‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 11 sur 187 · Tome VI · texte numérisé non relu

Tome VI

82 SOCIETE DES JACOBINS [18 avkil 17C4j

Les nouveaux secrétaires sont Lequinio, Voiron et Potdevin.

Dubosq se plaint de ce qu'on n'a pas inséré au Journal de la Montagne la dénonciation faite par les sans-culottes de Coutances contre le général Vial, accusé d'avoir mis arbitrairement en arrestation deux membres de la Société, populaire, ainsi que l'arrêté de la Société des Jacobins qui nomma deux commissaires pour accompagner les citoyens de Coutances au Comité de sûreté générale.

Un membre demande que la dénonciation soit communiquée au Comité de salut public, avant d'être insérée. Il déclare qu'il a connu Vial comme un bon patriote et comme un homme sans prétention, qui disait avec un air de bonne foi admirable qu'il n'avait point assez de talents pour être général, tandis qu'on était assuré du contraire.

Legendre joint ses réflexions à celle du préopinant, pour prouver que Vial est un bon citoyen, né dans la classe du peuple, modeste, et enfin parvenu par ses services.

Dubosq déclare qu'il n'a pas voulu attaquer les principes de Vial ; mais, ayant déjà communiqué à Robespierre la dénonciation, et n'entendant parler de rien, il s'est vu obligé d'en faire part à la Société, pour procurer l'élargissement des deux citoyens détenus. Au reste, il annonce que ces deux citoyens sont maintenant en liberté par les ordres du représentant du peuple.

On observe que la réclamation de Dubosq contre le Journal de la Montagne n'est pas fondée *.

Collot d'Herbois demande que l'on finisse cette lutte continuelle avec les journalistes ; il fait remarquer que c'est une mauvaise méthode d'insérer les dénonciations dans les journaux, parce que ceux qui sont dénoncés reçoivent un avertissement, qui est très utile aux traîtres. De plus il se plaint de ce que l'on met de la prétention à faire insérer ses opinions dans les journaux, tandis que le devoir d'un bon républicain est de servir la patrie en silence. « Si le citoyen

li Le i-édacieur du Joui'nal de la Monlagné se plaignit avec raison que Dubosq h'eût pas lu le compte rendu de la séance du 23 germinal dans cette feuille (t. IIj p. 1234); car la dénonciation contre Vial y est indiquée, et nous lavons reproduite d'après cette soui-cc:

était venu, dit-il, au Comité de salut public dénoncer les faits, il aurait été entendu avec attention ; il n'avait pas besoin de venir ici demander des commissaires ; le Comité ne demande que la vérité. Aujourd'hui un Jacobin est venu seul au Comité dénoncer un général ; il a été entendu, et un ordre a été expédié sur-le-champ par un courrier extraordinaire. » L'orateur, après avoir développé en peu de mots ces principes, termine en demandant l'ordre du jour sur la réclamation. [Adoplé.)

Un citoyen communique des lettres qui lui sont adressées de Bonneville, département du Mont-Blanc. On demande rinsertion de ces lettres au Journal de la Montagne.

Collot d'Herbois demande que l'on ne désigne aucun journal en particulier, mais que l'on invite les journalistes amis de la liberté à en rendre compte. Il se plaint de ce que beaucoup ne sont que des esclaves, qui n'osent pas dire la vérité, et qui attendent les événements pour ne pas se compromettre ; il fait observer que les fonctions d'un journaliste seront véritablement belles, quand il dira la vérité et qu'il n'épargnera rien pour éclairer ses concitoyens ; il demande la mention honorable au procès-verbal de l'annonce qui a été faite. [Adopté.)

Un ynilitaire présente des observations sur ce qui a été dit relativement à Vial. Il fait observer que la source de beaucoup de malheurs est dans la facilité où l'on est quelquefois d'accorder des grades de généraux à des militaires qui ne peuvent être que bons ofticiers. Il demande que l'on emploie le plus sévère examen avant d'élever un militaire à un grade quelconque.

[Une députalion de l'ancienne Société de Landau vient se plaindre de rétablissement d'une nouvelle Société, qui établit un schisme entre les citoyens. Elle la dénonce pour avoir calomnié Dentzcl, représentant du peuple', et pour renfermer dans son sein des ci-devant nobles et des militaires attachés à l'ancien régime. Elle cite le général Delmas, ex-noble, ennemi de Dentzel, accusé d'avoir tenu, sans ordres, des conférences avec les trompettes ennemis ; le général Laubadère, ex-noble, et quelques autres officiers pareils. Elle dénonce Delmas, pour aAX)ir arrêté les paquets destinés à l'ancienne Société, et pour l'avoir ainsi privée de la correspondance des Jacobins, etc.

Le Président répond à la députation que les défenseurs armés pour la liberté sont des Jacobins, et que la Société ne peut voir qu'avec douleur s'élever dçs nuages entre les Jacobins de Landau et les soldats de cette gar-^ nison, qui ont bien mérité de la République. « Le Comité de salut public,

1. Dentzcl, représentant en mission, s'était enfermé à Landau pendant le siège de cette plgice. Cf. Chuquet, Hoche et la lutte par l'Alsace, p. 198 et suiv.

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ajoule le président, déjouera loulos les Lraliisons el démas(|ucra tous les traîtres, saura discerner la vérité i)armi tous les faits qui pourraient lui être respectivement allégués. La Société de Landau lui doit toute sa confiance, puisque dans tous les moments il a justifié celle de la nation entière. » Applaudi. Celte affaire est renvoyée au Comité de salut ])ublic, et des commissaires sont nommés pour accompagner la dépu talion.

Dumont, commissaire de la Société populaire el républicaine de Vézelise, district du même nom, déi)artement de la Mcurtlie, près la Commission des subsistances et approvisionnements de la République, prend la parole et fait part de l'indignation qui s'est emparée des membres de la Société de Vézelise, en apprenant la découverte de la nouvelle conspiration ourdie contre la République. L'orateur félicite les Jacobins de leur patriotisme et de leur vigilance dans les termes suivants : « Vertueux Jacobins, c'est dans vos âmes ardentes que. germa le projet d'une République ; c'est vous qui le fîtes passer dans celles de vos frères, c'est à la Convention nationale que nous en devons l'établissement, et c'est elle qui, aidée de vous et de la masse toujours pure du peuple, saura la défendre et la consolider. Mes commettants connaissent les conjurations nombreuses que vous avez déjouées ; ils savent que vous n'avez pas peu contribué à la découverte de la dernière. Jacobins, il n'est aucune Société de la République qui ne vous contemple, qui ne jalouse votre estime, et qui, en se rappelant vos nombreux services rendus à la chose publique, ne soit ])énétréc d'admiration et de reconnaissance. Tel est, n'en doutez pas, le sentiment qui presse celle de Vézelise, dont j'ai l'avantage d'être aujourd'hui l'organe près de vous. Je ne vous dirai ])oint en son nom de les continuer, ces services; le feu sacré de la liberté et de l'égalité est inné dans vos âmes; elles périront toutes avant qu'il ne s'éteigne. Votre surveillance active et continue a fait et fera toujours i)àlir d'effroi les tyrans, les traîtres, les intrigants et leurs vils suppôts. Leurs i)rojets, quelque fine qu'en soit la trame, ne vous échapperont jamais, et la République, encore une fois triomphante, va se cojisolider pour toujours. Quel riant avenir pour un peuple dont les bases du gouvernement rc})Osent sur les vertus, la probité et la justice ! » Le même citoyen communique à la Société une adresse de celle de Vézelise à la Convention nationale'.

Le Président répond par une allocution dont voici la conclusion : « Surveillons les méchants, encourageons les bons, aimons la patrie plus que nous-mêmes, rallions-nous autour de la Convention nationale et de ses Comités, sauveurs de la chose publique, et la liberté n'a rien à craindre ! »

La Société de Chalon-sur-Saône i)résente quatre cavaliers, qu'elle a équipés et armés à ses frais.

L'accolade fraternelle est donnée à ces braves militaires par le président, qui félicite la députation" d'avoir contribué à multiplier les défenseurs de la j)atrie, et adresse aux cavaliers l'exhortation suivante : « Soldats républicains, vous saurez bien mériter de la i)atrie, et par vos victoires sur vos ennemis, et par votre respect jjour les propriétés et i)our tous les droits de nos

1. L'adresse de la Sociétc de Vézelise, ainsi que la correspondance de U(jnncville dont on a parlé plus haut, sont imprimées dans la « Correspondance des Jacobins », Journal de lu Montagne, t. II, p. 1289. Les lettres de Bonneville sont imprimées dans le Moniteur^ t. XX, p. 303.

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concitoyens, de nos amis. C'est à ces traits que la République vous reconnaîtra parmi ses braves et irréprochables défenseurs. Rendez-vous semblables à vos frères ; vous mériterez le double prix de la valeur et de la vertu ; vous aurez servi à aflermir la liberté et la patrie, età faire disparaître de l'univers tous les tyrans et tous les crimes. »]

Séance levée à neuf heures.

XYII

SÉANCK DU 1er FLORÉAL AN II (20 AVRIL 1794)

PRÉSIDENCE DE VEAU

[La Sociéli' de Charollfis communique une lettre circulaire qu'elle envoie à toutes les Sociétés populaires; dans celte lettre elle s'applique à prouver qu'il est essentiel de bien choisir les jurés qui doivent former les différents tribunaux. Renvoyé au Comité de salut public. — La Société d'Allevard écrit que, considérant que dans un Etat républicain il ne peut y avoir ni oisifs, ni fainéants, ni mendiants, elle arrête : 1° que les municipalités des environs seront invitées à faire afficher l'état des personnes qui peuvent être utiles aux agriculteurs ou autres, afin que les citoyens qui ont besoin de bras pour les travaux nécessaires au bien de la chose publique puissent les requérir; 2° que l'état des personnes qui ont besoin de secours alimentaires soit pareillement affiché. — Renvoyé au Comité d'agriculture.

Fraissinet écrit de l'armée des Pyrénées-Orientales que « le féroce Espagnol vient d'évacuer le Roulou et le cam}) de Céret ». Renvoyé au Comité de salut public. — La Société de Màcon fait part d'une adresse qu'elle envoie à la Convention ; elle y demande que les Comités révolutionnaires établis dans les petites communes soient dissous, parce qu'ils renferment des praticiens et des agents des ci-devant.]

CouTuox. — Je saisis roccasion de cette lettre pour faire observer à la Société que les Comités de surveillance se sont multipliés par un grand abus, comme les Sociétés populaires. Ces Comités sont composés de praticiens et d'agents des ci-devant nobles, en sorte que l'esprit de bons habitants des campagnes se trouve perverti par les institutions qui devaient au contraire l'élever à sa véritable hauteur. Je crois que la mesure qui est proposée, d'établir des Comités de surveillance dans les chefs-lieux de district seulement, est une mesure très sage, parce que, ces Comités étant sous la surveillance immédiate du Comité de sûreté générale, ils ne pourront pas manquer de faire leur devoir. Je me réunis donc à la Société de Màcon pour vous inviter à, nommer des commissaires qui se transporteront

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au Comité de salut public, afin de l'engager à prendre en considération la mesure proposée dans cette lettre.

Un membre appuie fortement la motion de Gouthon. Il annonce que déjà les citoyens de Beaugenc}^ en avaient senti la nécessité, et qu'ils avaient demandé que les Comités de surveillance fussent réduits aux chefs-lieux de canton et de district.

Couthon demande par addition que les commissaires qui seront nommés invitent également le Comité de salut public à laisser des Comités de surveillance dans les places frontières et dans les places maritimes. — La motion de Couthon , ainsi amendée , est adoptée.

On renvoie au Comité de salut public deux lettres écrites, l'une de Smyrne et Tautre de Constantinople, dans lesquelles on invite les républicains français à tourner leurs regards sur leurs frères qui existent dans le Levant, et à leur envoyer des fonctionnaires publics patriotes, qui entretiennent dans Tàme des amis de la liberté un zèle ardent pour le maintien des principes de la Révolution.

Santerre écrit à la Société pour se justifier des inculpations faites contre lui ; il entre dans beaucoup de détails pour prouver qu'il a été l'ennemi des factions, qu'il les a combattues. — Cette lettre est renvoyée au Comité de salut public.

Un secrétaire fait lecture d'une lettre de la Société de Chambéry, qui rend un hommage éclatant au patriotisme du citoyen Dufresne, agent national du district de Cluses, qui a eu les honneurs de la persécution de la part des conspirateurs, et auquel la Société a rendu justice lorsqu'il était dénoncé par Gentil.

DuQUESNOY. — Je demande la parole pour une motion d'ordre. La Convention avait décrété que, dans les communes où il n'y aurait pas de biens communaux, il serait permis à chaque citoyen d'acquérir un arpent de terre. Il existe encore dans les départements de grands abus dans la vente des biens des émigrés ; ils ne se vendent que par gros lots, et aux riches propriétaires. Je suis cultivateur ; je sais qu'un cultivateur qui a trois cents arpents de terre à exploiter a trop de propriétés ; cependant il existe maintenant des propriétaires qui possèdent jusqu'à quatre cents, cinq cents^ treize cents, et même dix-huit cents arpents. Ce ne sont plus ces cultivateurs qui vivaient frugalement au sein de leurs familles et dans des occupations utiles qui entretenaient leurs vertus ; ce sont des ci-devant qui priveront le peuple des productions de leurs terres, et les consommeront eux-mêmes au milieu d'une vie luxueuse. Je demande que mes collègues s'unissent à moi pour obtenir de la Convention que les

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biens d'émigrés soient vendus par petits lots, afin que tous les citoyens puissent s'en procurer un ou deux arpents.

GoLLOT d'Herbois. — Les principes qui viennent d'être exposés par mon collègue sont favorables à la liberté, à l'égalité et à l'économie administrative ; je ne me permets de faire ici des réflexions que parce qu'il semblerait que la Convention serait restée indifférente en voyant les abus dont mon collègue vient de se plaindre ; mais Duquesnoy éprouvera une grande satisfaction, quand il saura qu'il y a une loi portant que les biens d'émigrés doivent être vendus par petits lots, qui ne pourront excéder 500 liv., et que les acquéreurs ont un délai de vingt ans pour les payer. Non seulement cette loi existe, mais il appartient à des représentants énergiques comme Duquesnoy d'en maintenir l'exécution. Le Comité de salut public fait tout ce qiîi dépend de lui pour qu'elle n'éprouve aucun retard ou aucune interprétation ; chaque jour il est consulté par des administrations de département, et chaque jour il prend des mesures pour les rendre exactes dans l'exécution de la loi. Certaines administrations pensent qu'il serait plus avantageux pour la République de vendre les biens par grands lots ; mais le Comité leur répond que le plus grand avantage pour la République est de multiplier les propriétaires. S'il est quelques administrations qui soient négligentes à mettre la loi à exécution, le Comité ne manque pas de leur témoigner son indignation. L'activité renaîtra quand on aura puni les administrateurs qui se seront rendus coupables. En ce moment le Comité s'occupe d'une loi qui donnera aux défenseurs de la patrie le droit d'acheter des propriétés nationales par le moyen de fondés de pouvoirs. Cette disposition manquait depuis longtemps à une loi sage et salutaire. Ce Comité présentera aussi une disposition portant que les brevets de pension pourront être reçus en payement. Donner à nos défenseurs des pensions ou des propriétés territoriales, c'est la même chose. Il existe donc, comme je l'ai déjà dit, une loi favorable aux citoyens ; nous n'avons à craindre q^ue les entraves. Mais les représentants, et Duquesnoy lui-même, qui connaît beaucoup les administrations, pourront réveiller leur zèle et leur activité, et veiller à l'exécution de cette loi. [Ce discours est vivement applaudi.)

IsoRÉ. — Les lois qui regardent la vente des biens d'émigrés ne sont pas assez précises ; ces lois ordonnent que le premier payement sera fait sur-le-champ ; par là on met les citoyens peu aisés dans l'impossibilité d'acheter des portions de terre qui leur seraient très utiles. Je pense qu'il serait nécessaire d'accorder une ou deux innées nour acquitter le premier payement. Je sais aussi qu'il y a

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(les administrations qui veulent vendre par gros lots, afin d'avoir moins d'adjudications. J'ignore la loi qui donne un délai de vingt ans pour faire les payements, mais je déclare que je présenterai à ce sujet des vues à la Convention dans la séance d'après-demain.

Collot d^Herbois proteste de nouveau que la loi existe, que le Gomité de salut public recueille chaque jour des consultations relatives à son exécution ; il invite Isorc, dont il cite avec éloge le zèle qu'il a montré à défendre les droits du peuple, à seconder encore en ce moment le Comité de salut public, et à se réunira son collègue Duquesnoy pour lui fournir les lumières nécessaires.

CouTiiON. — Je me réunis à Collot d'Herbois pour inviter Duquesnoy et Isoré à faire part de leurs lumières au Comité de salut public. Je dois les avertir qu'ils se trompent sur les lois, et qu'ils confondent celle qui est relative aux biens ci-devant ecclésiastiques avec celle qui ne regarde que les biens qui appartenaient aux émigrés. Il a été rendu une loi qui défend d'acheter des biens d'émigrés au delà de quatre arpents, et qui interdit à l'acheteur la faculté de revendre ce qu'il a acheté, jusqu'à une certaine époque. Le même décret portait que l'on pouvait acheter en rente, et que le premier payement de cette rente ne serait fait qu'après la récolte. Vous voyez que la Convention n'a rien négligé pour favoriser les patriotes peu fortunés ; le mal vient de ce que cette loi n'est pas exécutée Le Comité surveille l'exécution ; mais il faut qu'il soit secondé par les représenta,nts du peuple, qui sauront punir les administrations qui ne seraient pas obéissantes et qui refuseraient de suivre la loi. Ces administrations diront que la République perd à vendre les biens par petits lots ; il est vrai que ce moyen est le moins avantageux pour ce moment ; mais les administrations ne calculent pas l'avenir ; elles ne voient pas qu'en divisant les propriétés on éteint la misère et on établit la prospérité dans une République. Voilà ce que les administrateurs ne veulent pas voir, parce qu'ils sont la plupart de riches propriétaires. Le moment est venu où il faut jeter nos regards sur les fonctionnaires publics, sur ces hommes qui ne sont parvenus aux places que par le moyen des intrigues, et qui ont mis leur premier soin à faire beaucoup parler d'eux. Le talent modeste est resté dans le silence et dans l'obscurité ; la vertu esta l'ordre du jour ; c'est dans l'obscurité que nous irons la chercher. Je demande que cette discussion soit terminée, et que les débats soient renvoyés à la Convention, qui s'en occupera incessamment. Tout le monde est suffisamment éclairé sur la validité des principes qui viennent d'être énoncés. Billaud-Varenne a fait aujourd'hui un

rapport qui conlient la morale la plus pure ; tout républicain se disait en Técoutant : «J'en aurais dit autant. » Je demande que Billaud-Varenne en donne connaissance à la Société ; je demande ensuite la parole pour une citoyenne qui a, presque seule, arrêté ce matin un scélérat qui affichait dans les Tuileries des placards incendiaires. {La proposition de l'orateur est adoptée.)

Billaud- Varenne fait lecture du rapport qu'il a présenté aujourd'hui à la Convention, au nom du Comité de salut public ; ce rapport, ainsi que le décret qui l'a suivi, est entendu avec transport et suivi d'applaudissements accompagnés de mouvements d'enthousiasme. La Société en ordonne l'iuipression et la distribution aux tribunes '.

[Collet d'Herbois annonce à la Société la prise d'Arlon, qui coupe toute communication entre Namur et Luxembourg. « Cette expédition, dit-il, était la première du plan de campagne arrêté par le Comité de salut public*; mais le succès a devancé Tattente de huit jours. » On applaudit. — La citoyenne dont Couthon avait parlé se présente à la tribune ; mais, sur les observations de quelques membres, elle est invitée à se transporter au Comité de sûreté générale, pour y donner tous les détails relatifs à Tarreslalion de rafficheur contre-révolutionnaire.]

Séance levée à dix heures.

XYIII

PRÉSIDENCE DE LE BAS

Collot d'Herbois prend la parole sur une expression contenue dans les journaux, ainsi que dans le procès-verbal. Il déclare qu'il n'a pas dit dans la dernière séance que l'expédition d'Arlon était la première du plan de campagne arrêté par le Comité de salut public, mais que c'était la première que l'armée de la Moselle devait entreprendre. Il rappelle que l'armée d'Italie avait pris Oneille auparavant. La Société adopte le procès-verbal en faisant droit à la réclamation.

1. Il saprit du rapport sur la justice révolutionnaire et du décret par lequel la Convention déclare « qu"appu}'ée sur les vertus du peuple français, elle Tera triompher la llépublique démocratique et punira sans pitié tous ses ennemis ». Moniteur, t. XX, p. 263.

2. Collot d'Herbois rectifia cette assertion au début de la séance du 3 floréal. Voir au bas de la page. .

90 SOCIKTÉ DES JACOBINS [22 avril 1704]

[L<i Socii'tt' poptildire de Benffld fait passer une circulaire qu'elle envoie à toules les Sociélés de la République ])Our leur annoncer ((u'elle a ouvert une souscription en laveur des citoyens estropiés dans les combats. — Le citoyen Jioiicherot, défenseur do la République, demande une collecte. — Jiumas fait remarquer qu'en accueillant cette demande, la Société semblerait faire injure à la République, qui a i)romis des secours à ses défenseurs. Il demande qu'on nomme des défenseurs officieux pour conduire au Comité des secours publics ceux qui ont droit à la bienfaisance nationale. — Lerjendre se range à cet avis, mais demande qu'une collecte soit faite tout d'abord. Les deux propositions sont adoptées. — Le sans-culotte Carrier, de la commune de Puymirol (Lot-et-Garonne), écrit que son épouse vient d'accoucher de trois jumeaux mâles. Il demande que la Société les prenne sous sa protection, attendu qu'il est pauvre et qu'il a déjà quatre autres enfants. Sur la proposition do Legendre, la lettre est renvoyée au Comité des secours publics. — Lm Société de Cherbourg annonce que la frégate La Carmagnole, échouée sur la côte, vient d'être remise à tlot. — Un membre annonce que la Société de Yincent-la-Monlagno, établie à Nantes, avait déjà fait commencer la construction d'une autre frégate pour remplacer La. Carmagnole, qu'elle croyait perdue. On applaudit. — On renvoie au Comité dé salut public une lettre du représentant du peuple Bouret, dans laquelle il fait l'éloge du patriotisme et du républicanisme du général Vial.]

i/n membre donne lecture d'une lettre écrite par un individu chargé de percevoir les deniers publics. Il y est dit que, si la Société ne paye pas le loyer de la ci-devant église des Jacobins, où elle tient ses séances, on sera forcée de faire des poursuites. Les expressions de celte lettre excitent de violents murmures. — Dumas, après avoir remarqué que le style de la lettre est marqué au coin de l'insolence, et qu'elle est capable d'exciter une indignation profonde, demande que l'individu qui en est l'auteur soit dénoncé au Comité de sûreté générale, et que sa lettre soit examinée par le Comité des Domaines. — Benaudin demande le renvoi pur et simple de la lettre, attendu que le Comité, ayant connaissance d'une pareille production, saura bien quelle conduite il lui faudra tenir envers celui qui a osé la mettre au jour. — Dumas persiste dans sa motion, en faisant remarquer que celui qui écrit ne peut être qu'un aristocrate insolent et audacieux.

GoLLOT d'Herbois. — Ce n'est pas votre indignation que je cherche à redoubler ; dans cette occasion elle serait portée à un tel degré que l'homme dont il s'agit ne saurait en être digne. Je ne puis pas m'imaginer que Ton ait pu concevoir l'idée de couper en un instant les canaux de l'instruction publique par les motifs les plus ridicules ; je ne puis penser qu'il ait pu entrer dans la tête d'un homme d'insulter à une Société telle que celle-ci. Un homme raisonnable peut-il bien lui dire : « Quand vous voudrez tenir vos séances, vous trouver*^

[22 AvuiL i794J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 91

les portes fermées? » Peut-il être assez impudent pour dire aux citoyens des tribunes : « Ne venez plus à la Société; vous n'y entendrez plus ce qu'on y disait pour votre instruction ? » Si un homme pouvait dire de pareilles choses, il faudrait croire alors qu'il n'aurait pas besoin d'être absous, car ce qu'il dirait serait le comble de la démence. Cet insolent percepteur, qui se sert envers vous de formalités qu'il lui est défendu d'employer envers de simples citoyens, doit être appelé par-devant les autorités qui doivent surveiller sa conduite administrative. Il fait son devoir en demandant ce qui est dû à la République ; mais il ne lui est pas permis de parler avec insolence. Puisqu'il s'est permis un pareil langage, il faut croire qu'il est bien pur et que sa conscience n'a rien à lui reprocher ; il doit être appelé devant ceux qui sont chargés d'examiner ses comptes, et, s'il n'a pas exactement rempli ses devoirs, il faut le traduire au Tribunal révolutionnaire. U faut lui dire : « Puisque tu as mis tant de sévérité envers une Société dont l'existence est si importante pour le salut de la République, puisque tu n'as pas eu assez de confiance en elle pour croire qu'elle avait le pouvoir de payer ses loyers, nous devons penser que tu es en règle, et que les aristocrates ont déposé entre tes mains tout ce qu'ils devaient à la nation. Mais si ta conduite n'est pas sans reproche, si tu as favorisé les aristocrates en laissant subsister des dettes, tu seras traité avec la sévérité que tu mérites et que tu as employée envers la Société. » Un homme qui se sert d'un langage aussi impérieux, et qui ne veut pas laisser en arrière le payement des loyers de la Société, doit avoir agi envers les aristocrates avec beaucoup de rigueur ; il doit même les avoir obligés à payer d'avance. Il faut enfin jeter nos regards sur ces individus persécuteurs, qui gardent toute leur sévérité pour les patriotes et pour les indigents ; ces oppresseurs qui poursuivent avec acharnement le malheureux dans son grenier, tandis qu'ils n'ont que de l'indulgence pour l'aristocrate dans ses appartements magnifiques. Il est des êtres immoraux, qui ne sont entrés dans les emplois que pour être les fléaux des patriotes, qu'ils détestent. J'appuie donc la proposition de Dumas, et je demande que les comptes de celui qui vous a écrit soient examinés par ceux qui sont chargés de ce travail. {Applaudi.)

Après quelques débats, cette motion est adoptée.

Un membre annonce, au nom du Comité de présentation, que les renseignements qui ont été pris relativement à un citoyen dont l'admission avait été ajournée sont tous à son avantage. U propose de le passer au scrutin.

Dumas. — Il est convenable de rendre compte à la Société des

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renseignements qui ont été recueillis. Je demande Tajournement jusqu'à ce que cette formalité ait été remplie. — Auvrnij appuie l'ajournement, en annonçant que celui dont il s'agit a été dénoncé par Marat. — L'ajournement est adopté.

[Un citoyen invalide se plaint de ce qn'il existe à la maison dos Invalides des aristocrates qui conservent l'esprit de rancicn régime et ne veidont pas fraterniser avec les nouveaux. Il demande que l'on s'applique à détruire cet, abus, et tant d'autres qui existent encore dans cette maison. — Plusieurs pro])ositions sont faites à ce sujet : les uns demandent le renvoi au Comité de sûreté générale ; les autres veulent que la Commission nommée pour cet objet examine les nouvelles réclamations qui se sont élevées. — Collol d'Horbois dit que <( des malveillants ont fait naître chez les Invalides des divisions funestes ». 11 faut enlever les emblèmes de la royauté, qui sont encore sur les murs de cette maison. « Il faut aussi fouiller dans les cœurs et en retirer tout ce qui pourrait entretenir la moindre alTcction pour le défunt royalisme ». Il faut que les anciens Invalides, « débarrassés do l'empreinte honteuse des présents de la tyrannie, fraternisent avec les nouveaux ». Collot d'Herbois conclut en demandant (pi'on nomme une nouvelle Coiunnssion. Adopt(\]

Séance levée à dix lieurc>.

S]<:ANC1'] du g FLOIUvVL an h (23 avril 1794)

PnÉSlDEN'CE DE LE BAS

[Plusieurs Sociétés, parmi lesquelles on compte celles de Vernon, des Sables, de Montpellier et d'Apt, déclarent que la Convention vient d'ajOul(>r à leur reconnaissance en livrant au glaive de la loi les cons])irateurs (pu voulainit bouleverser la République. — La Société d'Aiixonne envoie copie d'une adresse qu'elle a fait passer à la Convention, avec une épée à poignée d'argent, destinée au prender républicain qui entrerait dans Valcnciennes.

Bouvet, représentant du peuple dans le département de la Manche, écrit de Cherbourg, le 29 germinal, que, le 28 au soir, on a signalé sept vaisseaux anglais, qui sont venus, à la portée et demie du canon, se rendre certains que nous avions remis la frégate la Carmagnole à flot. — Prudhomme écrit de Strasbourg, le 19 germinal, pour confirmer la bonne opinion qu'on a ex])rimée dans les dernières séances sur le civisme du général Dièche. — Le Club national de Bordeaux écrit qu'étant convaincu que l'institution des Sociétés populaires a pour but d'arrêter l'anarchie, de comprimer les factieux et de propager l'instruction, il contracte l'engagement solennel de propager les ])rincipes révolutionnaires et de combattre les conspirateurs ; il ajoute qu'il vient de solliciter auprès de la Convention une loi additionnelle

[25 AVHiL 1794J SOCIÉTÉ DES JACOBINS 93

à celle qui regarde les cerlificals de résidence. — La SocÀêté d'Auliin dénonce qu'on a renvoyé sous prétexte de vieillesse sept cavaliers, dont le plus âgé n'avait pas quarante ans. — Renvoyé au Comité de salut public]

Dans la suite de la correspondance, le lecteur 'annonce une lettre de Massieu, représentant du peuple, dans laquelle il répond aux patriotes qui lui reprochaient de ne s'être pas opposé vigoureusement aux opérations de Roux, dans le département des Ardennes. GoUot d'Herbois prend la parole.

CoLLOT d'Herbois. — Il est important que l'on ait des explications sur la lettre qui vous a été lue. Nous venons d'entendre à cette tribune que- des patriotes avaient reproché à Massieu de ne s'être pas opposé aux opérations de Roux ; mais quel est celui d'entre vous qui n'est pas convaincu que, si Massieu s'était opposé aux mesures prises par son collègue, il serait résulté de graves inconvénients de cette guerre entre deux représentants du peuple, tous deux munis de pouvoirs dans la même ville? Celait au Comité de salut public que les patriotes dont on parle devaient s'adresser d'abord ; ou ne les désigne ^.as ; mais au moins est-il évident et satisfaisant pour la Société que cette irritation qu'on voulait alimenter entre deux représentants n'ait point trouvé d'aliment dans sa correspondance ; ce qu'on aurait pu croire, puisque c'est d'elle que le secrétaire est censé faire lecture à la tribune.

{Ici le secrétaire déclare que toutes les lettres de Massieu ont été remises par le citoyen qui a parlé précédemment sur la situation du département des Ardennes.)

GoLLOT d'Herbois. — Eh ! sans doute, citoyens ; voilà précisément où le jeu de passions contraires au bien public se fait apercevoir. C'est au moment où le Comité vient de prendre des mesures sages pour remédiera tout, où notre collègue Levasseur, qui a la confiance du Comité de salut public et la vôtre, dont l'énergie et les principes énergiques et purs sont connus, vient de partir pour nous tirer de toute inquiétude, qu'on veut ici, par de pénibles débats, entraver ses opérations et tourmenter la Société. Remarquez que d'un côté viennent à la barre de la Convention des dôputations en faveur de Roux, qui ne paraissent point ici, et que de l'autre sont lues à chaque séance des lettres de Massieu, où sont des éclaircissements qui devraient être adressés à la Convention, centre du gouvernement, ou au Comité de salut public.

Ainsi l'on voudrait établir une sorte de division dans les esprits entre ce qui est présenté ici et ce qui est présenté à la Convention.

Ce qu'il y a de plus funeste, ce qui nous afflige, c'est que Ton

94 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2b avuil 1794]

assure qu'il y a des deux côtés des citoyens véritablement amis de la Révolution, (jui ont bien servi la chose publique ; ils devraient réserver ensemble leur colère, leur force et leurs armes contre les ennemis de la liberté, et contre l'aristocratie, et ils les tournent réciproquement contre eux-mêmes. Aujourd'hui persécutés, disent-ils, ils voudraient demain être persécuteurs. Ce sont des querelles particuhères, de petites passions, quelques points d'opinion qui ne tiennent pas aux principes, quelques affections pour tel ou tel individu, qui ont ainsi divisé les patriotes. Le Comité de salut public a donné pour instruction à Levasseur de secourir, de délivrer d'abord les patriotes opprimés (n'y en eût-il qu'un seul, ce qu'il souffre nous est insupportable) ; ensuite, de réunir les patriotes, afin que tous ensemble ils agissent contre nos ennemis, que Levasseur saura comprimer dans l'intérieur, pendant qu'ils seront foudroyés à l'extérieur par les soldats de la liberté.

[L'omleur so plaint que les citoyens qui ont parlé ici n'aient j»as commencé ])ar donner des éclaircissements à Levasseur, comme il les y avait invités lui-même. Il se plaint que les représentants en mission dans les Ardennes adressent leurs lettres à la Société par l'intermédiaire d'un « jeune orateur », qui avait promis de partir avec Levasseur et qui est resté à Paris. Ce fait excite la défiance de Collot d'ÏIcrbois. Il rappelle que la discussion relative aux all'aircs du Jura a été menée plus franchement, et s'est terminée à la satisfaction générale.

Un citoyen du département des Ardennes déclare que les patriotes de ce département ont écrit à Massieu pour l'inviter à venir les délivrer de l'opl)ression, mais qu'ils ne l'ont jamais excité contre son collègue. Ils lui ont écrit d'informer le Comité de salut public de tout ce qui se i)assait, cl ils ont donné la même commission à la députation qu'ils ont envoyée à Paris. L'orateur dit qu'il espère que les innocents seront bientôt remis en liberté.

Collot d'Herbois fait avouer au préopinant qu'il ne connaît pas ceux qui ont écrit à Massieu. Collot d'Herbois ajoute que Massieu combat l'opinion de ceux qui lui ont écrit, ce qu'il n'aurait i)as fait, s'ils lui avaient réellement donné le sage avis d'écrire au Comité de salut public.

Le citoyen des Ardennes dit que Delcole, ex-maire de Givct, et lui ont remis entre les mains de Carnot, membre du Comité de salut public, un mémoire qui j)rouve (juc le général dénoncé ' a servi dans les trou|)es de l'Autriche. Il déclare que, depuis qu'il est à Paris, il s'est borné à défendre les patriotes opprimés de son département. Il demande à être conduit au Comité de sûreté générale, afin que l'on s'assure qu'il dit la vérité. — La Société adopte la proposition de Collot d'Herbois, d'attendre, sans rien préjuger, les éclaircissements qui seront envoyés par Levasseur.]

Un secrétaire annonce qu'une députation de la Société de Sedan

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