Le parti de Uoland et de ses amis
«-2 SOr.IÉTK Iii:> JACOBINS [-27 o. t. 1792
faut 2)a? jeter >ur le niinislèi-e ucliiel les Taules fl les inaïueuvres des anciens niinislres. — Un autre attribue au fanatisme et à l'incivisme des grau<ls propriétaires et des fermiers aisés la disette factice qui désole plusieurs départements : il trouve indispensables les visites domiciliaires.
Moneslier attribue la disette à l'application lro|> étendue de ilenx lois, dont il avoue les principes : celle qui déclare Tar^fenl marchandise, et celle sur la liiire cii'culalion des grains au dedans et au ilehors; il croit que la iiouiination d'un ministre «les subsistances mettrait la vie de vingt-cimj uiilliun< d'Iiommes à la merci d'un seul individu, et il termine son oiiinion en plaisanteries >ur la conduite de Roland, ministre de l'intérieur.
Thuriol ne se borne pas à plaisanter ce ministre, il lui adresse des reproches graves : « Roland, dit-il, avant l'époque du 10 août était riioiume des patriotes ; pourquoi, di'iiuis cette é[)o(jui'. fait-il la guerre aux ])atriotes? La liberté et r<'galilé ne seront posées sur des bases inébranlables que lorsqu'il n\ aura plus de ministres. » — L'opinanI repousse l'idée de la création dun ministre des subsistances, en s'appuyant sur les désordres commis en cette |>arlie jiar les ministre-^ Terray et Necker.
Dufourny donne ixuir caur-e di' la disette la l'urrur qu'ont t(.»us lus gros capitalistes de réaliser les assignats en denrées de jtremière nécessité; il propose de faire r<'(pii''iir les IVrmiers cl ]>ro|prielaires pour ia fourniture des marchés.
La Société invile lun di' ses luembres à iudi(jui'r au c iloyen d'Yvelol la marche (ju'il a à tenir pour taire enlendre ses réclamations.
Trois soldats, arrivant des frontières, dénoiiceni la negliui nce des aduiini-l râleurs des hôpitaux militaires : ils asMu-ent ipi'uu nombre inlini de malades sont couchés sui' des mauvaises paillasses, et ipie, dafts leur routi', depuis Saiide-Meuehould iii~i|u a Meaux. ils en lUil trouvé plusieurs qui exjiiraienl sur les chemins. — Hilhind-Varennr atteste l'exacte vérité de ces faits ; » Le ministre, dit-il, est le j)remicr coupable; il faut tomber à bras raccourci> sui lou> ces gueuxlà, (pii neglivenl le- devoii"< les plus sacrés. »
Mi;itl.l.\. — Je ilois \oiis parler du deci'el (|iie xicnl de rendre la ("iOnvention '. (Juaiit à moi, je d('cl.ii-.' a Ions le- lirissotins que j"adople 1. Dans la si-aiicr do la tiiinvfiitioii du 21 oclobrc l"'.t2, Gi'usoniif avait fait ilécnHcr ])ar la Coiivciilioii qu'aucun (\v. sc4 inciutircs n<* pourrait accr|il(r ri icHipiir uu«' fourliou i>uMi |uc (|U ■ six ans après relablisscmcnl di- la unuvrllf <:onstilution. {Vonileiir, XIV, .111.}
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ce décret; j"ai un jardin, je le cuUiverai, el j'irai méditer sur les vertus dont je dois environner mon àme pour être, dans six ans, utile à ma patrie une seconde fois. Mais, quoi que puissent direBuzot et ses adhérents, nulle autorité ne peut m'empècher d'énoncer mon opinion sur un décret, même rendu. Il n"a pas appartenu à la Convention de faire ce qu'elle a fait : car, quelle que soit sa puissance, eût-elle celle de faire mouvoir le monde sur son axe, elle n'a pas le pouvoir de mettre un.^ digue à la volonté souveraine de la nation. Ou elle a entendu agir souverainement, alors elle a porté atteinte aux droits du peuple; ou elle a cru porter un article constitutionnel, et alors il faut attendre la sanction nationale. La Convention ne peut empêcher les citoyens de faire un raisonnement bien simple : un tel homme, pour sa patrie, a affronté tous les dangers, même la mort; pour elle il a fait tous les sacrifices possibles; il revient dans son département environné de l'estime publique; mais il est sans pain; un décret peut-il le condamner à mourir de faim? Législateurs qui faites des lois dans l'enthousiasme, qui décrétez sans réflexion, voilà l'état où vous m'auriez réduit aujourd'hui, si l'humanité de mes concitoyens, si le produit de mes travaux passés, ou si le hasard, ne m'eût ménagé quelque fortune! Je ne suis ni cordonnier, ni tailleur, ni charron : pourrais-je vivre du produit de ma plume, dans un moment où tout le monde écrit?... La majorité n'a pas le droit de forcer la minorité à adopter un décret contraire à la souveraineté : j'ai trop bonne opinion d'elle pour douter qu'elle ne veuille le soumettre à la sanction du peuple; dans le cas contraire, ce décret ne peut pas être obligatoire : car, si je suis prêt à sacrifier ma vie pour l'exécution de la loi, je la sacrifierai bien plus volontiers pour maintenir la souveraineté de la nation dans toute son étendue. Le sort d'un député serait pire que celui du dernier commis de Roland... Mais ils ont des desseins cachés, ceux qui ont voté la motion de Chabot pour se populariser : peut-être ont ils l'intention de faire durer la Convention six années. Il faut demander demain que la constitution soit faite dans six mois, et nous verrons leur pensée. Je conclus en déclarant que ce décret est aristocrate, et qu'il n'est point obligatoire tant qu'il n'aura pas été soumis à la sanction du peuple {Applaudissements.)
CoLLOT. — Citoyens, le décret mérite d'autant jdus de confiance que j'ose annoncer et attester qu'il a été rendu par l'assentiment et la persévérance des patriotes qui habitent la Montagne; nous nous serions donc étrangement trompés si ce décret était favorable à l'intrigue et contraire aux droits du peuple. Je sais qu'il est vicieux: c'est qu'il a été proposé par un de ceux qui ne proposent pas ordi- ToME IV. :^s
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jiaiiviiK.-nl (le ljun> «lécret?, et c'est ce qui a [lU faire cruire ù un |.a- Iriolc aussi (ixeroé que Merlin qu'il y avait un [tiège; mais nous avons cru qu'il n'avait été proposé qu'avec l'espoir qu'il ne serait pas adopté, et la tactique fies amendements nous a confirmés dans cette idée. On ne peut douter qu'il n'3- eût des spéculations déjà faites pour accaparer les places; nous avons vu que le décret déjouerait toutes les intrigues et nous nous sommes levés : il est possible que des lynx aient pénétré plus avant, mais nous, nous avons vu le bien et nous avons voulu le faire. En adoptant le principe vertueux du décret, nous ne nous sommes pas dissimulé les avantaiics de nos ennemis. On a bien remarqué que le décret était avantageux aux riches, qu'il préjugeait la souveraineté du peuple; on sait que la République peut dire à ses membres : c'est à moi à vous assigner le poste auquel je veux que vous soyez placé. — Nous avons vu aussi dans le décret quelque chose approchant un \)'-n du fédéralisinr ; et celte vue n'est pas bien prononcée. Mais aussi rombien de choses ne combattent pas en faveur du décret? Nous avons ol)servé des visages allongés, des physionomies taciturnes : là, c'était un homme i|ui voulait être au district; là, un autre qui aspirait à l'administration d'un déparlement; là, un juge en espérance. Ah! nous avons vu tous ces gens fort tristes... 11 me faudra, disait peut-être l'un d'eux, dix ou douze ans pour être ministre; ah ! je n'aurai i>as celle patience-là, dans six mois je serai déshonoré... — Collot oliserve ensuite (pie le iléi'r(4 doil faire tomber le crédit des ministres, et il s'égaye aux d(''peus du ministre de rintérieur : il ilil que le pouvoir exécutif esl iuulili- dn)»s nne constitution libre, et que l'idée de la séparation des deux pouvoirs est al)surde; il termine son discours par une prédicfinn bien accueillie, c'est que les patriotes ne mourront jamais de faim.
On annonce uiif di''put;ilion du Irilmual criminrl; le nioyt^n Liilirr, membre du tribunal, nionti' à la li-ibu I <lil :
« Citoyens, depuis longtemps h; /éh' du Irilniii.il ci iiuiiicl déplaît à une espèce d'hommes ennemis di.- la Hépublicpu-; depuis longtemps on le calomnie; hier, à la Convention, on l'a traité de tribunal de sang. l'U seul mot cependant |tcut le justilier, c'est que tous ceux (piil a coiidamnf's ont avou('' leurs crinii's el dt-noMce des complices, (îe malin, nniis nous sommes présentés à la C«)nvenlion ; je ne saisjjar quelle fatalité le président a pu se méprendre; il ne pouvait pas ignorer nos motifs; mais il e-l aussi scélérat que celui (pii nous a calomniés hier; il a dit à la (Convention : « Le tribunal criminel, intjuiet " sur sa position, cl craignant d'être destitué, deaia-ide à éli-e (n-
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« tendu. » On voit toulej la perfidie de ces expressions. Demain, le tribunal doit être admis à la barre; je viens, en son nom, prier les députés jacobins, nos frères, de vouloir bien appuyer notre demande : le tribunal criminel ne sollicite pas sa conservation, mais il veut, en descendant du siège, rester et paraître aussi pur que lorsqu'il y est monté par le vœu du peuple. » (Applaudi.)
Thuriot accuse le ministre de l'intérieur d'avoir répandu une calomnie en disant que le vol du garde-meuble avait été le résultat d'un plan combiné par des hommes qu'il désignait assez en ne les désignant pas; il assure que ce vol avait été combiné dans les prisons de la Force, un mois avant le 10 août; il pense qu'à présent, pour couvrir la calomnie, l'on voudrait destituer le tribunal et faire évader les voleurs. En reprochant au pouvoir exécutif provisoire des fautes, au moins de faiblesse, il dit que dans la nuit du 2 au 3 septembre il s'était transporté chez le ministre de la guerre, qui n'avait imaginé d'autre expédient, dans le péril, que de transférer la Convention à Tours, et que, s'étant rendu ensuite chez Danton, avec plusieurs de ses confrères désespérés, ce fut le seul homme qu'il trouva disposé à sauver le vaisseau de l'État. Thuriot dénonce aussi un parti qui veut conduire insensiblement la Convention à rapporter le décret portant abolition de la royauté. Il invite la Société à former de nouveau un Comité de surveillance , et les bons patriotes en général à se mettre en sentinelle devant la maison du ministre Roland et à faire l'énumération des députés qui y entrent journellement pour dhier et souper. [Applaudi.)
Un membre invite le citoj'en Lulier à dire s'il est vrai qu'un homme -exposé sur l'échafaud et condamné cà plusieurs années de fer a été enlevé par des gens portant l'habit des fédérés.
Lulier. — Citoyens, le fait est vrai : les uns disent que des gendarmes, fâchés de voir un de leurs confrères dans cette position, et déguisés en habits bourgeois, ont fait cela; d'autres assurent que ce mouvement a été combiné pour favoriser les vues de certaines personnes que vous connaissez aussi bien que moi.
Robespierre jeune. — Un député à la Convention nationale a été traité ignominieusement au Palais-Royal, on a brûlé son efligie; on veut se défaire de deux citoyens qui n'ont jamais dévié; il y a des hommes qui fabriquent des faux pour venir les dénoncer.
La séance a été levée à neuf beures et demie.
436 ' SOCIÉTÉ DES JACOBINS [-28 oct. 17921
SOCIÉTÉ DK> AMI> DE L.\ LlBF.nTK ET DE l/ÉC ALITÉ
SÉAMK AUX CI-DEVANT JACOBINS SAINT-HONOnk:, A l'AKlS
EXTRAIT DL' PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE Dl' DLNL\N(.HE 28 OCTOBRE 1792
luip. Putier de Lille, s. .1.. in-s «le G pages.)
Le Secrétaire lecteur de la correspondance coiiimuiiiipie un paragraphe du Courrier du Midi, conçu en ces termes :
(( Le roi prend son mal en patience, il est sûr de sa vie et de sa liberté; déjà plusieurs sections de Pai-is ont prononcé quil n'avait encouru que la déchéance. »
On s'élève fortement contre ce paragraphe. « f/est, dit wi membre ', le comble de l'intrigue, d'attribuer de pareilles idées aux citoyens qui composent les sections de Paris. Ceux qui se sont fait écliarper le 10 août pour dissoudre les trames ourdies par ce tyran, on pourrait supposer qu'ils veulent le laisser en paix? On suppose donc aussi qu'ils ont oublié que ses mains sont encore teintes du sang de leurs enfants, de leurs concitoyens. Louis XVI tombera sous la hache de la loi, non immolé à la vengeance, mais sacrilié à la sûreté et à la juslice. Tel est le vœu des sections de Paris. »
L'orateur est interrompu par l'arrivée d'un memi>re député ' (pii annonce que, des braves Savoisiens venant de donner un dîner fraternel à plusieurs membres de la Convention, après avoir porté les santés de la république universelle, après que les deux nations se sont embrassées des heures entières, on a dit : « Comment terminer cette heureuse journée'.' Allons aux Jacobins. » Aussitôt les Savoisiens sont partis. « Il y en a trois cents à la porte (|ui vous demandent la permission d'entrer. »
Déjà une musi<jue guerrière les annonce; et bienlAI, par des sons touchants, exprime, au milieu de nou>, les sentiments (jui les animent. L'un fl'eux porte une bannière sur la<|iudle est inscrit d'un cûté : /iépu/jlitjue universrlh' : de l'aulri' : Au.r /■'/•(inruis, Hhcralrtirs des
[. C'était Bouillon (de 1 Oise», d'après le Journal des Jaruhins. ■2. Iléiault <le SOclielles. (Ibid.)
peuples, les Savoisiens reconnaissant. Des Savoisiens embellisgent cette marche. Tous profèrent ces mots : Vive la liberté!... Qu'il est beau d'être libre!... Puis, leurs regards se portant sur ces chaînes : «Naguère, disent-ils, un spectacle pareil a embelli ces lieux. Yoilà les chaînes qu'ont portées ces soldats victimes des despotes ; des mains généreuses les ont brisées; un peuple magnanime vient de briser les nôtres. »
L'orateur paraît à la tribune : « Citoyens, dit-il, depuis longtemps nous étions témoins de votre bonheur; enfin nous le partageons. Vous venez de nous rendre libres, et nous voulons nous associer à vos nobles travaux. Victimes comme vous des despotes, nous leur vouons aussi une haine éternelle, que leur sang peut seul éteindre. Réunissons-nous : combattons ces ennemis qui nous deviennent communs. Oui, que le nœud qui nous unit soit Tarrèt de leur mort, et que ce nœud soit indissoluble. S'il s'élevait quelque faction, si quelque individu, se séparant de notre Société, voulait troubler Tunion que non» voulons y maintenir, nous jurons aussi de les anéantir. » {Applaudissement général.)
Le Président ' , chargé d'exprimer le vœu de la Société, leur répond :
« Citoyens républicains, cette fête ne sera pas la dernière que nous célébrons avec les Savoisiens; il importe que les deux nations n'en fassent qu'une seule. Si nous consultons le cadre de la nature, comme le cofle politique, nous verrons qu'il importe que nos intérêts se confondent; c'est alors que nous célébrerons une grande fête, celle de la réunion que nous désirons tous. Savoisiens, vous avez juré de ne plus reconnaître votre roi. Tenez votre parole comme nous tiendrons la nôtre. {Tous s'écrient : Nous le jurons!) Longtemps ils ont outragé la nature, en se croyant plus qu'elle; ils apprennent enfin qu'ils n'ont dû leur règne qu'à l'ignorance, au crime, dont ils étaient les divinités. Us ont cru jusqu'ici que les arts n'étaient nés que pour les flatter; ils n'ont pas prévu que ce flambeau, en éclairant les peuples, allait aussi éclairer les trônes, mais pour en faire voir l'horreur, mais pour en faire chasser les tyrans qui les ont élevés et conservés par une tyrannie héréditaire... Amis, nous sommes unis, et tout nous assure que nous le serons toujours. Agrandissons cette Société de frères, aflilions-nous des provinces; portons chez tous les peuples les droits de la nature; que la terre entière n'off're des rois qu'un exemple terrible pour quiconque aurait la témérité de vouloir l'être. »