‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 117 sur 187 · AUTRE DÉBAT SUR LE CLUB DES JACOBINS · texte numérisé non relu

AUTRE DÉBAT SUR LE CLUB DES JACOBINS

Convention nationale^ séance du 21 brumaire an III (11 novembre 1794).

On admet à la barre une députation.

L'orateur. — Représentants du peuple, la République est menacée par des agitateurs contre-révolutionnaires qui arborent l'étendard de la révolte, qui calomnient les époques glorieuses de la Révolution, et font une guerre ouverte au patriotisme. Des mouvements séditieux se propagent dans celte commune depuis plusieurs jours. Des citoyens, des femmes, des enfants ont été insultés, frappés, assassinés par un attroupement armé. La propriété a été violée ; une Société populaire a été troublée, et la représentation nationale outragée dans plusieurs de ses membres.

Il est du devoir des dépositaires de l'autorité de faire poursuivre selon la rigueur des lois, et notamment de celle du 23 juillet 1793, les perturbateurs des Sociétés populaires, les assassins et les vils ennemis de la République. Il est de l'intérêt des membres du souverain d'exiger que les audacieux infracteurs des lois soient punis.

Au nom de la section des Amis de la Patrie, nous venons demander

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à la Convention nationale la prompte punition des attentats commis contre les personnes, les propriétés et les Sociétés populaires, garanties par la constitution démocratique acceptée par le peuple français, et qu'il saura défendre contre ses ennemis.

Vive la République démocratique, une, indivisible et impérissable ! Vivent les droits de l'homme ! Vivent la constitution républicaine de 1793 et la représentation nationale î

Le Phésidknt, à la députation. — Le dernier sentiment que vous venez d'exprimer, le cri de Vive la représentation nationale! rassemblera dans tous les temps les vrais amis de la patrie. (On applaudit.) Si les aristocrates relevaient la tète, à ce cri tous les patriotes se rallieront, et les aristocrates seront bientôt anéantis.

Lejeune. — Je demande que cette pétition, qui contient les principes consacrés dans la Déclaration des droits de l'homme et dans la Constitution, soit insérée au Bulletin avec mention honorable.

Plusieurs voix. — Non, le renvoi aux quatre Comités.

Barailon. — Je n'épouse aucun parti; mais, toutes les fois qu'on viendra jeter ici des germes de division {vifs applaudissements), je tâcherai de les étouffer. Je ne puis ignorer qu'on a cherché à égarer les sections. Je le répète, je n'épouse aucun parti; mais je dis qu'il sufïit qu'on ait jeté une pomme de discorde pour que tous les gens de bien se réunissent. [Une grande partie de l' Assemblée et des spectateurs applaudissent à plusieurs reprises.) io. demande que la pétition soit renvoyée aux quatre Comités. Ils ont votre confiance; rapportezvous-en à leur zèle et à leur justice ; ils veillent quand vous dormez. [Nouveaux applaudissements .)

Un grand nombre de membres. — Aux voix le renvoi !

DuHEM. — Je demande la parole.

Les mêmes miîmbres. — Le renvoi !

Duhem s'élance à la tribune; les cris de renvoi l'empêchent de parler. Il veut insister ; les cris recommencent.

Le renvoi est mis aux voix et décrété. [Les applaudissements redoublent et se prolongent.)

Duhem paraît aux prises avec quelques-uns de ses collègues. Il remonte à la tribune. [A bas! lui crient plusieurs membres. Il en 7'edescend. — Les mêmes applaudissements recommencent.)

Fayau — Duhem était à la tribune...

Plusieurs voix. — Tu n'as pas la parole ; la discussion est fermée; le renvoi est décrété.

On demande qu'avec le renvoi la mention honorable et l'insertion au Bulletin soient décrétées.

Le Président rappelle l'état de la délibération, et annonce cette dernière proposition.

Plusieurs voix. — Le renvoi pur et simple.

On demande la priorité pour la troisième proposition, qui réunit les deux autres.

Les mêmes voix. — Non, non! le renvoi est décrété; qu'il soit maintenu purement et simplement.

Fayau insiste pour avoir la parole.

Le Président met aux voix la question de priorité.

Elle est accordée au renvoi pur et simple.

Léonard Bourdon, Gaston, Ruamps demandent la parole.

Le Président met au voix la proposition du renvoi ; elle est décrétée. (.A oiu'eawx applaudissements d'une partie de V Assemblée et des tribunes.)

Plusieurs membres de l'extrémité gauche. — L'appel nominal !

Ils descendent pour aller signer cette demande. L'Assemblée reste quelque temps dans l'agitation.

GoupiLLEAU (de Fontenay). — Je demande la parole.

Le Président. — Au nom de la patrie, je réclame l'ordre et le silence.

Goupilleau. — On ne peut se dissimuler que, lorsque la pétition dont il s'agit, a été lue, il y avait au moins cent cinquante membres (|ui n'étaient pas présents ; j'en demande une nouvelle lecture, afin qu'on puisse prononcer en connaissance de cause.

Baudin. — Je demande la parole pour un fait. Le travail de la Commission des Vingt-et-Un est achevé. [On applaudit.)

CiGONGNE. — Sous le prétexte qu'il manquerait quelques citoyens ù la séance, on viendrait tous les jours recommencer les délibérations.

Clauzel. — Je demande moi - même une seconde lecture de l'adresse.

La seconde lecture est décrétée.

Un fies secrétaires relit la pétition.

Une partie de l'Assemblée applaudit à plusieurs reprises.

Levasseur (de la Sarlhe). — L'appel nominal !

Clau/.el. — Reubell va vous annoncer un fait important relatif à la délibération.

Plusieurs voix. — L'appel nominal !

Clauzel. — On ne s'oppose pas à l'appel nominal, mais entendons Iteubell d'abord.

Un grand nombre de membres. — Le rapport sur Carrier I

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On demande que la Convention l'entende séance tenante. Cette proposition est décrétée.

De nouveaux, applaudissements se font entendre de presque toutes les parties de la salle.

PRÉSIDENCE DE CRASSOUS

Avant l'ouverture de la séance, les citoyens et citoyennes des tribunes entonnent l'air chéri de la liberté, entre autres :

Veillons au salut de rcnipirc Veillons au niainlien de nos droits,

Et dont le refrain est :

Plutôt la mort que l'esclavage C'est la devise des Français.

Les membres de la Société font chorus avec leurs frères, et les cris de : Vivent les droits de r homme ! Vice la République ! Vive la Convention ! terminent ces chants sublimes.

Tourbe, secrétaire, annonce que la multiplicité des détails qu'a produits la séance intéressante du 19 a exigé des soins pour la rédaction du procès-verbal, qui n'est pas prêt. Il dit en même temps que les attentats aux droits du peuple qu'on a commis et que l'on tente de commettre de nouveau, doivent rappeler au peuple ses droits; il propose qu'avant de passer à aucune discussion, lecture soit faite à la tribune de la Déclaration des droits de l'homme, qui doit imprimer à tout bon citoyen un sentiment religieux et un respect pour le palladium du bonheur public.

Lecture est faite; le plus profond silence annonce combien les assistants sont pénétrés des grands principes qui y sont proclamés. Une nouvelle lecture des articles 27 et 3o est réclamée et est faite : les cris de : « Vive la République ! Vivent les Droits de l'homme qui en font la base ! » se prolongent après la lecture.

On demande la lecture de la loi sur les Sociétés populaires el des

1. Nous reproduisons celte séance du club d'après le Journal de la Munlayne.

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peines portées contre ceux qui les troubleraient ou qui tenteraient de les dissoudre. Elle est accueillie par de vifs applaudissements.

Un membre présente diverses réflexions sur les efforts des diverses factions qui s'agitent pour anéantir la liberté; il rappelle au peuple son énergie dans des circonstances aussi critiques; il invite en même temps la Société à rester calme au milieu de la tempête.

Des clameurs se font entendre, et on annonce que plusieurs perturbateurs sont aux portes; on amène un d'eux ; il est couvert du signe sacré de la liberté, le bonnel rouge, et mis sous la sauvegarde de la loi et de la Société.

Un membre. — Souvenez-vous qu'on voudrait vous troubler pour avoir occasion de vous attaquer ; ils voudraient que vous répondiez à leurs attaques pour vous accuser de révolte.

Un autre individu perturbateur est amené, et mis de la même manière que le premier sous la sauvegarde de la loi et de la Société.

Un membre annonce que des patrouilles nombreuses de surveillance veillent à la tranquillité publique au dehors.

Un autre démontre que l'on n'en veut pas seulement aux représentants du peuple, mais à la liberté publique. Il donne lecture d'une lettre où l'on dénonce Monsieur le marquis de Saint-Huruge, un des restes impurs de la faction d'Orléans et Dumouriez, comme chef des émigrés et agent d'émigrés; et le nommé Goncbon, vil instrument delà même faction, chef des Cliouans et brigands, qui ont ces jours-ci attenté aux droits du peuple, à la représentation nationale. « Monsieur de Saint-Huruge, dit la lettre datée du ^1 brumaire, excitait hier soir, rue Honoré, les muscadins répandus rue Honoré au massacre des Jacobins. »

Un citoyen affiité à une autre Société appuie ces faits ; il donne les mêmes détails sur l'attaque fuite à la Société par une troupe de brigands dont Monsieur le marquis de Saint-Huruge était le chef. Il a prévenu un député de ses amis de ces faits ; il les dénonce au peuple de Paris, dont une grande partie est rassemblée ici.

Un membre. — H faut rester tranquillement à notre poste, et attendre ceux qui voudraient nous troubler. S'ils entrent, ils verront que nous ne les craignons pas. Tous ces brigands ne sont à craindre qu'en raison de l'idée que nous nous en formons. Quant à moi, qui suis blessé à une jambe, cassé par les fatigues de la guerre, venant de l'armée, je suis encore en état de résister à plusieurs. Savez-vous quels sont ceux qui vous attaquent? Ce sont un tas de jeunes gens qui ont obtenu des réquisitions pour travailler dans les administrations, des coupe-jarrets du Palais encore royal. Leurs chefs sont

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ceux qui font encore des repas de 50 livres par tête. Livrés à la débauche, énervés, ils ont tous les vices possibles ; c'est une preuve que la sobriété est la principale vertu que l'homme doit avoir.

Un citoyen de la section de Guillamne-Tell l'ait part des intrigues qu'on a employées dans cette section pour empêcher d'adhérer à l'arrêté de la section de la Montagne; mais il ajoute qu'il y a encore des patriotes qui feront triompher la liberté.

MoNESTiEii. — Je n'avais pas l'avantage de partager vos premiers dangers, parce que la loi me retenait à mon poste. Mes fonctions étant finies, je viens me réunir à mes frères les Jacobins. J'use d'abord de mon droit de Jacobin, en vous disant la vérité : quand on dit la vérité au peuple, on est assuré d'être toujours entendu favorablement. Je déclare donc que les Jacobins ne doivent avoir pour principe que la victoire ou la mort, et que jamais ils ne doivent user de représailles. Des événements extraordinaires et inquiétants ne sont pas capables de troubler le calme de nos délibérations, et de nous faire violer les principes qui sont la base invariable de notre conduite. Des citoyens se trouvent ici sans devoir, et sans vouloir y être ; qu'ils aient la liberté de se retirer où bon leur semblera. Nous espérons qu'ils se rallieront à la République, à la Convention et aux Jacobins. (« Vive la Convention ! » s'écrie la Société.)

Le Président prend la parole : « Les deux citoyens qui sont ici n'ont jamais cessé d'être libres; on ne les a pas forcés d'entrer, mais, comme ils étaient à la porte, nous les avons invités à entrer. Ils peuvent sortir, s'ils en ont la volonté, et aller dire à ceux qui sont dehors quelle est la conduite que nous avons tenue envers eux.

Monestier reprend : « La Société ne fut jamais une autorité constituée; elle ne peut exercer son empire que sur les individus qui la composent, et sur les opinions émises à la tribune. Ce droit est consacré par la Déclaration des droits, et par notre sainte Constitution. Je sais bien qu'il n'y a pas de prisonnier ici, mais je sais aussi que les malveillants courent les rues en criant que vous tenez des personnes renfermées dans cette salle, et qu'ils vont l'annoncer aux représentants du peuple; mes collègues seraient satisfaits que les personnes qui sont ici en fussent sorties pour ôter tout prétexte à la malveillance. Je pense que vous devez reprendre sans difliculté votre ordre du jour et vos délibérations paisibles, en laissant aux représentants le soin de maintenir la tranquillité. >>

Les cris de Vive la Convention ! recommencent.

Un élève de la ci-devant école de Murs monte à la tribune : « Je suis membre de la Société populaire de Saint-Cliamond ; lorsque cette So-

ciété me désigna pour venir à l'école de Mars, elle me chargea expressément de venir dans votre sein pour vous témoigner son attachement : ce sera pour moi une grande satisfaction de dire à mes concitoyens avec quelle fermeté vous avez hravé les poignards des assassins, avec quelle dignité vous vous êtes montrés les défenseurs intrépides de la Hberté menacée; je leur dirai que des scélérats avaient conspiré contre vous, et violé dans vos personnes les droits les plus sacrés du peuple; je leur rappellerai aussi que l'homme libre est plus fort que tous les malveillants à la fois. Soyez fermes à votre poste, vous avez l'amitié de tous les républicains qui vous protègent; et en signe de cette amitié, je vais donner le baiser fraternel à votre président; je le rapporterai à mes compatriotes, ce baiser précieux qui servira toujours de signe de ralliement contre les assassins.

C'est au moment où toutes nos frontières retentissent du cri de la victoire ; c'est au moment où les défenseurs de la patrie cimentent de leur sang la liberté des Français, que des hommes soudoyés par l'étranger travaillent à renverser cette liberté si chère à tous nos cœurs, et veulent donner au peuple des armes pour le perdre lui-même. Ils sont loin d'être arrivés à leur but criminel ; le peuple ne fera que lever les yeux, et les scélérats rentreront dans la poussière. — {Applaudissenients .)

Le président donne l'accolade fraternelle à ce jeune homme. La Société arrête qu'extrait du procès-verbal d'aujourd'hui lui sera délivré, ainsi que copie de la séance d'avant-hier.

MoNESTiER. — Le bien public doit marcher avant les mouvements et avant les intérêts particuliers; le premier principe qui doit nous diriger est la tranquillité publique; toutes les fois qu'un grand procès est porté au premier tribunal de la République nous devons lui porter le plus grand respect. Aujourd'hui, la querelle des Jacobins contre les royalistes est renvoyée aux Comités du gouvernement ; attendons avec confiance leur décision. U était de votre devoir et de votre courage de vous rassembler aujourd'hui, lorsque vous étiez menacés; il est de l'intérêt public et du vôtre que vous ne prolongiez pas plus longtemps vos délibérations; je demande que le procès-verbal soit clos, et que vous leviez la séance,

La Société se lève en criant : Vive la République ! Vive la Convention !

Séance levée ' .

1. Ce fut la (lernii-re séance des Jact^bins. Le club fut fermé dans la nuit du 21 au 22 brumaire. Voir la pièce suivante.

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