ToME IV
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cuser Robespierre pour avuir dit «lue l'Assemblée législative ne pouvait sauver le peuple; Petion ne doit pas ignorer que Lasource, l'un des habitués de la mairie, parlait ici de chasser les fédérés, qui étaient sur le point de commettre un grand crime ; et quel crime! la destruction du despotisme du château des Tuileries; Petion n'ignore pas que, le 10, un membre de la Gironde disait au roi que les l'eprésentants de la nation, fidèles à leur serment, se feraient hacher plutôt que de souffrir qu'il fût porté atteinte à la royauté; Potion n'ignore pas que, le 9 août, dans la grande assemblée de la Réunion, qui étail un peu brissotine, je ne dis pas brissotière, Lasource et Jean-Pierre Brissot voulaient faire décréter Anthoine, qui marche cependant sous les drapeaux de ceux qui voulaient l'accuser, et Robespierre, que Petion nous présente comuie peureux, pour avoir eu le courage de dire que le peuple devait se sauver lui-même. Je l'avais dit avant eux : mais on ne voulait pas me décréter, moi, parce que j'aurais pu dire une cliose que je vais dire actuellemcnl.
J'aurais pu dire que l'insurrection des faubourgs, le 20 juin, n'avait pas été empêchée par Petion, et avait été suscitée par les Rrissotins : pourquoi? pour avoir Roland et Clavière au ministère; c'est là tout ce (ju'ils V(julaient. Bi-issot s'imaginait (jue tout étail l'ompli, puisqu'il allait nienor la France par ces deux ministres, pnisipi'il avait la vertu personnifiée dans l'un, et l'agiotage pei'sonnilié dans l'autre. Je trouvai J.-P. Rri^sot, voire môme sou ci"ou[>ier, daii>^ le j.irdin des Feuillants : w Vous voyez, leur dis-je, les aristocrates vont i)rofiter de votre insurrection partielle pour relever la cour. — Nous ne sommes pas inquiets, me répondirent-ils, nous avons di; bon- ministres... >» Ces intrigants avaiejil tntuvé le moyen de me faire accuser d'être Fauteur ûa cette insiu-reclion; ils s'imaginaient bien ipie je me justifierais, mais ils voulaient seidemenl donnei* le cliange. \o'\\h des fait^ qu'il iinporle h la posléritt^ de coMuailre. ('/est qu'il exisli' un parti, depuis le mois de décembre 17ÎM, qui a voulu être et législateur et Lioiiverneur de la France : car on \nulail inoius d(^s ministres jacobins <|iie lies ministres mannequins; ear, lur-que Dumourie/ résista à la fartimi ipii voulait «lisposer des >ix niillinns accorde^ pour les dépenses secrètes, Roland se tourna ennlre Duuinurie/, ; cl, si Dumourie/. n'y eût pris garde, il serait à (hlêans et ne ferait pas aujourd'bui la coujjuète du iWaltanl.
Kt Petion vient nous dire bêlruieul (|uc Rris<ol n'e-l pas capable de remuer une intrigue; et Petion a vu Rrissot mener sa famille, sa maison; et Peti«»n a vu Rrissol conduira' l'Assemblée législative, gouverner la royauté!... Mais j'aime mieux cidire (pn' c'est M""" P(>lion;
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je ne le dis pas en Tair, car M"'" Petion applaudissait à tout ce que disait Louvet contre Robespierre, et le cœur de Petion n'est pas haineux; quand je dis M""" Petion, je ne le dis pas en l'air, car il y a longtemps que M"" Petion croit voir non un émule de son mari, mais un émule de la gloire de son mari, dans Robespierre.
Il est bien démontré que les intrigants marquent leur haine contre la journée du 10 août en persécutant celle du 2 septembre; j'aurais caché les manœuvres qu'ils ont employées pour empêcher la première, s'ils n'avaient pas voulu s'en attribuer exclusivement la gloire : ils disaient que les fédérés allaient commettre un grand crime; sans doute il est grand, ce crime, puisqu'il les a empêchés de dominer la France par le moyen des ministres Guadet et Vergniaud, qui présidaient lors de cette révolution, prétendaient que les représentants devaient mourir à leur poste pour défendre la constitution. Brissot n'a fait qu'après coup l'éloge de l'insurrection. Lasource était en pleurs, il venait implorer votre pitié pour défendre la représentation nationale dans sa personne sacrée; le serment que je proposai, ils ne le prêtèrent que parce que le peuple le voulut ;• ils désiraient conserver une apparence de royalisme; ils prétendirent n'avoir pas foulé aux pieds la constitution; et, dernièrement encore, dans l'afTaire de Lorient, Brissot n'a pas précisément voté contre nous, mais vous avez vu l'un de ses intimes partisans se montrer de front. Oui, Brissot n'est pas capable d'être à la tète d'un parti, car il n'a i)as le courage de le dire.
Vous devez rappeler Petion non à des principes, mais à sa conscience, et lui demander s'il n'est pas vrai que Brissot est un scélérat, et qu'à moins d'être le plus scélérat des hommes il ne manquera rien à Brissot pour être un parfait conspirateur. (Applaudissements.)
C... — Je ne pense pas comme le préopinant : je crois à la vertu de Petion, mais je pense qu'il a la cataracte; il faut que la Société se fasse oculiste du brave Petion : je demande qu'on lui enlève le-s écailles qu'il a sur les yeux relativement à Brissot.
Le citoyen Varlet, armé d'une pique surmontée du bonnet rouge, et à laquelle était attaché un écusson avec ces mots : Apôtre de In lihertc, monte à la tribune et dit :
« Citoyens, vous savez avec quelle sévérité la Société a coutume de m'entendre; je vais vous dire comment je me suis vengé : c'est en instituant une tribune publicpie dans le jardin des Tuileries, où je me suis posté non comme dénonciateur, mais accusateur de Brissot. Je demande, pour l'intérêt public, de dévoiler ce Brissot; je l'enveloppe-
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rai de ses propres intrigues, je le défierai de répondre. J'ai promis d'être auprès du peuple le défenseur officieux de Robespierre, ctji' remercie Louvet de m'en avoir donné occasion. »
Le citoyen Varlot commence son discours; il veut comparer à la faction Lametli celle dont on assure que Brissot est le chef. Comme il semblait devoir être trop prolixe, Lefiendro réclame l'ordre du jour; cette motion est appuyée; Varlel insiste pour conserver la parole; les opinions paraissent indécises; Varlct quitte la salle.
Un grand tumulte s'élève; le président se couvre; le calme renaît; Basire et un autre membre combattent la motion de Legendre. Varlet rentre dans la salle; il est entendu jusqu'au bout, et il recueille des applaudissements.
Un citoi/i'n fait lecture dune lettre du génc-ral Westcriuann. datée de Douai du 3 novembre : « Nos approvisionnements, dit ce général, sont bientôt complets; sous deux jours, nous partons; nos troupes sont reposées, elles brûlent de marcher à l'ennemi; hier, il s'est fait im mouvement de Lille sur Tournai : il nous arrive beaucoup de déserteurs; dans une affaire qui vient de se passer près d'Oudenarde, cinq Français ont fait vingt-deux prisonniers; à une autre action, dix-sept liussards autrichiens ont été égorgés, et trois ont été pris. »
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Ihillclin de la maladie du ciloyon (îuiiaut. — l.cclure de la corrospondniico. — Les citoyennes des tribunes de la Société demandent (pie ces lrihuni>s s'ouvrent à quatre heures cl non à cinq, |)Our éviter les accidents (|ut; cause l'atlluencc des citoyens (|ui s'y iirécipilcnl : arnMé. |
La section du l'ont Neuf lai! pari à la Société d'un arn'-li- (pi'elle vient lie pi-endre et dont voici le conlenii :
1. Dans son minn-ro suivant, le Journal (Irs .hirobins coinplt-ti' le rccit de nllv séance en donnant un extrait (•fendu des discours de Clial)ol et do Dabois- Crancé sur la f^avoie.
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u Extrait des registres des délibérations de la section du Pont- ■ Neuf :
« La section, justement alarmée des bruits injurieux qui se répandent dans Paris, principalement contre les sections de ladite ville, a arrêté, le 0 courant et après une très longue discussion, que, le ministre Roland ayant dit dans son rapport du 29 octobre dernier à la Convention nationale, cité dans le ]0UYnd\ dn Mercure universel, n" 004, tome XX, que dans les sections de Paris et dans les assemblées on applaudissait aux orateurs qui prêchaient le meurtre, le vol et le carnage, elle déclare qu'il n'a plus la confiance de la nation, qu'elle le regarde comme calomniateur, jusqu'à ce qu'il se soit rétracté aussi publiquement qu'il a calomnié les sections de Paris.
« L'Assemblée arrête aussi qu'elle est satisfaite du compte qui lui a été rendu par le citoyen Bodson jeune de la mission qu'il a remplie dans les départements en qualité de commissaire du Conseil exécutif.
« Elle arrête enlin l'envoi de cette délibération aux quarante-sept autres sections, à la Commune, aux Sociétés populaires, avec invitation d'y adhérer, et préalablement à la Convention nationale et à M. Roland lui-même.
« Elle a nommé douze commissaires à cet etfel. »
La réponse que fait aux députés de la section du Vouï-^qmï Jeanbon Saint-André, président de la Société, est vivement applaudie; elle se termine par ces expressions : u Tous les Français s'empresseront de vous imiter et de prouver que, quand on est vraiment libre, on doit apprécier les ministres et leurs ténébreuses démarches. »
Fabre d'Fglantine trouve une espèce de contradiction dans l'arrêté de la section du Pont-Neuf: c'est qu'on y met la confiance que peut mériter Roland au prix de sa rétractation.
iLcllres cl communications diverses.]
Le Comité central des patriotes du comté de Nice prie la Société d'admettre au nombre de ses filles la nouvelle Société de Nice. Les Niçards déclarent qu'ils aiment la liberté et qu'ils veulent se réunir à la France, parce qu'ils n'ont pas assez de forces propres pour se conserver libres.
Lulier denuinde iju'au serment de ne pas fairejde conquêtes la
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Convention joigne celui de ne pas souftVii' qu'un peuitle revenu à la liberté puisse retomber sous l'esclavage.
Un membre invite Chabot à donner les détails de la prise de Mons. Chabot expose les inconvénients qui peuvent résulter de l'agrandissement de notre territoire par des conquêtes ou des réunions : il y voit affaiblissement de forces dans le centre, désorganisation, enfin le fédéralisme. D ub 01 s-C ranc é comhiXi cette opinion, en convenant des vices (lu gouvernement fédéral, et, même en le rejetant, il assure que, dans ce système, Paris gagnerait de l'opulence. Merlin demande à prouver qu'au contraire Paris iieiclrait tout avec le fédéralisme.
CùLLOT. — La réflexion faite par le préopinant sur la position et les ressources de la ville de Paris ne doit pas être perdue : c'est une vérité qui sera sentie surtout par les Jaco])ins que, si Paris désire conserver la Convention nationale, c'est plutôt pour l'intérêt général de la République que pour son intérêt particulier. L'absence de la Convention priverait Paris, il est vrai, d'un grand nombre d'individus; mais n'y en a-t-il pas un plus grand nombre qui redoutent l'atmosphère orageuse qu'une représentation nationale semble entretenir autour d'elle? Ces hommes-là sont des étrangers ou des citoyens opulents, à ([ui le point central d'une rév(»Iution comme la nôtre offre un aspect elTrax ant : ils s'éloignent de Paris. Mais comme cette classe de citoyens aime à jouir des productions des arts, des plaisirs, des spectacles, des commodités, du luxe qu'on rencontre particulièrement et abondamment à Paris, ils y accourraient, ils quitteraient plusieurs autres villes qui ne se trouveraient pas mieux de leur absence. Ces idées, qui ont pu échapper à des petits politiques qui voudraient tout sacrifier à leurs petites liassions, sont tellement senties, qu'elles n'ont pas besoin d'être développées. Qu'on se repr(''seute donc bien que, si les Parisiens désirent conserver clie/ eux la Cunveiilioii, c'est parce qu'ils sont ((Wivaincus qu'il faut autour d'elle un grand foyer d'espril public, premier garant de l'unité et de l'indivisibilité de nos grands intérêts, et non pas pour leur avantage particulier, qu'ils ont bmjours sacrifié.
Si la Couveulioii se Iraiispdriail ailleuis, le ileparlemeiil ju-éféré exciterait le mécontentement des autres, (|ui rêclaïueraieul contre elle cette pi-élêreiu-e; il n'y a (pie la constilution (pii pourra régler là-dessus les droits de chacun sans embarras, sans troubles et sans incouv(''nients. Ceux qui accusent les Parisiens de v(udoir dominer ou usurper sont (le bien mauvaise foi, car les Parisiens n'oni mêuie pas conservé |»our eux les choses (jni leur sont propres. Il- mil donné, dans leurs élections, à leur> frères des déparlemeuls Inules h^s places ('ini-
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nentes dont ils pouvaient disposer, soit aux tribunaux, soit à la municipalité, soit dans l'administration. Que voulait- on qu'ils fissent de plus? Qu'ils renonçassent à leurs droits de représenta.tion ? Cela n'est pas possible. C'est bien assez que les députés sacrifient à la patrie toutes les persécutions qu'on leur fait essuyer. Je le demande à tous nos collègues, qu'ils répondent : si l'on eût fait essuyer à toute autre députation les contrariétés, les tourments et, j'oserai le dire, les injustices qu'on fait essuyer à celle de Paris, les aurait-elle souffertes, et une funeste désunion n'aurait-elle pas menacé la République? Qu'on nous sache gré, tout au moins, de notre patience et de notre résignation, ou plutôt félicitons-nous qu'on nous ait mis à de telles épreuves : car c'est nous dire qu'on avait une haute idée (le nos vertus civiques; nous ne la démentirons pas, et j'espère que tous ceux de nos collègues qu'on avait prévenus contre nous s'en rapprocheront bientôt par l'amitié et que, plus ils nous connaîtront, plus ils seront convaincus que nous sommes dignes de leur estime. ( Applaudissements. )
Les détails à l'ordinaire prochain.
La séance a été levée à dix heures.
SÉANCE DU DIMANCHE 11 NOVEMBRE 179i, L'AN P"^ DE LA RÉPUBLIQUE