‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 88 sur 131 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

litc de? biens ci-devant ecclésiastiques; d'où je conclus que le clergé devait à la nation française la totalité de ses possessions, et, par conséquent, la nation pouvait s'emparer de tous ces biens sans accorder aucune indemnité.

« Mais je ne m'oppose pas à ce que l'on accorde une pension aux ecclésiastiques qui ont prêté le serment prescrit par la loi. Mais ne nous servons plus du terme de traitement, ce mot semble faire croiie qu il existe une religion dominante et constitutionnelle : c'est une ern.'ur dangereuse qu'il nous faut empresser de détruire. Mais n'accordons cette pension qu'aux ecclésiastiques cpii auront liion mérité de la patrie. Ne l'accordons qu'à ceux surtout qui ont défendu la révolution du 10 août et (pii ont les notions des principes républicains. Diminuons pourtant les pensions trop considérables. ?s"est-il pas ridicule qu'un évêque ail un revenu de 12,000 francs? Tant qu'il y aura des malheureux à soulager, il ne faut pas qu'un fonctionnaire public ait du superllu. Ne craignez poinl qu'alors les prêtres crient à la perte de la religion, car ils décèleraient bientôt leur avarice, et le peuple verrait plus la cause de leiu' intérêt personnel que celle de leur religion. »

Quant à ce qui concerne l'impôt mobilier et celui des patentes, Chnbot est de l'avis de tout supprimer; mais, n'ayant pas eu le temps de rédiger ses idées par écrit, il promet à la prochaine séance de présenter à la Société un système de coutrihulinn pour la HépuMique, dans lequel on ne verra [)oint l'inqtiM moliilier et celui des i)atentcs, et dans lequel on trouvera la diiuinution de limpot foncier. Crtle promesse, qui, si elle est réalisée, ne peut que prctcui'er une meilleure administration des linances, a été suivie de nombreux applaudissemeiils.

Lk Hoi (d'Alençon). — Ce n'est pas l;i preniiére fois (pi'un observateur pliilos(tplie a remarqué dans le citoyen ("anibon des vues étroites en matières de (iii.uices, une parcimonie l'idicule subslilut-e à une économie vraiment politique. In système dr linam-es chez. \\\\ grand peufilc ne doit pas ressembler aux ])etits calculs d'un ècouomistc de comptoir. Or, le projet de dè-eret présenté par (lauibon est le fruit des méditations d'un économiste de bouticjue. Il y a un douille oitjet : l'aholitioii de liinpiM uioluliii- cl de-; |ial('nles, l'abolition du salaire i\ii> prèli'es callioliqui's et de la pensiiui accordée aux moines et aux religieuses.

.le m'arrête d'abord au preuiirr (ibj.l (pie ]»n'senle ce projet, (jni ne s'éloiinera pas de voji- pr(i|iosri- uu'- uie-nre (jui m; leml à riiMi

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moins qu'à soustraire le monstre de l'agiotage au fardeau des contributions dont on devrait l'accabler? C'est cependant le résultat du projet de décret. Pour atteindre les richesses fugitives de ces hommes dont la fortune se dérobe aux regards, l'Assemblée constituante avait principalement établi l'impôt mobilier. Et, en effet, il est tellement dans la nature de l'homnie d'embellir le séjour qu'il habite qu'il n'est arrêté dans ses désirs sur ce point que par l'impuissance de les satisfaire. Alors l'impôt mobilier atteignait ces maisons fastueuses, asiles de l'orgueil et de l'opulence; et, si vous détruisez cet impôt, l'homme riche en capitaux mobiliers, le rentier, le banquier, en un mot la classe la plus riche et la plus méprisable de Paris, la classe des agioteurs, va se soustraire à toute espèce de contribution : car, ne nous y trompons pas, l'impôt mobilier ne pèse presque pas sur la classe indigente. Oui, citoyens indigents, l'impôt que l'on veut détruire ne frappe fortement que sur les riches. Et comment pourrait-il vous atteindre considérablement, vous qui ne connaissez que les goûts de la nature, et dont les maisons, images fidèles de la simplicité de vos cœurs, ne sont point souillées par un luxe insultant? Vous ne craignez point que l'on impose chez vous des meubles somptueux, car vos simples demeures ne sont parées que de vos vertus et de la pureté de vos mœurs. Il est donc démontré combien il est dangereux de détruire l'impôt mobilier; il est à présumer que ce projet de décret est un piège de l'agiotage, qui voudrait encore immoler le peujjle à ses calculs homicides.

Je passe à la seconde partie du projet de décret. Il est souvent dangereux de vouloir appliquer dans toutes circonstances les spéculations hardies de la philosophie. Je conviens qu'en principe chaque secte doit payer ses ministres; mais le peuple n'est point encore assez éclairé pour adopter cette mesure. Vous n'ignorez pas Pinfluence que les prétr-es ont acquise sur le peuple des campagnes et sur une partie de celui des villes. Si vous alliez refuser à ces prêtres le traitement que la nation leur a promis solennellement, alors vous verriez ces hordes sacerdotales se déchaîner contre la République naissante et peut-être l'étouffer dans son berceau; vous les verriez secouer de toutes parts le flambeau de la guerre civile, faire perdre à la Convention la confiance dont elle est investie; et ne croyez pas qu'il nous fût aussi facile de triompher de ces Catilinas tonsurés que des prêtres réfractaircs. Le parti des prêtres soi-disant constitutionnels est considérable et puissant : il leur serait facile de diviser le peuple français et d'opérer la ruine de la liberté. Agissons avec les prêtres comme avec ces animaux féroces qui nous menacent de nous dévorer :

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pour apaiser leur rage, nous leur? jetons un morceau de pain. Eh bien, pour que les prêtres ne s'élancent pas sur nous, ne laissons pas oisive leur voracité, et donnons-leur du pain. Alors ils seront paisibles. Leur intérêt est le dieu qu'ils adorent; ils seront patriotes, car un prêtre qui a de quoi manger devient moins dangereux.

Et dans quel moment vient-on vous proposer une mesure aussi impolitique? C'est dans un moment où la nation va s'occuper du jugement d'un grand coupable, c'est dans un moment où, pour consolider une République naissante, nous avons besoin du calme le plus profond, et où nous devons éviter jusqu'à la moindre apparence des discordes civiles. Voudrait-on jeter des semences de division parmi les citoyens dans un moment où ils doivent marcher réunis vers les grands intérêts de la patrie? Gardons-nous donc d'adopter une mesure aussi impolitique.

Mais ce projet de décret n'est pas seulement impolitique, il est mjuste et barbare. Quoi de plus injuste et de plus barbare que de sacrifier des milliers d'êtres sensibles aux calculs d'une meurtrière économie? L'économie d'un grand peuple, c'est la justice et la générosité. Or, serions-nous justes et généreux envers cette foule innombrable de victimes de l'erreur, que la superstition avait amoncelées dans ces cachots ténébreux appelés couvents, si nous les i)Iongions dans les noirceurs de la misère? La main de la philanlrophie n'aurait-elle brisé les portes de ce? afTreux asiles où gémissaient tant d'êtres infortunés que pour les faire repentir un jour d'avoir respiré avec nous l'air de la liberté? Pourquoi chercher à leur i'aire maudire une patrie dont ils bénissent la bienfaisance? J'appelle surtout l'humanité de la Société sur ce sexe faible et délicat que le despotisme des familles ou le fanatisme avaient précipité dans des monastères. Vous avez rendu la liberté à ces malheureuses victimes, et vous voudriez avijourd'hui leur faire regretter U^? chaînes que V(Ui? leur avez brisées? Car ces infortunés ne pf>urraienl-ils pas s'écrier : « Pourquoi nous avoir rendu la liberté, pour nous en enlever tous les charmes et nous sacrifier aux combinaisons sanguinaires de l'agiolage? Vous avez feint d'être attendris sur notre malheureux sort : quelle pitié barl^an; n<tus arracha du séjour que nous haltitions? Nous n'y connaissions pas le hunlieur, mai? au moins l'hahitude du malheur non? v rendait presque insensible?. La |ialric u(»us a appelés dan? son sein; à, sa voix nous sommes venus avec confiance; p(iuvi(uis-nnu? penseiqu'elle repousserait ses enfants avec cette criante perfidie? ■>

Tel e-^l le langage que pourraient tenir ces malheureux, si le pr(»jet de Cand'ou était adopté. Mais non, nuire siècle ne sera pas souillé

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par cet excès d'inhumanité; nous aurons les vertus des républiques généreuses et nous ne confondrons jamais l'économie politique avec la mesquinerie d'un économiste de comptoir. Je demande donc que l'on s'oppose par tous les moyens possibles à ce projet de décret, dont j'ai démontré l'impolitique et l'injustice.

Garnier. — Il faut bien distinguer une Société qui se recrée, en quelque sorte, avec ses propres décombres, d'une Société neuve dans laquelle les passions, les préjugés sociaux n'ont point changé les heureuses directions de la nature. Si la République française était une Société naissante, je serais de l'avis de laisser à cliacun le droit de payer les ministres de son culte ; mais la nation française, qui a déjà renoncé à bien des préjugés, en conserve cependant encore un grand. Le fanatisme a encore bien des victimes, les prêtres ont encore le règne de l'opinion dans une grande partie de la République. Or, le projet de décret que l'on propose n'est propre qu'à réveiller le fanatisme et exciter des troubles civils.

Garnie)' fait sentir l'impolitique du projet du Comité des finances, et conclut à ce qu'il ne soit pas adopté.

Uti membre donne lecture d'une adresse d'Anacharsis Gloots à la Convention nationale, dans laquelle il rend compte de différentes conversations qu'il a eues avec le ministre Roland, de vouloir [sic) transférer dans le Midi la Convention nationale. Il dit que cette force armée que certains hommes désirent tant n'est destinée qu'à transférer ailleurs les représentants du peuple. 11 caractérise Roland d'un seul trait : Chénier a dit que Roland était un personnage historique, et moi je dis que Roland est un personnage fabuleux.

La séance a été levée à dix heures.

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