‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 104 sur 187 · Allusion à VAlmanach du Père Gérard. Voir t. III, p · texte numérisé non relu

Allusion à VAlmanach du Père Gérard. Voir t. III, p

instruits, et non pas de ces hommes faibles qui n'ont pas assez d'audace pour dire la vérité.

Bassal. — Il est nécessaire de développer le sens du décret, afin que, tout en s'empressant de l'exécuter, on puisse le rendre utile pour les projets de ceux qui l'ont provoqué. Les aristocrates, qui font tout pour anéantir la Convention nationale, se réjouissent du décret qu'elle vient de rendre sur les Sociétés populaires, qui lui écrivent de rester à son poste et de consolider la République. Ne vous alarmez pas cependant, Amis de la Liberté et de l'Egalité ; ce décret ne vous humilie point, il rend hommage aux principes, et ote aux ambitieux les moyens de cimenter leur puissance sur la crédulité de quelques hommes.

L'Assemblée constituante en rendit un à peu près semblable ; il n'empêcha point les Sociétés populaires de se serrer pour sauver la liberté.

Votre correspondance se fera de cette tribune et par le moyen de votre journal; si quelques lettres particulières sont écrites à des Sociétés, il n'est pas un patriote qui se refuse à signer et à proclamer les principes qui sont dans nos cœurs. Je demande donc que le Comité de correspondance présente un moyen de correspondre avec les Sociétés populaires, sans blesser aucune des dispositions du décret rendu ce matin.

Moneslier appuie cette proposition.

RoMME. — Autrefois vous vous reposiez du soin d'exprimer vos sentiments sur quelques hommes qui avaient votre confiance ; aujourd'hui chacun de nous dépensera sa portion d'énergie : chaque adresse qui sortira d'ici sera autant de levées en masse contre l'aristocratie. Je demande l'ajournement de tout mode de correspondancejusqu'après la communication du décret.

(iouJON. — Quoique ce décret ne soit pas aussi défavorable aux patriotes qu'on l'aurait désiré, il prouve au moins que l'esprit public est aliéné sur les Sociétés populaires. On avait, il y a quelque temps, demandé qu'on opposât les scellés sur les archives de cette Société : n'ayant pu réussir, on a voulu aujourd'hui détruire toute communication entre les patriotes et rompre les liens de la fraternité. Si les projets des ennemis du peuple ont encore une fois échoué devant les principes, c'est que la Convention nationale a fait ajouter au projet de décret qui lui était présenté le mot de correspondance collective.

[«La loi est jiortoc, continue Goujon, nous devons nous y soumettre ; si elle nous fait souffrir aujourd'luii, un jour elle nous vengera. La loi mène les factieux à l'échafaud, ol fait triompher les liommes de bien.

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« Je le répète, citoyens, nous devons soumission à la loi ; mais il faut que les Sociétés populaires se souviennent que les aristocrates veulent remporter ; que la lice est ouverte entre le crime et la vertu ; qu'elles ont à déjouer les manœuvres de ces hommes qui veulent qu'un million de fainéants régnent sur vingt-quatre millions de citoyens laborieux et utiles à la Réj)ublique. »

Fayau reproduit avec énergie les mêmes opinions qui ont déjà été émises par les autres orateurs. Il ajoute quelques idées j)articulières :

« En vain, dit-il, on traite aujourd'hui les Sociétés ])opulaires d'institutions monacales et aristocratiques. Ceux qui les accusent craignent sans doute cet œil du peuple qui surveille les hommes en place, et les dénonce lorsqu'ils s'écartent du sentier de la liberté. La Révolution ne tournera jamais au profit de l'aristocratie, quoiqu'elle ose déjà prononcer avec impudence la dénomition méprisante de populace à l'égard des hommes généreux qui ont le plus contribué à la Révolution et à la fondation de la République. Le peuj)le est un; sa volonté suprême a prononcé, rien ne lui résistera.

(( Il faut que de cette tribune notre voix soit entendue de nos frères des départements. Traçons, s'il le faut, de notre sang les idées de liberté que nous l'épandons dans toute la République.

<( Je demande qu'il nous soit présenté un mode de correspondance sans blesser les dispositions de la loi. » (On applaudit.)]

La séance est levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE GARNIEK (dE SAINTES)

On fait lecture de quelques lettres signées individuellement, et adressées à des membres de la Société. On remarque parmi ces lettres un discours prononcé dans la Société populaire de Grenoble, et envoyé aux Jacobins par son auteur.

La Société après en avoir entendu la lecture, qui a été couverte d'applaudissements, en arrête l'impression et la distribution aux tribunes.

Levasseur (de la Sarthe) donne lecture du décret de la Convention nationale relatif aux Sociétés populaires *.

1. Nous reproduisons cette séance d'après la même méthode que les précédentes. Voir plus haut, p. 565, note 1.

2. « Ces décrets ne sont pas promulgués, a dit l'orateur: mais cette lecture doit *< nous servir de promulgation. » Un morne silence a régné dans la salle et des « larmes ont coulé ». Annales patriotiques^ numéro du 3 brumaire an III, p. 31*8.

[Un citoyen, qui ne fait pas partie de la Société, raconte qu'il a entendu dire, à la porte du Comité de sûreté générale, que 4,300 détenus de divers départements avaient été mis en liberté avant-hier.

11 rapporte que, si on ne l'en avait empêché, il aurait chassé du Palais- Royal un colporteur qui criait : les Jacobins hors la loi.]

Un des citoyens qui avaient été chargés de réclamer la liberté des membres de la Société arrêtés dernièrement se plaint de l'inutilité de ses démarches. Il demande que la Société nomme six représentants du peuple, qui, pouvant entrer au Comité de sûreté générale, agiront en faveur des détenus, et feront leurs efforts pour obtenir leur liberté, s'ils sont innocents.

Raisson. — Sans doute nous devons nous empresser de prendre des moyens pour briser les fers des patriotes ; mais il faut, avant tout, que nous instruisions le Comité de sûreté générale de tout ce qui se passe autour de lui. Comment les patriotes en obtiendraient-ils justice, si on ne laisse un libre accès qu'à ceux qui surprennent sa justice et sa bonne foi ?

[Il essaie de lire une lettre envoyée de Dijon. {On Va lue, s'écne-t-on de toutes parts !) L'orateur continue son discours.]

Gomment se peut-il que le Comité soit informé des réclamations des patriotes, lorsque son secrétaire général, qui devrait se sacrifier pour eux, oublie la cause des sans-culottes, pour s'occuper de la défense du ci-devant premier président du parlement de Besançon ? Un tel état ne peut durer, grâce à la justice sévère de la Convention nationale. [Non! non! s^écris't-on de toutes les parties de la salle.) Voulez-vous connaître le principal motif de la haine que vous portent en ce moment vos ennemis? C'est cette correspondance qui dévoile toutes les intrigues. N'abandonnons point les malheureux, réclamons-les tous ; et, si nous ne pouvons obtenir qu'on brise leurs fers, honorons-nous de les partager. {On applaudit.)

Les représentants du peuple chargés de demander au Comité de sûreté générale la liberté des patriotes détenus sont les citoyens Massieu, Carpentier, Maribon-Montaut, Maure, Reynaud et Moneslier.

Crassous. — La dernière séance a fini sans prendre aucun parti sur les différentes propositions qui ont été faites. Chacun a abordé, suivant ses idées, les moyens de tirer parti des circonstances et de donner aux liaisons, aux relations des Amis de la Liberté et de l'Egalité, toute la force, toute la vigueur qui est dans leur âme, et que le décret n'a pu leur enlever. Parmi ces moyens, j'en ai remarqué un bien simple ; c'est celui du journal de la Société, qu'on

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pourrait, en l'améliorant, rendre l'écho fidèle de nos sentiments et de nos discussions. Je pense toutefois que la première chose que la Société doit faire, c'est une circulaire à tous les hommes libres réunis en Sociétés populaires, circulaire que chacun de nous signera individuellement, et dans laquelle vous ferez voir comment on a voulu vous ériger en autorité constituée, afin de vous saper par les fondements. Dans cette circulaire, vous prouverez que vous n'avez jamais prétendu être une autorité constituée, mais que vous voulez toujours jouir de votre indépendance, afin d'exercer cette surveillance dont on ne peut vous dépouiller sans anéantir les lois. En même temps, vous n'oublierez pas que vous ne devez aucun ménagement aux hommes qui, à force de pamphlets, veulent faire croire que la Société fait courir les plus grands dangers à la liberté ; à ces hommes qui, éloignés maintenant des Sociétés populaires, les calomnient, tandis que c'est à elles seules qu'ils doivent leur existence politique.

Quand vous aurez ainsi fait connaître vos principes et démasqué vos ennemis, vous serez convaincus que le décret d'avant-hier ne portera aucune atteinte fatale à la liberté ; alors on ne pourra plus dire que vous êtes une puissance ; on ne pourra plus alléguer qu'on ne sait si c'est avec les Jacobins ou avec la Convention qu'on doit traiter, puisqu'on lui aura fait prendre tous les moyens de détruire les craintes absurdes et chimériques qu'on élève à la faveur de ces mots.

Vous ferez cette adresse sous le nom des citoyens soussignés, réunis dans la salle des Jacobins, et je suis persuadé que les citoyens qui assistent à nos séances voudront aussi la signer. C'est ainsi que ces hommes probes, qu'on prétend que vous salariez, prouveront à vos ennemis qu'ils ne s'empressent de se rendre assidûment dans vos tribunes que pour s'instruire et se pénétrer de vos principes.

Je demande aussi que la liste des membres de la Société soit dressée dans le délai prescrit par le décret.

Les propositions de Crassous sont arrêtées,

Maurk, — La publicité de celte liste sera le meilleur scrutin épuratoire que vous puissiez faire ; car, s'il se trouve dans votre sein, ce que je ne pense pas, des intrigants, des hommes qui passent pour patriotes sans l'être réellement, ils craindront d'être portés sur celte liste, de peur d'être démasqués. Alors ou pourra vraiment dire que la Société est soutirée à clair. [On rit.)

Crassous. — Je demande que l'adresse soit mise en têle de la liste qui sera déposée à la commission de police, afin qu'on puisse dire : Voilà les hommes, voilà leurs principes.

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Maure. — Je ne pense pas que les tribunes puissent signer nos adresses. La Convention, en exigeant que nous signassions individuellement, a voulu que, s'il se glissait darfs une adresse des erreurs politiques ou des choses dangereuses, on pût retrouver le membre de la Société qui en serai-t l'auteur.

Un citoyen des tribunes demande la parole pour répondre à Maure, au nom de sa tribune.

Maure, — Cet exemple vous prouve qu'il ne faut jamais attaquer les principes. Je demande que le citoyen qui prétend parler au nom de sa tribune montre son pouvoir.

•**. — Si les citoyens des tribunes signaient avec nous, les malveillants ne manqueraient pas de dire que nous allons recruter dans les rues et dans les tribunes pour faire signer nos adresses.

« On a dit, reprend Maure^ que les pauvres, les indigents Jacobins, mais qui sont riches eu vertus patriotiques salarient les tribunes. Si vous adoptez la proposition qui vous est faite, demain les libellistes ne manqueront pas de dire que les salariés des Jacobins sont venus signer leurs adresses avec eux.

« J'ai une réflexion à vous faire. Ne craignez-vous pas, citoyens, de blesser le décret en nommant des défenseurs officieux? Vous savez qu'il est défendu aux autorités constituées de faire droit à vos demandes collectives ; ne craignez-vous pas de donner prise à la malice de ceux qui ont provoqué ce décret pour nous dissoudre? Car il en est qui ont eu cette intention. Je demande que le Comité de correspondance nous éclaire là-dessus. »

RoMME. — Il importe d'exposer clairement et sans ambiguïté ce que vous avez voulu faire, afin que les journaux ne tronquent pas vos sentiments. Vous avez désigné, et non pas nommé, des représentants du peuple qui, n'étant d'aucun Comité, voudront consacrer quelques-uns de leurs moments à la défense des malheureux. Vous désignez ces représentants, afin que l'homme réduit à implorer le secours de ses semblables puisse s'adresser à eux ; vous les désignez comme les amis particuliers de l'infortune, toujours prêts à voler à son aide. C'est en leur nom, et non pas au vôtre, c'est d'après l'impulsion de leur propre cœur qu'ils iront pour réclamer auprès du Comité de sûreté générale la liberté des patriotes détenus, et c'est sous ce rapport seul que vous avez bien fait.

La séance est levée.

598 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [20 octoure 1794]

PRÉSIDENCE DE GARNIER (dE SAINTES)

[Maure annonce à la Société que ses frères d'Auxerre ont envoyé à la Convention nationale une adresse signée individuellement.

J/a,v5(>M annonce que le Comité d'instruction publique s'occuj)e depuis deux mois des moyens d'organiser les écoles primaires d'une manière qui puisse remplir les vues sages et philosophiques qui ont été présentées sur cet objet depuis trois ans; son travail est prêt, et dans deux ou trois jours il le soumettra à l'examen de la Convention.

Massieu entre dans différents détails sur les opinions, les projets et les mesures déjà prises i)ar le Comité d'instruction publique pour le succès de cette «branche importante». Il termine par inviter les membres de la Société à traiter cette grande question, afin d'éclairer le Comité,]

Maure. — Celui qui se livre à l'instruction de ses concitoyens doit jouir de la considération publique, et doit être assuré d'avoir du pain dans ses vieux jours. Sous l'ancien régime, on avait accoutumé le peuple à regarder les instituteurs comme des hommes à gages et méprisables ; soyons plus justes envers cette classe respectable de citoyens, et apprenons aux jeunes gens à regarder comme un second père celui qui leur aura donné l'instruction.

***. — J'arrive du Mont-Terrible, et je puis assurer que le peuple de ces contrées a le plus grand besoin d'instruction, surtout dans les montagnes, où les prêtres se sont retirés et entretiennent l'erreur. Ce ne sera pas assez de faire des lois sur l'instruction publique ; il faudra que la Convention et les Sociétés populaires désignent des instituteurs instruits et patriotes; et, à cet égard, le projet que la Société populaire de Delémont fît passer à la Convention, il y a quatre mois, me paraît devoir être adopté. C'est de disséminer sur tous les points de la République les défenseurs de la patrie qui auraient reçu une instruction suffisante, et qui ne pourraient plus continuer leur service, par suite de blessures ; la vue. de ces braves guerriers produirait dans l'âme des jeunes citoyens le plus grand amour de la patrie.

L'orateur se plaint de ce que la loi du 8 pluviôse, qui établit des

1. Nous reproduisons cette séance suivant la même méthode que les précédentes. Voir plus haut, p. 565, note 1.

instituteurs de langue française dans les pays où cette langue n'est point connue, est demeurée sans exécution.

Massieu. — Le Comité d'instruction publique a prévu les différentes observations qui viennent d'être faites. Voulant, pour le bonheur de la société, déterminer les hommes probes, vertueux et instruits, à aller habiter les campagnes, il a pensé qu'il fallait, non les enrichir, mais les mettre k l'abri du besoin. En conséquence, il a désigné, pour leur servir de logement, et d'établissement pour les écoles primaires, les anciens presbytères, et proposera à la Convention d'accorder à chacun des instituteurs un traitement de 4200 livres.

Le Comité a senti que c'était parmi les nombreux défenseurs de la patrie qu'il trouverait les plus riches recrues d'instituteurs : ce sera d'ailleurs un moyen d'alléger le trésor public.

On n'a pas non plus oublié de faire choix, pour les communes qui avoisinent l'Allemagne, d'instituteurs qui connaissent les deux langues.

***. — Je demande l'épuration des instituteurs actuels, presque tous entachés des préjugés de l'ancien régime. On nous promet, au moyen de l'Ecole normale, que dans un an nous aurons de bons instituteurs: jusqu'à cette époque, empêchons qu'on ne corrompe la jeunesse.

[Goujon distingue deux espèces d'instruction, celle de l'esprit, et celle du cœur. « Sous l'ancien régime, dit-il, l'esprit était éclairé, mais le cœur était corrompu; l'instruction de l'esprit honore la nation sans doute, mais l'instruction du cœur fait le bonheur du peuple. Heureux celui qui pourrait instruire les hommes à la justice et à la vérité ! {On applaudit.)

« On ne fera jamais régner l'égalité, tant qu'on fera de l'éducation un moyon de s'élever au-dessus des autres.

« Si vous voulez détruire l'cITet funeste qu'a produit l'ancienne instruction, il faut établir pour base de celle que vous allez organiser la modération des désirs, qui fait qu'on ne veut jamais s'élever au-dessus des autres, et une horreur profonde pour l'injustice.

« Je demande que, dans sa première séance, la Société discute les grands principes de l'instruction publique. »]

Léonard Bourdon, avant de discuter la question qui est à l'ordre du jour, demande à lire deux pièces qui le justifient des calomnies lancées contre lui par l'Orateur du peuple.

Les murmures qui se font entendre dans toutes les parties de la salle lui apprennent que la Société ne le regarde point comme inculpé par les calomnies de Fréron.

000 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [22 octobre 1794J

Léonard Bourdon appuie la proposition de Goujon et demande la parole pour la séance suivante. [Accordé.) La collecte qui a été faite se monte à 118 livres 15 sous. Séance levée ' .

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