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Savoie est un pays d'où le despotisme chassait une foule d'individus qui refusaient de s'abandonner à l'industrie, parce que les tyrans g'emparaient du produit de leurs travaux : comme ils vont s'empresser d'y revenir pour jouir du bienfait de la liberté ! Le commerce va se ranimer et prendre une nouvelle vigueur. Vous n'ignorez pas que la Savoie a des productions superflues; que Ton unisse la Savoie à la France, toutes les productions deviendront communes aux deux peuples, et alors il s'établira des rajjports commerciaux qui les uniront éternellement. Ainsi, la position physique et politique de la Savoie réclame la réunion à l'empire français. Je prie donc la Société des Jacobins d'appuyer la demande du peuple savoisien auprès de la Convention nationale. [Applaudi.)
DoppET. — J'étais Jacobin avant que d'être député de l'Assemblée nationale des Allobroges : c'est donc comme membre de cette Société que je vais vous rendre compte de ma conduite. C'est après la journée du 10 août que j'ai quitté cette Société; ce fut après cette époque mémorable et glorieuse que je rejoignis l'armée du Midi et que, comme lieutenant-colonel de la légion des Allobroges, j'entrai en Savoie avec cette armée. Nous entrâmes à Chambéry à deux heures après midi, et le même jour, à six heures du soir, je présidais déjà une nombreuse Société de Jacobins.
Maintenant, chaque ville, chaque bourg et village a son atelier de piques et sa Société populaire; le peuple savoisien exerce pleinement sa souveraineté, et l'arbre de la liberté est vraiment planté dans un »ol fait pour lui donner la sève la plus salutaire et les racines les plus étendues. Comme Jacobin, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour la cause de la liberté et de l'égalité; voici ce que j'ai fait, comme membre de l'Assemblée nationale des Allobroges, pour établir, démontrer et défendre la souveraineté du peuple... Instruits par quatre ans d'expérience de la Révolution française, tous les patriotes allobroges avaient senti avec moi que, dans l'acte où le peuple allait exercer sa souveraineté, il fallait annuler l'influence des villes: aussi il fut arrêté que, quelle que fût la population des communes, elles ne fourniraient chacune qu'un député ; ainsi une municipalité de la campagne comptant trois cents individus a fourni un député, comme la municipalité de Chambéry, qui compte seize mille habitants : voilà donc réduite à rien l'influence des agents d'un parlement, d'une intendance, d'un gouvernement militaire et d'autres machines vexaloires... Outre que chaque commune avait émis dans son assemblée son vœu pour la réunion à la France, elle donna encore au député qu'elle envoyait à Chambéry des pouvoirs illimités et spécifiant le besoin et le désir d'être réunis
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à la France. L'assemblée générale de ces députés eut lion à Chamljéi-v le 21 octolire dernier. Cts député»; étaient au nombre de six cent cin- <Iiiautt'-troi>, qui est à trois près le nouibre des couiinunes de la Savoie. La preuiière séance de cette assemblée générale se passa à vérifier les pouvoirs des députés; j'en ai remis ce matin le pron-s-verbal  la Convention nationale. Quand on vit que la très granrle uiajorité donnait des pouvoirs illimités à ses députés, on seulit qu'il fallait, eu attendaut que la France eût parié, se constituer en Assemblée natioïuile et faire régner la cause de la liberté et de l'égalité.
Le premier décret que rendit cette Assemblée nationale fut Faijolition de la royauté; on rendit ensuite les biens du clergé propriétés nationales; on a séquestré les biens des émigrés; on a fait prétei- un serment à tous les pouvoirs provisoirement constitués; enfin le peu[ile allobroge a spontanément et pleinement exercé sa souveraineté. Mais il nous a nommés ses députés pour flire à la République française (|ue, s'il se fait gloire de jouir de sa souveraineté, ce n'est que pour avoir Je plaisir fie traiter en souverain avec la France, sa bienfaitrice; ce n'est que pour se joindre à elle et lui demander à faire partie intégrante de sa République; si la Savoie a décrété des principes, c'était pour ne pas laisser la Savoie sans loi en attendant que la France eût parlé; c'était, enfin, pour lui montrer, par son attitude lépublicaine, <|u'elle n'est pas indigne d'être le quatre-vingt-quatrième département. Voilà où en sont les AUobi'Ogcs libres; leur cause est dans le cœur de tous les Jacobins; leurs intérêts sont dans les mains de tous les amis de l'humanité. Voilà mes trois collègues : je les présente à la Société, parce qu'ils sont aussi Jacobins et «ju'ils eu cbêrisscnt leju'ineipes.
Maintenant je vais parler comme soldat allobroge; je ne vous dii-.ii pas qui' j'ai tué des Pièmoutais, car ils riiyaieut d'une proinpiiliidc même romanesque; je vous présente ce qu'ils oubliaient eu coiu-aut : c'est un boiuiet de capitaine de grenadiers; je demande iju'il soit suspendu comme \m monument d'ignominie à coté de ces fers que je vois à la voûte; ji.' dcmandt' (pi'nu y mette celte inscriptidu: << (iOureur j)iémonlais. «Cet bommage n'a de prix (pie j>ar la rare i)laisanlerie ; daigne/, l'accepter de la main d'im di- vos frères, et croyez »pii', dans quelque siluatiun «puî me place le soil, je serai loujoui's vrai id franc .lacobiii.
ViLLAHS, (li'iuilc dr Savoie. — .Vvilis sous le despotisme, sans c.'.-se vexés |)ar une multitude de tyrans subalternes, les Savoisiens semblaienl .: • drvoir Iniuvcr lir rcincdi- ;i li'ur< maux (pic dans leur dèses[»oir; uiai- les .\inis de la lijierh" veillaient siii- uniis; le diapeau
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tricolore a paru, el nos fers sont tombés. Sans ('.oute c'est à von--, dignes soutiens de la liberté, c'est à votre zèle infatigable que in France doit et devra dé>ormais ses jours beuretix, comme nous vous devons notre nouvelle existence. Encore au berceau de la liberté, nous venons parmi vous puiser les lumières dont nous avons besoin pour parcourir dignement la brillante carrière que vous nous avez ouverte. Ambitieux pour tout ce qui tient à la dignité d'hommes libres, nous avons la fierté de croire que, vous ayant pour modèles, il n'est aucun but où nous ne puissions atteindre. Les habitants des Alpes vous offrent, par ma voix, le témoignage de leur reconnaissance; leur cceur est pur, leur àme contraste avec la froideur des glaces qui les environnent, et ils s'estiment heureux si leurs nouveaux frèi"es les jugent dignes de vaincre ou mourir sous les drapeaux de la République.
Un commandant d'une légion franc/te cl un des vainqueurs de la Bastille font hommage à la Société de différentes dépouilles enlevées aux satellites des tyrans. On y remarque des casques qui couvraient la tète des soldats de la légion de Mirabeau, et d'autres bonnets qui ont été enlevés aux émigrés et aux Autrichiens. <.<. Recevez, dit-il, ces dépouilles de nos ennemis, pour servir de monument éternel à leur honte et au courage des Français. J'ai, dit-il en finissant, une telle collection que je puis en envoyer à tous les départements. » (Applaudi.)
Lii PnÉsmENT. — Vous avez détruit la Bastille, vous étiez dignes de détruire les tyrans de l'Autriche; nous conserverons au milieu de nous ces dépouilles enlevées aux ennemis de la liberté et nous les garderons comme un monument éternel de votre courage.
Duhois-Craxcé. — Je dois ici rendre hommage au patriotisme et à la valeur des braves Savoisiens; témoin des efforts qu'ils ont faits pour devenir libres, je dois dire qu'ils sont dignes de la liberté, qu'ils sont dignes d'être Français. J'espère que, dans l'examen de cette grande question, la Convention ne se laissera mouvoir que par l'inté rêt général et qu'elle n'écoutera pas les petites passions de quelques intrigants qui lui feraient prendre une délibération propre à la déshonorer aux yeux de l'Europe entière. J'observe la Convention, depuis six semaines, avec des yeux attentifs; je commence à ciumaitre le but de l'intrigue. Je l'attends à l'examen de la grande question de la réunion des Savoisiens. Je monterai à la tribune et je leur dirai : « Messieurs, tous les intrigants, jusqu'ici, ont été précipités du haut de la roche tarpéienne, il faudra que vous sautiez comme les autres. » [Applaudissements très vifs.) Quant à Barbaroux, je ne le crois qu'é-
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garé, mais, si je le croyais coupable, je lui dirais : « Barbaroiix, lu te rappelles qu'après avoir été nomme représentant du peuple tu as déposé un poignard sur l'autel de la patrie en disant que, si tu trahissais tes commettants, ils pouvaient s'en servir pour te punir : eh bien, ce poignard, en passant par Avignon je m'en suis saisi, et j'attends le vœu de tes commettants. » Applaudissements 1res vifs.)
Voilà ce que je suis prêt à dire à Barbaroux, s'il s'associe aux complots de l'intrigue. Quant à l'esprit public des départements, il n'est pas si corrompu que vous vous l'imaginez; ne croyez pas que les braves Marseillais aient changé de principes; et je ne serais pas surpris, avant huit jours, de voir arriver de Marseille une dénonciation contre Barbaroux et Boland. {Applaudi.)
Avant de descendre de la tribune, je crois devoir donner communication à la Société d'un marché conclu entre Beaumarchais et l'ancien ministère '. Elle y verra une nouvelle preuve des brigandages de la cour.
Beaumarchais s'est engagé, par un marché du 3 avril, à fournir au gouvernement cinipianle à soixante mille fusils étrangers, et livrables du jour du marché au 1" juin, à raison de 30 livres en assignats. On lui fait une avance de 300,000 livres, et il s'est soumis à un dédit de 50,000 livres pour sûreté de l'exécution de ses engagements; mais il est survenu des obstacles de la part du gouvernement hollandais : les armes sont arrêtées à Tesven,en Zélande, d'où Beaumarchais espère les retirer à l'aide du ministre de France à la Haye; il a même été fait entre les ministres de la guerre et des aiïaires étrangères et Beaumarchais, le 18 juillet, une transaction au sujet de l'exécution de ce marché, par laquelle il a été convenu qu'attendu l'incertitude du temps où ces armes pourraient être embarquées pour la France et la didiculté d'en fixer la valeur en assignats, dunt le cours variait conlinucllcuieut, elles seraient payées eu florins oun-ants de Hollande, à la Haye où à Amsterdam, au prix de 8 florins 8 sols la pièce, garnis de leurs hayonnettcs, et (|ui'. pour indemniser B(niumarcliais des fonrls par lui avancés i^Mir l'I^lal et du lirndiri- qu'il aurait fait en cédant ces armes aux ennemis de la France (ce à «luni il s'est refusé, ainsi que les ministres l'attestent), il lui serait alloué un intérêt commercial de 15 liv. p. 100 par an, à compter du 3 avril, sur la valeur lutali- des l'usils, au prix ei-dessus rappiU'lé. et payable de trois et tmis mois; il a él<'' arrêté eu outre i\\u\ pour racililer au-
1. Sur co traité dt- Ittiiumanlmis avec le ministre Lajarii, voir iikhi limtcil (les actes du Comité (te satiil i>iil,llc. I, 24, o2, :i3, .'il. — Et sur les suites de celteafTaire, voir Hiid., IV. IMl. '2M',, 2T.I ,i 28"., :tO".t; V, «3, 6;i.
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dit sieur Beaumarchais la marche de ses airaires courantes, à laquelle tant de fonds arrêtés en Hollande et tant de sacrifices nuisaient hautement, il lui serait payé, sur le prix principal de la vente desdites armes, 200,000 florins banco de surplus, qui seraient payés à la fin de la guerre, ou plus tût si les obstacles mis à l'embarquement des armes peuvent être levés, mais encore qu'à la fin de la guerre les obstacles opposés en Hollande n'eussent pas pu être levés; quels que fussent ces obstacles, et soit que l'on continuât ou non de réclamer les armes au nom de Beaumarchais, le payement entier lui sera fait à cette époque, ce qui le relève de toute espèce de risques sur le transport et le payement de ces armes '.