DEBAT RELATIF AU CLUB DES JACOBINS
Convention nationale, séance du 20 brumaire an III (10 novembre 1794).
[Les violences exercées contre le club des Jacobins amenèrent à la Convention une discussion, que nous reproduisons d'après le Moniteur, réimpression, t. XXII, p. 473 et suivantes.]
DuiTEM. — Je ne m'occupe point des individus, je ne songe qu'à la
chose publique. On a dénoncé à la tribune plusieurs membres de cette assemblée comme complices des émigrés qui sont en Suisse ; on a même annoncé qu'il existait une correspondance ; c'est cette annonce qui a suscité le mouvement aristocratique d'hier. {On l'it et on murmure.) Comme il n'y a que les principes, que la vérité, qui doivent et qui puissent influencer la Convention, et non pas quelques individus, je demande pour mes collègues, et pour moi, qui suis accusé individuellement, que les Comités de gouvernement soient tenus de lire cette correspondance à la tribune, et je me réserve ensuite de les dénoncer au peuple français. S'il faut que nous périssions, nous périrons. [Applaudissements.) Assez et trop longtemps le gouvernement a été influencé par de petites cabales ; je les dénoncerai ; j'ai dans ma poche les signatures des scélérats qui étaient à la tête de la révolte d'hier, et qui sont venus nous assassiner. Vous verrez que tout se tient dans la contre-révolution : ce n'était pas aux individus réunis aux Jacobins qu'on en voulait, mais aux représentants du peuple qui s'y portent.
Quelques voix. — Oui, oui î [murmures).
DuDEM. — On a menacé, on a frappé sous les yeux des représentants qui étaient venus pour établir l'ordre ; et les individus qui se sont rendus coupables de cette faute ont été mis en liberté. Il faut que ceux qui, depuis cinq ans, n'ont pas varié sur la ligne révolutionnaire, que ceux qui, comme moi, n'ont rien à se reprocher, périssent aujourd'hui ou sauvent la patrie. [Applaudissements.) Il faut que le peuple sache apprécier ces libelles infernaux, protégés par l'apathie de ceux qui ont la force publique en main. Il faut que tout le monde soit à sa place. S'il y a des conspirateurs parmi les Jacobins, la liste est au département; que le gouvernement les saisisse, mais qu'il ne nous laisse pas assassiner.
Si au moins hier, lorsque nous étions entourés de blessés, de femmes, d'enfants assommés par les contre -révolutionnaires ; si, lorsque nous avons arrêté les assassins que nous avions pris en flagrant délit, les poches pleines de pierres, après avoir brisé nos portes et pris nos serrures, car ils ne perdaient pas la tête ; alors, si nous avions reçu du gouvernement un coup d'œil, je ne dis pas de protection, mais de compassion, nous aurions été contents.
Si les membres des Comités du gouvernement étaient venus nous visiter au milieu de ce bombardement, ils auraient vu des patriotes blessés, dont le cœur palpitait de joie à la nouvelle de la prise de Maëstricht et au cri de Vive la Convention! Ils auraient vu les assassins que nous avions arrêtés dans nos sorties (car nous faisions là des
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sorties comme dans une ville de guerre), ils auraient vu ces assassins protégés par les patriotes et couverts du bonnet de la liberté. Et voilà les hommes qu'une faction vendue à l'aristocratie, qu'un Tallien, un Fréron, Tallien surtout, que je dénoncerai, lorsqu'on aura lu les lettres, voudraient faire passer pour des contre - révolutionnaires ! Les troupes étaient à la gauche de notre salle, et les assassins à la droite. C'est aux représentants qu'ils en voulaient ; en venant du Palais-Royal, ils le disaient hautement, et moi-même j'en ai saisi un ; je l'ai remis entre les mains de la force armée, et on lui a rendu la liberté un instant après.
Bourdon (de l'Oise). — J'y étais, et je dirai aussi les faits. (Miirmiires de quelques tribunes ; Vindignalion de la Convention les apaise bientôt.)
Dl'uem. — Dis donc, dis donc !
lieubell s'élance à la tribune.
Clauzel. — Je demande que le président du Comité de sûreté générale rende compte de ce qui s'est passé cette nuit dans la séance des quatre Comités de salut pubUc, de sûreté générale, de législation et militaire réunis.
Du RoY. — Je demande la parole au nom de la Convention.
Clauzel. — A peine le Comité de sûreté générale... [Bruit.) Je veux vous rendre compte de ce qui s'est passé ; je dois avoir la parole.
Du Rov. — Je la demande contre le Comité de sûreté générale.
Clauzel, — Nous étions hier au Comité de sûreté générale, mes collègues Bourdon, Reverchon et moi, lorsque, sur les huit heures, on vint nous annoncer qu'il y avait un rassemblement aux Jacobins ; sur-le-champ nous convoquâmes les Comités militaire, de salut public et de législation. Nous nous réununes, et nous ordonnâmes à une force armée d'aller engager le peuple, au nom de la loi
Quelques voix. — Ce n'est pas le peuple
D'autres. — Si, si!
DuHEM. — C'est le peuple du Palais-Royal.
Bentabole. — Président, fais respecter la Convention.
Amar prend le fauteuil*.
Clauzel. — Pour engager, au nom de la loi, ces individus à se retirer. On a dit que les Comités de gouvernement ne s'étaient point occupés de ce rassemblement, et à peine furent-ils réunis qu'ils arrêtèrent que trois membres de chacun des Comités militaire, de
\. Jusqu'il ce momcnt-l.ï, la séance avait été présidée par Duval (de lAubes un des secrétaires.
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salut public et de sûreté générale, monteraient à cheval pour porter (les secours aux assiégés.
DuiiEM. — Oui, après deux heures de bombardement.
Clauzel. — Comme les quatre Comités sont encore réunis , je demande qu'ils viennent ici pour être présent au compte que rendra le président du Comité de sûreté générale. (Applaudissements .)
La proposition de Clauzel est adoptée.
Du RoY. — Absent de la Convention pendant près de dix-huit mois, je n'ai pu partager ses travaux et les services qu'elle a rendus à la chose publique que par ceux que j'ai rendus moi-même dans les départements et près des armées, et que je rapporte à la masse commune. Je n'ai pas été témoin des différentes intrigues, des différentes factions, des différentes cabales qui se sont succédé tour à tour. Je ne suis pas de la Société des Jacobins, parce que je pense qu'un représentant du peuple, qui est de la grande Société populaire, se doit tout entier à ses fonctions. {Applaudissernents.) Si les Jacobins ont fait du bien, ils ont aussi fait du mal, et je n'ai pas voulu en être, afin de me réserver la plénitude des fonctions que je tiens du peuple pour encourager le bien et réprimer le mal. I Applaudissements.)
Je suis monté à la tribune pour stipuler les intérêts, non d'une Société, non des intrigants du Palais-Royal, mais de la République entière. {Applaudissements.) Je dirai les faits qui sont à ma connaissance avec ingénuité et avec vérité.
Hier soir, je sortais, à huit heures, du Comité des secours publics, et je me retirais chez moi, lorsque je vis, près de la salle de la Convention, une femme éplorée, décoiffée, et dont la tête était tout en sang. Elle me dit qu'une foule de personnes venues du Palais-Royal avaient fait le siège des Jacobins. Je me rendis dans la rue Honoré, et j'examinai avec calme tout ce qui se passait. Je vis une trentaine d'hommes au plus qui considéraient attentivement les personnes qui sortaient des Jacobins, et les couvraient de boue et de huées ; je remarquai que les assaillants étaient tous des faquins du Palais- Royal, qui avaient quitté pour un instant le lieu de leur débauche pour troubler la tranquillité publique. Hs disaient à ceux qui sortaient : « Voilà pour t'apprendre à venir où tu n'as que faire. » Hs disaient aux femmes qu'elles ne devaient pas plus aller dans les tribunes des 'Jacobins que dans celles de la Convention, et que leur véritable place était dans leur ménage. {Vifs applaudissements.) Je vis des citoyens prendre de ces femmes sous le bras, pour
les soustraire à la fureur de ceux qui les maltraitaient J'entends
dire que c'est bien fait. {Bruit.)
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GuYOMAR. — Du Roy, point de perfidie, point de fausse inter|)rélation. Je demande que notre collègue répète ce qu'il a dit, et je me charge de te répondre. [Applaudissements.]
PÉRÈS. — Je vais m'expliquer, non pas pour Du Roy, que je ne crains pas, mais pour la Convention, mais pour moi. J'ai dit que ceux qui avaient pris des femmes pour leur sauver des coups avaient bien fait. [Applaudissements.)
Du RoY. — Je rencontrai un de mes collègues que je ne connais pas, et qui me dit que trois ou quatre coupe-jarrets avaient assommé un malheureux vieillard.
Une voix. — Du Roy, tu n'as peut-être pas mieux entendu que tout à l'heure.
Du RoY. — J'entendis des hommes crier : Vive la Convention! d'autres : Vive la République ! Les premiers répétaient : Vive la Convention ! les autres répétaient : Vive la Républir/ue !
Plusieurs voix. — Et d'autres encore criaient : Vive les Jacobins ! [Murmures.)
Du Rov. — Aux murmures que j'entends, je vois qu'on ne veut pas écouter la vérité ; cependant je la dirai tout entière. {Applaudissements.) Dans ce moment je vis des patrouilles qui passaient au milieu du tumulte sans l'empêcher.
Recker. — Il fallait, loi, leur ordonner d'arrêter ceux qui excitaient le tumulte.
Du RoY. — "Je conclus de tous ces faits que nous n'avons pas de police, pas de gouvernement. [Murmures.) Si nous avions eu une police et un gouvernement, les coupables auraient été arrêtés; on n'aurait pas permis qu'on couvrît de boue et qu'on fouettât des femmes. (// se fait du bruit dans mie partie de la salle.)
GuYOMAR. — Président, maintiens la parole à Du Roy ; je lui répondrai.
Du RoY. — Si la police avait fait son devoir, si nous avions eu un gouvernement, on n'aurait pas laissé si longtemps sous l'oppression des poignards des assassins du Palais-Royal des citoyens assemblés paisiblement pour discuter les intérêts de la patrie. [Eclats de rire.)
Plusieurs voix, — C'est ici que l'on discute les intérêts de la patrie.
Rentabole. — Il ne faut pas laisser tlotter plus longtemps l'opinion publique. ( Violents murmures d'une partie de rassemblée.) ie demande qu'on fasse le rapport. (Mêmes murmures.)
Lesage-Sénault. — Rentabole n'était pas hier à son poste ; il a eu peur, il s'est caché.
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Bextabole. — Je demande à répondre. Je n'ai su qu'en arrivant à la Convention ce qui s'était passé. {Murynures.) Je déclare qu'on m'a inculpé gratuitement ; je ne suis pas sorti hier de chez moi.
Du Roy. — Je vous ai présenté les faits sans passion. [On rit.) Depuis mon retour à la Convention, j'ai sérieusement examiné la situation où elle se trouve. J'ai remarqué qu'elle avait remporté une grande victoire sur une faction qui compromettait la liberté publique, mais j'ai remarqué aussi que d'autres factions avaient survécu i\ celle-là. Certains hommes, oubliant le respect qui est dû à la Convention et la hauteur où elle s'est élevée le 9 thermidor, ont voulu s'emparer des rênes du gouvernement et diriger l'opinion publique. Je suis convaincu qu'il s'est opéré une réaction dangereuse. J'ai été singulièrement étonné à mon retour de voir des gens qui, avant mon départ, vivaient républicainement, qui, comme nous marchaient à pied, étaler aujourd'hui un faste insolent et fréquenter les aristocrates. Xomme-lesî s'écrie-t-on de toutes parts.) i' a.i \i}... iNo7n7ne-les!) J'ai, vu... {i\omme-les !) Je prie ceu.K. qui ne se leconnaissent pas au tableau que je fais de me laisser continuer, {yornine-les! crie-t-on de nouveau. — On applaudit.) J'ai vu, ou plutôt j'ai appris que ces gens allaient chasser dans le parc du Raincy, qu'ils avaient des femmes
Baudin. — Et ceux qui vont à Clichy, tu ne les nommes pas! Ils ont des femmes aussi ; en veux-tu la liste ? Les voilà I [En montrant une des extrémités de la salle. — On applaudit.)
Du RoY. — J'ai vu des hommes qui, dans des temps plus affreux, faisaient voiturer au supplice des charretées de malheureux, venir ici prêcher l'humanité. [Bruit.) J'ai vu...
Clauzkl. — IS'avilis pas la représentation nationale.
Du Roy. — La représentation n'est pour rien dans tous ces reproches.
Plusieurs voix. — Tu ne nommes personne ; cela pèse sur tous.
Cambacéri's entre dans la salie; la grande majorité de l'assemblée le presse de prendre le. fauteuil à la place AWmar ; il monte au milieu des plus vifs applaudissements.
Du Roy. — Je dirai la vérité quand vous aurez le courage de l'entendre. {Bruit.) J'ai vu le modérantisme se relever. Qu'est-il arrivé de là? qu'à force de crier après les patriotes, de les accoler injustement à des hommes qui devaient être proscrits, on a incarcéré les patriotes et rendu les aristocrates à la liberté. [Applaudissements. — Murmures.) Il est arrivé de là que, rarislocralie prenant le dessus dans les départements et les Sociétés populaires, on vous a fait des
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adresses qui se ressentaient de l'esprit de modérantisme. {On rit.) Quand il y aura un Comité de sûreté générale qui veuille entendre la vérité, je lui déposerai des pièces qui prouveront ce que je dis.
Vous avez entendu des vérités : eh bien, des hommes corrompus ont écrit dans les départements et mendié des suffrages...
Plusieurs voix. — Qui, qui?
Du Roy. — On fait fermenter les passions ; je déclare que je verserai mon sang avec la représentation nationale. [Applaudissements .) Je ne parle pas pour ceux qui ne cherchent qu'à mendier des applaudissements, mais pour sauver mon pays, s'il est possible, pour empêcher l'aristocratie de nous présenter un roi d'ici à quinze jours. (Murmures.) L'aristocratie a fait hier un essai. {Applaudissements. — Murmures.) Je sais que vous serez encore là comme dans la nuit du 9 thermidor. {Oui, oui ! s^écrie-t-on de toutes parts.)
Souvenez-vous que nous ne faisons pas de petites erreurs, que la moindre faute que nous commettons peut coûter la vie à des milliers de citoyens. Tant que vous ne tiendrez pas sur l'aristocratie une main compressive, elle se relèvera. Je sais bien qu'en disant ces vérités j'ai excité les passions de certaines personnes qui se sont reconnues aux tableaux que j'ai faits {applaudissements) ; mais ce n'est pas à ceux-là que je parle ; c'est aux députés purs qui ont voté la mort du tyran. [Violents mwmures. — Un grand nombre de ynembres demandent vivement que Du Boy soit rappelé à Vordre.) Je parle à ces députés purs, qui, convaincus que le tyran était coupable de tous les crimes qu'on lui reprochait, ont cru ... {On demande de nouveau que Du Roy soit rappelé à l'ordre.)
Plusieurs voix. — Le rapport du Comité !
D'autres. — Laissez dire Du Roy.
Du Roy. — Nous ne nous entendrons jamais toutes les fois qu'on n'entendra qu'une partie d'un discours sans en entendre la fin. Je parle aux députés qui, après avoir déclaré le tyran convaincu de ses crimes, ont cru qu'il n'était pas de l'intérêt de la patrie de le condamner à mort ; je les estime cent fois plus que ceux qui n'ont fait périr le tyran que pour en mettre un autre à sa place.
Plusieurs voix. — Nous ne voulons pas de ton estime.
Du Roy. — A'oilà mon opinion sur la marche de la Convention. De tout ce que j'ai dit, je conclus que vous n'avez pas de Comité de gouvernement chargé de la sûreté générale qui ait bien rempli vos intentions. Je demande qu'à cette séance, et par appel nominal, on renouvelle le Comité de sûreté générale. {Quelques applaudissements . — Violents murmures.)
Glauzel. — Je demande que Reubell, qui présidait hier les quatre Comités réunis, rende compte des délibérations qui ont été prises,
La parole est accordée à Reubell.
Reubell. — Citoyens, hier la séance du Comité de sûreté générale s'était prolongée jusqu'à cinq heures ; mais au premier avis du trouble qui se manifestait, les membres se réunirent, et à huit heures tous étaient à leur poste. Ce n'est pas moi que les quatre Comités ont choisi pour être leur organe ; ce ne sera donc pas un rapport que je vais vous faire, mais simplement un récit des faits, et le résumé des opinions qui ont été émises dans les Comités, lorsque je présidais.
Un membre de cette Assemblée a dit aux Jacobins que les partis étaient en présence. Je crois qu'il s'est trompé; il n'y a qu'un parti en France, celui qui veut sauver la République. (Vifs applaudissements. — Oui, oui! s'écrie-t-on de toutes parts.) Comme il n'y a qu'un parti, il ne doit y avoir qu'un seul cri de ralliement, et ce cri de ralliement doit être : Vive le peuple ! Vive la République ! Vive la Convention nationale! {On applaudit.) Tout autre cri qui servirait de ralliement à une faction n'est qu'un cri de révolte, un cri de guerre civile. C'est d'après ce principe que vos Comités se sont conduits : vous allez les juger.
Les yeux les moins exercés à la tactique des factions devraient s'apercevoir que ce qui se passe en ce moment n'est qu'une suite et une conséquence de ce qui a lieu depuis quinze mois. Avez-vous donc oublié que le but des hommes qui sont venus ici commander à la Convention, et lui faire des demandes qui ont conduit plusieurs de ses membres à l'échafaud, était d'avilir la représentation nationale, pour être les dominateurs de la France ? Ce fait existe.
DuiiEM. — C'est au Palais-Royal qu'on avilit la Convention nationale.
Reuuell. — Oui, Je suis sur la brèche ; ma vie est à la patrie ; je l'ullre; mais avant de la perdre j'aurai le courage de dire toute la vérité, {Vifs applaudissements.) Où la tyrannie s'est-elle organisée? i)ù a-t-elle eu ses suppôts, ses satellites? C'est aux Jacobins, Qui a couvert la France de deuil, porté le désespoir dans les familles, peuplé la République de bastilles, rendu le régime républicain si odieux (ju'un esclave courbé sous le poids de ses fers eût refusé d'y vivre? les Jacobins. ( Vifs applaudissements.) Qui regrette le régime affreux sous lequel nous avons vécu? les Jacobins. Si vous n'avez pas le courage de vous prononcer en ce moment, il n'y a plus de République, parce que vous aurez des Jacobins, {.\ouveaux applaudissements.)
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Gaston. — Je déclare pour le salut de la République... {Grand bruit.)
Plusieurs voix. — La parole est à Reubell.
Heubell. — Sans doute il est des aristocrates ; mais que chacun de nous descende dans sa conscience, qu'il jette un coup d'œil sur l'intérieur de la République ; il verra que ceux qui dans les départements sont les patriotes les plus exagérés étaient aristocrates au commencement de la Révolution. [On applaudit.) Etaient-ce les aristocrates, à la manière de certaines gens, qui dans la nuit du 9 au \0 thermidor conspiraient contre la République? Etaient-ce les aristocrates qui, dans cette nuit célèbre, remplissaient les tribunes des Jacobins et de la commune rebelle? Etaient-ce les aristocrates qui voulaient assassiner la représentation nationale? Etaient-ce les aristocrates qui voulaient dominer pour se gorger d'or? Non, c'étaient les Jacobins ! [On applaudit.)
Pouvez-vous dissimuler, sans passer pour des lâches, que le système qui existait aux Jacobins avant le 9 thermidor ne soit le même que l'on suit maintenant? Quel est le Jacobin rebelle qui soit tombé sous le glaive de la loi depuis le 9 thermidor, si ce n'est le vice-président ? S'il y avait un président aux Jacobins dans la nuit du 9 au 10 thermidor, il y avait aussi une assemblée : pourquoi avoir puni l'un et fait grâce aux autres? Quelles sont maintenant les tribunes des Jacobins? les mômes du 9 thermidor : elles sont composées de Furies de guillotine [on applaudit), qui ne font d'autres métiers que de les remplir, et de venir assiéger celles de la Convention nationale. [On applaudit.) Souffrir que de misérables factions se mettent au-dessus de la Convention nationale, quelle honte pour nous !
Depuis quelque temps, des gens soudoyés par la faction se mêlaient aux groupes, et affectaient de se mettre en opposition avec la Convention nationale' pour sonder l'opinion publique. Le premier jour, ce petit manège leur a réussi ; mais le second jour, le peuple avait ouvert les yeux, et les battants ont été battus. [On rit.) Alors, grand bruit ; ils ont dit que tout était perdu, parce que des Jacobins avaient reçu quelques coups de bâton. [On rit et on applaudit .) Ce qu'on faisait il y a quelques muis se répète aujourd'hui : des gens sans aveu se mêlent dans les groupes, et, je ne sais pourquoi, crient les uns : Vivent les Jacobins ! et les autres : Vive la Convention !
DuiiEM. — C'est faux ! [Bruit.)
Plusieurs membres. — C'est vrai ' T
1. Ici finit, dans le Moniteur du 22 Inuiiiaire, le compte rendu de la première partie de cette séance de la Convention du 20 brumaire. Kn en donnant la suite.
***. — Les pièces déposées au Comité prouveront que plusieurs Jacobins ont été assassinés au Palais-Royal.
Reubell. — Hier, on nous amena au Comité de sûreté générale cinq individus. Après les avoir entendus, il en est résulté que dans les groupes on avait maltraité des gens qui criaient : Vive la Convention nationale! {Des murmures s'élèvent dans une partie de la salle; plusieurs membres démentent le fait, d'autres Vattestent.)
DuuEM. — lis avaient été arrêtés le poignard à la main. Reubell ment au peuple français.
Pons (de Verdun). — Ce que dit Reubell est faux.
Reubell. — J'observe à mon collègue Pons, qui me donne un démenti, que le fait dont je parle s'est passé hier matin, et qu'il n'était pas au Comité.
DuQUESNOY. — Les prétendus Jacobins dont parle Reubell sont du Palais-Royal; ils crient: Vivent les Jacobins l pour les faire exterminer.
RuAMPS. — Il y a plusieurs assassinats de commis.
Plusieurs membres. — Tu n'as pas la parole. [Bruit.)
Rlami'S. — Je demanderai la parole jusqu'à ce que l'on me tue; j'en ai vu qui voulaient nous égorger. [Grand bruit.)
Duhem et 7?«fl?n/îs parlent dans le tumulte.
Lesage-Sénault. — Je demande que Laignelot^ rapporteur des Comités, ait la parole.
Clauzel. — Laignelot avait été nommé rapporteur par les Comités, mais une incommodité l'a empêché de se préparer. Les Comités ont été inculpés; la Convention a décrété que Reubell, qui les présidait, rendrait compte de ce qui s'était passé ; je demande qu'elle fasse respecter son décret. [On applaudit .)
Lesage-Sénault. — Je demande la parole pour un fait.
Plusieuiis voix. — Quand Reubell aura fini.
CiouiMLLKAU (de Fonlenay). — Je demande, par motion d'ordre, que Reubell soit entendu dans le silence. A la fin de celle discussion, il se trouvera des hommes qui, mettant de côté les passions et les individus, parleront pour les principes et en faveur de la chose publique.
ÏUUHIOT. — On n*a point chargé Reubell de dire les diatribes qu'il vient de débiter. {Humeurs.)
Plusieurs membres. — Président, maintenez la parole à Reubell.
Heubell. — Il me semble qu'on oublie que j'ai la parole par décret, et que je ne fuis que rendre compte de ce que j'ai vu, sans y rien
•l.ins son numéro du 23, le Moniteur, au titre de cotte suite, indique pour président Lcffendre, et non plus (^nibacérés.