TOME VI
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ticuliers, qui n' avaient envie que «l'imprimer à l'ancienne section un mouvement conforme à leurs désirs, qui enfin voulaient disposer des places en faveur de leurs affidés. Vous avez aperçu ces dangers ; vous n'auriez pas rempli vos devoirs, si vous étiez restés indifférents; mais vous avez agi avec fermeté et sans ménagements, dès que vous avez vu la chose publique menacée par des institutions contraires aux principes, et vous leur avez retiré votre correspondance.
Dans les moments de danger, les citoyens qui avaient l'intention de se concerter sur les moyens de sauver la patrie s'étaient réunis dans différents endroits, d'où ils avaient avec vous des communications fraternelles; les écrits qui leur étaient envoyés par les Jacobins les fortifiaient. Aujourd'lmi que le trône est tombé, que la tyrannie est détruite, que la liberté est solidement établie, nous avons besoin de l'unité du gouvernement. Des Sociétés nouvelles veulent briser cette force d'unité en divisant les ressorts de la force nationale, et nuire aux Sociétés qui peuvent prendre à juste litre le nom de populaires. Ces Sociétés vraiment populaires ne peuvent pas exister et coopérer efficacement au bien général, s'il existe en même temps dans chaque section un rassemblement qui se qualifie du nom de Société, qui professe des principes contraires, et qui est conduit par des intérêts différents ; il n'y a donc pas à balancer sur la destruction des Sociétés sectionnaires. Je crois qu'il n'est pas possible aux malintentionnés de tirer aucun avantage de la discussion, et de conclure, de tout ce qui a été dit, que vous voulez détruire les Sociétés vraiment populaires. Non, sans doute, vous ne voulez pas repousser ceux qui demandent à recevoir de vous l'instruction que nous nous devons tous réciproquement ; mais vous voulez que cette instruction ait le caractère que le peuple désire, et qu'elle soit répandue d'une manière utile pour la chose publique.
[Après quelques autres observations, Collot d"Herbois demande que la Société corresponde avec toutes les sections ; qu'elle leur envoie ses discours imprimés et les nouvelles qu'elle reçoit; que le Comité de correspondance soit chargé de présenter la liste des Sociétés populaires formées avant le 10 août, qui n'ont pas cessé d'entretenir avec les Jacobins une communication républicaine, afin que la Société sache avec qui elle doit correspondre fraternellement. (Adopté.)]
Boulanger demande, par motion d'ordre, que la Société entende la lecture de la lettre écrite par la Société de la section de la Halleaux-BIés, annonçant qu'elle s'est dissoute d'après le vœu des bons citoyens. Il fait part que cette Société a toujours été dans les meil-
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leurs principes, et qu'elle a constamment dénoncé les conspirateurs et les traîtres. Cette adresse contient des expressions de soumission aux lois, d'attachement aux vrais principes, et de zèle à remplir les devoirs que le vœu général et l'utilité publique prescrivent.
JuLLiEN, membre de la Commission executive de l'instruction publique. — Il y a près d'un an que la Commune de Paris se leva en masse pour détruire le fédéralisme ; aujourd'hui, les Jacobins de Paris viennent, par leur fermeté républicaine, de détruire un fédéralisme particulier. J'ai parcouru plusieurs départements de la France, j'ai eu les yeux fixés sur la Convention et sur les Jacobins. La délibération qui a été prise dans votre sein va être aperçue avec joie de tous les bons citoyens de la République, qui vous contemplent. Plus les yeux sont fixés sur vous, plus il importe que vous vous prononciez d'une manière énergique. Vous avez vu quelle a été la marche que des représentants du peuple français ont tenue dans ces derniers moments ; vous avez vu la Convention et le Comité de salut pubhc porter la consolation dans l'àme de ceux qui étaient effrayés de l'immoralité des conspirateurs que la loi a punis. Que les Jacobins se montrent dans cette circonstance heureuse pour la liberté, et que les républicains aient la consolation d'entendre les tyrans s'écrier, dans leur désespoir : « Nous sommes perdus, puisque les Jacobins sont debout ! » Vous avez secondé la Convention et le Comité de salut public, lorsque la justice et la probité ont été mises à l'ordre du jour; les Sociétés populaires de la République se sont ralHées autour des Jacobins, qui sont devenus pour elles un centre d'unité. S'il était dans leur sein des intrigants qui, sous les couleurs nationales, cachaient un caractère hypocrite et imposteur, des ambitieux qui se servaient du masque du patriotisme pour arriver à l'autorité, vous leur , avez appris à les connaître ; vous avez fait voir à la France entière que les hommes vertueux pouvaient seuls être patriotes. On a osé dire dans les départements que les Jacobins étaient dissous; il faut confondre ces atroces calomnies. Si l'on trouvait écrit sous les bustes de Marat et de Le Peletier : « Jacobins, vous dormez ! » alors les Jacobins se lèveraient, et les ennemis de la liberté seraient tous anéantis, comme autrefois la liberté de Rome fut vengée par la mort d'un tyran, quand Brutus trouva sous le buste de Pompée ces mots si expressifs pour un républicain : « Tu dors, Brutus ! » Mais non, les Jacobins ne dorment pas, ils sont debout contre les ennemis de la République, contre tous les vices et contre tous les crimes à la fois !
Il est des hommes qui ont osé ériger l'immoralité en dogme, et
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qui ont voulu faire un système de Tathéisme. C'est contre ces hommes abominables que les Jacobins ont tourné et qu'ils tourneront encore leurs efforts. Voilà ceux que les Jacobins confondront par leurs sages maximes.
Reportons-nous au temps malheureux de TatTreuse guerre de la Vendée; rappelons-nous les vieillards, les femmes, les enfants, encourageant leurs parents à prendre les armes pour la défense de la patrie. Ce n'eût pas été un grand motif d'encouragement de leur dire : « Allez combattre pour la liberté; si vous survivez aux combats, vous jouirez de vos triomphes; mais si vous succombez, le néant vous attend au tombeau. » Ils leur disaient avec satisfaction : « Allez, si vous périssez victimes de votre zèle, vous vivrez à jamais dans le cœur de vos frères, et vous vous élancerez dans le sein de la Divinité. » Après ces paroles consolantes, nos défenseurs volaient au-devant du canon ennemi, et dans les plus grands dangers ils ne voyaient pas la mort : ils ne voyaient que l'immortalité. Un homme qui ne croit pas à l'immortalité serait coupable de vouloir propager sa doctrine. On doit proclamer traîtres à la patrie ceux qui voudraient ôter à l'homme le germe le plus puissant des vertus, de l'héroïsme et du patriotisme. Il importe que les Jacobins, qui sont un corps vivant de l'opinion publique, se prononcent dans cette circonstance. Le langage de l'aristocratie dans les départements est que les Jacobins se taisent, et qu'ils n'approuvent pas ce qu'a fait la Convention. Il est nécessaire de détruire de pareilles calomnies et de confondre leurs auteurs. Je propose à la Société de présenter à la barre de la Convention l'adresse dont je vais lui donner lecture.
L'orateur lit l'adresse qui sera présentée à la Convention nationale, au nom de la Société; elle est entendue avec des applaudissements unanimes*.
Uoyer approuve les principes contenus dans cette adresse, mais il ne pense pas que la Société puisse l'adopter, parce que la malveillance pourrait tirer parti de ce qu'elle a été présentée par un commissaire du Comité de salut public.
Robespierre. — Le décret de la Convention n'a pas besoin de la démarche proposée à la Société des Jacobins. La vertu, la vérité et la nature sont indépendantes de l'appui que pourraient leur prêter les individus et même les Sociétés les plus célèbres. Le peuple français et l'univers entier ont reconnu les grands principes que la Convention professe. Que nous importe que quelques misérables
1. Le Moniteur promet la suite de cette séance, mais il oublie de la donner. Nous la reproduisons d'après le Journal de la Montayne.
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conspirateurs cherchent à les calomnier? Prévaudront-ils contre le peuple français, contre le genre humain et contre la nature? Nous leur laissons le triste apanage de se traîner sur les traces de Danton et d'Hébert, et de faire de pénibles efforts pour méconnaître la vertu.
Ce n'est ni de ces misérables, ni de la grandeur de la vérité qu'il est ici question, mais d'un devoir sacré qu'on vous propose de remplir. S'il n'a pas été indigne du peuple français de frapper les conspirations, il ne sera pas indigne de la Société des Jacobins d'applaudir aux grands principes consacrés par le peuple français et par la nature.
On vous a dit qu'il ne fallait pas approuver l'adresse qui vient de vous être lue, parce qu'elle était proposée par un commissaire du Comité de salut public. Ce n'est point ici un commissaire du Comité de salut public, c'est un citoyen. Ce serait vouloir donner au Comité de salut public d'étranges avantages que de prétendre que c'est lui qui dicte les principes que vous devez professer. Les sentiments qui ont été manifestés dans l'adresse n'étaient-ils pas déjà dans vos cœurs? (« Oui^ oui! » s'écrient tous les membres.)... C'est donc vous qui avez parlé de cette adresse ; ces sentiments ne vous ont été suggérés par personne. Ceux qui déclament contre les principes et contre le Comité de salut public sont des hypocrites, amis secrets des hébertistes et des prêtres.
[Robespierre continue on disant qu'il ne faut point appliquer ses paroles au préopinant. Elles ont une portée générale, elles s'adressent aux «hommes qui jouent le rôle de déclamateurs perfides ». Voici la fin du discours de Robespierre :]
Une des espérances des conspirateurs était que la Convention rejetterait l'adresse qui lui a été présentée par la Commune de Paris. Si cette adresse eût été rejetée, le décret sublime et immortel où les grandes vérités de la nature sont reconnues, aurait été, pour ainsi dire, révoqué, et les scélérats triomphaient. De même, si vous eussiez rejeté l'adresse qui vous a été présentée, il en serait résulté que les grandes vérités qu'elle contient ne seraient pas dans vos cœurs, que les Jacobins auraient des principes différents de ceux de la Convention. Le but des scélérats était encore rempli.
La Convention a fait justice de l'opinion scélérate des êtres sans moralité. Les Jacobins suivront son exemple, en adoptant l'adresse, ou plutôt ils ne l'adopteront pas, car elle est dans l'àme de tous les membres de la Société. Je demande cependant qu'il soit fait un
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changement dans cette adresse. 11 est des vérités qu'il faut présenter avec ménagement; telle est cette vérité professée par Rousseau, q-u"il faut bannir de la République tous ceux qui ne croient pas à la divinité. Ce principe, cité dans l'adresse, ne doit pas être adopté; ce serait inspirer trop de frayeur à une grande multitude d'imbéciles ou d'hommes corrompus. Je ne suis pas d'avis qu'on les poursuive tous, mais seulement ceux qui conspirent contre la liberté. Je crois qu'il faut laisser cette vérité dans les écrits de Rousseau, et ne pas la mettre en pratique. Au reste, je crois que l'adresse doit être adoptée. GouTHON, — Je pense, comme Robespierre, que la Société doit adopter l'adresse. L'athéisme était le mo3^en sur lequel les conspirateurs ont le plus compté pour la contre-révolution. Quand la Convention travaillait à l'ouvrage grand et sublime de la Constitution, Danton trouvait mauvais que les représentants déclarassent qu'ils travaillaient en présence de l'Être suprême.
[Gouthon raconte qu'il fit à Danton des ropréscnlations au sujet de son indifférence à la croyance déiste. Il développe cette idée que l'athéisme est contraire à la vertu. Il conclut ainsi :]
La Société doit vouer à l'exécration publique ceux qui voudraient établir l'athéisme, ceux qui ne pratiqueraient pas la vertu et qui vivraient sans moralité. Dans l'ancien régime, on voyait des époux se séparer et avoir des ménages à part ; aujourd'hui, ce ne sont plus les grands qui tiennent cette conduite, ce sont les hommes en place. Ceux qui vivaient naguère au sein de leur famille dans la paix et dans la vertu n'ont pas plutôt obtenu quelque place, qu'ils abandonnent leurs femmes, qu'ils méprisent les caresses de leurs enfants pour entretenir dans la mollesse des femmes qui déshonorent leur sexe. Des immoralités aussi abominables ne peuvent pas être tolérées; les bons citoyens doivent s'élever avec force contre ceux qui s'y livrent. La Société des Jacobins doit les vouer au mépris des hommes de bien.
Roijer reconnaît que son opinion est une erreur d'esprit ; il pense qu'elle n'est pas capable de lui faire perdre l'estime des bons citoyens. 11 déclare que jamais il n'a professé l'athéisme et l'immoralité, mais que toujours il a été sectateur zélé de la vertu ; il invoque en sa faveur le témoignage de ses collègues, membres du Tribunal révolutionnaire. [On applaudit.)
Carrier ajoute un fait à tout ce qui a été dit jusqu'ici : c'est que ce n'est pas d'aujourd'hui que la Société des Jacobins, par un sublime enthousiasme, applaudit aux grands principes de morale, puisqu'elle
a entendu avec une satisfaction ind'cible la lecture du rapport fait par Robespierre au nom du Coinilé de salut public. Il demande que l'adresse soit adoptée avec le changement proposé par Robespierre *.
{Adopté.)
[Lequinio dit que ses Préjugés délruils, qu'on a dénoncés à la tribune des Jacobins comme entachés d'athéisme, contiennent une page composée à l'honneur de l'Être suprême. Il déclare que, si l'on y trouvait quelques er«reurs, il les désavouerait et les brûlerait de sa propre main. Il ajoute qu'il a arrêté la préparation de la quatrième édition de ce livre. — Robespierre répond que personne ne doute du patriotisme de Lequinio. Il ajoute :]
Lorsque nous avons développé les principes immortels qui servent de base à la morale, nous en avons parlé en hommes publics et sous le rapport de l'intérêt sacré de la liberté. Mais la Convention a-t-elle voulu descendre dans la pensée de chaque particulier? At-elle prétendu se mêler de leurs opinions individuelles? Non, son intention n'allait pas au delà de ce qui intéresse le salut de la France libre. Que nous importe ce qu'un tel a dit, ce qu'il a écrit ? Ce qui nous intéresse, c'est de savoir si un tel est un conspirateur, s'il a jeté dans la société civile des ferments de discorde pour détruire la liberté, en un mot s'il a été attaché à la faction de l'étranger.
[Robespierre conclut en affirmant que « lorsque nous songeons à consolider les bases des vertus et du patriotisme, nous sommes bien éloignés de vouloir devenir des persécuteurs. » On applaudit.]