‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 3)Chapitre 96 sur 131 · SÉANCE DU LUNDI 20 NOVEMBRE 179-2, L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU LUNDI 20 NOVEMBRE 179-2, L'AN I" DE LA RÉPUBLIQUE

PRÉSIDENCE DE LE l'ELETIER

Après la lecture du procès-vei'bal, on arrête une collecte pour un fédéré.

GuiBAUT. — Citoyens, vous auriez raison de me faire de vifs re-

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proches si je ne venais vous dénoncer le journal ayant pour lilre le Républicain universel^.

Je vous ai fait hommage du premier numéro de ce journal: j"' l'ai pu, je l'ai dû, parce qu'il ne contient que les travaux de la Convonlion nationale, d'après mes procédés logotacliygrajihiques. Il n'en est pas de même des numéros suivants, encore qu'on ait eu l'audace d'y mettre mon nom et d'annoncer mon procédé. On y a inséré des placards arrachés des murailles, des discours vendus dans les rues et des nouvelles compilées dans les autres feuilles du jour, de manière que ce journal, rédigé par un sieur His, chassé par le Moniteur, et un sieur Houget-Deslandres, flagorneur de tous les partis, est un mauvais assemblage de choses déjà connues.

Il est donc de mon devoir, comme inventeur de l'art d'écrire mot à mot en toutes lettres aussi vite que la parole, de désabuser les citoyens trompés, et surtout d'avertir les Sociétés patriotiques de ne pas se laisser aller à l'invitation qui leur a été faite par une note au bas de chaque numéro de faire i^asscr leurs observations sur les travaux de la Convention nationale, parce que c'est un moyen très astucieux, employé seulement pour altii-er des abonnés, dont les entrepreneurs ont le plus grand besoin.

Je dénonce donc aux Amis de la libert('' et à toutes les Sociétés populaires le journal ayant pour titre le Républicain universel, comme une feuille à laquelle je n'ai aucune part; je voue au plus souverain mépris les rédacteurs Ilis et Gouget-Deslandres, qui ont trompé ma bonne foi de la manière la plus révoltante, et j'invite tous les citoyens à repousser ce journal, (jui n'est que l'ouvrage de l'égoïsme et de l'avidité.

Moncslier dénonce à la Société quelques-uns de ses employés, ipii ont l'audace de distribuer jusqu'aux portes de la Société l'accusation de Louvet contre llol)espi<.'rre et le rapport de Huland sur l'iMal politique de Paris.

La Sociél*' renvoie au (ioinlh' (r.KJiniiii-lr.-iliiiii la (b'nonciation de Moneslici-.

Un membre demande la radialiuii dr Hdland, Lciuvi-t, Laullirnas cl de toute sa clique. [Applaudi.)

IJoi'PKT. — Un Jacobin, ipii a qiiill('' la Société après la journcc du 10, est surpris (b; voir s'èli'vcr une nouvelle aristocratie; il lut un

1. I.v lU'-jmhliriiui tiiiirrrsrl, (|iii (iiil, le 2'* (IrciMiilin- suivant, !<• titii' «le Idjutbliniin français, parut du 13 novcml)rc I7'JJ au 2 frimaire an Vltl. 2.il.'i innin'Tos in-folio. C'est une des soiirees les |)his iiiiporiantes de l'hisloire de la Hi-volidion.

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temps peut-être où il était de notre dignité de rappeler des membres à leur devoir; mais aujourd'hui un Jacobin qui, après quatre ans de révolution, dévie de la grande route est à coup sûr un brigand. {Applaudlssemenis très vifs.)

Depuis que j'ai quitté cette Société, j'ai acquis une grande expérience, et je suis sur le point d'être la victime de l'intrigue : on me représente en Savoie comme un factieux et indigne de la confiance de mes commettants.

Je dis donc que, pour l'intérêt de la patrie, vous n'avez pas besoin de rappeler les brebis égarées. Rappelez-vous l'époque oîi les Feuillants nous disaient que nous voulions perdre l'empire, apparemment parce qu'ils appelaient Louis XYI l'empire; eh bien, aujourd'hui vous voj'ez des hommes qui, sous le voile de l'ordre, nous parlent comme les Mounier et les Necker, et je vois qu'avant qu'il soit deux moi? les sans-culottes seront encore obligés de promener la faux de Féga lité. [Applaudissements très vifs.)

Je propose à la Société de rejeter de son sein tous les ennemis de la sans-culotterie qui ne se sont montrés patriotes que pour avoir des places. [Apjjlaudissements .)

Legendre. — Je demande que la discussion soit fermée et que la Société cesse de s'occuper des hommes pour s'occuper des choses.

La Société arrête la radiation de Roland, Louvet, Lanthenas et Girey-Dupré. [Applaudissements vifs de l'Assemblée et des tribunes.)

Guiraut propose de charger le Comité de présentation de dresser une liste des mauvais Jacobins.

La proposition de Guiraut est adoptée.

« Il faut, dit un membre, que tous les lundis la Société fasse une pareille purgation. » [Applaudi.)

ÂNACQARSis Cloots. — A mon tour la parole. Les injures de nos ennemis ne m'étonnent point : je suis aguerri par les nombreux combats que je livre aux intrigants depuis le commencement de la Révolution. Un défenseur de la hberté universelle doit affronter toutes les espèces d'artilleries.

Roland me traite de parasite mécontent, comme si jamais parasite fut mécontent des sornettes de celui dont il reçut un bon dîner, comme si un parasite exerçait un autre despotisme que sur les mets de la table. On sait ce que vaut un dîner pour un garçon qui a de quoi dîner. C'est plutôt la jaserie que la mangerie qui me fait accepter les nombreuses invitations qu'on me fait journellement. Lorsque mon collègue Lanthenas m'invita un jour, de la part de M"^" Roland, je fus

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très fâché d'être invité ailleurs. 11 faut que la patrie et la vérité aient pour moi rie puissants attraits, puisque je leur saciifie une femme aussi aimable que M™^ Rolaiid. Et remarquez qu'en me brouillant publiquement avec un parti aussi culotté que celui de Brissot, je m'interdis l'entrée de plusieurs maisons très intéressantes. On avouera que voilà un parasite d'une nouvelle espèce : il abandonne bêtement les aristocrates gourmets en 1789, les Feuillants gourmets en 1791 et les Fédéralistes gourmets en 1792. Espion du bien public, j'exerce mon es[)ionnage à la face d'Israël. Je conçois (pie des avocats tarés de Bordeaux, des espions gagés par l'ancienne police de Paris, des gens à l'abri de la calomnie et couverts de toutes les plaies de la médisance, doivent me mépriser, me traiter d'homme vil, de menteur impudent. Les Peltier, les Mallet, les Hertzberg, m'ont familiarisé avec ces figures de rhétorique. Les êtres rampants ne feront accroire à personne que mon caractère indomptable ait jamais plié devant un homme, d'autant plus (jue ma fortune et mes principes me rendent le plus indépendant des bipèdes. Mes camarades du collège du Plessis se rappellent mon humeur révolutionnaire. Je n'aurais pas tant d'ennemis, si j'étais plus dissimulé et moins véridique.

On m'accuse d'avoir conseillé l'impérieuse politique dans l'affaire des mulâtres; et les Français qui soutiennent que le temps n'est pas venu d'abolir l'esclavage et la traite des noirs me font un crime d'avoir voulu déjouer le cabinet de Saint-James, dont la formidable escadre nous força politiquement d'armer quarante-cinq vaisseaux en faveur de l'Espagne et de son inquisition. On m'accuse d'avoir écrit quelques périodes favorables à la monarchie constitutionnelle. Oui, comme j'écrirais aujourd'hui pour le maintien d'un culte «pie je déteste et que je paye constituliomiellcment, jiar égard pour la foule des amateurs. Voyez si jamais on n'a rien dit de plus frappant coidre la royauté cpie dans mes discours prononcés aux Jacobins et dans mon livre de la République universelle, publié audacicusenicnl durant les beaux jours du Feuillantisme.

Peu de temps après la fondation des Feuillants, li»rs(|ue Kcrsaint ncMis proposa d'apporter très humblement nos clefs aux schismatiques, je fis un discours tellement républicain que notre président, (lorroller, me rappela à l'onlre, et je (lesccndis <le la liibuuc i-ulouré de braves gens qui me dirent, tout effarés : « Vous voulez donc la République? » C'est alors que je vis (pi'il fallait s'y prcmli-e plus adroitement, et, fidèle à la maxime d'obéir a la majorité nationale, je dis aux âmes timorées : « .rall;i((iicr';ti la royauti' avec ma pluiui' et je la «lèlVndrai avec m(ui sabre. . .M"ap|Miyaul >urf.s priruipcs, jr fus très

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assidu aux Jacobins, jusqu'à ce que la grande question de la guerre mît quelque désordre dans la Société, dont je suis membre depuis la fondation. :Mon ami Millin fut maltraité; un jeune Lacroix m'assura que j'étais un agent du roi de Prusse. Cela me chagrina; je ne montai plus à la tribune et je m'emparai du supplément de Carra pour attaquer la royauté avec toutes les ressources de mon esprit. La trahison de la cour nous faisait un devoir d'anéantir la cour. Je ne partageai point le découragement de certains messieurs, je prêchai d'exemple; j'achetai des biens nationaux dans le Nord, pendant que nos soidisant patriotes faisaient leurs malles pour se cacher dans le Midi. Le danger était imminent; mais l'homme libre reste à son poste et meurt debout. Toutes les portes m'étaient ouvertes pour me réfugier en Angleterre ou en Amérique, sans encourir les peines de la loi contre les émigrations, car le bon M. Guadet n'avait pas encore eu l'hérésie de ni'accorder gracieusement le titre de citoyen français. J'étai& résolu de m'ensevelir sous les ruines de la France. Voyageur par goût, j'étais accouru à Paris, où je me suis acquitté volontairement et dispendieusement d'une lourde besogne, sans perdre de vue un seul jour les tours de Notre-Dame depuis l'année 1789. Je n'ai fait aucune démarche pour être de la Convention; peut-être aurais-je accepté en tout temps; mais je jure que mon principal motif a été le péril où se trouvait la chose publique.

J'ai pu me tromper dans un rude apprentissage de quatre années; on me reprochera des erreurs suivies d'un prompt retour à la lumière. La délivrance du monde a toujours été mon but : j'ai pu broncher, mais je ne suis jamais tombé. Mon noviciat est fini; je suis maintenant dans la voie du salut, sur le grand chemin de la sans-culotterie, sans laquelle il n'y a ni propriété, ni sûreté, ni liberté. Je ne veux être ni le complice des Brissotins, ni le compagnon de leur infortune prochaine. Je poursuivrai tous les scélérats jusqu'au Monomotapa; ils ne m'échapperont point, lorsque les criminels se trouveront partout dans le centre de l'empire, comme je l'ai dit à l'Assemblée législative. Les escrocs de Londres qui, en traversant un canal, se croient lavés de leurs crimes, comme les chrétiens par le baptême, doivent avoir la république universelle en horreur. Ma république est pour eux le jugement dernier. Les créanciers d'Angleterre demanderont compte aux banqueroutiers frauduleux réfugiés en France, lorsque les sansculoltes de l'Europe ne feront qu'une seule famille. Et nous saisirons les coquins au Monomotapa, comme nous saisissons un Blanchelande, gouverneur du golfe mexicain, et un llastings, gouverneur du Bengale. Il faut aujourd'hui des armées de terre et de mer pour lancer tel dé-

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cret d'accusation; il ne faudra qu'un simple huissier sans-culotte pour atteindre un malfaiteur aux extrémités de la république universelle.

Jusqu'à présent, on ne m'a pas fait une seule objection raisonna- Lie, et je ne suis pas étonné qm.' Brissot et compagnie me trouvant sans logique.

Au reste, je confirme tout ce que j'ai avancé dans mon pamphlet : iV< Marat, ni Roland. Je m'inscris en faux contre les différents récits du papier intitulé : le Patriote français. Le ministre de Tintérieur nie son propos sur les habitants de Carouge; il y a de Tescobarderie dans cette négation. Très certainement il a dit que des Savoisiens devaient se recommander à lui pour la réunion avec la France, mais qu'il les recevrait à cheval. J'aurais dû donner beaucoup d'autres particularités; mais en dévoilant tous les arcanes, on perd le secret de ne pas ennuyer '. <

Cloots, avant de descendre de la tribune, dénonce le citoyen Millin, rédacteur de la Chronique de Paris, auquel il avait envoyé sa réponse pour l'insérer dans son journal. Millin lui a répondu par ces mots: « Porte ailleurs les poisons. »

La Société a arrêté l'impression du discours de (cloots ^.

MiLiiAUD, député du Cantal. — Le peuple savoisien, rendu libre par la seule présence des armées de la République, a fait le plus noble et le plus utile usage de sa liberté en demandant à confondre sa souveraineté avec la souveraineté du peuple libérateur; et la nation française doit mettre le comble à sa gloire et à la prospérité commune en accueillant non seulement la nation savoisienne, mais encore toutes les nations qui, affranchies de la tyrannie, voudront ne former avec elle qu'une immense famille gouvernée par lc< mêmes lois.

De cette grande mesure de l'unité indivisible de gouvernement dépendent essentiellement le bonheur et la paix de tous les peuples libres.

Tandis qu'un roi |)arjure et liberticide faisait mouvoir dans le gouvernemtjnl constitutionnel tous les ressorts contre-révolutionnaires, des constituants |)ervers et corrompus, des écrivains mercenaires, des

1. Dans le Joiirnul des Jiirohin.s c discours est signé : <• .Vnachahsis Ci.oots, espion lies sans-cuiotles. »

2. Sociélé des Amis de la liberté et de l'é;/(ililé, séante aii.r ci-dccant Jacobins Suint -Honoré, à Paris. A mon tour lu parole. Itéponse d'.\y\r.\\.\n?,i^ Ci.oots uni diatribes rotando-lirissotines. — liii|i. F., l'ollip i|i- Lille, s. «1., in S de 8 pagis. — Bibl. nat., I.b .iO/12H.

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bouches vendues à la liste civile, puJjliaient hautement que le territoire français était trop vaste pour faire adopter à ses habitants un gouvernement républicain. Les ennemis de la liberté les plus déclarés commençaient déjà de prôner les républiques fédératives, et disaient que le salut de la France n'était que dans la division.

Cette manière de combiner un nouvel ordre social n'est pas difficile à expliquer. Le despotisme, qui inventa seul l'art affreux de la guerre, et surtout de la guerre civile, ne savait-il pas que les divisions et la multiplicité des gouvernements en sont la cause la plus sûre? Les ambitieux, les intrigants et tous les factieux qui, dans un grand état libre, rongent le frein de leur nullité, ne verraient-ils pas avec plaisir se former de petites associations où ils pourraient plus facilement jouer un rôle dominateur? Les petits empires sont plus faciles à ébranler et soumettre.

Quel renversementi quelle perversité dans les idées! N'a-t-il pas existé de lâches publicistes qui ont osé écrire que les rênes d'un État dont l'étendue est immense seraient mieux dirigées par les mains d'un seul qui n'a jamais connu le peuple que par les mains multipliées d'un grand nombre de représentants tirés du sein même du peuple?... Puisqu'il exista des tyrans assez fous, des Charles V, pour aspirer à la monarchie universelle, pourquoi, pourquoi ne nous pardonnerait-on pas la folie plus raisonnable d'aspirer à la république universelle?

Mais si l'erreur monstrueuse des monarchistes a disparu de l'esprit des vrais patriotes, il faut encore étendre la sphère de nos vues sociales et politiques, anéantir les complots machiavélistes modernes, prévenir surtout les déchirements horribles qui seraient la suite inévitable du choc des petites républiques morcelées, et qui deviendraient tôt ou tard le fléau le plus terrible de la liberté, car les guerres des hommes libres ressemblent aux guerres opiniâtres des fanatiques: les premières déchirent la nature autant que les secondes outragent la divinité.

Eh! n'a-t-on pas vu dans la Grèce les républiques les plus passionnées pour l'indépendance se heurter avec un acharnement cruel et verser, dans leurs combats dénaturés, le sang sacré des hommes libres.

Le fédéralisme, qui n'est autre chose qu'une alliance offensive et défensive, régnait cependant parmi les Etats républicains; lorsqu'un péril commun les menaçait, ils savaient fraterniser et se rallier pour combattre la ligue des despotes; mais le défaut irréparable d'un centre d'unité rendait enfin leurs efforts tardifs et inutiles, et bientôt Athènes et Lacédémone, comme les autres républiques grecques, courbèrent leur tête allière sous le joug de la tyrannie.

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Une ?ociélé est d'autant plus ?table, d'autant plus heureuse qu'elle renferme une plus grande étendue de territoire et une plus grande masse d'individus.

Mais la nature, dira-t-on, a po>é cUe-méme des bornes physiques et morales qui marquent jus(pi'oii peuvent s'étendre les associations humaines. C'est elle qui a élevé ces montagnes escarpées et inabordables entre les différentes contrées; aussi les peuples qui les habitent se trouvent nécessairement divisés par le défaut ou la difficulté de communication. C'est la nature qui a mis des obstacles invincibles à l'unité des gouvernements en creusant l'abîme profond des mers qui séparent par des mille lieux les continents enlre eux.

D'ailleurs, faites disparaître de la terre les montagnes et les mers: la vaste distance d'un pôle à l'autre ne rendrait-elle pas impossible l'action des ressorts politiques, et ne romprait-elle pas notre unité indivisible? Ajoutez à tous ces inconvénients insurmontables la différence des climats, des mœurs, qui doivent être le thermomètre des lois sociales, la différence des langages, des religions, même des peuples, et vous conviendrez que le système de la république universelle est ime chimère purement spéculative et ne peut présenter à l'imagination qu'une arène stérile.

Et, moi, je soutiens qu'une répid)Iiqiie univoi'sclle une et indivisible, organisée d'après ma conception, pourrait exister malgré tous les obstacles. Examinez la question de la réunion des peuples libres avec la France sous un point de vue général : bien loin de sortir de l'état de la question |i;iiliciili('n' aux Savoisicns, elle no lait (pic confirmer la justice de leur vœu. Je vais donc lépondre aux grauilcs objections que je viens de faire.

La République qu'on ap[)elle française répond, par sa situation [diysique et morale, à la majeure partie de ce- dilliciillés.

N'avons-nous pas dans l'intérieur de la France des déparlements qui sont séparés par des monts presque inaccessibles et couverts de neige les deux tiers de l'année? N'exisle-t-il pas dans notre Ur-publicpK^ des départements dont le climat, les mo'urs et le langage sont tout à fait dill'éients? Les habitants agricoles du Nord et ceux du Miili ne s'entendraient pas entre eux et n'entendraient pas même le français; ils vivent cependant dans le même gouvernement cl sont les remparts les plus fermes de la République une et indivisible.

Quant aux mteurs, jt; pense que les mo-urs du citadin <lill'èrcnl autant des mii'urs du robuste lalmurenr (pie celles des Turcs dill' reni des nôtres. Si vous me rap[)elcz l'objection de la distance des lieu.x, on peut ré[(ondre : N'avons- n<uis pa'^ des déparlements coloniaux,

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éloignés par les mers de plus de deux mille lieues de la Convention nationale? Et, sans les trames perfides du royalisme contre-révolutionnaire, nos frères de l'Amérique jouiraient en paix du bonheur du gouvernement républicain.

Oh' s'il était vrai que le réveil des peuples lût arrivé; s'il était vrai que le renversement de tous les trônes dût être la suite prochaine du succès (le nos armées et du volcan révolutionnaire; s'il était vrai, disje, que les vertus républicaines vengeassent enfin le monde de tous les crimes consommés; que chaque région, devenue libre, forme alors un gouvernement conforme à l'étendue plus ou moins grande que la nature lui aura fixée, et que de toutes ces Conventions nationales un certain nombre de députés extraordinaires forment au centre du globe une Convention universelle qui veille sans cesse au maintien des droits de l'homme, à la liberté générale du commerce et à la paix du genre humain : ei voilà la république universelle !

Mais s'il est impossible de réaliser un si beau plan, tâchons au moins d'en approcher; étendons le cercle de la République aussi loin que la justice, la politique et l'utilité commune de la France et de ses voisins le commandent; hàtons-nous d'ouvrir notre sein aux sages Savoisiens qui soupirent comme nous après la réunion éternelle de tous les hommes libres. Vous dirai-je qu'ils ont leurs mœurs, leurs usages conformes aux mœurs et aux usages de plusieurs départements, et surtout des Gantalistes, qui, comme eux, ont toujours été appelés Savoyards?

Varlet et un autre membre prononcent chacun un discours sur le procès du roi; ils concluent tous deux à la mort du coupable; leurs discours, trop longs pour pouvoir être renfermés dans cette feuille, ont été vivement applaudis.

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