, la Société paraît être mal présidée en ce moment par celui qui occupe le fauteuil, et j'aurais l'air d'aller pour faire mieux que lui. » Danton est un bon citoyen, il aime le peuple, et il sera toujours bien là où le peuple voudra le placer. [Applaudissements.)

Après quelques débats, la Société arrête que, dans huit jours, il sera fait un appel nominal de tous ses membres.

Robespierre jeune demande le rapport de cet arrêté : il observe que les députés sont obligés d'occuper leur poste à la Convention et de travailler dans les Comités, et qu'on ne peut, sans injustice, leur compter comme une faute l'absence à un appel nominal; il faut remarquer aussi que les sections de Paris sont permanentes et que le devoir y appelle souvent les citoyens.

Plusieurs citoyens réclament, ainsi que Robespierre, le raj^port de l'arrêté.

Le membre sur la motion duquel l'arrêté venait d'être pris combat la demande du rapport: « On ne fait pas attention, dit-il, que la République entière a les yeux ouverts sur la Société; on ne fait pas attention que le devoir le plus pressant des Jacobins est d'éclairer le peuple, qui a besoin de lumière, surtout en ce moment où il va exercer sa souveraineté en prononçant sur les lois constitutionnelles que lui proposera la Convention nationale. Si, par ignorance, le peuple laissait passer une loi meurtrière, n'auriez-vous pas à vous reprocher de n'avoir pas pris toutes les précautions qui étaient en votre pouvoir? On objecte qu'un grand nombre de citoyens sont obligés d'être à leurs sections, mais l'absence de ceux-là ne pourra pas être imputée à faute : car, qu'on serve la chose publique ici ou qu'on la serve .lilleurs, c'est toujours bien. Les préopinants n'ont pas remarqué que j'ai mis en exception les excuses légitimes ; et, certes, les cas dont on vient de me parler sont bien légitimes. Comme les élections municipales de Paris occupent les citoyens plus longtemps qu'on ne croit, je propose d'ajourner l'appel nominatif à quinzaine. » — La Société confirme son précédent arrêté.

\Mar^uel se plaint que les contre-révolutionnaires veuillent égarer les fédérés, et en particulier les Marseillais présents à Paris. Il annonce que les fédérés partiront dimanche. « Mais avant nous voulons faire la bénédiction de notre drapeau. » Ils invitent à celle fêle, jeudi prochain, les Jacobins, la municipalité, les 48 sections, les Marseillais. La cérémonie <( aura lieu sur l'autel de la

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patrie, vers le bassin des Tuileries, à rcndroit où Marie-Antoinette voulait laver ses mains dans le sang des Français ».]

La Société arrête que les membres seront invités à assister à la fête des fédérés, jeudi i.rochain, et qu'un extrait du prucès-verbal sera délivré au citoyen Mazuel.

Chabot, président. — Citoyens, dites à vos frères d'armes que les intrigants voulaient les chasser avant la journée du 10, et (|uilosèrent le proposer à cette tribune; dites-leur que les véritables amide la liberté sont ceux qui ne veulent pas d'une force armée autour de la Convention.

Un veut passer à l'ordre du jour : Mar<it deniamle la parole. le pi'ésident la lui refuse. « Il n'y a pas d'heure pour le salut public ■, dil Maral. — La Société lui accorde la parole.

Marat. — Citoyens, des complots alaruiants se trament de nouveau; il se fait des rassemblements nocturnes dans les envirtms do Paris; d'anciens ministres proscrits, un (iuignard et des membres de la Convention nationale forment des conciliabules; j'ai plusieurs dénonciations dans mon pui-lclcuille. On l'ait des préparations [sic) à Tours piiur y recevoir la Convention. 11 vient à Paris des troupes de différentes armes. Tous les bons citoyens ont considéré ces armements comme des sujets d'alarmes. Je me suis rassuré, j'ai été voir les Marseillais, je me suis convaincu que ce sont de vrais amis de la patrie, car ils sont tous de braves sans-culottes. [Applaudi.)

C... — Je suis du département d'Indre-et-Loire, il est faux (pi'il se fasse des préi)aralifs à Tours [lour recevoir la Convention nationale; les cit(jyens de Tours, ainsi que moi, sont disposés à se faire tous hacher plutôt que la Convention ipiitte Paris.

On passe à l'ordre du jour.

Uji mnmiirc de la donmirmn prononec un discours dans ItMpul il s'altache à prouver (pie Ir pnijol de |;t Inrcr .iiint'-e est iiniunial, dangereux pour la lilieili-, eiiniraiir aii\ bases île l'i^ualib' ; il tdiservi' que c'est toujours parla force armée- (pie siniroduil l'eselavage, et fait craindre la renaissance dune aristocratie plu- daiif;(>reuse (pie celle (jui a été écra'sée, l'aristocratie sénal(M-iale : -. (Jmd- nmlils, dil-il, aliè^uc-t-on pour établir cette force? On en donne deux : la Conveiilion n'est pas en sûreté, elle n'est pas libre* dans ses (bdibéralioiis. Si ces deux dangers existent, ce u'esl pa- une i:ar(le ([ni niainpie à la

Convention, elle doil s'investir de l'opinion pi^blique; et quant au second, en avouant que les précédentes assemblées n'ont pas toujours été libres et qu'elles ont été influencées par les tribunes, j'observe que cette influence a sauvé l'empire ; mais nous ne sommes pas dans la même position, et l'influence que nous craignons ne doit plus arriver... » L'opinant conclut à la question préalable sur ce sujet.

Un jeune citoyen, député à la Convention, Saint-Just^, développe contre le projet de la force armée des moyens dont on n'avait pas fait usage encore dans cette longue discussion: il établit que cette mesure qu'on a iirésentée comme devant resserrer l'union et la fraternité entre les ([uatre-vingt-trois départements romprait parle fait l'unité et l'indivisibilité de la République ; il étaie son argument principal d'une fouie d'idées accessoires et d'observations profondes sur la situation actuelle de la France.

Un autre député à la Convention parle aussi contre le projet, qu'il pense être inutile et dangereux.

[Collot et Dufounuj parlcnl contre le projet de garde départemcnlalc — Merlin (de TliionviUc) annonce que l'ennemi a évacué le département de la Moselle. — La séance a été levée ù dix heures.]

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