SÉANCE DU VENDREDI 23 NOVEMBRE, L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIDENCE DE LE PELETIER
Après la lecture du procès-verbal, un soldat, blessé dans la guerre des peuples contre les rois, réclame la bienfaisance de la Société. La Société, qui n'a jamais vu sans le plus vif intérêt ceux qui ont bien défendu la patrie, arrête qu'une collecte sera faite en faveur de ce brave soldat.
Un auteur prie la Société d'agréer l'hommage d'un ouvrage intitulé VAmi de la jeunesse. — Mention honorable.
Le Président annonce à la Société que le général V^'impfTen demande l'entrée de la séance pour présenter son hommage aux Amis de la liberté et de l'égalité. La Société arrête que le général sera admis.
Le général reçoit par les applaudissements les plus vifs les marques d'estime et de reconnaissance que mérite le héros de Thionville.
WiMi'FFEN. — Je ne me présente point avec un iliscours préparé, c'est mon cœur qui vous parle; la nature ne m'a point donné les talents oratoires. Si vous êtes contents de mes actions, je suis suffi-
1. Ici se tei'uiine, dans le Journal des Jacobins, le compte rendu de cette séance, bien qu'il soit suivi de Ja mention : La suite au numéro procliain. 11 n"est plus question de la séauce du 21 novembre 1792 ni dans le numéro suivant, ni dans les autres.
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samment récompen?é. (Applaudissements très vifs.) Souffrez que je vous entretienne un instant de moi avant de vous parler d'un liomme qui intéresse la gloire de la République. J"ai appartenu à celle Société; il se fit une scission, la plupart de mes amis devinrent Feuillants; pour moi, je résistai à toutes les sollicitations qui me furent faites pour aller aux Feuillants, mais jamais je ne voulus y aller. Ne sachanl alors quel parti avait raison, je vous dirai franchement que je ne fus ni aux Jacobins ni aux Feuillants; mais depuis j'ai reconnu que les Jacobins avaient défendu les vrais principes, la pure égalité, et j'ai cru qu'il était de mon devoir de me rendre parmi vous pour y respirer lair de la liberté. A'oilà fran-chement quelle a été ma conduite.
Actuellement je vais vous entretenir d'un objet de la [tlus haute importance : j'ai reçu du ministre de la guerre l'ordre de rédiger l'historique de ma campagne; il contiendra des détails intéressants, car avec cinq mille hommes j'ai soutenu à Thionvillc l'attaque d'une armée de quarante-deux mille hommes. Kn ari-ivant à Thionvillf, j'ai trouvé (luaranle-lrois artilleurs dans la place; il n'y avait ni commissaires des guerres ni officiers généraux. J'ai fait tout moi-même. J'ai jugé que celte place pouvait jouer un rôle dans l'histoire de la guerre. Mes mémoires contiennent ma correspondance, tous les détails du siège de Thionville. Pour lui donner la plus grande authenticité, je désirerais que la Société nommât des commissaires afin de contreparapher toutes les pages de mon jo.urnal; j'en déposerai le manuscrit dans les arcliives et, de celle manière, mes mémoires acquerraient un grand degré d'authenticité et serviraient de moinimenls à l'histoire. {Applaudi.)
Le Président. — AVim[)ffen, vous savez que Solon avait établi des lois qui punissaient le citoyen qui ne prenait aucun [larti... Pour vous, quoi que vous en disiez, vous n'êtes point resté neutre, puiscju»' vcuis avez défendu courageusement la patrie. Je ne donnerai poini à votre valeur des éloges indignes de la Société et de vous, car ils serairnt toujours aii-dessuus des services cpie vous avez rendus ;\ la Ue[uiblique; je vous dirai seulement, au nom de la Société, que vous ave/, bien mérite de votre pays.
Jea.nhon Saint-.Vndhé. — Citoyens, je viens combattre la proposition du général Wimpffei/; les latn*iers qu'il a recueillis ne doivent pas nous empêcher de jeter lui o'il sévère siu' l'objet de sa demamle. L'Assemblée ciuivi'iiliMini'lli; a jugé couvciialilc qur rha(|ue géinu-al rédigeât rhisturi»|uc de la cauiiJagnc, alin d'assurer à fbisloire des monuments certains, authenliques. Le général Wiujpib'u demande
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que la Société nomme des commissaires pour coter et parapher son journal. Lorsqu'il vous a fait cette proposition, sans doute il ne connaissait pas les principes de la Société ; vous n'êtes pas uuo. autorité (N)nstituée, et par conséquent vous ne pouvez donner aucun caractère d'authenticité à l'ouvrage d'un général d'armée. Votre conduite serait dangereuse. Vous savez cpic la Société fut ti3ujours l'objet de la calomnie des intrigants; si vous acquiesciez à la demande de ^^'impffen, ces hommes ne manqueraient pas de dire que vous voulez être une autorité constituée et avoir le ridicule orgueil de dominer la RépubHque. Et d'ailleurs, vous n'ajouteriez aucun degré d'authenticité aux mémoires du général Wimpflên; si la calomnie ou la malveillance voulaient attaquer les vérités énoncées par un général digne de la conliance de la République, la vérité triompherait des efforts du mensonge. Je finis en rappelant à la Société le but de son institution. Vous êtes ici pour instruire : instruisez et ne gouvernez pas. Laissez aux intrigants le soin de dominer; mais vous, fidèles aux principes, ne cherchez point une autorité qui ne peut vous appartenir. Je conclus à ce que la Société, en rendant hommage aux intentions pures du général AVimpffen, passe à l'orch-e du jour sur sa proposition. {Applaudi.)
Le général WiMPFFEX. — Si l'orateur qui m'a précédé à la tribune n'a pas saisi le sens de ma proposition, sans doute c'est à moi que l'on doit en attribuer la faute. Il faut bien distinguer le journal rédigé pendant le siège de Thionville et l'historique dont je parle à la Société. Le premier a été rédigé par le conseil de guerre de la place, et est remis entre les mains du ministre de la guerre. Quant à l'historique, il contient jusqu'aux moindres détails du siège de Thionville; il contient les actions héroïques des défenseurs de cette place importante. Je n'étais point obligé comme général de faire cet historique; si je l'ai fait, c'est afin de transmettre à la postérité des faits intéressants dont j'ai été le témoin. C'est de cet historique dont je parle à la Société; je désirerais qu'elle nommât des commissaires pour coter et parapher cet historique, afin d'en déposer le manuscrit dans ses archives ; voilà ma proposition réduite aux termes les plus simples : je prie la Société de rad(jpter.
Robespierre jeune. — Je crois que la Société peut, sans contrevenir aux lois, adopter la proposition du général Wimpfl'en, car elle ne contreviendrait aux lois qu'autant qu'elle agirait en nom collectif. Or, elle peut se rendre aux désirs de Wimpffen sans agir en nom collectif, car Wimpffen lui demande seulement de lui indiquer ({ualre amis, quatre frères, pour coter et pai-apher ses mémoires et en faire ensuite le dépôt aux archives. (Applaudi..)
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La Société reçoit avec reconnaissance l'offre du général Wimjjffen et arrête, sur sa demanfle, que l'historique rédigé par lui sera déposé dans ses archives, lorsqu'on y aura apposé le cachet des Amis de la liberté et de Tégalité. [Applaudi.)
Jeanbon Saint-André. — Dans un moment où l'intrigue cherche à briser les liens qui unissent les citoyens de Paris avec ceux des départements, il est de mon devoir d'annoncer à la Société un fait qui prouve que les calomnies répandues centre les braves Parisiens n'ont pas égaré tous les esprits et aliéné tous les cœurs.
Deux compagnies de volontaires de Paris passaient ces jours derniers par Montauban; les citoyens de cette ville ont reçu avec la plus vive satisfaction les soldats parisiens, ils les ont serrés dans leurs bras; on leur a préparé des fêtes où régnait la fraternité la plus pure, et, dans la joie d'un banquet civique, ils se sont juré une amitié éternelle et ils ont serré les nœuds d'une indissoluble union. [Applaudissements très vifs.)
La Société passe à l'ordre du jour. Trois questions étaient à l'ordre du jour : les subsistances, le procès du roi et le projet de décret présenté par Cambon au nom du Comité des finances.
Bourdon de la Crosnière. — Je demande que la Société accorde la priorité à la discussion sur le procès du roi. Cette question est une véritable pomme de discorde, et, tant qu'elle ne sera pas terminée, la Convention sera toujours en proie aux divisions intestines, la République aura sans cesse à craindre les effets dangereux des factions, qui auront toujours un point de ralliement tant (jue le traître Louis XVI n'aura pas subi la punition que méritent ses crimes et ses parjure?. [Applaudi.)
Leoendre. — II est bien étonnant que ceux ipii proposent en ce moment de s'occuper du procès du roi ne m'aient pas appuyé ce matin à la Convention. J'ai dit à la Convention que. tant que le procès de Louis XVI ne serait pas fini, il y aurait toujours des troubles; alors j'ai dit : « Finissons la loi siu- les émigrés, faisons une loi sur les subgistances, ensuite terminons le procès du roi. » II était du devoir de mes collègues d'appuyer ma proposition, et cependant aucun n'a parlé; j'interpelle Lo Peletier, président, de déclarer si je n'ai pas fait la proposition dont je viens de parler.
Le Peletier, président. — J'obsiTvc à Lcgcndre, ipii vient de nrinterpeller, ijue, si l'on n'a pas appuyé ce malin sa pn'prnsilion, cela vient de ce qu'il ne s'est élevé aucune réclamation.
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Bourdon. — Il est des hommes dans la Convention qui regrettent la royauté et qui éloigneront toujours la question du procès de Louis le dernier. Je demande que l'on s'occupe des subsistances, et je demanderai la parole pour réduire la question à son véritable point.
[Discours û'Ichou, de L. Bourdon et de Le Gros, sur le procès de Louis XVI.
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