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Tome VI

658 SOCIÉTÉ DES JACOBINS |10 novkmiihk 1704]

ajouter. J'adjure TImriot de déclarer si j'ai proféré une parole qui n'ail été dite au Comité.

Billaud-Varknne. — On n'a point dit à rassemblée.. . . {Murmures.) Je demande la parole pour un fait.

Heubell. — Ces interruptions doivent faire voir clair à tout le monde. [Oui, oui! s^écrient plusieurs membres.)

Laloi. — Président, demande à l'Assemblée la force nécessaire pour faire respecter ses décrets.

***. — Ce tumulte prouve que les Jacobins influencent la Convention. {Quelques applaudissements . — Murmures.)

Reurell. — 11 est évident qu'en m'interrompant sans cesse on me fait perdre le (il de mes idées et la suite des faits que j'avais à révéler à la Convention.

Je disais donc qu'étant au Comité de sûreté générale, à trois heures, on y amena plusieurs individus : les uns se plaignirent d'avoir été maltraités parce qu'ils avaient soutenu la Convention nationale. {Murmures dans une partie de la salle. — Plusieurs membres attestent le fait.) Parmi ces individus était une femme qui mérite votre intérêt, parce que vous avez décrété quellea bien mérité de la patrie ; elle se plaignait aussi d'avoir été maltraitée pour avoir crié : Vive la Convention ! D'autres, au contraire, portaient des plaintes de ce qu'on les avait insultés en criant : Vivent les Jacobins ! Tous le voyez, citoyens, les deux partis se trouvaient réunis au Comité. II est résulté de leur interrogatoire que des personnes rassemblées dans la cour des Tuilcricis criaient, les unes : Vivent les Jacobins ! les autres : Vive la Convention nationale ! et que, toutes les fois que ceux-ci faisaient entendre ce cri, si cher aux Français, on leur répondait par un cri de faction. Quel était cet homme qui criait si fort : Viveyit les Jacobins ? V\\ domestique qui depuis quatre jours était sans place. Nous l'avons arrêté, parce qu'il était sans aveu, et nous avons renvoyé les autres quoiqu'ils eussent proféré le même cri.

J'ai été chargé par le Comité d'expliquer les principes qui le dirigeaient; je vais vous les soumettre, parce que vous jugerez s'ils sont mauvais et si le Comité mérite d'être renouvelé. Les voici.

Citoyens, le Comité m'a charge de vous faire connaître les principes qu'il professo : il ne peut y avoir qu'un seul cri de ralliement pour tous les Français, et ce cri doit être : Vive le peuple! vive la République! vive la Convention nationale ! parce que dans ce cri se trouvent réunis la souveraineté et le gouvernement; les autres cris pourraient être interprétés à mal, et [)ourraient servir de ralliement aux factions et aux haines. Défiez-vous de l'exagération de part et d'autre,

et retournez chez vous en bons citoyens. Voilà ce que je leur ai dit de la part du Comité ; ces principes sont-ils mauvais ?( V7/s applaudissements.)

Pons (de Verdun). — Citoyens, j'étais dans l'erreur; mon collègue parle de ce qui s'est passé le matin, et moi, je parlais de la nuit.

Reubell. — Comme il s'agit principalement de justifier en ce moment la conduite du Comité de sûreté générale, je dois ajouter qu'avant cette scène le Comité, voulant assurer la tranquillité publique, m'avait député au Comité militaire avec un autre de mes collègues, pour l'engager à renforcer le poste de la Convention ; j'annonce aux malveillants que les mesures ont été tellement prises, qu'il n'y a rien à craindre.

Hier soir, à huit heures, plusieurs membres du Comité de sûreté générale s'étaient déjà rendus à leur poste, lorsqu'on vint avertir le Comité du trouble qui se manifestait. Et ici, citoyens, je vais vous rendre compte des faits tels qu'ils ont été rapportés au Comité. On nous avait annoncé qu'un groupe très nombreux s'était porté aux , Jacobins; heureusement qu'un de nos collègues vint nous rassurer sur la force de ce groupe, en disant, ce que nous ignorions à l'Assemblée, que les Jacobins n'avaient été assiégés que par une trentaine d'individus. [On rit dans une partie de rassemblée.)

J'avoue que le rapport fait au Comité de sûreté générale annonçait un groupe considérable. .\ l'instant même où nous apprîmes cet événement, nous convoquâmes les Comités de salut public, de législation et militaire, afin d'aviser aux mesures à prendre; et aussitôt des patrouilles nombreuses se portèrent au lieu du rassemblement, ayant à leur tête deux membres de chaque Comité. Ce qui nous a déterminés à nous porter nous-mêmes sur le lieu de la scène, c'est qu'on nous avait dit que la vie de plusieurs de nos collègues était en danger. Barras nous représenta que ce n'était pas le moment de délibérer, qu'il fallait d'abord délivrer nos collègues qui se trouvaient au milieu des Jacobins, parmi cette tourbe de factieux, et les ramener dans notre sein. {On applaudit.) Le rapport que nous firent nos collègues nous rassura sur la suite de cet événement; il portait que plusieurs citoyens étaient allés aux Jacobins, eu avaient voulu enfoncer les portes, mais quils se retirèrent paisiblement à la voix des représentants du peuple. Ce rassemblement, suivant un autre rapport, a commencé au Palais-Hoyal, où plusieurs individus criaient : Vivent les Jacobins! à bas la Convention nationale f le peuple indigné les poursuivit, et... ( Violents murmures d'une partie de VA'isemb'.ce.)

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DuHEM. — Combien as-tu payé ceux qui t'ont fait ce rapport, Reuh(i\l? {Jlutnews.)

Reuhell. — Je (lis les faits tels qu'ils ont été rapportés aux Comités, et je prie mes collègues de me relever si je me trompe ; car il est i)ossible qu'un homme qui a passé trois nuits ait la mémoire moins fraîche que ceux qui reposent toutes les nuits. Je disais donc que ce cri avait attiré sur eux d'autres citoyens, qui les poursuivirent jusqu'aux Jacobins. Un d^ nos collègues, digne de foi, a rapporté que ces scènes s'étaient renouvelées aux Tuileries, où il avait reconnu trois membres delà Société des Jacobins qui criaient : Vivent les Jacobins! et qui tenaient des propos capables d'occasionner une émeute, [Murmures d'une partie de l'Assemblée.) Il parait qu'on s'était concerté.

Le fait rapporté aux Comités réunis a donné lieu à une discussion très bien motivée; je ne puis rapporter ici toutes les opinions qui ont été émises ; je me contenterai de vous soumettre le résultat de celles de Laignelot, Barras, Bourdon (de l'Oise), Delmas et Bréard, (jui ont très bien parlé.

Plusieurs membres. — ïhuriot, Prieur et Cambacérès ont aussi parlé; tu ne parles pas d'eux.

Reubell, — Il est vrai que je dois une réparation à Tburiot, car il a parlé souvent et longuement; je devais m'en soiwenir. (IUrcs et murmures.)

TiiURiOT. — J'avoue que Reubell ne voulait pas qu'on parlât quand on n'était pas de son avis. [Murmures.)

Rl'amps parle dans le tumulte.

Reubell. — Je n'ai jamais comprimé l'opinion de personne; dans la discussion qui a eu lieu aux Comités, tout le monde a parlé, et à six heures du matin, au moment où on allait prendre tme délibération, on nous amena plusieurs individus qui avaient été arrêtés. On demanda qu'ils fussent entendus avant de rien statuer, leur déposition poiivantjeter de grandes Itimières sur la question que l'on .-igitait; ces individus furent conduits au Comité de sûreté générale, où on les interrogea.

Il est résulté de l'interrogatoire de ces citoyens un fait certain : c'est que des pierres ont été jetées dans les croisées de la salle des Jacobins, que les groupes ont été dispersés par la force armée, et que ce n'est qu'après leur dispersion que les Jacobins ont fait des sorties et ont maltraité quelques individus qui se trouvaient dans les cours et qui s'en retournaient paisiblement chez eux. [On rit et on applaudit.)

RuAMPS. — Ce rapport tend à l'assassinat des patriotes. [Bruit dans une partie de l'Assemblée.)

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DuiiEM. — Ce rapport a été dicté à Reubell par ses amis Fréron et Tallien ; ils ont oublié les coups de pistolet qu'on a tirés sur nous, et les poignards qu'on a saisis sur les prisonniers.

Laignelot. — Président, fais cesser ces personnalités. Sommesnous les représentants d'un grand peuple ? Délibérons-nous en ce moment? Je demande que tout le monde s'explique avec caractère et dignité.

Reubell. — On ne veut pas faire attention que je rapporte les déclarations de ces individus. Ce qu'ils ont dit est-il vrai? je n'en sais rien ; ils ont dit qu'il n'y avait plus de groupes, qu'ils s'en retournaient chez eux, lorsqu'ils furent assaillis de coups de bâton, et en effet ils étaient tout ensanglantés; qu'ils ont été poussés dans la Société des Jacobins succombant sous les coups qui leur étaient portés. Parmi eux était un enfant de quinze ans, qu'on avait trailé d'aristocrate et de contre-révolutionnaire, parce qu'il avait un sabre. Cet enfant des- (!endait sa garde ; son billet nous l'a attesté. Il nous a déclaré qu'étant entré dans la Société des Jacobins, plusieurs membres tirèrent de leurs poches des cordes pour l'attacher, ainsi que les autres cito3'ens qu'ils avaient arrêtés. [Mouvements d" indignation.) Ils ont été ainsi conduits chez le commissaire de police, qui, ne sachant qu'en faire, les a renvoyés au Comité de sûreté générale. Après les avoir interrogés séparément, le Comité a renvoyé les blessés chez eux pour se faire panser, et, personne ne venant déposer contre les autres, ils ont été également rendus à la liberté. (Applaudissements.)

Après avoir entendu ces individus, les Comités reprirent leurs délibérations; le résultat ne fut pas de détruire les Sociétés populaires, comme voudraient le faire croire plusieurs personnes ; mais on a observé que, parmi les Jacobins, il y avait encore des hommes du 9 thermidor, et que, si nous ne voulions pas voir élever autorité contre autorité, les séances de cette Société devaient être suspendues pendant quelque temps. (Applaudissements.)

J'espère qu'après que les opinions auront été émises, et qu'on aura entendu la lecture des pièces qui sont au Comité, ceux qui veulent sincèrement le bonheur de leur patrie se joindront à l'avis des Comités, qui n'a eu contre lui que quatre voi.\. (On applaudit.)

Mais en même temps que vous prendrez cette mesure pour assurer la tranquillité des citoyens, il faut que la représentation nationale soit respectée; il ne faut pas qu'en sortant de chez lui, le matin, un représentant du peuple entende crier dans les rues des diffamations contre lui, et c'est l'objet du second article du projet de décret que les Comités doivent vous présenter. (On applaudit.) Nous avons été presque una-

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nimement convaincus que ceux qui difTamaient la Convention nationale, en totalité ou dans la personne de quelques-uns de ses membres, et que ceux qui sans cesse s'injuriaient, travaillaient Tun et Tautre pour la tyrannie, et Thuriot a parfaitement parlé sur cette matière. {On applaudit.)

Voilà les détails que la Convention a désiré connaître. Je vais maintenant lui faire lecture des deux articles du projet de décret arrêté par les Comités. C'est à ceux de mes collègues qui les ont appuyés à faire sentir, en ce moment, la nécessité de leur adoption ; pour moi je les regarde comme devant seuls sauver la chose publique ; les voici :

« Les séances des Jacobins seront suspendues jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.

« Les Comités de législation, de salut public et de sûreté générale, présenteront incessamment un projet de loi contre les calomniateurs, » {On applaudit.)

On demande à aller aux voix sur ces propositions.

Camboulas. — Il est échappé un fait à Reubell. Je demande que l'on communique à la Convention la correspondance du comité d'émigrés, en Suisse.

Clauzel. — Je demande que le Comité de salut public en donne connaissance. [Vifs applaudissements.)

Letourneur (de la Manche). — Il appartient à l'un des membres qui ont été chargés, par les quatre Comités^ de se rendre sur les lieux, de rendre compte de ce qui s'itst passé. [Oui, oui! s'écrie-t-on.) Je ne viens point exciter les passions, je viens dire la vérité.

On a prétendu que les Comités s'étaient mal comportés ; il importe que la Convention soit instruite des mesures qu'ils ont prises ; il importe que les braves Parisiens sachent que le Comité militaire ne les dirige que par un esprit de bien public. [Applaudissements.) Dès hier, après midi, le Comité militaire avait été instruit par celui de sûreté générale de la nécessité de doubler le poste de la Convention, et de commander des réserves pour les jours suivants; toutes ces mesures furent prises. Le soir, le Comité étant assemblé, on vint lui annoncer qu'il se formait un rassemblement autour des Jacobins : trois membres de chacun des Comités y allèrent. Partout nous entendîmes crier: Vive la Convention! partout nous ne vîmes que de bonnes intentions, partout les citoyens s'éloignèrent à notre voix. Il y avait autour des Jacobins environ soixante j^ersonnes, qui paraissaient très échauffées, et qui criaient : A bas les Jacobins ! Nous leur représentâmes que c'était là un cri de faction ; que, s'ils avaient quelque tort à reprocher aux Jacobins, il fallait qu'ils s'en plaignissent à la Conven-

tion. Cet attroupement se dissipa à l'instant ; nous eûmes le même succès dans la rue Honoré. Pendant tout le temps que nous fûmes là, aucun citoyen ne fut frappé ; tous prêtèrent le plus grand silence. Nous ne savons pas ce qui s'est passé dans l'intérieur. Une députation des Jacobins vint cependant nous prier d'entrer dans leur sein ; nous y serions entrés, car nous aimons les Sociétés populaires, mais cette démarche eût été au moins indiscrète; car, pendant que nous aurions été dedans, les troubles auraient pu recommencer au dehors, et nous aurions exposé la représentation nationale à être attaquée dans nos personnes.

Le seul événement qui se soit passé en notre présence est du fait de Duhem, qui sortit des Jacobins, saisit un individu et le fit entrer dans la salle. Je ne sais ce qui avait provoqué cette action, mais je la vis avec peine, car elle pouvait servir de nouveau stimulant aux assaillants, qui voulaient à toute force avoir leurs camarades arrêtés. Voilà ce que les Comités ont fait ; je crois qu'ils ont rempli leur devoir. {Oui, oui! s'écrie-t-on. — Vifs applaudissements.)

DuiiEM. — Je dois rendre les faits tels qu'ils se sont passés. Il y avait deux heures que nous étions assiégés [Tu étais dehors ! lui crie-t-on), lorsque nous apprîmes que la police était faite au dehors par des représentants du peuple ; nous leur envoyâmes une députation. Voyant que cette députation, ne rentrait pas, je sortis ; je vis Bourdon (de l'Oise) et d'autres de mes collègues qui tâchaient de calmer les insurgés. {On rit.) J'étais placé au milieu des chevaux de mes collègues, et j'entendis dire très distinctement derrière moi par un des assassins qui nous ont assassinés... [On nV.) Si cela vous plaît mieux, je dirai des honnêtes gens. J'entends dire : « Voilà Duhem ; c'est un buveur de sang. » [Applaudissements. — Murmures .)

Lesage-Sénault. — Assez et trop longtemps... {Plusieurs membres s'élèvent contre une tribune qu'ils désignent.)

Le Président. — L'ordre est donné de faire vider la tribune, et de faire respecter la Convention nationale.

Prieur (de la Marne). — Je demande la parole. Ce n'est pas des tribunes ni de la tribune que nous avons à nous plaindre, mais d'un point intermédiaire qui se trouve entre celte tribune et celle de là-bas. 11 est bien douloureux pour des hommes sages, probes, fermes, qui font tout leur possible pour se neutraliser au milieu des passions, de voir à quel point l'on profite de toutes les circonstances pour animer les esprits. {Applaudissements. — Murmures.) ie ne fais aucune proposition mais j'invite tous les citoyens qui entourent la Convention à imiter Je calme qu'elle présente.

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DuHEM. — En entendant ces expressions et l'agitation sourde qui régnait autour de moi, je me retournai du côté de celui qui avait tenu ce propos, et je lui dis à voix basse : « Me voilà; que me veux-tu? — Tiens ! buveur de sang, en voilà ; bois-en ! » Il me mettait le poing sous le nez. Je le saisis ; un de mes collègues me le demanda. Je ne voulus le remettre qu'à la force armée ; je ne voulus de même remettre un assassin que j'avais pris à la porte de notre salle qu'à la force armée ; quoique mon collègue Carnot me le demandât ; car il faut que vous sachiez qu'on a brisé nos portes, et qu'on est venu contre nous avec des pistolets et des poignards. Je remis ces hommes à un officier de garde, qui me parut un excellent citoyen, et qui conserva la plus grande sagesse. Il me dit qu'il avait l'ordre verbal de conduire ces hommes au corps de garde de la section ; mais il m'observa que son escouade n'était pas assez forte, et que les brigands qu'on avait pris pourraient bien être dégagés par les groupes qui se trouvaient sur les derrières. Ensuite, un commandant prit ces individus, qu'il conduisit au corps de garde ; mais il est certain qu'on ne voulait pas seulement trahier les femmes dans la boue, mais avoir les têtes des représentants du peuple. [Murmures.') Au reste, les applaudissements indécents, je dirai même atroces, qui sont partis de cette petite tribune, où il y a constamment des contre-révolutionnaires, prouvent les intentions des assassins qui se sont présentés à nos portes, le poignard à la main. Ma tète ne tient à rien pour sauver le peuple ; mais je défie les scélérats qui attaquent la représentation nationale et les Jacobins [murmures), qui n'attaquent les Sociétés populaii'es que parce qu'elles sont garanties par la Déclaration des droits de l'homme, que parce qu'elles sont l'avant-garde de la Convention ; je défie les hommes méprisables qui, tous les jours, colportent des listes de proscription contre leurs collègues, je les défie de ternir la réputation des vrais patriotes. [Applaudissements .) Oui, ce n'est pas pour ces individus que je parle, c'est pour le maintien de la Déclaration des droits.

On a dit que les Jacobins n'avaient pas été épurés ; mais la liste des membres de cette Société est entre les mains de l'autorité publique : qu'on arrête ceux qui sont coupables, mais qu'on ne fasse pas le procès aux Sociétés populaires. Ce ne sera pas en venant poignarder les citoyens paisibles... [On rit.)

Billaud-Yarennu. — Vous riez des massacres !

DuiiiiM. — Ce n'est pas le poignard à la main, les poches pleines de pierres [on rit), en brisant les portes, les fenêtres, en assommant les femmes et les enfants dans l'intérieur de la salle...

Une voix. — Et ce que vous avez fait dans la Vendée?

DuHEM. — Ce n'est pas en venant achever la mutilation de nos camarades de la Société (car il y en a qui ont perdu des bras et des jambes à la défense de la patrie, et ils se croyaient au milieu des Prussiens et des Autrichiens), ce n'est point ainsi qu'on demande l'exécution de la loi ; ce n'est pas le tout de crier : Vive la Convention! lorsqu'on viole les principes, lorsqu'on outrage tous les droits du peuple. Et nous aussi nous n'avons eu qu'un cri, celui de Vive la Convention I et Prieur (de la 3Iarne) est venu dans notre salle, à travers les pierres et les couteaux. Ceux qui demandent la proscription des citoyens ne veulent pas la paix, mais la guerre civile, (Applaudissements.) Une des grandes causes de cet assassinat public est le décret rendu hier. C'est de la rue Yivienne, c'est du Palais-Royal, c'est de ce centre de corruption qu'est parti cet attroupement. {Applaudissements.) Depuis quatre jours on n'entendait parler que de l'extermination des Jacobins, et, à la délivrance du charbon, on a écrasé de malheureuses femmes qui parlaient pour eux ; on les a jetées dans la rivière. [Quelques murmures.)

Billaud-A'arexne. — Le désordre a été tel qu'on n'a pas pu délivrer de charbon.

DuiiEM. — C'est le décret rendu le matin sur les finances, qui a déjoué l'agiotage de la rue Vivienne, qui a déjoué tous les intrigants de Genève qui ont pactisé avec Pilt. (Applaudissements.) Si je voulais me traîner dans des libelles comme tant d'autres écrivains, je dirais que tout cela a été combiné dans les boudoirs de madame Cabarrus, dont le père a établi la banque de Saint-Charles et voudrait régir nos finances, et qui fait attaquer les meilleurs patriotes par Tallien.

Je demande que la Convention entende tout, qu'elle nous laisse tous parler, et, s'il faut mourir pour le peuple, nous mourrons. [Applaudissements.) Nous demandons aussi la lecture des fameuses lettres de la Suisse, et l'on verra que ce n'est point nous qui entretenons des correspondances avec les émigrés.

PÉRÈS. — Je vais dire des vérités ; je ne divaguerai pas, et je n'userai pas de la parole aussi longuement que Duhem pour rappeler les faits étrangers. Je réponds à Du Roy. J'ai entendu dire dans des groupes précisément ce que nous a rapporté Du Roy : on y disait que les Comités de gouvernement ne valaient rien, et qu'il fallait les renouveler. Un citoyen ayant exprimé qu'il avait quelque confiance en Bourdon (de l'Oise), on lui répliqua qu'il avait avili les Sociétés populaires. J'ai entendu dire encore : « Comment voulez-vous que le gouvernement aille, puisque la police est confiée au Comité de sûreté générale, en qui nous n'avons pas confiance? Il faut y mettre

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(les Montagnards bien prononcés. (Z^es rumeurs et quelques éclats de rire partent d'une partie de l' Assemblée.)

Baudin. — Oui, des Amar, des VouUand et des Vadier.

Une autre voix. — Carrier !

Pékès. — Un particulier ayant dit qu'on avilissait mal à propos le gouvernement, on lui répondit que les patriotes étaient incarcérés, que les aristocrates étaient élargis, et l'on insista sur le renouvellement des Comités. On dit : Nous serons appuyés fortement, car toutes les tribunes de demain seront pour la motion. {Mêmes murmures.)

Du RoY. — Je n'ai été dans aucun groupe.

Pérès. — J'ai entendu un autre citoyen, qui paraissait très écbaufTé, dire : « Mais quand vous auriez les tribunes, vous n'auriez pas la majorité de la Convention. » On lui répondit : « Tais-toi. aristocrate ; tu es un modéré. » Il fut chassé et battu. [Murmures.) Tous ces faits se sont passés en présence de beaucoup de personnes et elles en déposeront au Comité de sûreté générale. f3u Roy a cherché à calomnier ce Comité ; il a traité Reubell de fripon et de voleur.

Du RoY. — Ce sera une explication à avoir.

CoupiLLEAU (de Fontenay). — Je demande la parole pour un« motion d'ordre. [Murmures.)

***. — Comment voulez-vous qu'on nous respecte, si nos collègues eux-mêmes nous traitent de contre-révolutionnaires? Duquesnoy vient de dire : « Il faut se défaire de ces coquins, parce que ce sont des contre-révolutionnaires. » [Un mouvement d'indignation s'élève dans une partie de V Assemblée. — Duquesnoy parle dans le tumulte.)

Pérès. — Tous ces faits se rapportent à ceux qui vous ont été cités par Duquesnoy. On excite les citoyens les uns contre les autres, en les empêchant d'avoir confiance dans la Convention. (Murmures dans une partie de l'Assemblée, applaudissements dans l'autre.)

Une voix. — Ce n'est pas ici qu'il faut dire ce qui se passe dans les groupes.

Pérès. — Je vous le répète, on ne s'occupe que d'avilir les Comités de gouvernement, parce qu'on les craint. Je demande la lecture des lettres de Suisse.

GouFMLLEAU (de FontenayJ. — La discussion qui s'est élevée tient trop essentiellement à la chose publique pour que la Convention puisse prendre légèrement une détermination. On a présenté des faits qui ont été combattus ; on parle de pièces qui ont été lues dans les quatre Comités, de renseignements particuliers, de rapport ; je pense que plus les moments sont orageux, plus la Convention doit être

calme. Nous avons traversé les orages de la Révolution, nous franchirons encore ce pas. [Applaudissements .)

Je demande que la Convention invite tous les citoyens à l'ordre et à, la tranquillité ; que les quatre Comités soient tenus de faire un rapport circonstancié, de lire les pièces, et que la Convention, ne voyant que la chose publique, sévisse de la manière la plus sévère contre tous ceux qui cherchent à porter atteinte à la liberté. {Applaudissements.)

Je demanderai que, dans cette discussion, les représentants du peuple sélévent à la hauteur où ils doivent rester ; qu'ils ne considèrent les individus que pour les atteindre, s'ils sont coupables.

Je demande le renvoi du tout aux quatre Comités et que la séance soit levée.

La proposition de Goupilleau est adoptée.

La séance est levée à quatre heures et demie.

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