‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 91 sur 131 · s'appelait Guillaume Tollet · texte numérisé non relu

s'appelait Guillaume Tollet

3. Pierre Paganel était député du Lot-et-Garonne à la Convention.

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pendant on a vu peu d'adresses des corps électoraux. C'est une nouvelle victoire des Jacobins : car, s'ils n'avaient pas eu le courage de dire tout ce qu'ils craignaient sur le système du fédéralisme, sur les intrigants de la Convention, la faction brissotine aurait eu un succès assuré. Je cite, en preuve des faits que je viens d'avancer, ce qui est arrivé dans l'assemblée électorale du département d'Eure-et-Loir : on y a dénoncé un député de ce département comme Jacobin ami de Marat; l'assemblée électorale a délibéré s'il y avait lieu à la révocation dudit membre. Je donne l'éveil à la Société sur cette nouvelle manœuvre de l'intrigue, afin qu'elle prenne des moyens pour la déjouer. Je finis par apprendre à la Société que le député qu'on a voulu révoquer, c'est moi. [Applaudi.]

Tallien. — La Société n'ignore pas les mano'uvres que l'on emploie pour éloigner des Jacobins les membres de la Convention. On emploie pour les calomnier les mêmes moyens emi)loyés par Léopold et La Fayette. On veut faire regarder l'exclusion des intrigants Fauchet et Brissot comme l'effet d'un parti, tandis (jue c'est le résultat des véritables principes. J'ai dans ce moment (.-utre les mains plusieurs lettres arrivées du Midi, dans lesquelles on s'élève contre les agitateurs; dont on prétend que le centre est dans cette Société. Tous ces faits vous démontreront la nécessité d'une perpétuelle correspondance avec ces Sociétés. 11 laut leur envoyer des lumières. 11 n'existe aucun journal vraiment patrioliijue; tous flattent les mêmes personnes et chercbent à endormir le peuple, comme en 1701. 11 faut donc, outre la correspondance, que l'on intercepte à la poite. leui- écrire des lettres particulières. Je le dis ici bautement, les administrateurs des postes sont autant et plus inciviques que les administrateurs de l'ancitu régime. S'ils se croient calomniés, ils peuvent m'altaquer devant les triliuiuuix, je Iciu- répondrai, .le Irni- dirai qnils (»nl, même dans cette Société, des émissaires qui les instruisent de ce qui s'y passe; je leur dirai ipie «ians les bureaux des postes le même incivisme règne. La Société dnil dune prendra de grandi--^ im'sures; il ne faut pas <|u'elle nage entr'e deux eaux; il r.iul ipi'ellc arraclir le masque aux liommes (|ui sont les plus m(»rlcls ennemis de la libi-rlé. Il ne faut plus de circonlocution ; il faut (pTellf tlise : <• Hris-:ot est un scélérat, Louvet est nn inliiuanl, itoland est indigne de iiidrc t-onfiance, (îlavière doit être destitué. » Ce n'est [tas un germe d'insurreelion que je jette ici, c'est un ge-rnie d'esprit |)ul»lie. Il faut (|ne tous les membres de celte Société cpii sont députés à la Convenlicm se cbargenl d'écrire toutes ces vérités dans les d(''|>arlemenls.

Des lettres sont parvenues h Petion pour la Société; c'esl sans

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doule une erreur de ses bureaux qui fait qu'elles ne nous ont pas été remises. Mais je ne crois pas que la Société doive faire aucune invitatation à Petion, cela est indigne d'elle; elle ne doit pas faire d'invitation à des individus. Il faut que ces hommes, qui assistent à nos séances, et qui ensuite vont souper chez Petion, lui disent : « Nous ne venons pas ici pour tes soupes, mais pour te dire que nous ne voyons pas en toi un franc républicain. Nous espérons que, rendu à la vie privée, tu ne seras plus environné d'une foule d'intrigants qui te rendent inaccessible aux vrais patriotes. » Il faut aussi dire aux autres leurs vérités avec courage et fermeté. On veut égarer l'opinion publique : il faut la redresser, car elle est aussi corrompue qu'en 1791. Vous devez envoyer une adresse aux assemblées électorales; que votre correspondance soit active; mais je demande que l'on passe à l'ordre du jour sur ce qui concerne les invitations à faire à Petion, car elles ne conviendraient pas à la dignité des Jacobins. {Applaudissements très vifs.)

L'ÉvÈQUE DE Nevers. — Je suis pénétré des mêmes principes que le préopinant. Je suis d'avis que la Société doit prendre tous les moyens possibles pour s'opposer aux effets du brissotisme, car les départements sont infectés du virus brissotique. Mon département en est une preuve, car, malgré les lettres et les circulaires de la Société, mon département est aussi fanatique et aussi brissotin qu'aupararavant. Et, pour faire voir combien l'esprit public s'est corrompu, on a nommé officier de gendarmerie Nicot Destleger, contre lequel j'ai dans ma poche quantité de lettres que des gendarmes m'ont remises. Tallien propose d'écrire aux corps électoraux pour les prémunir contre les mauvais choix : j"observe que ce moyen est inutile, car la mission des électeurs est sur le point de finir.

Tous savez sans doute que le ministre vertueux ' est venu nous dénoncer des papiers qu'il a trouvés aux Tuileries. La Convention a perdu la dignité qui lui convenait. Il était question d'un décret d'accusation rendu depuis huit jours et non exécuté. La Convention a demandé le ministre de la justice pour rendre compte de l'inexécution du décret d'accusation lancé contre l'ex-ministre Lacoste. Le ministre de la justice a pris tous les moyens possibles pour se justifier ; mais il est facile de voir que le ministre n'a pas fait son devoir. On interpelle Roland, et Roland, qui n'avait pas sa femme à ses côtés, n'a su que répondre; il a dit qu'il était tellcuient surchargé d'affaires qu'il ne se rappelait pas ce qu'il avait fait relativement à l'ex-ministre

1. C'est Roland que Tévèque de Nevers désigne ainsi ironiquement. Tome IV. 32

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Lacoste. Il a remis à demain sa juslificalion. Personne ne doute que Roland n'apporte demain une belle défense, car Roland va diner avec tou> les députés parasites cpii assiègent sa table; il a eu un lète-à-téte avec sa femme, et il apportera demain une réponse qui piouvera qu'il est innocent, comme il est prouvé jusqu'ici qu'il est vertueux.

Pour resserrer les liens de la fraternité qui nous unit, je demande que les députés qui assistent à vos séances jurent, sur la foi du serment, qu'ils ne trahiront point les intérêts de la patrie, et qu'ils sauront mourir à leur poste plutôt que d'abandonner la cause de l'éijralité.

Un membre s'écrie : « Il ne nous faut point de serinent, mais il nous faut des actions. »

L'ÉvÉQUE DE Nevers continue. — Je réponds que c'est parce que nos actions n'ont point encore justifié le choix de nos commettants que nous devons prêter le serment; je demande que tous s'y astreignent pour se distinguer des mauvais citoyens. Quant à la correspondance, je demande que les membres de la Société qui sont députés envoient, sous le cachet de la Convention, des écrits utiles aux départements. afin d'éviter Timprobité des administrateurs des postes.

GouPiLLEAU (de xMontaigu). — Vous savez que Roland a fait briser un mur, quil a trouvé dans une excavation des papiers intéressants. Je crois que des commissaires choisis par l'Assemblée législative pour inventorier tous les [lapiers du ci-devant roi pouvaient être appelés à connaître ces nouveaux papiers de Louis XVI. Témoin de tous ces faits, je dois en rendre compte à la Société. Je prie la Société d'observer que le citoyen Laloy ' et moi sommes chargés de procéder à l'inventaire des papiers qui se trouvent au château des Tuileries, Nous avons parcouru tous les appartements et nous avons rempli notre mission avec zèle. Ce matin, depuis neuf lieures et tiemie, lo citoyen Laloy et moi étit ms occupé- à continuer l'inventaire des papiers tiouv('-s chez Louis \\\.

Roland s'est introduit dans le château et est monté dans les appartouients du ci-devant roi; nous avons appris qu'il a fait briser un mur, que là, sous le prétexte d'une dénonciation secrète, il a fait faire une fiuverture et a trouvé «les jiapiers intéressants. Nous eroyons (pie des commissaire pouvaient êtic appelés à l'examen de ces papiers. Alors H<daud est venu à la Convention à midi et demi, il nous a dit : " Je viens de découvrir des papiers avec beaucoup de peine; il a

1. l'icrre-.Viiluiuc Laloy élait dOpiil'' il<' la llaute-Manu- 'i li < .<'ii\ • nlinii.

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fallu briser un mur. » Et comment, en si peu de temps, a-t-il pu faire l'analyse de ces papiers? Tout ceci n'est qu'une observation que je soumets à la Société. Roland n'a pas fait ce qu'il devait faire. Il sait que Lalov et moi étions chargés de l'inventaire des papiers; j'aurais désiré que Roland nous eût dit : « Citoyens, je connais l'étendue d.^ votre mission; venez avec moi. » M:\\s couiment peut-il se faire que Roland, connaissant notre mission, nous ait laissés à l'écart? Je vous déclare que je n'ai jamais été ni pour ni contre Roland : je suis pou;le bien de ma patrie; je vous déclare donc que je trouve très exlraordinaire que liolaml ait Icuu celte conduite, car les patriotes ardents peuvent l'accuser d'avoir soustrait des pièces relatives à Louis XVI; les amis de Louis peuvent l'accuser d'avoir soustrait de.; pièces à la ilécharge de Louis XVI. Mon collègue et moi prions la Société de croire que nous avons i^r-iipli notre mission avec zèle et impartialité et que Roland a fait une insulte à la Convention. Yoilj le compte que nous devions rendre à la Société. [Applaudissements frh vifs.)

Un citoyen demande que Goupilleau soit invité à rédiger par écrit les réflexions qu'il vieut de soumeUre à la Société. [Applaudi.)

Basire. — Roland n'a pas eu seulement pour but d'humilier les commissaires de la Convention : sa conduite tient à un plan plus profond. Je suis sûr que, dans ces papiers apportés à la Convention, il s'en trouvera non contre Brissot et sa faction, mais contre les véritables Jacobins. Les partisans de Roland sentent bien que son règne ed pa«sé, car (iensonné, le chef des intrigants, disait, il y a quelques jours, qu'il fallait user Roland. Ce ministre n'a plus qu'un crime à coMimcttre : eh bien! il va le commettre.

Je demande que les éclaircissements de Goupilleau soient rédigés par écrit et déposés au Comité de ^sûreté générale.

La Société invite Goupilleau à rédiger par écrit sa dénonciation conti'c Roland, afin qu'elle soit imprimée et qu'on lui donne la plus grande publicité.

RoinîSi'iKRRi: jeune. — Je crois que Roland a pu non seulement retirer des pièces, mais encore qu'il a pu en ajouter, (;t j'ai vu des Brissotins dire que c'était une bonne trouvaille; la juie de Brissot n'est pas naturelle: il était triste, et aujourd'bui il est très rayonnant.

C... — Je demande que Roland soit tenu de faire venir le serrurier

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au Comité rie surveillance, et je crois qu'il aura beaucoup de peine à le trouver. (Applaudi.)

Talliex. — Je puis sorti un des derniers de la Convention, je me suis trouvé à cote de Louvet, qui attendait Roland pour aller diner chez lui. On m'a demandé si j'étais un des commissaires. Ayant répondu que non, on m'a invité à me retirer, et je suis aller diner non chez un ministre, mais chez un traiteur. Comme j'avais oublié mon mouchoir à la Convention, j'y suis rentré; on m'a fait quelques difficultés sur ce que je n'étais pas commissaire; un d'eux m"a dit : « ()n sera bien surpris lorsque l'on saura que les plus enragés Jacobins sont compromis dans ces papiers. »

Voici un fait que j'atteste.

C... — 11 ne faut pas se dissimuler que l'on veut détruire la Société des Jacobins. Déjà on lui avait porté deux attaques, la premiéie à la fin de l'Assemblée constituante, la seconde lui fut portée par La Fayette. Dansée moment on vous prépare une nouvelle attaque. Tous les journaux sont dans de mauvais principes, à l'exception du Créole ' et d'Audouin^ et tous nos départements sont infectés de brissotisme; je vous déclare que le mien est tellement éiiaré par les écrits empoisonnés de Roland qu'ià peine ai-je pu garantir doux districts sur six des poisons du brissotisme. Pour en détruire l'inlluence dans la République, que mes collègues se rendent ici, et, ne fussionsnous que douze à ce sacré rocher de la Montagne, ces douze triompheront de tout.

Laissons les intrigants suivre leurs voies obliques et tortueuses: plus ils commettent d'attentats contre la liberté, plus ils précipitent leur ruine. Je conclus à ce que le Comité de sûreté générale tienne un registre des crimes de Roland, et alors nous ferons punir ses intrigues. {Applaudissements très vifs.)

CiiALES. — Le but des intrigants est de cliercher les moyens d'éloigner le jugement de Louis XVI. Pour arriver à ce but, ils mettent en ov;tiil niilli^ (piesticuis incidentes: c'est un rapport siu" les subsistances et une foule d'autres (piustions piopices a éloigner la gr'iinde discussion relative au traître Louis XVI. Pendant (jue le temps sera employé à l'examen iIl' ces objets, par des adresses et différents écrits insidieux on disposera les esprits au royalisme, à la clémence. Je déclare, sur la foi de mon patriotisme, (jue l'on cherobe dans ce moment à corrompre l'opininn publicpie sur [le jugement du roi.

1. Il s'agit fin ('réolc patriote, par Milsccnt. U. Audouin rédigeait le Journal universel.

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Donc je conclus que la Société doit inviter tous ses membres qui sont en moine temps députés de faire des affiches semblables à celles de Dubois-Crancé et de Cloots. Je demande que les députés patriotes forment une caisse patriotique, avec une partie de leur traitement, pour faire imprimer tous les écrits (pi'iis croient capables d'éclairer l'opinion publique.

Un citoyen du faubourg Saint-Antoine dénonce Roland pour avoir placé à la tète d'une manufacture des hommes inciviques, des intrigants, qui jamais n'ont rempli les devoirs de citoyen. {Applaudi.)

Un membre dénonce aussi Roland; il attaque la conduite qu'il a tenue au conseil général du département; il l'accuse d'avoir dit, en présence des administrateurs, que les sections de Paris étaient remplies de brigands : « Je suis prêt, dit ce citoyen, de signer ma dénonciation au Comité de surveillance. Je voudrais bien savoir où sont les brigands dont parle Roland; c'est une calomnie atroce contre les Parisiens ; j'en demande vengeance, et je vais aller signer ma dénonciation au Comité de surveillance. »

La séance se termine par la lecture d"une lettre du citoyen Westermann. Il annonce à la Société la prise de Matines ; il donne l'état des approvisionnements trouvés dans cette ville ; il peint la joie des Belges délivrés du joug de la servitude, leur reconnaissance envers les soldats de la République; il finit par dire que partout nos armées sont regardées comme libératrices des peuples.

La séance a été levée à dix heures.

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