‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 12 sur 187 · Ce général n'est pas autrement désigné · texte numérisé non relu

Ce général n'est pas autrement désigné

[2o AVRIL 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 95

demande à être introduite, et la Société délibère si, d'après l'arrêté qu'on vient de prendre, elle aura la parole.

CoLLOT d'Herbois. — Ce nouvel incident me fait connaître qu'il avait été projeté de nous faire employer cette séance dans des débats qui, sans rien éclaircir, pouvaient égarer l'opinion dans une discussion que chacun aurait animée de ses passions particulières. Je pense que tout ce qui aurait pu être dit doit être plutôt transmis à Levasseur, si cela est utile ; car c'est au succès de sa mission que ces renseignements sont nécessaires. Il faut que ceux qui veulent le bien les lui fassent arriver par la voie la plus courte, ou plutôt que les citoyens qui sont restés ici dépuis son départ, quoiqu'ils eussent promis de partir, aillent les lui donner. Ils sont fonctionnaires en grande partie, et, s'ils sont sincères, ils doivent chercher à aider le représentant du peuple dans ses travaux.

L'opinion de la Société doit être suffisamment éclairée sur le passé. Les dénonciations, imprudemment énoncées ici d'abord, ont été, j'en conviens, remises au Comité, mais sans preuves ; c'est ce que j'ai remarqué. Le jeune orateur qui a parlé a déclaré lui-même qu'il avait apporté les lettres de Massieu, et les membres de votre Comité m'assurent qu'il s'est fort échauffé, parce qu'on n'avait pas lu de nouvelles dénonciations qu'ils ont jugées devoir être portées avant tout au Comité de salut public, leur publicité sans preuves ne tendant qu'à mettre en souffrance l'opinion sur des hommes chargés d'opérations importantes. Le même orateur ne peut disconvenir que, sans avoir reconnu pour adjoint à sa mission le citoyen qui a dit dans une des séances dernières qu'il n'y avait que des bâtons pour défendre la frontière des Ârdennes, au moins ne l'a-t-îl pas démenti, ainsi que je l'y ai fortement invité, étant alors près de lui. Il persiste à rester ici pour y remettre à chaque séance sous vos yeux, au moyen d'une nouvelle lettre de Massieu, le tableau déchirant de représentants du peuple et de patriotes qui se font la guerre.

Eh bien, cette exaspération, qui l'écarté de ses devoirs comme militaire, est la preuve même que son patriotisme est égaré. Le nouveau représentant envoyé à Sedan, qui a la confiance du Comité de salut public et la vôtre, n'a-t-il point la sienne et celle de ses collègues ? Pourquoi ne parlent-ils pas, ayant tous des devoirs à rempUr? Pourquoi le citoyen Mogue, honoré de la confiance de ses concitoyens, qui l'ont nommé maire d'une commune du même département, est-il venu attiser cette querelle? Je me rappelle qu'au commencement de cette séance il vous a écrit pour des choses qu'il aurait bien pu vous dire étant présent. Mais tout cela était concerté;

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Moguc écrit chaque jour à la Commune ou aux autorités constituées pour des avis qui seraient plus utiles, portés directement où ils doivent rôlre.

Je le dis franchement, je ne vois là que l'envie de faire parler de soi. Il a des fonctions qu'il néglige, et pendant ce temps il se fait afficher avec faste et exclusivement propagateur des droits de l'homme; ce qui est une idée insignifiante, puisque cette propagation est innée dans les cœurs de tous les hommes qui ont le sentiment de leur dignité et de leur caractère ; sentiment dont l'investiture tient à la nature elle-même, et non à un propagateur d'office, car la nature ne se propage pas ; elle est créatrice, et on ne propage que les espèces de choses créées. Un pareil titre n'est qu'une vaine ostentation. De bons avis ne peuvent nous venir ici de l'amour-propre ni des passions aveugles. Voilà des vérités qu'on doit se dire avec courage les uns aux autres dans les Sociétés populaires. . .

Le citoyen Mogue se récrie fortement.

CoLLOT d'Herbois. — En m'interrompant avec violence, Mogue me force à m'expliquer entièrement sur son compte ; car autrement je passerais pour être moi-même passionné ou injuste. Le paraîtrai-je dans mes défiances, quand je dirai que celui qui fait i'oBjet de mes observations, et qui les repousse, est le même qui, s'étant continué le titre de commissaire du Comité de salut public, titre dont la révocation était publique, reçut de nous d'abord un avertissement à la fois sévère et fraternel de ne plus se l'arroger, et qui, méprisant cet avis, partit à l'instant pour se Fattribuer de nouveau et continuer d'exercer des pouvoirs illégitimes; qui, mis en arrestation en conséquence et amené au Comité, nous soutint en face, à Billaud-Varenne, Barère et moi, c'est-à-dire précisément à ceux qui lui avaient parlé la première fois, qu'il n'avait jamais reçu de nous aucun avertissement, pendant que sa conscience même faccusait, puisqu'elle l'avait averti de se munir en partant d'une mission secrète du Comité de sûreté générale; ce dont il n'aurait pas eu besoin, s'il eût été commissaire du Comité de salut public, ainsi qu'il avait continué d'en prendre le litre dans ses proclamations? Il devrait avoir fait des réflexions, à cet égard, d'autant plus sérieuses que l'indulgence du Comité de sûreté générale, auquel nous l'avions renvoyé, motivée sur quelques services qu'il a rendus, et que nous n'oublions jamais, devait l'avertir qu'il ne suffit pas d'être menaçant envers L'aristocratie, ce qui produit sans doute de bons effets ; qu'il no suffit pas d'être, comme il s'annonce, Fennemi des prêtres ; mais que, pour être vraiment terrible aux méchants, il faut qu'un patriote soit

constamment l'ami de la vérité, de la probité et de la justice, et qu'exemple vivant des mœurs austères, toutes ses actions doivent être irréprochables.

Oui, citoyens, je sens plus que jamais que j'ai eu raison de me défier de ce concert d'efforts médités pour jeter la confusion dans nos jugements sur ce qui se passe dans le département des Ardennes. Le premier vœu de nos cœurs est de secourir les patriotes qui souffrent; Levasseur l'accomplira : attendons des instructions dégagées de toutes préventions pour juger Roux et Massieu, qui, trompés tous les deux, peuvent avoir fait tous les deux de bonnes ou de mauvaises opérations. Que ceux qui ont été envoyés ici restent avec confiance auprès du représentant que le Comité de salut public a envoyé; ils n'ont rien à craindre, s'ils sont purs et irréprochables. Que les conflits des petites passions ne déshonorent pas la cause de la liberté ! Que les aristocrates ne jouissent pas des querelles des patriotes ! Qu'ils trouvent au contraire leur perte assurée dans la réunion des vrais républicains ! Vous ne rejetez aucun avis utile, mais vous le dirigez là où il peut l'être davantage. J'ai donc cru expliquer vos principes en faisant la première motion adoptée ; je crois les expliquer encore en demandant que toutes les explications ultérieures soient envoyées au Comité de salut public. Si les citoyens du département des Ardennes qui ont parlé à la tribune dans vos séances précédentes, et ceux qui ont été à la barre de la Convention, veulent y venir, je vais les y accompagner. (Adopté.)

Les réflexions de CoUot d'Herbois sont entendues avec des applaudissements unanimes et réitérés. La Société arrête en outre que les citoyens du département des Ardennes qui sont à Paris sont invités à retourner dans leur pays peur aider Levasseur de leurs conseils.

On passe au scrutin épuratoire : les citoyens Niel et Raveneau sont admis ; dans la dernière séance, les citoyens Gaugeau et de l'Épine l'avaient été.

[Dumas, envoyé a\ec Veau aux Invalides pour y prêcher la concorde, rend compte du succès de sa mission. — Collot d'Herbois demande que la Société continue la mission de ses commissaires, afin qu'ils puissent aller deux jours par décade achever leur œuvre de concorde aux Invalides. — Dumas annonce que les commissaires s'y rendront de deux jours l'un. — Collot d'Herbois les félicite et exprime le vœu qu'ils fassent, dans la prochaine séance, un rapport étendu sur le moral des Invalides.

Léonard Bourdon observe que, nommé commissaire avec deux autres

membres, pour parvenir à faire cesser la multitude d'abus et de vexations

dont se plaignaient les militaires invalides, et les abus surtout qui régnaient

dans les infirmeries, ils n'ont pas cessé de s'occuper de cette importante

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