‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 89 sur 131 · SÉANCE DU DIMANCHE 18 NOVEMBRE 1792, L'AN V' DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU DIMANCHE 18 NOVEMBRE 1792, L'AN V' DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSmEiNCE DE LE PELETIER

Après la lecture du procès-verbal, un secrétaire propose de rédiger ainsi l'arrêté pris dans la séance précédente, relativement à l'ouvrage d'Anacharsis Cloots, dans lequel il démasque les partisans de la République fédérative :

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« La Société, considérant que l'ouvrage d'Anacharsis Cloots renferme des dépositions très utiles contre Roland, Brissot et les partisans de la république fédérative, en arrête l'impression, sans partager cependant les opininn? do l'auteur sur ce qui concerne Marat. » {Applaudi.)

La Faye appuie la rédaction proposée. « Car, dit-il, la Société ne peut faire imprimer que les ouvrages conformes à ses principes. Or, nous estimons tous Marat, et nous connaissons la pureté de ses intentions et de son patriotisme: nous ne pouvons donc souffrir iiu'uu l'accuse d'avoir voulu assassiner Anacliarsis Cloots. » [Applaudi.]

Robespierre le jeune prend aussi la défense de Marat et soutient que la Société, après s'être emparée d'un ouvrage, a le droit de le faire imprimer avec des notes et observations sans avoir consulté le vœu de l'auteur. Il conclut à ce que la Société fasse imprimer l'écrit de Cloots avec des notes et observations qui puissent attester l'opinion que la Société a toujours eue des vertus et du patriotisme de Marat. « J'ai remarqué, dit-il, dans cet ouvrage une opinion que Cloots manifeste sur Barbaroux, et qui n'est point celle de la Société : Cloots dit que Barbaroux a un patriotisme pur et qu'il n'est qu'égaré; ce n'est point l'opinion de la Société. Je demande, en conséquence, que la Société mette en note qu'elle ne croit pas au iiatriotisme de Barbaroux. » (Applaudi.)

Basiiœ. — Que nous importe l'idée que Cloots i)cut avoir de Marat? Les erreurs qu'il a pu répandre sur son compte peuvent-elles entrer en compensation avec l'utilité ([ui dnil résulli.-r do l'impression de son discours? Car, citoyens, je regarde cet ouvrage comme très propre à dessiller les yeux des départements sur la faction fèdêi-ative. Il piddiiiia même un plus heureux effet sur les esprits égarés (pie toutes les adresses de votre Comité de correspondance. Eu le lisant ou se demandera tout de suite de quel parti est l'auteur. On verra d'abord que l'auteur n'est ni Jacobin bien prononcé, ni rolandiste, ni brissotin; ou verra qu'il dit lM;aiicou[) de mal de Maiat, el, le vovaul |i;iiler également (UMitre Ilolaïul, Brissot et autres, on dira: Cloots est un homme impartial; (-t alors les lect<;urs retirerttut une grande instruction de son écrit, caralors il paiailra rédigé pai- un iiomme sans passions particulières. Et d'ailleuis, examinons les reproches faits à Marat, el nous verrons que la plupart sont assez fondés. [Murmures i'ii)letits.) Citoyens, je veux être* libre, même en parlant de Marat. Si ma voix était étouffée par îles murmures improbalcur?, je resterais

chez moi pour être libre, car je veux être libre même parmi les Jacobins.

Ici le Président rappelle Basire à Tordre, en lui disant : « Citoyen, votre expression est inconvenante, car c'est ici le temple de la liberté, je vous rappelle à Tordre. »

Basire continue. — M. le Président conserve le sang-froid qid lui .convient; quant à moi, il n'est pas étonnant que, dans la chaleur du discours, il me soit échappé quelques expressions que mon. cœur désavoue. On ne m'accusera pas sans doute d'être l'ennemi de Marat : je l'estime, je rends justice à sa probité et à la pureté de ses intentions; mais je dois dire ici la vérité, et je suis sûr que Marat luimême ne me désavouera pas.

Je dis donc que la plupart des reproches faits à Marat sont assez fondés. [Quelques murmures .) Par exemple, on accuse Marat d'exagération; il faut être exagéré soi-même pour n'être pas convaincu. [Murmures.) Marat en convient lui-même, car il m'a dit à moi-même qu'il ne fallait qu'un Marat dans la République . N'allez pas croire, cependant, que j'attribue l'exagération de Marat à un vice de cœur. Voici ce qu'il me disait lui-même un jour. Je lui reprochais son exagération en lui disant qu'il servirait bien mieux la cause de la liberté s'il consacrait sa plume à de grandes questions de la politique; je lui dis que ses écrits, lus par des hommes qui ne le connaissaient pas, pouvaient nuire à la chose publique, qu'il ne devait pas provoquer directement au meurtre. Marat me répondit : « Mon ami, je surfais au peuple parce que je sais que le peuple est une marchande; mais la main me sécherait plutôt que d'écrire, si j'étais sur que le peuple dût exécuter ce que lui dis de faire. »

Ainsi donc, Marat est un homme exagéré. J'attribue cette exagération à ceux qui l'ont forcé de voir les choses en noir; cet homme que La Fayette a tant persécuté, qui, pour éviter les poignards de la liste civile, a été obligé de mener une vie souterraine, a fini par tout exagérer; mais son cœur est pur et son exagération est due à ses cruels persécuteurs. Ainsi, en convenant de l'exagération de Marat, je suis loin d'approuver les intrigants qui demandent contre lui un décret d'accusation, et je soutiens qu'il n'y a que des scélérats qui peuvent désirer que Marat soit exclu de l'Assemblée des représentants du peuple.

Quant à l'endroit du discours de Gloots où il dit que Ton le placardait comme un homme pendable et qu'il pouvait chaque jour être exposé aux poignards d'un Marat, il est évident qu'il ne dit pas que

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Maral ail voulu ra?sa«>iner ; Texpression dont Cloots se sert est générale et ne porte point directement sur Marat.

Mais, d'ailleurs, rapportons-nous en à Marat lui-même sur l'utilité de l'écrit de Cloots. Je lui ai parlé de cet ouvrage, et Marat le regarde comme très-propre à éclairer les départements sur le compte de Roland et la faction brissotine. Lorsque je lui ai parlé de ce qui le concerne dans ce discours, il m'a dit qu'il s'en souciait peu. « Il est utile aux Jacobins, m'a-t-il dit, que l'on me cabjmnie; il faut que les aristocrates trouvent un moyen d'attaquer les Jacobins; mais, ne pouvant mordre la Société entière, ils s'attaquent à moi, pauvre diable, et, tandis qu'ils me décbirent, ils laissent la Société tranquille. »

Lorsque je lui ai parlé de celte plirase où Cloots dit que le peuple croit aux vertus de Marat et de Iloland, Marat m'a dit : « Lorsqu'il parle de mes vertus, il ne se trompe i>as; mais il se trompe quand il parle des vertus de Roland, car dans trois mois le peuple détestera Roland autant qu'il l'idolâtre aujourd'hui. Quant a-x calomnies répandues contre moi, j'y répondrai quand il en sera temps. »

D'après ce que Marat dit lui-même, je pense qu'il n'y a aucun inconvénient à faire imprimer l'écrit de Cloots sans aucune note ou observation. Je conclus donc à l'impression pure et simple de l'ouvrage de Cloots.

La Société passe à ionlre <lu joiu' sur les divers amendements proposés à l'égard du discours de Cloots et en arrête l'impression \n\ro et simple, ainsi (jue l'envoi à toutes les Sociétés affiliées.

Sijas donne lecture de la correspondance. Une lettre envoyée par une Société afîdiée donne lieu à un arrêté de la Société. Les citoyens qui envoient cette lettre aux Jacobins li ur font p.ii-t d'une invitation faite par le citoyen Paganel aux citoyens de son département, par laquelle, après leui- avoir peint les entreprises criminelles des agitateurs, il les engage à venir former nu reuqiail auloui- de la Couveiilion nationale pour la mettre à l'abri des i)oignards des factieux.

La Société, trouvant dans cette lettre des calomnies atroces contre les citoyens de Paris, arrête qu'elle sera communiquée au Comité de sûreté générale de la Convention.

Le citoyen Laveaiix, membre de la Société de Strasbourg, envoie une dénoiu;iation contre le minisln,' Rolaïul, avec des jiièees jusilicatives. Le dirrcidire du di'pai leinenl du |{as-l{iiin avail eniidaiiuu} a la déporlalion nu ei-devaiil eliannine de Strasbourg, |>our avoir vinlé

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les luis relatives à la police des cultes : le ministre de rintérieur a paralysé de son veto l'arrêté du département.

La Société arrête que ces pièces seront envoyées au Comité de jsùreté générale pour lui faire connaître la conduite de Roland.

Basire. — Le Comité de sûreté générale recueille avec soin tous les faits qui sont contre Roland, et, lorsqu'ils seront en assez grand nombre pour demander le décret d'accusation contre lui, alors nous en ferons un rapport à la Convention.

Voici encore un fait contre Roland.

Vous connaissez une pièce intitutulée le Tribunal redoutable. Cette pièce est une épigramme continuelle contre la journée du 10 août. On fait paraître sur la scène un roi à peu près semblable à Louis le dernier, en faveur duquel on cherche à exciter la pitié des spectateurs. J'observe à la Société que le théâtre où l'on a donné cette pièce aristocratique est soutenu par Roland, qui emploie à faire jouer des pièces inciviques les sous que la nation lui confie.

Manuel. — S'il est un homme que nous respectons, c'est Franklin, moins parce qu'il a arraché la foudre aux dieux, qui ne font de mal à personne, que parce qu'il a arraché le sceptre aux tyrans, qui font du mal à tout le monde. Ce législateur, pour consolider la liberté dans sa patrie, avait fondé des écoles de civisme, des Sociétés patriotiques où il prépara la sublime constitution des Américains. Pour l'admission des candidats, il avait établi une série de questions que le président faisait aux citoyens qui se présentaient. Je vais en donner lecture à la Société, et il suffira sans doute de faire connaître cette formule de réception adoptée par Franklin pour que la Société s'empresse d'en consacrer l'usage.

Voici les questions que le président du chdj de Philadelphie faisait aux candidats :

« Aimez-vous tous les hommes, de quelque profession ou religion qu'ils soient?

« Croyez-vous qu'on puisse persécuter ou décrier un homme pour de pures opinions spéculatives, ou pour le culte qu'il professe?

« Aimez-vous la vérité pour elle-même? Emploierez-vous tous vos efforts pour la connaître et la faire connaître aux autres? >>

C... — Ami de la tolérance et de cette douce philosophie que respirent tous les ouvrages de Franklin, je demande avec impatience que la formule préparée par Manuel soit consacrée par un arrêt de la Société.

490 SOr.lÉTK Di:S JACOltlNS [IS nov. I7'J-2J

Thuriot et quelque? autros membres demandent l'ordre du jour.

Alexandre Courtois combat la proposition de passer i\ Tordre du jour sur la motion de Manuel.

« La demande de cet ordre du jnur, dit-il, est une injure à la mémoire de Franklin, elle est un outrage aux idées éternelles et saintes que ce grand bomme a proposé de consacrer dans les Sociétés qu'il a fondées, et je pense que la Société se désbonoreraitsi, par un ordre du jour, qui souvent est la raison de ceux qui nen ont pas d'autres, elle rejetait la proposition de Manuel. »

La Société est passée à l'ordre du joiu\

Basire. — Je parle contre le projet de décret du Comité des finances.

« Vous n'êtes pas pbilosophe », me dit un citoyen, en voyant que je m'élevais contre le système de Gambon. C'est ainsi que l'on veut décrier ceux qui soutiennent les véritables principes de la philosophie. Je dis au contraire que le projet de Cambon est antiphilosophiquc. Ne donnons [)as le titre de philosophes à tous ces misérables pédants que le peuple jus(pi"ici a trop révérés. La véritable philosophie ne consiste pas seulement a régler ses o})inions, mais elle consiste aussi à bien connaître l'cjpinion publique. Il ne suftit pas qu'une opinion soit bonne pour l'adopter, il est nécessaire qu'elle soit générale. Apprenez que, chez un peuple superstitieux, une loi contre la superstition est un crime d'Ktat.

Mais, dit-on, vous calomnie/, le iteui)le en disant qu'il n'est pas capable de recevoir ctHte loi. D'abord je suis surpris cpie ceux qui disent que le peuple est ignorant, pour avoir le droit de l'asservir, le transforment tout à coup en une assemblée de philosoi)hes. Mais croyez-vous que ceux ipd payent les prêtres n'aiment pas mieux les payer que d'avoir à lutter contre une minorité' qui veut des prêtres?

Mais quel est le pouvoir du clergé? Que peut-il sur moi, sur vous? Sa mission se borne à consoler îles vieilles femmes. Quel plaisir pourriez-vous trouver à irrili'r tirs fous? nucllc pliilosophie y a-t-il donc là dedans? Votre décret en relarde les progrès. Les prêtres, tranquilles sur les moyens de subsistances, voyant paraître le jour de la raison, pf)uvaient se faire honneur de pi'ècher une sainte morale et d'être les organes de la Vf-rib'-. Si les i'analicpies se poilful à des excès, faudr-a-t-il les détruire? La pbilosopbic qui |irê<"be la tolérance va-t-elle se donner tous les torts de l'incpiisition? Plaignons la sui)erstition, elle passe avec les hommes caducs d<uil la tête en est eufore imprégnée. J'.iIim'' niiiMis p.iyt'i- les prèlres [tour êlif lraiuiuilli\ puis-

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que mon aïeul ne peut pas s"en passer. Je ne suis pas partisan du clergé flit conslilutionnel. De tous les prêtres que j"ai connus, je n'ai pu en aimer qu'un, et ce prêtre, c'est Chabot. Si les apôtres du culte catholique se présentaient parmi nous pour la première fois, j'irais, armé de la philosophie, les repousser ou périr sur la brèche; mais ils sont établis depuis deux mille ans, ils ont beaucoup de partisans.

On m'oppose que, sans troubles, nous avons supprimé la royauté. Si ces opérations même n'eussent présenté d'autres avantages que celui de l'économie, la nation n'eût pas opposé une résistance si opiniâtre. Aujourd'hui vous mettez son intérêt en opposition avec la philosophie, il ne pourra plus vivre que de mensonges. Avec quelle ardeur il va propager l'erreur. Le projet du Comité est donc nuisible aux progrès de la philosophie.

Je finis par une observation. Quelle est la marche de vos Comités, qui nous présentent des articles d'une administration provisoire? Dans quelle vue prétend-on fatiguer le peuple par une subversion périodique du gouvernement? Sous tous les rapports le projet dit Comité est inadmissible : je demande que tout soit conservé provisoirement dans l'état où il se trouve, et je m'oppose à toute espèce de changement provisoire dans le gouvernement. [Applaudissements très vifs.)

Manuel. — Je me suis occupé ce matin à combattre les rois à la Convention nationale, et ce soir je vais combattre les prêtres. Je ne leur ferai pas plus de grâce aux uns qu'aux autres. Les prêtres ne sont-ils pas les auteurs de tous les malheurs du genre humain? Pour faire connaître à la Société quel est l'esprit public des départements, je vais donner lecture d'une adresse d'une petite ville à la Convention nationale, et vous verrez que les prêtres n'y sont pas plus respectés que les rois :

« Législateurs, c'est le 21 septembre que vous avez proclamé la République ' , c'est le 21 septembre que vous avez sauvé la patrie. Vous avez bien connu le \œu de la nation fanoaise, vous l'avez exprimé avec courage, vous avez fait votre devoir, nous vous en félicitons ; achevez, achevez votre ouvrage avec la même énergie, et la France entière vous recompensera dignement en déclarant dans ses assemblées primaires que vous avez bien mérité de la patrie.

« Sans doute les lois doivent être observées jusqu'à ce qu'elles soient abrogées, sans doute la constitution ne peut l'être qu'après

1. 11 y a là une erreur : le 21 septeuibre la Convention abolit la royauté, et ce n'est que le lendemain qu'elle établit la République.

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avoir bit'ii médité et approfondi les principes d'un gouvernement libre, et qu'après avoir fait une nouvelle constitution, dont tous les articles soient les conséquences immédiates de ces principes; réfléchissez donc et méditez profondément avant de poser les bases d'un édifice qui, avant peu, sera le code de l'univers ; mais ne perdez jamais de vue que vous avez aussi la mission de prendre avant tout les mesures nécessaires, et pour sauver l'empire, et pour éclairer l'opinion et la préparer par le changement des mœurs à recevoir des lois qui doivent faire le bonheur de la société. Législateurs, nous étions républicains avant le 10 août, nous parlons le langage sévère de la liberté, nous ne flattons point; méritez la confiance de la nation, et elle vous l'accordera sans réserve.

« Nous payons exactement les impositions, mais c'est pour que le produit serve à consolider notre bonheur. Serait-ce donc encore longtemps pour alimenter la secte sacerdotale, cette secte dont l'intolérance et la perversité sont attestées dans toutes les pages de l'histoire? Le clergé n'est qu'humilié et n'est point anéanti ; tremblez qu'un jour il ne reprenne sa première férocité, et ne répande autant de sang qu'il en a déjà fait couler; le prêtre est toujours prêtre, et c'est ce qu'il ne faut pas : il doit être citoyen, et rien de plus.

« Arrachez donc bien vite du code des Français régénérés cette constitution civile qui pcrpétu(i l'esprit du fanatisme et d'intolérance pt qui fait croire au prêtre <pi"il rsl une espèce supérieure aux autres Fran(;ais. On lui donne une juridiction, on lui donne un territoire circonscrit, on lui donne des paroissiens : comment ne serait-il pas intolérant? Comment ne se croirait-il pas des droits sur la direction de votre conscience? Nous avons une conscience, une raison, une raison à nous; nous ne voulons ni de la conscience, ni de la raison, ni de la religion du prêtre.

.' Doit-on loli'i'iT une icligion qui de sa nature est inloli-ranle? C'est une (pu-stion dont la négative sera sans doute décidée dans la constitution que vous présenterez à l'acceptation des l'^rancais. Mais, en attendant, que ceux dont l'àmc a besoin dune croyance mystérieuse, que ceux-là payent les prêtres catholiques, on peut le permettre sans de graiuls dangers, mais (jue ceux-là seids les payent : il est bien juste (pu- chacun paye ses ])laisirs. Ils sont heureusement fu 1res petit noud)r<', et dès tpir le iirêlrc, lommc le négociant, sera payé par le consommateur, il se trouvera i)eu diud)êciles (]ui useront de cette denrée. Ne serait-il pas absurde, en cfTel, (pie des Français éclairés, des Français libres, payassent des hommes dont la morale est dt-slruclive de tout espril public? !..■ jeune, le cilicc,

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Tobéissance aveugle, la discipline, voilà la grande vertu du catholique; pourquoi donc ne pas placer aussi au nombre des vertus l'art de sauter et de voltiger sur la corde? Qu'importe, en effet, auK nations qu'un homme se fesse, ou qu'il fasse le saut périlleux? Le voltigeur amuse au moins, il procure du plaisir, par là même il peut être utile. Sans cesse le prêtre donne de l'Eternel une idée petite et mesquine ; les pratiques les plus minutieuses, voilà ce qui conduit au ciel selon lui; il compte pour rien les vertus sociales; il dégrade l'àme, il abrutit l'esprit, il avilit l'humanité. Nous, et bientôt, si vous le voulez, tous les Français penseront comme nous ; nous ne nous représentons pas l'Eternel sous la forme d'un despote oriental, nous nous en faisons une idée plus agréable et nous le croyons plutôt entouré d'un Minos, d'un Aristide et d'un Lycin-gue (|ue d'un saint Crépin, d'un saint Antoine, d'un saint François. Un bon cultivateur, un bon soldat, un citoyen vertueux, voilà les saints dont nous honorerons la mémoire; voilà les vertus que nous voulons qu'on nous enseigne, voilà le culte que nous professons, et le nom d'un Beaurepaire doit être placé sous les yeux des Français plutôt que celui d'un imbécile qui n'a donné l'exemple d'aucune des vertus sociales et qui n'a fait que végéter et mourir inutile.

« Notre pétition est que le nom de commune soit substitué à celui de paroisse, que la constitution civile du clergé soit abrogée, et que le Comité de constitution soit chargé de présenter incessamment un rapport pour établir des fêtes nationales qui développent l'esprit public et rappellent à tous les Français les vertus douces, humaines et bienfaisantes dont un bon républicain doit donner l'exemple à tous ses frères.

« Les Amis de la liberté et de l'égalité de la commune de La Souterraine, département de la Creuse. »

CnALES. — 11 n'est aucun membre de cette Société qui ne convienne des principes développés par le citoyen Manuel. Tous conviendront que les prêtres doivent en principe être payés par ceux qui les emploient, qu'il n'est pas juste que des protestants salarient des prêtres catholiques, que la conscience ne peut être iuiposée par aucune loi ; voilà des principes dont tout le monde convient aisément. Ainsi, si je combats l'opinion de Manuel, que l'on ne s'imagine pas que je sois le partisan des prêtres; mais je ne puis admettre dans ce moment l'application des principes dont je reconnais la vérité. Si le peuple était éclairé, il n'y aurait aucun inconvénient d'adopter le projet

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Cambon; mais le peuple a une confiance aveugle dans le? prèlres, le peuple les croit encore nécessaires à son bonheur; et vouloir les lui enlever, c'est exciter le réveil du fanatisme. Craignons que ce monstre, déjà ti,'int de notre sang, ne veuille encore s'en abreuver. Craignons de rendre les prêtres ennemis de la République naissante : alors ils pour+'uient enlever aux législateurs la confiance dont ils sont investis et s'opposer avec succès à rétablissement de la République. Ainsi donc, en convenant des principes avancés par Manuel, je m'oppose à leur application actuelle, parce que je la crois dangereuse et impolitique. Applaudissements.)

Un citoyen de la section de la llalle-aux-Hlés écrit à la Suciolé pour lui dénoncer Chambon, médecin, qu'un grand nombre de voix portent à la place de maire de Paris '. Ce citoyen croit (piil e«t de son devoir de dévoiler la conduite du médecin Cliaml)on. Il l'accuse d'être un Feuillant, un modéré, un Fayettiste; il finit par inviter la Société à prendre tous les moyens possibles pour empêcher que les sufTrages se portent sur un liumnie <jii'il dit être indigne de la confiance pu- Jilique.

La Société applaudit au zêlc du dénonciateur de CI)aml)on.

Un citoyen observe que la faction brissotiue fait l»»u> ses efforts pour faire nommer Chambon à la place de maire. Il dit que Brissot a fait beaucoup d'éloges de Chambon dans son journal, parce que ce dernier est le médecin de Brissot, qui sans doute ne serait [tas fâché de voir son médecin élevé à la place de maire «le Paris. [Applaudissements très vifs de l'assembler cl des tribunes.)

Un citoyen demande que la Société ne tienne pas de séance le lendemain, afin de laisser à chaque membre des Jacobins la facilité d'aller dans sa section voter [lonr le clioix d'im maire.

Quebjues citoyens s'oi)posent à celte moli<m, fondée sur ce «jue les nicndires de la Convention pouvaient venir aux Jacobins; mais nu a observé que les intrig.inls prcdilairnl de l'absence des |(;itriol('> pour former des cabales, que le meilleur moyeu de les déjouer élail de rester |»résent jusqu'à la fin des asseml)lées de section.

Cet avis a prévalu, et la Société a terminé sa séance en arrêtant (ju'elle n'en liendrait pas le lendemain, aliriqiie eiiaque citoyen juiisse voter dans sa section avec [dus de faillite.

La séance a été levée à dix luuie-.

1. Cliaiiiboii fut en ofTt't l'-lu maire de Paris par 8,3.'i8 voix contre :j,90r) données à Liilier. Le dépotiilleuient des sulTragcs eut lieu le !«'■ décembre 17'JJ.

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