SÉANCE DU MERCREDI 28 NOVEMBRE 1792, L'AN Y' DE LA RÉPUBLIQUE
l'HÉSniENCE DK LE PELETIEH
[Lecture de la correspondance. Communications diverses. Dubois-Crancc donne lecture d'une lettre publique qu'il se propose d'adresser à ses commet-
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tanls. La Société en ordonne l'impression, lenvoi à toutes les Sociétés affiliées et la distribution aux citoyens des tribunes'.]
Le général Kelknnann, avant de partir pour prendre le commandement de l'armée des Alpes , vient faire un adieu fraternel à la Société. Le Président lui témoigne la satisfaction qu'éprouve la Société en voyant la cause des peuples de l'Italie confiée à sa valeur. Applaudissements.)
Un citoyen demande que Kellermann reçoive le titre de Jacobin avant de quitter la Société. Cette motion, très applaudie, est comliattuepar Robespierre le jeune, qui, en manifestant le désir qu'il a luimême de voir Kellermann membre de la Société, demande que, pour son admission, la Société s'en tienne aux principes de son règlement.
Bourdon, après avoir observé que le général est déjà membre de plusieurs Sociétés affiliées, réclame pour lui un diplôme de la Société. Cette demande est accueillie au milieu des plus vifs applaudissements.
La séance a été levée à dix heures.
SÉANCE DU VENDREDI 'M) NOVEMBRE 1702, L'AN 1 ' DE LA lll':i'UI3LIQUE
l'HÉSlDE.NCE DK LE l'ELETIER
La séance a été uuvertc par la iLctiue du procès-verbal et de la correspondance.
RoBEHï^. — Citoyens, on paile tous les jours de la faction des Jacobins, de la puissance des Jacobins, du desiiotisme des Jacobins.
1. Le texte de cette adresse se trouve dans les numéros 310 et 314 du Juunial lies Jacobins. Elle fut iuipriméc à part, sous co titre : Dihois-Cbanoé, dr/tulè des Ardennes, de l'Isère, du Vor et des lîouchcs-dn-lihone, a ses cvinmellauls. — Inip. L. Potier de Lille, s. d., in-8 de 22 pages. — Bibl. nal., Lb 40/729.
2. Dans le Journal des Jacobins, le discours de ilobcrt est précédé de ces iifc'nes : « Hobert demande la parole pour fain- une motion d'ordre. Le but tjuil se propose est de démas(iiier l'intrigue et d'ouvrir les yeux des citoyens des départements sur les pièges ([ui leur sont tendus de toutes parts. L'orateur a terminé ses réilcxions par ])rt)i>oser un»; adresse pour envoyer aux Sociétés alllliées. Coujuic le discours préliminaire du citoyen Hobert et son projet d'adresse ont excité les plus vifs api)laudissements de la Société et des tribunes, nous croyons devoir les présenter liltéral<-mciil à ims lecteurs. >»
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Ah! sans doute, les Jacobins forment une faction, sans doute ils sont une puissance, sans doute ils exercent un despotisme; mais cette faction, c'est la faction du peuple qui a préparé, qui a fait la révolution du 10 août; mais cette puissance, c'est encore la puissance du peuple qui veut maintenir son ouvrage; mais ce despotisme, c'est celui de la '; raison publique, qui ne permettra jamais aune poignée d'ambitieux, ] d'intrigants mal déguisés, de jouir exclusivement des bienfaits d'une révolution qui, par cela qu'elle était hardie, ne fut pas, ne put pas être leur ouvrage.
Citoyens, toute l'adresse de vos détracteurs consiste à séparer votre cause de la cause du peuple : on dirait, à les entendre, que les Jacobins ne sont pas des Français, si bien qu'un étranger qui n'aurait jamais lu que le Palriole français et qui viendrait à vos séances par un mouvement de curiosité croirait qu'il ne doit y entendre parler que de projets de domination et d'envahissement, s'attendrait peut-être à trouver quelques antropophages parmi vous, et ne serait point étonné de vous voir immoler quelques douzaines de vos semblables pour vous laver les mains dans le sang. Oui, du sang, encore du sang, toujours du sang : Fauchet et Brissot ne seraient pas fâchés de faire croire à l'Europe que les Jacobins ne vivent que de sang.
J'ai entendu Brissot, ici, venger les Jacobins outragés par Brunswick, et Léopold, et François II, et Frédéric-Guillaume, et le perfide Delessart. Et comment ce fait-il que se soit aujourd'hui le même homme qui renouvelle les diatribes de l'Autriche, qui enchérisse de beaucoup sur les vociférations de la Germanie? Yoici, ce me semble, le mot de l'énigme : iM. Brissot n'est qu'amour-propre ; il était Jacobin quand les rois faisaient la guerre aux Jacobins, et il a défendu la cause des Jacobins parce que cette cause était la sienne; mais, depuis que les Jacobins l'ont rayé de la liste de leurs membres, la cause des Jacobins ayant cessé d'être la cause de M, Brissot, M. Brissot trouve qu'il est plus naturel à lui de faire cause commune avec les rois qu'avec les Jacobins.
Vous allez me dire que l'ex-Jacobin Brissot est un grand conspirateur, un grand ambitieux, un grand conjuré; non, Brissot n'est rien de grand : il est simplement fâché qu'on ait fait une révolution sans lui, malgré lui; elle serait entière, si on l'eût également faite contre lui.
Je dois un témoignage de justice à la Convention nationale. Brissot n'y est pas une puissance, et j'affirme à tous ceux qui le croient un chef de parti qu'il n'est tout simplement que le chef de quelques fripons, d'une douzaine d'imbéciles, et notamment le chef des ré-
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dacteurs du Patriote français. Hnlaiid liii-inème, le vieux Huland, n'est pas un de? sujets de Brissut, et je connais ici des hommes qui pourront vous dire qu'il fut un jour où Itoland pensa déclarer la guerre à son protecteur, et s'émancipa tulalemeiil de la curatelle de M. Brissot.
Comment donc se fait-il qu'un aussi petit homme fasse autant de mal à la chose publique? Je vais vous le dire : c'est qu'il a un journal; c'est que ses amis ont des journaux; c'est que le plus détestable de tous, le Journal français ', semble n'être que le virulent commentaire du Patriote français; c'est qu'enlin Brissot et les siens ont à Icuidisposition toutes les trompettes de la renommée, et qu'ils ont jiour un instant perverti l'opinion publique. Mais cela doit-il nous alarmer? Non. Savez-vous ce qu'a fait Brissot en égarant le peuple? 11 a lui-même préparé sa chute, et elle est d'autant plus inévitable qu'il a plus écrit, c'est-à-iiire calomnié, que Huland a plus afUché, c'est-àdire trompé le peuple.
Hélas! ces deux hommes, le dernier surtout, n'étaient pas faits pour qu'on sût jamais leurs noms. Ils auraient pu être des citoyens estimables s'ils n'avaient jamais eu qu'à exercer, l'un quelque métier obscur, et l'autre la simple profession de journaliste, pour laquelle il lui avait été donné quelque talent par la nature. Mois qu'il y a loin d'un inspecteur des manufactures, d'un ga/.elier, à un liomme d'Ktal, à un grand homme, à un de ces t''tres rares sur lesquels une république entière doit être en méliance! Vomir des imj)récations contre les Jacobins, insulter à la ville de Paris, ridiculiser la souveraineté du peuple, voilà les lieux communs sur lesquels l'immorttd Brissot se traîne tous les jours. Il serait assez curieux de comparer la collection de la Gazette universelle à la collection du Patriote français depuis le K) anùt : on v l'i rail drs ra|i|(nM'li('nii'iil< |iii|uanl<. La tiiizrlte nnirersel le a-l-dla lait du mal? Non. Le jouriuil de Brissot n\-i\ fera pas <lavantage, et, s'il n'existait pas, nous devrions faire des vieux secrets pour qu'il s'tm élevât un semblable. A (juoi nous servirait d'être ilésintéressés et vertueux, si nous n'avinns l'iionneur d'être cabunniês par l'ancien ami de La I-'ayette?
.lacoliins, vous n'avez jamais été au-si i^rands que \(iii^ l'êlt^s aujnuiilliui. Lancii'uni' cour et La Layelle vous accusaient de voiilnir renverser le tn">ne poui" vuu< élever sur ses dêlu'is : le Inme e-l rtMi-
1. .Iniirnal fraïunls. ou Tahlniii ^loliHijur cl tillcrairc de l'aris. par Niioli» de Ladcvrzc, l;i noveinl)rc W.)2-2 juin I7!l'l, \'.H\ ummrDS iu-t. (Ilaliii, lliliiioi/nipliie d,; la prrsse.)
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versé, et je vous vois tous resplendissants de misère et d'indépendance; vous êtes JListillés aux yeux de TEurope, et la postérité ne balancera pas ses suffrages entre un ministre qui a préféré Tliôtel autrefois habité par Necker et Galonné à l'honneur incomparable de siéger parmi les représentants du peuple, et les hommes qui ont préféré l'indigence, Toiibli, le dédain des ambitieux, au déshonorant avantage de partager leur puissance. Ah! si vous aviez voulu reconnaître le suprême pouvoir de M. Roland; si, pour la commodité de ce grand homme, vous aviez voulu tenir à huis clos des séances chez sa femme; si vous aviez écrit à vos Sociétés affiliées que Brissot était, par excellence, le héros du 10 août, croyez-moi, il ne vous appellerait pas les héros du 2 septembre. 11 n'a cherché à ternir cette journée salutaire et terrible que pour vous couvrir d'un opprobre factice, et il n'a cherché à vous couvrir de cet opprobre que pour vous ravir la gloire de cette première journée. Sans doute vous l'avez partagée avec le peuple de Paris et les fédérés, celte gloire immortelle; mais, si l'on en voulait croire M. Brissot, ce sont les fédérés qui ont tout fait, et vous et les habitants de Paris, rien. Paris n'a rien fait, parce qu'il n'a pas donné son suffrage à M. Brissot.
J'ai lu dans n" 1205 du Patriote français un article portant ces mots : Mardi 27 novembre 1792 (il n'y est pas question de l'ère de la République, c'est un rien pour M. Brissot). Suivent ces paroles : « Les Jacobins ont commencé leur scrutin épuratoire, mais en sens inverse : ils ont rayé Roland, Lanthenas, Louvet, Girey-Dupré; et frère Chabot a annoncé pour l'ordinaire prochain une moisson bien plus abondante. — Les Sociétés départementales doivent voir le soin de la Société-mère de séparer le bon grain de l'ivraie. » C'est-cà-dire, selon M. Brissot, que le bon grain, c'est M. Roland, qui a voulu produire un soulèvement à Paris en le prédisant trois jours à l'avance; c'est Lanthenas, qui préfère la famille Roland à toute la Répubhque; c'est Louvet, qui ne sait faire que des romans, soit qu'il écrive, soit qu'il accuse; c'est l'incomparable Girey-Dupré, le fidèle interprète, l'organe savant des sentiments de M. Brissot, son maître. Oui, voilà le bon grain de la République française ; mais, l'ivraie, ce sont les citoyens qui ont la folie de ne s'occuper que de la cause publique, et jamais d'eux; ce sont les généraux qui mènent nos soldats à la victoire; c'est Le Peletier, c'est Delaunay, c'est Danton, c'est Robespierre, c'est Dumouriez, c'est Kellermann, c'est Félix Wimpffen. Quel poison dans la République, que ces hommes qui ont démasqué La Fayette, qui ont délivré le Brabant et Liège, qui ont illustré le nom français à Mous, qui ont sauvé l'État à Valmy, qui ont arrêté l'armée des ennemis, ToMB IV. 34
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qui ont bravé cinquante-deux jours de tranchée ouverte! De tel? exploits ne sont pas pardonnables. Il fallait en croire à la frayeur de M. Roland, et Paris serait sous la domination autrichienne, et Louis XVI serait sur le trùne de Louis XIV et de Cbarles IX, et la Convention nationale et le pouvoir exéculif, et surtout M. le ministre de Tintérieur, seraient à Marseille, à Bordeaux ou à Lyon.
Citoyens, croyez-vous que ma plume ait dépeint J.-P. Brissut ? Non, et je ne le crois pas non plus : son caractère moral ressemble à ces figures versatiles dont le peintre le plus adroit ne saurait saisir le caractère, parce qu'elles n'ont pas de caractère. Brissot n'était pas né pour l'esclavage, j'aime à lui rendre cette justice, mais le pauvre homme a cru qu'il était né pour la domination, et c'est ce qui l'a perdu; à force de vouloir la liberté, il a fini par ne la vouloir plus que pour lui et ses amis; encore quelques pas, il deviendrait plus exclusif, il finirait par ne la vouloir que pour lui seul.
Il est temps de l'arrêter, et nous avons pour cela des moyens aussi infaillibles qu'ils sont simples et naturels. Quels sont-ils? La discussion, la propagation des lumières, l'examen sérieux et suivi des principes qui doivent fonder le bonheur public. Je crois avoir démêlé dans les écrits de M. Brissot quels sont ses principes actuels; il nous reproche amèrement d'.ivoir brûlé le libelle du nommé Bacon qui propose à la France un roi électif dont le règne sera de dix années : je sais d'ailleurs que c'est là le système du républicain Brissot; on sent qu'un pareil système est rigoureusement bien assorti à Tàge de M. le ministre Roland; or, un roi électif convient si bien à l'aristocratie des propriétés, M. Brissot a si souvent parlé des propriétés, qu'il me parait démontré à moi que M. Brissot veut un gouvrrnemcnl totalement formé sur ces deux l>ascs. Ce n'est [)as là votre opinion, citoyens; fraction du peuple, peuple vous-même, vous devez croire et v<uis croyez que dans une république bien org.inisée tous les emplois, et spécialement ceux du gouvernement, ()u"on .ippelle si mal à ]unpos pouvoir exécutif, doivent être extrêmement circonscrits quanta la ilurée; et vous croyez encore que les propriétés, que je respecte autant que M. Brissot, ne doivent étalilir aucune différence entre b-s citoyens de la Répul»li<pie. Je vois san< peine un individu plus riche tpic moi, et j'en vois beaucoup; mais je ne soulfrirai jamais ni l'insolence, ni l'aristocratie de la richesse. Si le partage des terres est une cbimèrc même tombée en désuétude, l'égalité des droits n'en est point une, et j<' In inainti(.'ndi'ai, et nou< la maintiendrons jusiju'à la niorl. .le dis (pTil n'y a [la'; encore de liberté là où un niini'^lre ose se piMuntlre d'.ippeler un citoyen du nom de parasite.
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Encore un mot : des citoyens dont je respecte les lumières et la sagesse croient que M. Brissot n'est pas républicain, précisément par la i-aisun qu'il a déclaré la guerre à celte Société du moment qu'elle est devenue indivisiblement républicaine. Je ne saurais être de cet avis: je pense que M. Brissot est républicain, mais je pense qu'il n'est pas républicain comme les Jacobins. Il y a république et république. Yenise aussi, Genève aussi sont des républiques; mais nous ne voudrons jamais de ces républiques-là. Une chose qui me fait croire encore au républicanisme de M. Brissot, c'est que ce mot est aujourd'hui à la mode, et que M. Brissot n'aime pas à la fronder. D'ailleurs il faudrait être dépourvu de sens pour proposer en toutes lettres une monarchie, et M. Brissot n'est pas encore assez maladroit pour cela : seulement il demande à grands cris, à cris de factieux, le rétablissement de l'ordre et de la paix, une garde armée pour la Convention, une loi contre les agitateurs, que sais-je? des lois martiales, autant et plus dangereuses encore que la première; c'est là ce qu'il faut empêcher. L'ordre et la paix n'ont été momentanément troublés que par l'effet des déclamations de MM. Roland et Brissot; l'ordre et la paix ne seront jamais troublés que quand le gouvernement les troublera, sous le prétexte de les rétablir. Quand un ministre sonne luimême le tocsin d'alarme sur les subsistances, croit-on qu'il soit naturel au peuple de rester dans l'incurie de ses besoins? Et quand des journalistes trompeurs proclament le cri de guerre contre une section de la République, quand ils la peignent comme voulant usurper la suprématie et la domination, croit-on que ce soit la faute du peuple s'il est inquiet de sa liberté? Parisiens, que vous avez bien senti celte vérité! Ce ne sont point vos frères égarés que vous avez accusés d'injustice à votre égard, ce sont vos calomniateurs, c'est Brissot, c'est Roland, vers qui vous avez dirigé toute votre haine, parce qu'eux seuls la méritent. Non, ils ne méritent pas votre haine; vous avez haï Cazalès, Maury, même La Fayette; mais Roland...! On consentirait à peine à le haïr, quand il renfermerait à lui seul toutes les capacités de ceux de son parti.
Voici les propositions que je fais à la Société : 1° De passer scrupuleusement au grand ordre du jour tous les soirs à sept heures ;
2° De mettre à cet ordre du jour toutes les grandes questions qui doivent se discuter le lendemain à la Convention nationale;
3° De donner un jour par semaine à la discussion des bases et des articles de la nouvelle constitution française; 4° D'imprimer, en réponse à M. Brissot, la liste des membres qui
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composent celte Société, et de l'envoyer à toutes les Sociétés affiliées;
5" D'ordonner la rédaction d'une aflre>se de la Société au peuple français et d'en arrêter également l'envoi aux Sociétés départenientaires.
Que si la Société adopte cette dernière mesure, je lui demande la permission de lire un projet d'adresse, que je soumettrai à sa discussion.
« Peuple magnanime, on voudrait te tromper! Tes ennemis te peignent Paris comme le séjour de l'anarchie : la Convention nationale, (lisent-il, n'y est point en sîireté, elle n'est pas libre dans ses délibérations. Elle n'est pas en sûreté, elle n'est pas libre... et nous la gardons 1 Que voudrions-nous donc, si ce n'est la sûreté, la liberté des représentants de la nation? Pouvons-nous exister sans représentants? N'aurions-nous appelé les premiers une Convention nationale que pour la despecter [sic]? Nous, les amis des lois, nous, les amis du bonheur public, nous, qui ne vivons que pour la libei'té, un a pu nous supposer l'insensé projet d'avilir la majesté d'une assemblée dont l'existence est nécessaire, et sans laquelle il ne saurait y avoir de liberté dans un grand État.
« Citoyens, nos délibérations sont publiques, la salle de nos séances est ouverte à tous les hommes indistinctement. Ah! puissions-nous nous faire entendre de la France, de l'Kurope, de l'univers.
<i S'il nous était permis de nous glorifier de ([uelques services rendus à la patrie, nous dirions... Mais non, nous ne dirons rien, nous en rendrons encore; oui, nous la servirons en discutant en public les grands principes de liberté, en la défendant contre un système de modéranlisme qui porterait la mort au cœur de la Ht'-publiqiK.' naissante, si les intrigants parvenaient à l'accréditer.
(' Citoyens des quatre-viiigt-cpiatre départements! nous vous devons un avis salutaire; il existe ici des ateliers de calouinie; c'est avec le ])rix de vos sueurs et des nôtres (|u'un fait circuler ilans tous les départements le poison de la dilfamation la jdus odieuse; mais quel fruit en ont-ils retiré, les calomniateurs? Une erreur momentanée, car vous n'avez pas cru longtemps que Léopold, liiimswick et La Kayetto eussent eu raison d'accuser les Jacobins.
« Nos torts S(»nt d'avoir voulu la i{(''piilili(|ii(> uniqui', indivisible; d'a\iiir voté la garantie des pi'(»]>riétès; d'avoii- diiiiaiidc la nioil d'un roi dégfjùtant de crimes et de sang; d'avoir exprimé notre vomi |>our la réunion de la Savoie à la Képubli(iue française; nos torts sont d'être restés tels que nous étions au 10 août, c'est-à-dire inébranlables et fermement attaches à la liberté, à l'égalité politique de tous les citoyens sans exception.
[SOnov. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS S33
« Pourquoi La Fayette a-t-il l'ait la guerre aux Jacobins? Parce que les Jacobins ont juré la mort de quiconque attenterait à la liberté publique. Quels sont donc les hommes que notre présence incommode?
« On disait au 10 août qu'il n'y avait plus de Jacobins parce que tous les Français étaient Jacobins; ils ne sont donc pas Français, ceux qui veulent aujourd'hui anéantir les Jacobins.
« Lorsqu'un membre de cette Société aura voté contre les droits du peuple, nous dirons avec nos détracteurs que la Société se corrompt ; mais qu'on cite un semblable exemple! Ainsi, tout notre crime est d'être les défenseurs inexorables de l'égalité. Citoyens, nous en sommes récompensés, nous avons l'honneur d'être calomniés; c'a toujours été, ce sera longtemps encore le sort de la vertu austère. La France a prononcé entre nous et La Fayette, notre premier accusateur; elle prononcera bientôt entre nos nouveaux accusateurs et nous.
« Hommes de la Répubhque, nous vous devions cette explication; nous avons dit, jugez. »
Chabot. — Chargé par la Société de rédiger l'historique des événements qui ont accompagné la révolution du 10, j'ai recueilli un grand nombre de faits propres à justifier les principes des Jacobins et à démasquer leurs ennemis. Tallien m'a promis de nouveaux faits propres à jeter un grand jour sur la matière que je suis chargé de traiter. Je demande que la Société m'autorise à donner communication de tous ces faits à Robert, et que la Société le charge de les faire entrer dans le projet d'adresse qu'il vient de vous présenter.
La proposition de Chabot est adoptée avec les plus vifs applaudissements.
Plusieurs membres demandent que la Société passe immédiatement à l'ordre du jour, et qu'elle s'occupe du procès du ci-devant roi.
La Société arrête qu'elle ne passera pas immédiatement à l'ordre du jour.
En conséquence de cet article, différents membres sont entendus <:ur des faits qui ont rapport aux subsistances et à l'état actuel de la République.
SiMOND. — Je crois devoir communiquer à la Société ce qui s'est passé ce malin à la Convention nationale. Je suis surpris que la Convention nationale n'ait i)as improuvé la conduite des commissaires qu'elle avait envoyés dans le département d'Eure-et-Loir : ils n'ont pas fait leur devoir, car ils auraient dû mourir les martyrs delà loi plutôt que de souffi'ir qu'il lui fût porté atteinte. i
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Le Président observe à l'opinant que la Convention nationale a, par un décret rendu sur la proposition de Manuel, improuvé la conduite de ses commissaires •.
Châles propose l'instruction comme le seul moyen de dissiper les attroupements populaires. Il fait sentir, dans un discours généralement applaudi, les malheurs qui résulteraient si l'on employait la force contre des citoyens que leurs seuls besoins égarent 2.
Bentabole parle aussi sur les subsistances, et, après avoir fait le tableau des manœuvres employées pour accaparer les subsistances, il conclut à la nécessité de les taxer.
Son discours a été très applaudi.
La séance a été levée à dix heures.
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