‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 105 sur 187 · PRÉSIDENCE DE GARNIER (DE SAINTES · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DE GARNIER (DE SAINTES

On fait lecture du procès-verbal de la dernière séance.

IlAissoN. — Pour déjouer les projets de ceux qui veulent empêcher les Sociétés populaires de s'instruire, ou du moins qui veulent que les lumières ne leur parviennent que lentement, je demande l'impression du procès-verbal de la séance, et qu'il soit envoyé avec la circulaire que le Comité de correspondance est chargé de présenter. Ainsi les autres Sociétés verront que les Jacobins sont toujours dignes d'elles et d'eux-mêmes ; ainsi nous provoquerons les méditations de tous les amis de la liberté sur Tinstruction publique.

Je demande en outre que, chaque décadi, la Société fasse une circulaire aux autres Sociétés et qu'elle leur fasse part de ses autres travaux. Cette circulaire, aux termes du décret, sera signée individuellement.

La premiière de ces propositions est d'abord adoptée, et la seconde renvoyée au Comité de correspondance.

Raisson, réfléchissant que la circulaire que le Comité de correspondance est chargé de présenter, remplira son but, retire sa proposition.

On fait lecture de la correspondance.

1. Les Annales pofriofk/iies, numéro du 4 brumaire an III, p. 3182, donnent de cette séance le très bref résumé suivant : «Le résultat de cette séance a été une lonfîue discussion sur linstruction publique ; les Jacobins se sont occupés de chercher les moyens de concilier les décrets de la Convention avec leur correspondance. Plusieurs projets ont été proposés ; mais aucun n'a été adopté. »

Nous n'avons pas trouve traces de délibérations sur ce dernier sujet dans le Journal de la Montagne ni dans le Moniteur.

2. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montagne qui la date du 2 brumaire, tandis que le Moniteur la date du 1". Nous préférons cette dernière date, vu que la précédente séance des Jacobins était du 29 vendémiaire, et qu'à cette époque le club semble avoir siégé régulièrement tous les deux jours.

[Un citoyen écrit qu'il se lient des conciliabules suspects à Rambouillet, à Chantilly, à Compiègne. Renvoyé au Comité de sûreté générale.]

Un citoyen cordonnier de la section des Lombards écrit pour demander à prononcer un discours sur l'instruction publique.

La Société arrête qu'il sera entendu. Voici quelques fragments de son discours :

« Il n'est pas étonnant que les hommes immoraux qui ont voulu se mettre à la tète du peuple aient trahi leur patrie ; sans vertu, on ne peut l'aimer ni la servir. Qu'ils sachent, les charlatans en patriotisme, que tous leurs moyens sont usés et que leur règne doit passer... Ranimez le courage du faible; le denier de l'indigent et les millions du riche prouvent également la bonne intention ; de même celui qui n'a fait que quelques pas pour la liberté, parce qu'il ne pouvait plus, et celui qui lui a rendu de plus grands services, ont également bien mérité d'elle : celui qui fait ce qu'il peut s'acquitte de ce qu'il doit. Ainsi, vous qui avez le talent de vous faire écouter favorablement et qui pouvez dévoiler les ruses de l'intrigue, vous seriez coupables, si vous ne le faisiez pas. Qui se lait devant le crime, avec le pouvoir de lui résister, devient en effet son appui ; Tunique moyen de couvrir sa voix est de lui opposer avec courage celle de la justice. Montrez au peuple français le plus pur objet de ses hommages ; arrachez surtout le masque à ses flatteurs hypocrites, qui, en le nommant souverain, ne laissent pas de le traiter en esclave.

« Les circonstances peuvent exiger des lois particulières, des mesures de sûreté, mais il faut qu'elles soient toujours justes, que toujours elles couvrent l'homme de bien de leur égide impénétrable, et non pas qu'elles l'oppriment.

« Il est un autre objet non moins cher à mon cœur: ce sont les égards légitimes dus à ceux qui ne sont qu'égarés. Qui de nous n'a pas commis une faute ? Qui de nous ne désire pas d'en être excusé ? Le véritable apôtre de la liberté est un homme juste et humain. Ne laissons jamais échapper l'occasion de procurer un défenseur et un ami à la cause de la liberté; ne nous laissons point imposer par les beaux discours. A bas les imposteurs et les charlatans ! Des actions, et ncm des paroles î Que* tous ceux qui s'opposent à rétablissement de l'instruction publique soient traités comme les complices de nos ennemis; car ils veulent, en perpétuant l'ignorance des peuples, donner aux premiers les moyens de les asservir.

« Après ces réflexions, je crois pouvoir proposer l'institution de sauvegardes de la justice et de la morale, qui seraient chargées de recevoir les déclarations des citoyens opprimés par les fonctionnaires

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prévaricateurs, d'en porter ]es plaintes aux autorités constituées, et de veiller sur l'instruction publique et les bonnes mœurs ; car, sang la connaissance de ce qui convient à la liberté, on ne verra jamais que son image. »

Ce discours est vivement applaudi. La Société en arrête l'impression, ainsi que de la lettre par laquelle l'auteur avait demandé à la prononcer.

[Quelques membres demandent qu'il soit relu à la prochaine séance, et que l'impression soit suspendue.

Raisson dit : « Lorsqu'il s'aj^il d'un discours prononcé, dont la Société n'approuve pas plus la totalité de ce qu'il renferme que la Convention n'ap- ))rouve tout ce qui est contenu dans les écrits dont elle ordonne l'impression afin qu'ils soient médités, je pense que ce n'est pas le cas de réclamer l'examen de deux séances. »

« Ce discours, ajoutc-t-il, contient les meilleurs principes de morale et de démocratie ; j'en demande l'impression.] »

La Société confirme son arrêté.

Un citoyen, qui n'est pas de la Société, monte à la tribune... « Le peuple, dit-il, a été jusqu'à présent le jouet des factions ; il est temps de lui faire voir que la vérité est une, simple et frappante. Que nous importe que tel ou tel ait raison ou tort ? Peuple, sors du labyrinthe où t'ont plongé des tigres dévorants ; c'est à toi à montrer que tu peux le gouverner toi-même ...» (// s^élève de violents murmures.)

L'opinant demande qu'on lui maintienne la parole. « Je m'y oppose, dit Buisson ; le citoyen fait au peuple, appel subversif de tout gouvernement. Je demande qu'il soit rappelé à l'ordre. »

L'opinant insiste pour avoir la parole ; la Société passe à l'ordre du jour.

Lejeune. — Le citoyen qui m'a précédé à celte tribune peut avoir de bonnes intentions, mais les principes qu'il a énoncés sont contraires au gouvernement libre d'une population aussi nombreuse que la France. Si les Sociétés populaires souffraient qu'on professât de pareils principes dans leur sein, c'en serait bientôt fait de la République. Je le demande: comment est-il possible que vingt-cinq millions d'iiommes se gouvernent eux-mêmes? A Sparte et à Athènes, le peuple ne gouvernait pas ; il s'assemblait dans la place publique pour faire les lois ; il nommait ensuite des magistrats, des commissions pour les faire exécuter. Chez nous, la législature propose les lois, qu'elle soumet aux lumières du peuple, et qu'ensuite elle fait exécuter si elles sont adoptées. Voilà les principes de notre gouvernement.

Les Sociétés populaires doivent beaucoup surveiller les discours qui sont prononcés au milieu d'elles; elles doivent se rappeler que la calomnie cherche à les saper par les fondements, afin de détruire la République, qu'elles ont fondée et dont elles sont le rempart. Qu'on ne professe, ou, pour mieux dire, qu'on n'énonce ici que les principes les plus purs, afin de fermer la bouche à la calomnie et de faire triompher la démocratie.

La Société des Amis de J.-J. Rousseau fait part d'une adresse qu'elle se propose de présenter à la Convention pour la féliciter sur celle qu'elle a faite aux Français, et lui demander de tenir d'une main ferme les rênes du gouvernement révolutionnaire.

DuiiEM. — La séance de la Convention nationale a été trop intéres-" santé aujourd'hui pour que les Jacobins ne s'en occupent pas. Il faut d'abord que vous sachiez les nouveaux succès de nos armées. (Duhem rend compte des nouvelles annoncées par Merlin (de Douai.) Ainsi, les complots de ceux qui voudraient nous donner une paix plâtrée dans nos anciennes limites sont déjoués. Les résultats de cette séance ont prouvé que les guinées et les piastres qu'on prodigue n'auront pas un très grand effet, car les principes de la Révolution l'ont emporté aujourd'hui dans la Convention.

Depuis plusieurs jours, l'aristocratie se disposait à obtenir un grand triomphe. Un patriote connu se présentait-il dans quelque endroit, on ne manquait pas de lui faire cette question : « Quand nous rendrez-vous nos soixante députés détenus ? »

C'était aujourd'hui que le rapport qui les concerne devait être fait ; mais il n'a pas pu l'être : cependant, sans aucun préalable, un membre a osé demander que provisoirement la Convention réhabilitât et fit rentrer dans son sein les députés détenus.

« Je suis étonné, s'écrie un autre membre^ qu'on n'ait pas proposé avant tout, de faire rentrer provisoirement les émigrés ! »

DuuEM. — La première motion, faite avec beaucoup d'assurance, fut combattue avec plus de force encore. Il s'engagea une discussion intéressante, dans laquelle, mettant à part les individualités, on a abordé la véritable question, celle de savoir si, sous le spécieux prétexte qu'il a existé un Robespierre et d'autres tj'rans de sa trempe, on devait faire le procès de la révolution du 31 mai? Ceux qui croyaient être fondés dans cette opinion s'appuyaient d'une déclaration de Cambon, relative à cette journée célèbre; mais des explications lumineuses ont prouvé que cette révolution, ainsi que l'avait jugé le peuple dans ses assemblées primaires, a fondé la République démocratique. On démontra qu'avant le 31 mai la Conven-

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lion était tellement entravée qu'elle ne pouvait pas faire le bonheur du peuple, et que les Parisiens surtout ont sauvé la France.

On découvrit, par suite de ces explications, que des scélérats qui ont agi dans cette révolution n'avaient travaillé que pour eux ; mais le peuple a depuis écrasé les factions et les factieux. Voilà l'esquisse de cette séance, où plusieurs hommes qui, par des raisons particulières à eux-mêmes, avaient abandonné la cause populaire, s'y sont ralliés ; séance dans laquelle les anciens royalistes et les anciens fédéralistes ont été contraints de se taire et de plier sous la force des principes de la vérité. De ces débals il est résulté beaucoup d'éclaircissements sur plusieurs hommes, entre autres sur Danton, dont on voulait faire un saint; sur Camille Desmoulins, dont on voudrait faire un martyr ; il a été démontré que Danton était un conspirateur, qui avait disputé la domination à Robespierre. Il a été démontré que le général Dillon, celui dont le frère livrait notre première armée, auprès du Pas-de-Baisieux, le 28 avril 1791, que Miranda, ami de Petion, conspiraient pour mettre le petit Capet sur le trône, tandis que les autres ourdissaient un autre complot à Charenton.

Il a été démontré que ce Camille, qui a défendu Dillon, tant par ses discours que par ses écrits, et dont la femme n'était qu'un avec ce Dillon ; il a été démontré, dis-je, que Camille avait toujours été indulgent pour les nobles et les cou'^pirateurs et qu'il avait défendu La Marlière et Miranda. Il a été démontré que, quatre jours avant son arrestation, Danton avait encore un entretien avec Maximilien au sujet de leur conspiration.

On avait parlé des continuateurs de Robespierre, et je crois qu'ils ont été signalés aujourd'hui. Il avait mis la terreur à l'ordre du jour, mais non pas pour ces soixante députés, dont on parle, pour les hommes nuls, pour ceux qui n'avaient rien fait dans la Révolution, maispour ces intrépides Montagnards contre lesquels avaient échoué tout ses projets de coj'ruption. Eh bien, quels sont ceux que tous les pamphlétaires, et notamment Tallien et Fréron, attaquent? Ce sont précisément ceux qui, pendant quinze mois, ont été sous les couteaux de Robespierre. Quels sont ceux qui crient qu'on a versé le sang ? Ce sont précisément ceux par les ordres de qui il a été le plus répandu, les hommes qui signaient de sang-froid des bons pour tant des têtes à couper. Il ne faut pas cependant que l'aristocratie conclue de là qu'il n'y a pas d'honnêtes gens parmi les révolutionnaires. La Convention a reconnu à la presque unanimité que tout peuple qui en révolution regarde en arrière est perdu. La conséquence que l'on doit tirer de la séance d'aujourd'hui, c'est que la Convention a con-

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sacré les révolutions du 10 août, du 31. mai, du 10 Ihei'midor, sous le rapport que celle dernière avait renversé le tyran ; mais elle n'a pas cru pour cela que tous les patriotes fussent des robespierristes. Depuis huit mois, les poignards étaient levés sur lui ; et moi, qui ne suis pas un modéré, j'arrêtais depuis cette époque les coups que voulaient lui porter quelques-uns de mes collègues, parce que je voyais que les temps n'étaient pas encore assez favorables. Je vous le demande: si Hobespierre avait été abattu quatre mois plus tôt, c'est-à-dire avant que nos frontières eussent été balayées, et que nous eussions des victoires devant nous, quels dangers n'aurait pas couru la République?

La Convention a accordé à ses Comités le temps d'examiner la protestation et les correspondances des députés détenus. C'est par là qu'on connaîtra les véritables auteurs de la guerre de la Vendée, du fédéralisme du Midi, et des trahisons du Nord. On verra par là que ceux qui voulaient une amnistie universelle sont ceux qui détestent la liberté, l'égalité, ceux qui plaident pour le million contre les vingt-quatre autres millions.

Avant l'ouverture de la séance, les tribunes de la Convention étaient occupées par des gens que nous ne connaissons pas.

Manrr: Mon collègue se trompe; il veut dire que les roninios à i'ontangcs. les élégants <\n\ n'ni|tli>sonf les tribunes, étaient la preuve qu'on n'avait pas choisi l(>s a>sistants parmi h's bons sans-culottos du faubourg Antoine : on avait l'ait appel à l'aristocralic.

Dliikm. — Mon collègue a exprimé ma pensée. Quand j'ai dit que nous ne connaissions pas ces gens, j'ai entendu qu'ils n'avaient pas des ligures dans notre genre, des ligures patriotiques. Il y deux jours que je savais »pie les tribunes seraient retenues dès six heures du malin, parce que l'aristocratie et le royalisme croyaient emporter la place d'assaut; et voilà pourfjuoi on entendait ces applaudissements éternels, lorsqu'il échappait un mot aux orateurs ou équivoque ou contre la révolulirui du 31 mai.

In nip.tnhn; observe <pie les ti'ibunes n'ont pas donné le moindre applaudis-emetd au récit de nos victoire^.

Mniirr appuie cclli' rcmartpK'.

*•*. — .lobsi rvt; «pi'il y avait aus-i des patriotes dans les tribunes ; cdle oii jetais s'est soide-vée, jorscju'elle a entendu prononcer (pie Tallien avait dit, en seph-nibn; 9:2, que sous peu (b; jours le s(d de la lilx'rlé s. rail purgé des prêtres (|u'il avait fait rasscnd)ler dans un lieu parlieidier.

606 SOCIÉTÉ DES JACOBLNS [22 octobre 1794]

On annonce le dépouillement du scrutin, qui a donné pour président, Crassous ' ; pour vice-président, Ribes, et pour secrétaires, Lesage, Lejeune, Maure, Massieu, députés, Paillardel et Lavergne.

[Bassal ajoute ses observations à celle de Duheni. 11 dit :]

On a dit de grandes vérités ; on a donné la clef de vérités plus grandes encore. Le moment est venu de rassembler tous les faits, car on en veut à la journée du 31 mai, que nous devons défendre comme une des plus importantes de la Révolution. Cambon n'a dit que la moitié de la vérité, lorsqu'il a signalé quelques-uns des hommes méprisables qui ont été les auteurs de la Terreur ; car c'est cette faction qui, depuis le commencement de la Convention, ne s'est occupée que d'entraver sa marche, qui a fait régner dans la France la terreur la plus homicide qu'on ait jamais imaginée.

Le sang de Chalier n'a-t-il pas coulé sous le fer des assassins que la faction a protégés contre les décrets de la Convention ? La Convention n'avait-elle pas détruit le tribunal assassin de Marseille, et n'est-ce pas la faction qui a fait mépriser à ce tribunal les décrets de la Convention? Avant que Paris se fût levé, n'est-il pas sorti de tous les départements une foule de bataillons armés pour venir égorger les patriotes, tandis que Dumouriez parlait aussi de son côté de marcher sur Paris ? Les administrations coalisées avec cette faction ne se servaient-elles pas dés fonds publics pour armer contre la patrie ?

Voilà les hommes qui ont mis à l'ordre du jour la terreur qu'ils nous reprochent, à nous qui n'avons jamais cherché qu'à nous défendre des coups qu'ils voulaient sans cesse nous porter. Nous ne parlions pas de tout cela, nous ne voulions pas renouveler les haines éteintes ; mais puisqu'on veut rallumer les passions, ouvrez les archives de l'histoire ; défendons-nous avec les armes de la vérité, et jamais nous ne succomberons, si nous savons nous en servir avec autant de sagesse que de courage et de fermeté.

Lejeune. — Les révolutions sont comme des torrents; elles entraînent tout ce qui s'oppose à leur marche ; la nôtre a déjà entraîné rois, princes, intrigants, ambitieux; elle entraînera encore les cons-

1. Le compte rendu de la séance du 1" brumaire dans les Annales patriotiques, n" du 5 brumaire, p. 3189, s'exprime ainsi : « Maure vient de la Convention. De très bruyants applaudissements retentissent dans la salle et il est nommé président. Avant d'occuper le fauteuil, il rend compte de la séance de la Convention. » Les Annales patriotiques indiquent Maure comme ayant présidé toutes les séances suivantes jusqu'au 19 brumaire, tandis que le Journal de la Montagne indique comme président Crassous.

pirateurs qui restent. On a dit aujourd'hui de grandes vérités, et j'ai vu des hommes pâlir, lorsqu'ils les ont entendues. Nous avons été entourés d'hommes qui voulaient élever leur pouvoir sur les ruines de l'Assemblée législative, pour jouir, pendant une longue minorité, des richesses qu'ils avaient amassées ; le peuple les a punis, et punira leurs continuateurs, s'ils osent relever la tête.

Lors du 31 mai, l'étendard de la révolte était levé de toutes parts, et l'on n'a dû le salut de la patrie qu'à l'énergie des Parisiens et des représentants. On veut faire le procès à cette journée célèbre ; on mettra donc aussi en jugement tous les patriotes qui l'ont approuvée, ainsi que nos braves volontaires qui combattent la Prusse et l'Autriche. L'aristocratie a toujours voulu profiter des circonstances de la Révolution : après le 6 octobre, elle intenta un procès aux patriotes devant l'infâme Chàtelet ; après le 10 août, elle les peignit comme des buveurs de sang, qui ne voulaient que le bouleversement de l'ordre social ; après le 10 thermidor, elle les appelle continuateurs de Robespierre.

Un a présenté des tableaux qui ont attristé les cœurs sensibles ; mais les malheurs particuliers sont inséparables des révolutions, dans lesquelles il ne faut jamais regarder ni à côté, ni derrière soi ; il ne faut voir que le but. Si l'on a commis de sang-froid des crimes dans la Vendée, il faut que les auteurs en soient punis ; mais prenons garde qu'on veut apitoyer le peuple sur les brigands, et qu'on ne lui parle pas de ses enfants, de ses frères, de ses amis qu'ils ont mutilés, et dont les cadavres sanglants sont disséminés dans ce pays malheureux où le fanatisme de la religion et le fanatisme de la royauté ont allumé une guerre terrible ; si l'on a exercé des actes de rigueur inutiles, ce sont des crimes, je le répète, il faut qu'ils soient punis ; mais 11 ne faut pas qu'on vienne s'efforcer de nous attendrir sur le sort des scélérats ; il ne faut point qu'on cache au peuple que les brigands mangent le cœur de ses enfants et dévorent leurs membres encore palpitants. Je me défie de ces hommes qui, à des époques remarquables n'avaient pas l'humanité qu'ils affectent aujourd'hui, en même temps qu'ils sont altérés du sang de ceux dont ils redoutent l'énergie.

Je le redis, citoyens : à toutes les grandes époques de la Révolulion, le patriotisme a toujours été persécuté lorsque l'aristocratie a été protégée. Il est impossible qu'un état si violent puisse longtemps durer. La Révolution a été faite pour rétablir le peuple dans la plénitude de ses droits imprescriptibles. Qu'on ne vienne pas me dire que les gens qui jouissaient des faveurs de la cour ou des abus

608 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [24 octouhe 1794]

(le l'ancien régime sont de bons républicains ; je juge d'après le cœur humain, et je soutiens qu'il est impossible, lorsqu'on a été nourri au sein des grandeurs et des richesses, d'aimer rauslérité républicaine. C'est le peuple qui a fait et qui a maintenu la Révolulion, c'est pour lui qu'elle doit être linie : plutôt la mort que de reculer d'un pas.

SÉANCE DU 3 BRUMAIRE AN IIl (24 OCTOBRE 1794')

PRÉSIDENCE DE CRASSOUS

CoLLOT d'Heruois. — Parler de l'instruction publique, c'est déjà quelque chose pour Tinstruction publique elle-même. Les besoins pressants du cœur, de l'àme et de l'esprit, sollicitaient universellement cette instruction, et la Convention nationale s'en occupe efficacement. Son Comité lui a présenté ce matin un projet de décret sur les Écoles normales, c'est-à-dire régulatrices et conservatrices des moyens et des éléments de l'instruction publique, qui m'a paru laisser peu de chose à désirer pour cette institution.

Je pense d'abord qu'il faut séparer bien distinctement Tinstruclion publique de l'éducation républicaine. L'instruction est nécessaire à tous les hommes, de quelque âge qu'ils soient, pour les éclairer et les fortifier dans les principes. L'éducation doit préparer les générations successives que garantit l'éternelle durée de ces principes. L'instruction est un aliment journalier qu'on doit donner à tous les citoyens. L'éducation forte, abondante et pure, ressemble, à mes yeux, à ce fleuve où les poètes feignent que les dieux de la Fable plongeaient leurs enfants pour les rendre invulnérables. Ainsi, les jeunes républicains recevront de l'éducation une force supérieure pour défendre la liberté et l'égalité, et les rendre impérissables.

L'orateur désigne ensuite le but particulier de l'instruction publique.

1. Nous reproduisons, pour celle séance, le précis qu'en donne le Moniteur. Le Journal de la Montagne ne contient de plus f|ue quelques citations plus longues, mais sans intérêt, du discours de (k>llot d'Herbois. Les Annales patriotiques, pages 329oet 3198, indiquent que Loys, remis en liberté, est entré dans la Société au milieu des applaudissements et que « Crassous a donné lecture d'une circulaire énergique, qui répond victorieusement à tous les Fréron et à tous les faiseurs de pamphlets ». Sur les représentations de Homme, la Société a ajourné l'impression de cette circulaire.

11 attribue la plupart des maux politiques et des troubles intérieurs à l'ignorance, arme favorite et toujours utile aux conspirateurs, aux ambitieux, aux fripons et aux contre-révolutionnaires.

« L'instruction, dit-il, doit arracher les vieilles racines des anciens préjugés; elle doit apprendre à connaître et à juger les hommes; elle tuera l'égoïsme, aussi dangereux dans la moraUté individuelle que le fédéralisme l'est dans la moralité politique ; elle démontrera et fera sentir l'excellence du gouvernement démocratique, auquel on s'attachera d'autant plus qu'il sera bien connu, et que tous les avantages qui en résultent seront bien expliqués et fortement sentis. »

11 a parlé ensuite de l'éducation.

« C'est ici, dit-il qu'il faut oublier bien des paradoxes trompeurs ou insensés; les mânes de Rousseau, qui les a si victorieusement combattus, se réjouissent de voir la Convention nationale s'occuper de cette importante matière ; en la traitant, c'est un nouveau triomphe que le Comité leur prépare. Que d'écrits anciens vont devenir inutiles ! »

L'orateur indique ici, par aperçu, un plan d'éducation républicaine : elle doit former des corps sains, agiles et robustes, des âmes fortes et hardies, des cœurs sincères et courageux, des esprits éclairés et solides ; elle portera sur les arts mécaniques d'abord, comme les plus utiles, sur l'industrie, le conuuerce, les sciences, et enfin sur les arts de commodité et d'agrément.

Toutes les leçons, toutes les explications devront être grandes. C'est le canton habité par l'instituteur, tout entier, qui doit lui servir de salle d'éducation. Les rapports entre les deux sexes seraient établis par l'appui et le secours qu'ils doivent mutuellement se prêter dans la société. Les exercices du corps ne seraient point fixés seulement au jour et à l'heure, mais commandés par des circonstances locales et imprévues, que l'instituteur devrait savoir se ménager.

L'orateur a parlé aussi du caractère des instituteurs, qu'il désirerait voir choisir, autant que possible, parmi les défenseurs de la patrie blessés dans les combats. Il voudrait que, pour récompense, un instituteur qui aurait élevé une génération de républicains, c'està-dire qui aurait suivi pendant quinze ou seize ans les travaux de l'instruction, fût pourvu d'une propriété nationale, où il pût trouver ce qui serait nécessaire pour soutenir sa vieillesse honorable et finir tranquillement sa glorieuse carrière.

{Ce discours a souvent été interrompu par de vifs applaudissements.)

TosiE VI. 38

610 SOCIKTÉ DES JACOBINS [^20 ocroiinR 179t]

PRÉSIDENCE DE CRASSOUS

Aprrs la lecture do la correspondance, on lit le neuvième numéra de V/hiii du Peuple, dans lequel le rédacteur s'attache ù, prouver qu'il existe une difïérence essentielle entre ropinion publique et l'opinion du peuple. [Vifs applaudissements.)

RoMME. — La Société a témoigné, par l'attention qu'elle a apportée à cette lecture, que les principes qu'elle entendait étaient les siens. Il est nécessaire de prendre tous les moyens de propager ce qui peut être utile à l'égalité. Je demande que le numéro soit distribué, ù la prochaine séance, tant aux membres qu'aux citoyens des tribunes, et qu'il soit fait aujourd'hui une collecte pour en l'aire les frais.

***. — Je demande en outre que ce journal soit envoyé dans tous les départements et tous les districts 2.

RoMME. — Si la dernière proposition qui vous est faite était adoptée sans examen, elle pourrait prêter à la calomnie. Je suis persuadé que l'on regarderait l'envoi de ce journal comme im envoi en nom collectif, et personne n'ignore qu'on a imprimé que vous vouliez éluder la loi. Il n'est pas nécessaire d'exposer la Société aux calomnies; tenons-nous renfermés dans les limites que la sagesse nous prescrit, et confions entièrement la mesure qui vous est proposée aux soins et au zèle des patriotes.

Massiku. — Je ne vois pas que la loi défende à une Société d'envoj'or des imprimés à une autre : ce que nous voidfuis envoyer n'est pas l'ouvrage de la S(Kiété; il ne sera signé par personne; en un mot ce n'est qu'un simple envoi d'un objet capable de rallier tous les

1. XiPiis reproduisons pour cette séance le précis ([n'en donne le Moniteur.

2. Il saiîit diin journal édité par riniprinicur Lebois et par le député Cliàles, depuis le ilt fructidcn- an II {il) septembre 1794 , sons le titre suivant : l'Ami du peuple, inipriuieric de l'Ami des sans-cnloftes, in-iS». — I?ibl. nat. Le 2/82G. — Les éditeurs présentaient ce journal comme une suite de la feuille de Marat.

Les Annules pcifriotir/ues, n» du 12 brumaire, p. :}220. appellent Lebois, «imprimeur d'un nouveau journal que les Jacobins adoptent ». Mais nous n'avons trouvé nulle part la preuve que les Jacobins aient adopté l'Ami du peuple comme journal oflii'iel ou officieux. A l'époque où nous sommes parvenus, ils continuaient, malgré la défection de T. Rousseau, à publier leurs communications et leur correspondance dans le .Iminial de la Mo))l<if/ue.

citoyens aux bons principes. Si Ton pensait que la loi fût blessée, je serais le premier à m'y soumettre.

Terrassox. — Ou c'est la Société qui veut envoyer un imprimé, ou ce n'est pas la Société. Si c'est elle qui veut faire cet envoi, elle ne peut le faire qu'en nom collectif. Ce n'est pas l'objet qu'il faut considérer, mais l'opération : ou l'opération se fait au nom de la Société, donc elle se fait en nom collectif. . . [Ici des murmures très violents interrompent l'opinant ; V ordre du jour V oblige de descendre de la tribune.) ,

La proposition de Romme est mise aux voix et adoptée.

Crassous donne une seconde lecture de la circulaire que la Société se propose d'envoyer à tous les amis de la liberté de la Ré[)ublique.

Raisson. — Je demande que l'on fixe le plus promptement possible le jour où tous les Jacobins devront la signer.

Je demande ensuite qu'elle soit imprimée et affichée dans Paris, accompagnée de tous les noms des signataires. Adopté sans réclamation.

Boisscl prend la parole sur l'instruction publique.

« L'objet de l'instruction, dit-il, est de rendre les hommes parfaitement démocrates, et de leur inspirer l'intérêt et la pratique des vertus. Rousseau a dit que, pour former une bonne république démocratique, il fallait avoir un peuple de dieux. Les anciennes instructions n'avaient fait que des loups, parce qu'elles avaient établi l'intérêt du vice; elles avaient fomenté un combat continuel entre des hommes vertueux et ceux qui étaient dominés par leurs passions criminelles.

« L'homme dans l'état de nature appartient à lui-même et à la nature ; dans l'ordre social il doit êlre élevé par la société et pour la société; et le grand avantage de ce dernier ordre de choses est que, s'il est obligé de se donner à la société pour opérer le bonheur de tous ses semblables, les autres se sont tous donnés pour opérer le sien. Sous ce point de vue, les instructions ont pour objet de perfectionner les facultés de l'àme et du corps de l'homme, et de diriger tous les membres de la société vers le désir de se rendre heureux l'un par l'autre. C'est en mettant ce principe en action que nous parviendrons à former un peuple de dieux »

Un membre commence par se plaindre de ce que la tribune de la Société reste déserte, et que l'esprit public est abâtardi ; il invite les Jacobins à faire en ce moment ce qu'ils ont toujours fait. Il passe ensuite à l'éducation : il pertse que le défaut de l'éducation dans l'ancien régime consistait en ce qu'elle était isolée, et que l'on appre-

612 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [26 octobre 1794]

nait aux enfants à s'élever les uns au-dessus des autres, sans les former à la pratique des vertus. Pour réparer ce désordre, il lui semble qu'il faudrait rendre l'éducation commime.

Il prétend qu'en agissant ainsi ce n'est point attaquer le droit des parents, parce que les enfants appartiennent en premier lieu à la patrie. Il pense qu'il faudrait faire revivre les coutumes des Spartiates, parmi lesquelles il en trouve quelques-unes qui ont besoin de réforme, telle que l'institution des ilotes. Il termine en demandant que la Société mette à Tordre du jour la discussion sur la question de savoir si l'éducation sera commune.

Un autre ???ew6?'c pense qu'il ne faut pas retirer d'abord les enfants de la société de leurs parents, et qu'il faut les y laisser pendant quelque temps pour recevoir d'eux l'instruction de l'exemple ; il invite les républicains à s'appliquer continuellement à faire germer et fructifier, par l'exemple qu'ils donneront à leurs enfants, l'amour de la liberté que la main de la nature imprime dans leur cœurs. [Applaudi k)

PRÉSIDENCE DE CRASSOUS

[Paillartlelle fail lecture d'un numéro du journal intitulé Les Fondateurs de la Republique ', dont le rédacteur combat les aristocrates.]

Alhillc paraît à la tribune ; il a la parole : « Dès son origine, dit-il, la Révolution enfanta les Jacobins ; ils naquirent, et, dès l'instant qu'ils virent le jour, je fus Jacobin. Depuis environ deux ans, j.e suis éloigné de la Convention et de vous ; mes travaux sont enfin terminés ; je reviens et j'accours aujourd'hui pour reprendre ma place au milieu de mes amis et de mes frères. On ne cesse de dire que les

1. Les Annules patriotiques^ p. 3220, disent qu'Albitte, « qui n"ctait pas rentré depuis deux ans dans le sein du bercail », reparut à cette séance des Jacobins, d'après le Journal de la Montagne et le Moniteur, il semble qu'Albitte a reparu dans la Société à la séance du 7 brumaire.

2. Nous reproduisons, pour celte séance, le précis qu'en donne le Moniteur. Nous empruntons la partie entre crochets au Journal de la Mo7itagne.

3. Sur cette feuille, intitulée d'abord : Journal des fondateurs de la République, puis: Le Téléf/raplie politique, ou Journal des fondateurs de la République, voir Tourneux, Bibliographie, t. 11, n" 10933.

Jacobins ont commis des fautes, qu'ils n'ont pas déployé dans toutes les circonstances la mâle énergie, la fermeté inébranlable qu'ils auraient dû montrer. Quant à moi, je fais d'autant moins attention à ce reproche que je crois retrouver en eux, à mon arrivée, le même degré de force et de vertu que j'ai vu briller constamment dans toute leur conduite révolutionnaire. »

Ici Albitte, après être entré dans le détail de tout ce qui nous reste encore d'important et de nécessaire à faire pour affermir la République, engage la Société à ne s'occuper que des grands intérêts de la patrie. L'orateur invile surtout les députés membres de la Société à lui soumettre des projets de décret sur tous les points qu'ils jugeront les plus propres à accélérer le bonheur du peuple et à le consolider. Les idées d'Albitte sont accueillies.

La lecture de la correspondance donne connaissance d'une lettre d'un défenseur de la patrie, au bivouac sous les murs de Grave. Ce citoyen exprime des inquiétudes sur la capitulation de Bois-le-Duc. Il se plaint de ce qu'aucun article ne fait mention des émigrés. Quelques-uns, dit-on, cachés dans des voitures de foin, sont les seuls que l'on ait arrêtés, et l'armée ignore encore aujourd'hui si ces indignes scélérats ont subi la punition qu'ils méritent. L'auteur de la lettre ajoute que nos braves défenseurs ne reçoivent aucun des imprimés ordonnés par la Convention nationale, et que l'on fait courir le bruit dans l'armée du Nord, que Toulon et Cherbourg sont tombés au pouvoir de l'Anglais.

Albitte interrompt la lecture pour assurer que Toulon est aujourd'hui dans le plus brillant état ; il demande que l'on fasse au plus tôt au militaire, auteur de la lettre, une réponse capable de le désabuser de l'erreur dans laquelle la malveillance seule des aristocrates a pu le plonger.

Léonard Bourdon déclare que les lettres ne parviennent point, et que des Comités de surveillance se sont arrogé le droit d'en rompre les cachets ; et pour preuve de cette assertion, il annonce que de trois lettres par lui écrites à des patriotes d'Orléans, aucune ne leur est parvenue.

La lecture est reprise, et, dès qu'elle est achevée, Maure demande le renvoi de cette lettre au Comité de salut public, qui ne manquera pas de prendre des mesures aussi e.xpéditives que sévères contre les coupables perturbateurs de nos armées.

Celte proposition est appuyée par Albitte; des murmures s'élèvent aussitôt dans l'une des tribunes, et soudain l'orateur, se tournant vers

614 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 octohue 1794]

l'endroit d'où pari le bruit, adresse la parole aux inspecteurs, et leur dit qu'il s'est introduit des ennemis de la liberté dans les tribunes, pour empêcher la discussion. « Le Comité de salut public, ajoute-t-il, est composé de bons citoyens; si quelqu'un prétend soutenir le contraire, qu'il lève la tète, et je me charge de lui répondre. » Albitte termine en rappelant la motion du renvoi au Comité, pour l'engager à prendre des mesures répressives contre les dépositaires infidèles et autres qui osent briser le sceau des lettres. {Adopté.)

Léonard Bourdon se plaint de l'état d'oppression auquel sont réduits les patriotes. Du nombre des trente-cinq d'Orléans qui furent mis en liberté à l'époque du 10 thermidor, deux viennent de nouveau d'être mis en arrestation à Beaugency, pour avoir fait lecture de sa réponse à VOrateur du Peuple. « Dans tous les sens, ajoute-t-il, on travaille l'opinion publique. Le système des factieux est la calomnie. — C'est une chose assez étrange que d'entendre discourir aujourd'hui dans les cafés, dans les spectacles, des hommes qui naguère encore n'avaient jamais élevé la voix. Certaines personnes expulsées de votre sein en ont pris sérieusement de l'humeur contre les Sociétés populaires, et parce qu'on leur a fait l'honneur de les en chasser, comme elles le méritaient, ne voilà-t-il pas que ces messieurs^ tout gonflés de colère, trouvent ces Sociétés détestables? Qu'a produit tout cela? Que les contre-révolutionnaires, les modérés, les aristocrates, se sont ralliés au parti de ces messieurs, qu'ils font cause commune avec eux, qu'ils se rendent leurs prôneurs, leurs champions. Et pourquoi ? Parce qu'ils ont tous le même but, celui d'anéantir, s'ils le peuvent, jusqu'à la moindre trace des Sociétés populaires,

« Citoyens, vous allez bientôt voir ces intrigants, pris pour dupes les uns des autres, s'arracher réciproquement sous vos yeux le masque dont ils se couvrent, et ne vous laisser en dernier résultat aucun doute sur les motifs de la perfide conduite qu'ils ont tenue jusqu'à ce jour.

» Il est question de porter une loi juste et salutaire contre tout représentant qui aura prévariqué dans l'exercice de ses fonctions. Oui, certes oui, il n'est pas un seul Jacobin qui ne forme le vœu le plus ardent de voir les criminels, quels qu'ils soient, subir la punition exemplaire due à leurs attentats ; mais enfin, s'il faut pour tous les citoyens une garantie contre les fausses dénonciations, à plus forte raison en faut-il une pour ceux que vingt-cinq millions d'hommes ont chargés de l'honorable, mais déhcale mission de les représenter.

« Telle est, citoyens, la garantie importante qu'il s'agit aujourd'hui d'obtenir. La calomnie, nous a-t-on dit, est utile dans une République ; je ne conçois rien à ce nouveau genre de machiavélisme, et je ne reconnais dans aucune afîaire, dans aucune circonstance, dans aucune route, d'autre véritable et sûr guide que la seule vérité. »

Ici l'opinant s'attache à démontrer la nécessité d'établir la peine du talion ; il se plaint de ce que cette vérité a été un instant méconnue ; mais il est persuadé que la Convention ne tardera pas à la proclamer solennellement. Il finit par presser tous ses collègues députés de redoubler de zèle, d'activité et d'ardeur, jusqu'à ce que ce principe éternel de justice et de raison ait été décrété.

Lejeune. — Il est à propos de bien distinguer la calomnie de la fausse dénonciation. Il faut abandonner la première au mépris ; quant à la seconde, il faut l'attaquer et la poursuivre avec d'autant plus de chaleur qu'elle peut conduire les patriotes les plus purs à l'échafaud. Certes, s'il n'existe pas une peine sévère contre le faux dénonciateur, c'en est fait de la liberté. Les propriétés cesseront d'être un objet sacré ; l'honneur et la vie des citoyens deviendront l'objet d'un horrible et odieux commerce, et, après avoir lutté pendant un siècle contre toutes les horreurs qu'enfante la méchanceté, nous retomberons, saturés d'opprobres et d'infamies, sous le joug des plus exécrables tyrans.

Chez tous les peuples, citoyens, la dénonciation a excité contre elle l'animadversion des lois ; tous l'ont sévèrement punie. Sous Néron môme, sous ce monstre -qui avait érigé l'infâme délation en vertu, il ne l'accueillait qu'autant qu'elle avait la vérité pour base.

Faites-vous, s'il vous est possible, une idée des maux auxquels serait exposé un homme probe contre qui se ligueraient cinq à six scélérats acharnés à sa perte! Quelle ressource resterait-il à cet excellent citoyen, si, poursuivi par le crime atroce d'une fausse dénonciation, il ne trouvait pas dans les lois de son pays une garantie assurée contre la perversité et la fureur de ses ennemis?

Ce défaut de loi est pourtant le système qu'on ose présenter aujourd'hui comme le système protecteur de la République. Si cet affreux système l'emporte, c'en est fait, l'égalité s'évanouit, l'égalité se perd, la République chancelle, tombe, s'écrase, et les fers sont son unique partage.

Que deviendra la Convention elle-même, s'il est permis à tout individu de provoquer son avilissement, c'est-à-dire sa perte? Car une puissance avilie est une puissance qui n'existe plus. Oui, un

616 SOCIETE DES JACOBINS [28 octobre 1794]

corps législatif qui se laisse impunément couvrir de mépris est dès lors anéanti. Dès qu'il n'a plus la confiance qui lui est nécessaire pour opérer le bien, le seul qu'il puisse faire encore, c'est de se retirer. Voilà précisément ce que demandent les tyrans coalisés; ils brûlent de voir la Convention se difesoudre.

N'en doutez pas, citoyens, c'est pour atteindre un but si flatteur pour eux qu'ils ont sourdement disséminé parmi nous les soupçons, les défiances, les calomnies et tous ces moyens d'avilissement si largement employés par les factions scélérates que nous signalons, et par les pamphlétaires, leurs trop bruyantes trompettes ; le seul contre-poids qui nous reste pour balancer tous ces efforts liberticides des tyrans et de la tyrannie ; des factions et des factieux ; le seul contre-poids^ dis-je, est la garantie inévitable et sacrée contre toute fausse dénonciation.

Ici un metnbre interrompt Lejeune pour lui dire qu'il voit tout en noir. « Dans une République, répond aussitôt Vopinant, il ne faut pas porter si loin la confiance, et, en fait de liberté, on ne doit jamais se reprocher d'être trop ombrageux. »

Lejeune termine son discours en demandant la peine du tahon contre les faux dénonciateurs.

Albitte n'adopte pas l'opinion de Lejeune. Comme lui, il ne pense pas que le sort de la République dépende entièrement de la décision que prendrait la Convention sur les faux dénonciateurs. « Jusqu'à ce jour, dit-il, les patriotes n'ont cessé d'être poursuivis par la calomnie, et cependant la République en subsiste-t-elle avec moins d'éclat? Ce n'est pas seulement en frappant les ennemis jurés des patriotes que nous sauverons la liberté ; c'est en faisant de bonnes et de sages lois. Trouvez bon que je me plaigne de ce que jusqu'à ce jour on a beaucoup moins agi que parlé. Je renouvelle à mes collègues l'invitation que je leur ai déjà faite de se présenter chacun à leur tour à cette tribune, avec un projet de décret utile au peuple. »

DuiiEM. — De quoi s'agit-il aujourd'hui ? de porter une loi qui serve de rempart au patriotisme. Je ne l'ignore pas, les contre-révolutionnaires de toutes les espèces, des hommes mis en liberté, depuis le 10 thermidor, poussent l'audace au point de dire eff'rontément qu'il ne se trouve pas un seul homme de bien dans la Convention, Ne nous y trompons pas : notre gouvernement étant représentatif, ce sera toujours contre ses membres que les malveillants de l'intérieur décocheront tous leurs traits empoisonnés ; je conclus de cette opinion, que je crois vraie, qu'il faut nécessairement offrir aux délégués du peuple une garantie.

Les ennemis de la liberté et de l'égalité désirent faire de la Convention ce que l'on fait d'un chapelet qu'on veut détruire ; on en arrache d'abord un grain, puis deux, puis trois, et enfin on finit par n'en laisser aucun.

Je pense d'abord que, du moment où un homme connu pour un bon révolutionnaire sera dénoncé, il faudra s'assurer de la moralité de son dénonciateur et repousser sa déclaration, si c'est un contrerévolutionnaire.

Je distingue aussi la calomnie de la fausse dénonciation. Mon avis est qu'on doit livrer au mépris les calomniateurs en titre, qui font aujourd'hui assaut de mensonge et d'impudence ; mais je crois aussi qu'il faut nécessairement une garantie contre la malveillance d'un faux dénonciateur.

Un citoyen du département du Mont-Terrible rappelle qu'il y a un an les aristocrates et les modérés, poursuivis par les patriotes, demandaient à grands cris une garantie contre les dénonciations ; il s'étonne après cela qu'on balance à accorder cette justice aux patriotes qui la réclament si instamment aujourd'hui. Après avoir observé que, dans un mouvement contre-révolutionnaire, les modérés n'échapperaient pas plus que les hommes énergiques au fer meurtrier des tyrans et des faux dénonciateurs payés par eux, il conclut par mettre en principe qu'il faut une garantie aux représentants du peuple comme aux autres citoyens.

PRÉSIDENCE DE CRASSOUS

[La Société adopte une liste de candidats.]

Un officier de santé des armées dénonce le Comité de santé établi à Paris, qui place dans les armées des ignorants qui assassinent nos braves défenseurs, blessés ou malades.

\. Nous reproduisons cette séance d'après le précis qu'en donne le Monileur. Les Annales patriotiques, n" du ÏV> brumaire, p. 3233, résument ainsi cette séance : a La correspondance a été fort courte ; elle ne contenait que des plaintes et des éloges adressées aux Jacobins et à la sainte Montagne. Pour occuper une très grande partie de la séance à faire quelque chose d'utile, on a lu diflércntes nouvelles, différents papiers, et, comme les membres étaient en petit nombre, et les tribunes presque vides, la séance a été levée à neuf heures. »

618 SOCIÉTÉ JJJiS JACUHl.NS [;iO ogtoukk 1794]

GelLe dénonciation fait naître d'assez vifs débats, desquels il paraît résulter que les hôpitaux militaires sont remplis de fralers qui font des opérations auxquelles ils n'entendent rien ; que des ci-devant prêtres, reçus oflîciers de santé, s'occupent à fanatiser les malheureux défenseurs de la patrie et à se venger en quelque sorte, aux dépens de leur tranquillité et de leur repos, de leur dévouement héroïque et patriotique.

Vn membre demande que la Société nomme une commission qui examine ces dénonciations, pour ensuite en rendre conipte aux Comités de la Convention. [Adopté.)

***. — Lorsque la plainte est un crime, lorsque les patriotes sont (jiialiliés des noms odieux de brigands, d'assassins, de contre-révolutionnaires, ne puis-je pas demander à nos frères quel est le devoir des patriotes persécutés ? C'est de dire la vérité, vont-ils me répondre ; c'est de la dire tout entière au peuple ; car le peuple et la vérité sont tout, et nous ne pouvons rien sans l'un ni sans l'autre. J'entends dire tous les jours à celte tribune : Les patriotes sont opprimés. Mais personne ne m'apprend et pourquoi et comment ils sont opprimés. Il ne suffit pas de dire : Tel mal existe, cliacun le voit. Mais le point essentiel, c'est d'en chercher ou d'en trouver le remède.

L'orateur parle ici de l'oppression qu'il dit être exercée contre les patriotes par les aristocrates. II prétend que ces derniers seraient sans force, s'ils n'étaient pas protégés par quelque puissante autorité. Il se plaint de ce que les patriotes ne jouissent pas de la liberté qui existe seulement pour les contre-révolutionaires ; il pense qu'il existe une faction qui ne veut qu'une demi-liberté pour le peuple, et que cette faction est favorisée.

« A la tête de cette faction, dit l'orateur, je vois briller ces écrivains libellistes qui n'affectent de tant applaudir au châtiment du scélérat Robespierre que parce qu'il allait lui-même leur arracher le masque, et les faire traîner à l'échafaud. Que veulent-ils, les perfides, les traîtres, que veulent-ils, sinon se revêtir des dépouilles d'un monstre, s'emparer de sa popularité, et dominer à sa place, mais par des mesures entièrement opposées aux siennes ? Ils traitent les patriotes de continuateurs de Robespierre ; eh ! qui, plus qu'eux-mêmes, mérita jamais mieux cette abominable qualification? N'avons-nous pas entendu Legendre s'écrier à cette tribune : « Mon corps servira de rempart à Robespierre ! » Ne sommes-nous pas bien fondés à croire, d'après cet aveu, que ces mêmes hommes, qui, pendant si longtemps, ont rampé aux pieds de Robespierre, ne se sont tous élevés contre

lui que pour leur intérêt personnel, et nullement par amour du bien public; et aujourd'hui, pour venger quelques misérables querelles d'amour-propre, ils ne rougissent pas d'opérer la plus terrible et la plus funeste réaction sur les patriotes.

a Mais, citoyens, si une vérité hautement énoncée suffit pour conduire au supplice celui qui l'énonce, plus de doute, il faut se taire : car, outre qu'en pareil cas le sacrifice est absolument inutile, outre qu'il n'en résulte aucun bénéfice pour la patrie, c'est qu'il est aiïreux de mourir comme conspirateur, chargé de l'exécration du peuple, lorsqu'on meurt précisément victime de son dévouement pour lui. Et qui donc oserait affirmer que, dans tous ceux que le glaive de la loi a frappés jusqu'à ce jour, il n'a pas atteint un seul innocent? Et cependant n'étes-vous pas forcés de le mettre au rang des traîtres, des scélérats, des conjurateurs, pour ne pas courir le risque d'être confondus avec lui et d'être traités comme tel?

« Je finis en demandant que, dès ce jour, la Société s'occupe uniquement à prendre une connaissance entière du système de contre-révolution qui existe, et à pénétrer quel est le but des ennemis de la liberté, afin que nous puissions les arrêter dans leur marche, et les empêcher de parvenir à leur terme. » {Applaudissements universels.)

Un autre membre reproche aux patriotes de se laisser endormir; il prétend que, si l'on y avait bien réfléchi, certains personnages n'auraient pas été représentants du peuple. Il dénonce comme fabriquées à Paris toutes les adresses qui arrivent des départements. H demande ensuite aux députés pourquoi ils ne rendent pas compte de leur fortune, en vertu du décret sage qui les y oblige.

Ici Maure se lève et fait observer à l'opinant qu'il induit le peuple en erreur.

« Ses représentants, dit-il, sont justes ; ils sont bien éloignés surtout de vouloir s'arroger aucun privilège qui blesserait l'égalité. Certes, si Pitt ou Cobourg voulaient payer une motion, ils ne pourraient pas en mettre une en avant qui fût plus conforme à leurs vues que celle qui vient de nous être présentée, et à laquelle cependant je n'attache aucune mauvaise intention de la part de son auteur. »

Des huées et des murmures partis des tribunes interrompent souvent les observations de Maure. Le président s'adresse aux tribunes, en leur disant qu'il n'est pas possible de croire que ceux qui assistent assidûment aux séances éclatent en murmures toutes les fois qu'on parle de la représentation nationale. Le calme renaît. Goujon. — La Société doit accueillir tous les bons citoyens qui se

620 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [30 octobue 1794]

présentent à sa tribune pour y dire la vérité. Si un citoyen ne peut émettre une opinion qui contrarie le sentiment de quelques autre?, je soutiens qu'il n'y a pas de liberté. Tout homme doit avoir la liberté de s'exprimer sur le compte des fonctionnaires publics, et nul de -nous n'a le droit de soupçonner de malveillance un citoyen qui développe ses idéçs à cette tribune. C'est au peuple seul, qui l'entend, qu'appartient le droit de le juger. Au surplus, je dois observer au préopinant qu'il n'existe point de loi qui oblige les députés à rendre compte de leur fortune ; si cette loi a été rendue, elle a été bientôt rapportée.

Citoyens, la tribune du crime est souvent occupée ; de vils libellistes, aux gages des ennemis de la liberté, font souvent retentir les places publiques de leurs atroces calomnies . Gardons-nous de repousser de la tribune de la vérité le citoyen qui s'y présente pour communiquer avec ses frères, pour déposer ses idées, ses craintes et ses alarmes dans leur sein. Nous devons tous l'encourager et le soutenir dans ses efforts.

Une des principales causes de nos malheurs, c'est que l'opinion du peuple est travaillée en tous sens, et qu'on s'efforce de l'anéantir pour y substituer une opinion stipendiée.

Mais il est temps que le peuple puisse se convaincre qu'en vain on veut intimider les hommes purs, qu'ils sont imperturbables, et n'en défendent pas avec moins de courage et la liberté et l'égalité. Car enfin, où en veut-on venir en faisant passer tous les patriotes pour autant de satellites d'une faction, et en les accolant au premier criminel qu'un malheureux génie a poussé au milieu d'eux? On en veut venir, citoyens, à forcer tous les patriotes à abandonner la cause de la liberté pour se défendre eux-mêmes.

Je ne saurais le dissimuler, le peuple est endormi : il est temps que son opinion se prononce avec force, et qu'il prouve au servile troupeau des hbellistes qu'il est bien loin d'adopter pour vérités leurs erreurs, leurs mensonges et leurs calomnies.

Proclamons avec énergie devant lui la vérité; il la reconnaîtra, il l'embrassera, et il saura bien s'élever dans son opinion au-dessus de ces hommes odieux qui veulent lui ravir l'égalité, le plus doux, le plus cher de ses biens après la liberté. [Applaudissements .)

Le citoyen qu'on avait précédemment interrompu reprend la parole pour déclarer que jamais l'intention coupable d'inculper la représentation nationale n'entra dans son esprit ni dans son cœur.

Fayau. — La force des ennemis de la Révolution est tout entière dans la faiblesse des patriotes. C'est notre manque d'énergie

qui donne aux aristocrates une puissance momentanée. Les oiseaux de mauvais augure ne sortent de leur tanière que pendant la nuit. Est-ce la mort que nous pourrions craindre ? Non. Présentons à nos ennemis la poitrine de Marat et le flanc de Le Peletier, et nous les glacerons d'effroi. Qui pourrait encore fermer la bouche aux amis de la liberté ? Est-ce la crainte d'être rangés dans la classe des conspirateurs? Mais que peuvent-ils appréhender pour leur bonheur, lorsque, sans peur et sans reproche, ils ont leur conscience pour appui et le peuple pour juge ?

Les patriotes éprouvent aujourd'hui une persécution vive, mais elle ne sera que passagère, et les regrets qui succéderont au triomphe momentané des aristocrates seront éternels. On exige, j'en conviens, plus de preuves de civisme de la part des vétérans de la Révolution que de la part de ses ennemis. Soyons calmes, et faisons tête à cette bourrasque avec cette sérénité qui ne cesse de briller sur le front de l'homme qui n'a rien à se reprocher. Et en quoi un patriote sera-t-il donc plus suspect qu'un aristocrate ?

Citoyens, prenons garde au système de calomnie lancé en quelque façon parmi le peuple pour le diviser. Notre premier devoir en ce moment, c'est de l'éclairer, c'est de l'attacher à la représentation nationale et au gouvernement républicain par nos discours, et encore plus par nos exemples. Voilà, voilà, n'en doutez pas, le seul et vrai moyen de conserver cette liberté, cette égalité qui nous sont si chères, et de les faire à jamais triompher des vains efforts de la rage impuissante de leurs méprisables ennemis.

Un we»j6/e pense que la Société devrait répondre catégoriquement, article par article, aux divers reproches que lui font les libellistes. II croit cette mesure nécessaire pour remédier au mal que ces écrits, bien que méprisables, font dans les départements, et pour détruire surtout la croyance qui se propage que les Jacobins sont les continuateurs de Robespierre.

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