EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL
« La Société a arrêté l'impression de l'adresse ci-jointe dans sa séance du 30 novembre 1792,
« Le Peletier, président; Simonne, vico-prcsidcnt ; Sambat, Garnier (de Saintes), Suas, Monestier (du Puy-de- Dôme), secrélaires. »
Décembre 1792
SP:\NCE du DIMANCIII- i> DHCIvMBRE 1792, L'AN I" DK LA RÉPUBLIQUE
PRÉSIKliNCE DE LE l'ELETlER
Après la lecluro du prii(r--voi'b;il d de l.i corrcspondauci', ou accorde radilialioii à la Société de S;illauclii^s, ilt''|iartt,'ni(Mil du Muni- Blanc.
[2 DEC. 1792] SOCIÉTÉ DES JACOBINS Sil
Le citoyen Curtius écrit de Mayence qu'il a reçu un accueil très favorable de la Société de Mayence. Il paraît que l'on s'est trompé à la Convention nationale lorsque l'on a donné lecture de sa lettre; on on a cru que cette lettre était de Giistine fds, et il est bon de savoir qu'elle est de Curtius fils.
Maure. — Je viens m'acquitler d'un devoir sacré : recevez l'expression des sentiments de la plus vive reconnaissance pour la tranquillité que vous avez rendue à mon âme agitée, en déclarant que je n'avait pas perdu votre estime et votre confiance par ma conduite comme commissaire de la Convention dans le département d'Eure-et- Loir ' ; je vous dois un compte exact de cette conduite, je viens vous le rendre avec vérité et simplicité.
[Suit un compte rendu apologélique de la conduile de Maure dans le département d'Eure-et-Loir^.]
HÉRAUT DE SÉCHELLES. — Frèrcs et amis, je pars demain, avec le patriote Simond et deux autres de mes collègues, pour remplir en Savoie la mission dont nous a chargés la Convention nationale ?. Il est peut-être assez piquant que l'homme qui l'ut, il y a quelques années, arrêté, emprisonné auprès de Turin, interrogé ensuite militairement et très bêtement, expulsé enfin comme accusé de démocratie, et expulsé pour la vie de tous les États de Sardaigne par le ci-devant roi de ces contrées, se trouve aujourd'hui nommé pour aller établir les lois françaises et le règne de l'égalité dans cette même Savoie dont j'ai eu le plaisir de prononcer moi-même, comme présidant alors la
1. On a vu qu'à la fin de la séance précédente la Société avait reçu communication du décret par lequel la Convention improuvait la conduite de ses commissaires Birotteau, Lecointe-Puyraveau et Maure, dans le département d'Eureet-Loir. Le Journal ne dit point que les Jacobins eussent protesté contre ce décret en ce qui concernait Maure : cependant l'affirmation produite par Maure à la tribune de la Société, et non contestée, met hors de doute que les Jacobins lui votèrent l'expression de leur confiance. — Le conventionnel Maure était un homme énergique : il se tua, le 4 juin 1793, pour éviter le décret d'accusation dont il était menacé, à cause du rôle qu'il avait joué dans l'insurrection montagnarde de prairial an III.
2. Compte rendu jicw Maure uiné, citoyen d'Auxerre, député du déparlenteni de l'Yonne à la Convention iiationale, à la séance de la Société des Jacobins du 2 décemijre 1792. — Imp. de l'Égalité, ci-devant de Henri IV, s. d.,in-8de Spages. Bibl. nat., Lb 40/2283.
3. Par décret du 20 novembre 1792, la Convention avait envoyé Hérault de Séchelles, Simoud, Grégoire et Jagot, en mission en Savoie pour organiser le département du Mont-Blanc. — Voir le Recueil des actes du Comité de salut public, I, 276-279,
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Convention nationale, la réuniun avec la France. Tels sont le? retour? du sort, ou, pour mieux dire, tel est le triomphe de la justice prenant enfin son éternelle revanche des longs outrages faits à l'humanité. Puurrai-je, frères et amis, ne pas venger avec ardeur les droits de l'homme, dans un pays surtout où j'ai du être si indigné de la manière dont on les violait à l'égard des Français patriotes?
Depuis longtemps les Savoisiens étaient lassés et rassasiés de la domination d'un tyran stupide qui, abandonnant cà des suhallerncs le droit d'opprimer des sujets, ne régnait pas avec moins dinsolence et d'engourdissement que les marmottes qui fourmillent dans son empire. Ce peuple, qui a voulu se confondre et s'incorporer avec notre nation, ce peuple si connu parmi nous par sa simplicité, par sa bonté, est bon, est excellent, mais n'est ce|icndanl pas si simple qu'on le croit. Nous ne connaissons à Paris que liutèressante et utile colonie des Savoyards, flans qui la pauvreté, le besoin de vivre, suspendent souvent les ressources et les développements de l'esprit, pour ne leur laisser que les patientes et laborieuses vertus qu'ils tiennent de la nature. Mais le peuple dans ses foyers, les Savoisiens, présentent un tout autre spectacle. Incapables des noirs forfaits qui déshononnt l'Italie, ils sont du reste en affaires très intelligents, très spirituels, très susceptibles des involulions de toute espèce de jui-isprudence. Sans doute, asservis sous un roi, ils n'ont pas dû exister entre Turin et Genève sans que leur caractère en recilt une nuance, à peu jirès comme un homme vertueux placé dans une société suspecte conserve ses mœurs et ajoute quelque malice h son esprit. Hi'uicusoment ils aiment, ils adorent la libeidé avec le même enthousiasme que vous, frères et amis, et ce sentiment vous répond que nous ne démentirons point votre doctrine en maintenant dans ce [lays les principes les plus rigoureusement populaires. Mais, plus les travaux qui nous sont confiés sont compliqués et imi)ortants, plus nous avons droit despérer que la Société nous soutiendra de loin par une bienveillance et une attention toute fraternelle. Sans doute vous nous recommanderez à vos bons amis de (iliambéry, vous nous ferez parvenir avec soin vos idées sur le bien public; enfin vous vous souviendrez que quebiues-uns de vos coopérateurs sont allés cimrnliM- dans une tiiii- neuve et féconde la politique de l'humanité. Je suis d'autant i)lus intéressé à solliciter ainsi, en vous ipiittant, votre utile infiniMice, (lu'elle ne contribuera pas peu à abréger et à termin(.'r notre mission, et nous vous devrfwis l'avantage de revenir birnirii coueourir av.'C nos collègues à la constitution de la |{(''pul)li(pie, dont nous aurions tro[t de regret de n'être pas mêlés parmi les fondateurs.
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Simond et Doppet, sur le point de partir pour le département du Mont-Blanc, invitent la Société à vouloir bien éclairer de ses lumières les Sociétés patriotiques qui se forment dans leur patrie. {Applaudi.)
On introduit une députalion des Belges qui vient présenter son hommage à la Société-mère. B'Fspagnac, orateur de la députation, prononce le discours suivant :
« Les Sociétés de la Belgique, établies sous le nom des Amis de la liberté et de l'égalité, nous ont chargés de vous exprimer leurs vœux pour l'affiliation et la correspondance avec la Société-mère des Jacobins. Comme vous, dès leur berceau, elles ont eu à combattre des monstres qu'on appelle nobles et prêtres; comme vous, elles se sont, dès leur premier âge, armées pour les terrasser, et nous venons jurer, dans le premier sanctuaire de la liberté, que leur massue ne se reposera que lorsqu'ils seront tous disparus. Nous déposons sur le bureau les quatre premiers numéros du Journal des Amis de l'égalilé établis à Bruxelles. »
La Faye, président. — Beprésentants d'un peuple libre, le peuple français, fier d'avoir reconquis sa liberté, sentit le besoin de por ter ce bien inestimable chez les peuples ses voisins; il a rempli cet engagement à votre égard, il vous a rendu vos droits, il vous a rendu la liberté : vous vous en montrerez dignes ; nous la défendrons de concert contre les tyrans de la terre. Liberté, égalité, unité de la République, telles sont les bases de tout gouvernement libre ; nous espérons que vous marcherez dans la route que nous avons tracée. Nous voyons en vous un peuple de frères; contribuez avec nous à propager les lumières et les principes; faites triompher la cause de l'humanité, de l'égalité, et vous hâterez le moment fortuné où tous les peuples ne feront plus qu'une famille de frères.
Lemoine. — Je prie le citoyen d'Espagnac de nous apprendre s'il a connaissance des accaparements de blés que l'on dit avoir été faits dans la Belgique, et s'il connaît les manœuvres des intrigants.
A ces mots, un membre prie Lemoine de déclarer de quels intrigants il entend parler.
<( Je veux parler, dit-il, des intrigues dirigées par Roland et les Brissolins. » [Applaudissements très vifs.)
D'Espagnac. — Je dois annoncer à la Société un fait propre à répondre aux questions qui viennent de m'ôtre faites. Westermann et moi, en partant de Bruxelles, avons rencontré des hommes qui emmenaient des blés de la Belgique. Cette opération est l'ouvrage du Comité des achats, qui n'est composé que d'accapareurs. Au reste.
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j"ai beaucoup à me plaindre de rimpéritie et de lignorance du pouvoir exéculif; mais je me propose de les démasquer, et je ne quitterai pas la plume que je n'aie 'dévoilé lintrifîue de? ministres; ils expliqueront sans doute ce mystère, car tous les mystères s'expliquent, et moi-même j'ai passé dix ans de ma vie à expliquer des mystères que je n'entendais pas. {Applaudissements très vifs.)
Un citoyen demande à d'Espagnac s'il a connaissance que Roland ait envoyé dans la Belgique des libelles et des écrits empoisonnés.
D'Espagnac. — J'ai connaissance que Roland a envoyé dans la Belgique l'accusation de Louvet contre Robespierre, et je n'ai point vu la justification de ce dernier. Ce fait me fut dénoncé par un ami de Robespierre (car je m'empresse de donner de l'occupation à tous les bons Jacobins de l'armée). Voilà le fait que je puis attester.
Lulier parle sur les subsistances. Il allriliue la cherté des grains ù trois causes principales : la grande quantité d'assignats mis en émission; le prix des baux des biens des émigrés, laissé entre les mains des fermiers, et l'espérance des propriétaires de voir augmenter encore ce prix, à raison du besoin des armées. Il conclut à une taxe provisoire jusqu'au moment où tout serait rentré dans l'urdre.
La séance a été levée à dix heures.