‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 9 sur 131 · SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU JEUDI 21 JUIN · texte numérisé non relu

SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU JEUDI 21 JUIN

Après la lecture du procès-verbal, M. Goupilleau, qui avait passé une partie de la journée du 20 dans le château auprès du roi, où il avait été envoyé comme député par l'Assemblée nationale, rend compte de tout ce dont il a été témoin. Il résulte de son récit qu'à l'exception de quelques vitres cassées par la grande afTiuence, il n'a été commis aucun dégât, aucun désordre, que le roi a été toute la journée parfaitement calme, ayant parlé avec lui de beaucoup de choses étrangères aux circonstances, et qu'enfin, au moment où, rentré dans sa chambre, la députation fut prête à le quitter tout au soir, le roi a déclaré qu'il n'avait en rien à se plaindre du peuple.

M... annonce que le matin, dans la cour du cbâteau, M. Sergent, officier municipal en fonctions avec M. le maire, et revêtu de son écharpe, a été maltraité et frappé par un garde national, qu'il a même couru de grands risques. Ces faits sont confirmés par un des témoins qui sort de chez le juge de paix pour en faire sa déposition.

M. SiLLERY. — Une portion de la garde nationale harcèle et presse la municipalité de proclamer cette loi de sang qui a été décrétée dans un jour de malheur pour la France. La Société aussi est en butte aux efforts puissants des malveillants : j'engage donc tous les orateurs qui monteront à cette tribune à s'attacher à discuter avec chaleur sur les principes, mais à ne s'en écarter jamais.

M. Merlin. — Cela supposerait, Messieurs, que quelquefois dans votre tribune on s'en serait écarté. Or, je le déclare, depuis que je suis vos séances, et je n'en manque guère, jamais je n'ai vu que personne se fût écarté de la ligne de la constitution. On a bien dit ici que, si le temps de reviser la constitution était arrivé, sans doute il y aurait des mesures à prendre, mais on n'a jamais dit qu'il fût nécessaire de renverser la constitution.

M. de Sillcry, qui avait promis une analyse de la lettre de M. La

30 sor.iKTÉ r»i:s jacohins l2i jli.n 1792]

Kayelte à rAssemblée nationale, s'excuse de ne l'avoir pu préparer à raison de la muUi|)li('ilé des événements (|ui avaient eu lieu ces joursci. 11 propose de la donner dimanche prochain, et retient la parole à cet eflet.

Un (lendarme national. — El nous aussi, Messieurs, nous sommes les amis de la constitution et des lois, mais nous n'en avons pas trouvé pour nous forcer à assassiner nos concitoyens ; aussi sommesnous et serons-nous toujours les soldats du 14 juillet. [Applaudisse- /nenls universels.)

Étant entrés dans la cour du château, nous vîmes défilei- les Suisses et on nous lit charger nos armes. Une réflexion se présenta à nous tous à la fois. « Que veut-on faire de nous ici? Nous n'y voyons pas de gardes nationales. » Il n'y avait que beaucoup de messieurs en habit noir et un colonel de je ne sais quel régiment. Nous ne pûmes nous communiquer notre réflexion, mais un seul coup d'oeil les uns sur les autres nous dit : « Nous ne tirerons pas. » [Applaudissements redoublés.)

M. DuiiEM. — Le roi vient de faire demander si l'Assemblée nationale tenait sa séance, et fait dire ensuite que le faubourg Saint-Antoine marchait sur le château. [Murmures.)

M. C.\ziN. — Non seulement, Messieurs, j'affirme que le faubourg ne marche pas, mais je saisis même cette occasion pour assurer que nous ne nous étions présentés hier à l'Assemblée nationale que comme pétitionnaires, et que nous sommes maintenant aussi tranquilles qu'on paraît l'être peu au château. C'est que nous avons la conscience pure, nous. [Applaudi.)

Le gendarme national. — Comme au 14 juillet aussi, un instant après nous avoir fait charger nos armes, les Suisses défilèrent par un à droite, et nous restâmes seuls dans la cour avec les habits noirs et le colonel, ({ui nous faisaient de grandes protestations de nous soutenir, de ne pas nous quitter, et qui cependant, un instant après, rentrèrent dans le château. Alors, nous voyant seuls, nous denuindàmes à tuule force de la garde nationale et jetâmes la poudre do nos bassinets; nous criâmes que, si l'on n'ouvrait i)as les portes et s'il no venait pas de la garde nationale, nous quitterions un poste qui n'était pas le nôtre. Efl'ectivement on ouvrit les portes, le peuple entra, et, personne no se présentant j)()ur nous commande!', iu)us nous retirâmes.

M. i)K Saim-Anuiu';. — Il serait intéressant (\nc M. de Siliery pût nous duniuT, demain, b's détails (pi'il nous promet sur la lettre de

l'il JUIN 1792J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 31

M. La Fayette. Personne ne peut douter maintenant qu'il n'y ait un Comité de dix-huit membres de l'Assemblée nationale qui correspond directement avec ce général. La lettre dont il est question y avait été lue, et, quoique les membres de ce Comité soient très Feuillants, elle y a été improuvée par une très grande majorité'. L'un d'eux a été jusqu'à dire que, s'il n'eût pas connu d'autres moyens d'empêcher que cette lettre parvint à l'Assemblée nationale, il eût cru bien faire en employant le moyen extrême de tuer le courrier qui l'apportait.

M... fait la motion de nommer des commissaires pour prendre des renseignements plus certains sur l'insulte faite aux magistrats du peuple dans le château des Tuileries. (A)-rê(é.)

Une députation de citoyens, ayant à sa tète le sapeur Rocher, présente à la Société un trophée composé d'une pique, d'une faux et d'une hache, le tout réuni par le bonnet de la liberté. Cette offre est acceptée avec reconnaissance. On demande l'inscription du nom de Torateur au }irocès-verbal. L'orateur ne veut point d'un honneur qui, n'étant pas partagé avec ses compagnons, semblerait blesser l'égalité ; il demande l'inscription de leurs noms au procès-verbal avec le sien. La proposition est accordée, aux applaudissements universels.

M. Cazin, citoyen du faubourg Saint-Antoine, propose que, vu le nombre considérable de troupes qui sont au château, et qui peuvent inspirer quelques craintes aux patriotes, on fasse une illumination générale, et que les citoyens s'arment pour être prêts au besoin.

M. Merlin fait part de la lettre que M, Rœderer vient d'adresser à l'Assemblée nationale pour la prévenir que le faubourg Saint-Antoine marchait sur le château.

La fausseté reconnue de cette assertion excite un murmure général.

M. Mathieu, chargé de la rédaction de la circulaire à adresser à toutes les Sociétés sur les événements de la veille, fait lecture de cette lettre, dont la rédaction est agréée et l'impression ordonnée, ainsi que l'envoi aux Sociétés afîiliées^.

La séance est levée à dix heures.

1. Il s'agit évideniuient de la comiriission extraordinaire de l'Assemblée législative, composée alors, non pas de 18 membres, mais de 12. Elle décida en ell'et ((u'il serait interdit aux généraux d'écrire aux autorités constituées des lettres politiques. — Voir mon Recueil des actes du Comité de salut public, t. I'-''", Introduction, p. XLIX.

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