‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 22 sur 187 · C'est-à-dire dans l'ordre où ils ont été prononcés · texte numérisé non relu

C'est-à-dire dans l'ordre où ils ont été prononcés

et forte, dont j'ai l'âme profondément pénétrée, je recueille cette vérité, que celui qui a couru quelques dangers pour la patrie reçoit de nouvelles forces du fraternel intérêt que lui portent les cœurs républicains; c'est un nouveau pacte d'union qui semble se renouveler entre toutes les âmes fortes, et qui consolide à jamais la puissance des principes de la liberté et de la vertu. Déjà ces principes écartent mon attention des circonstances particulières d'un événement : ils entraînent toutes mes réflexions vers la chose publique.

Ce n'est pas d'hier, citoyens, que nous savions que les assassinats étaient combinés par les tyrans ; ce n'est pas d'hier que nous savions que l'imagination des tyrans ne repose que sur des crimes. Nous savions que l'exécrable Pitt tarifait tous les forfaits; nous savions qu'il suivait opiniâtrement le projet de dissoudre la Convention nationale par des assassinats multipliés ; nous savions que dans cette Convention majestueuse, dont le courage et l'attitude sans cesse énergiques l'oppressent et le tourmentent, par cela seul que les travaux de la Convention assurent le bonheur de tous les hommes dignes de jouir de la liberté ; nous savions, dis-je, qu'au sein de cette représentation d'un peuple libre, fort et puissant, il n'y a pas un ami de la vertu dont la tête ne fût proscrite par ces odieux ministres, esclaves des tyrans de l'Angleterre et de l'Autriche.

Tous les hommes courageux qui composent cette Société partagent, sans doute, cette proscription. Déjà plusieurs hommes vertueux, des défenseurs de la cause du peuple, étaient tombés sous les coups des assassins. Leur souvenir vivra éternellement dans nos cœurs, et leurs mânes nous attendent.

Les monstres qui soudoient les infâmes assassins, qui les recrutent dans la fange de l'impureté, de la corruption et du fanatisme, semblent avoir redoublé de rage ; il paraît qu'ils ont encore voulu multiplier les crimes. Que dis-je? Ils n'en pouvaient pas, sans doute, commettre plus qu'ils n'en ont médité ; mais, habitués et familiers avec tout ce que ces crimes ont de plus atroce, l'a^'ant fait exécuter, ayant fait distribuer deux à deux la série des assassinats, il fallait, pour que la jouissance en fût plus sentie de ces âmes pétries par les Furies, de nouveaux raffinements, des formes nouvelles, que n'avaient encore pu imaginer les monstres qui les ont précédés. C'est ainsi qu'ils ont violé le toit domestique, quMls ont souillé les pénates, respectés par les nations barbares. Il n'est pas une horde sauvage où ceux qui dorment sous le même toit, sous la hutte fermée avec une branche d'arbre, ne dorment avec confiance. Mais ce que

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respectent les sauvages, les cannibales même, n'est pas respecté par les agents de Pitt et de l'Autriche.

C'est au milieu de ceux qui doivent dans les dangers communs s'aider et se porter assistance ; c'est dans les mains du cohabitant, au secours duquel le patriote aurait volé, en cas de danger, qu'ils ont placé les poignards ou les armes à feu qui doivent percer et déchirer le cœur des patriotes. C'est ainsi que les tyrans voudraient briser tous les liens de la société, car l'union et la confiance mutuelle entre les hommes font le désespoir des tyrans. Quels horribles vœux ne forment-ils pas contre la société humaine, ceux qui depuis tant de siècles en sont les oppresseurs et les bourreaux ! Quels désirs sacrilèges et féroces ne conçoit pas l'ennemi de la liberté et delà République ! Ils voudraient, s'ils le pouvaient, armer les fils contre les pères, les épouses contre les époux, les amis contre les amis ; ils voudraient ici nous-mêmes, Jacobins, nous armer les uns contre les autres. Mais non, ils ne consommeront pas de tels forfaits; ils ne déchireront pas ainsi nos cœurs ; les vertus sont là, et l'intrépidité de la vertu fait disparaître toutes les espérances du crime. Les tyrans coalisés accumulent les forfaits, ils les amassent, ils abondent en cruautés. Ils n'ont pas une pensée qui ne soit un outrage à la nature et à l'humanité. Qu'en conclure, citoyens, sinon que les tyrans approchent de leur destruction, que les destinées immortelles de la liberté et de la République s'affermissent? Ils rugissent, les tyrans, et se débattent dans leur agonie. Ils assassinent, parce qu'ils n'auront plus de ressources et de moyens pour nous combattre.

Chacune de nos victoires les jette dans une stupeur nouvelle ; le génie de la liberté les menace et les écrase ; ils frémissent, ils cherchent à s'étourdir, ils se plongent et se baignent dans les crimes, pour écarter l'idée de leur destruction ; car c'est toujours dans le sein du crime que les tyrans se consolent. Eh bien, qu'ils s'y enfoncent, dans le crime! Qu'ils broient les poisons! Qu'ils distribuent les poignards ! Qu'ils combinent les guet-apens ! Nous n'en marcherons pas moins au but avec la même ardeur ; les poisons, les poignards, les guet-apens, ne retarderont pas d'une minute les succès de la liberté. S'imaginent-ils donc nous effrayer ? Ne savent-ils pas que, lorsqu'un patriote tombe sous leurs coups, c'est sur sa tombe que nous jurons de nouveau et la vengeance réservée à leurs forfaits, et l'éternité de la liberté ?

Celui qui peut échapper à leurs poignards, celui qui, sous l'œil de la Providence^ qui veille sur les patriotes, traverse la mort qu'ils lui ont préparée dans les ténèbres, n'en revient, je le sens, que plus

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courageux à ses devoirs. La liberté reste entière et inaltérable malgré tous leurs forfaits; la République est à jamais victorieuse ; l'indignation et l'horreur des siècles futurs resteront seules aux assassins et aux tyrans. Ils ne tueront pas le sentiment impérissable de la liberté gravé dans tous les cœurs. Ils ne tueront pas le peuple entier, vertueux et fort, qui a voté leur destruction. Ils ne tueront pas les générations naissantes et successives, qui toutes ont déjà juré par nous de conserver et défendre la liberté, et qui doivent perpétuer la République.

[Tous les citoyens se lèvent avec transport en criant : « Vive la République! »)

Bentabole. — L'entrée de Collot d'Herbois dans cette Société est un des plus beaux jours de la Révolution française. Il a couru de grands dangers, et c'est par une espèce de miracle qu'il reparait parmi nous ; faisons voir aux ennemis et aux conspirateurs que les Jacobins de toute la République sont unis, et qu'ils n'ont qu'un même sentiment. Je demande que Collot reçoive le témoignage de notre joie par nos embrassements dans la personne du président. (Adopté.)

Le Président donne l'accolade à Collot d'Herbois. {Les citoyens membres de la Société et ceux qui remplissent les tiHbunes applaudissent avec enthousiasme.)

Collot d'Herbois. — Les sentiments les plus doux, ceux qui peuvent émouvoir notre cœur avec plus de force, se développent en ce moment en moi ; mais il en est un surtout que je dois m'empresser de satisfaire ; c'est le désir de diriger vos cœurs vers ce brave Geffroy, ce républicain zélé, qui s'est dévoué à la mort pour saisir l'assassin d'un représentant.

[Ici l'orateur entre dans les détails connus de cet horrible assassinat... Il continue :) GeSvoy arriva dans le moment où le scélérat avait tiré contre moi ses deux coups de feu, et il me trouva prêt à monter avec la patrouille pour aider à le saisir ; j'étais armé d'un sabre, qu'un citoyen m'avait remis entre les mains; ce généreux patriote me prit alors par le milieu du corps, et m'arrêta en me disant : « Tu as couru assez de dangers, tu es représentant du peuple, c'est au nom du peuple que je t'ordonne de rester là ; c'est à moi qu'il convient maintenant d'exposer ma vie ; je périrai ou je livrerai le traître dans les mains de la justice ; la vertu est à l'ordre du jour; il est du devoir de bons citoyens d'arrêter les scélérats. » Ce citoyen vertueux doit exciter votre sollicitude; je demande qu'aujourd'hui et à toutes les séances, une députation soit envoyée pour s'informer de

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la santé de GefFroy, et que le bulletin de l'état de ses blessures soit lu publiquement. {Adopté par acclamation.)

Tasciiereau- — Cette mesure ne suffit point encore à la vive reconnaissance de la Société des Amis de la Liberté ; le républicain généreux qui a exposé sa vie pour conserver celle d'un représentant du peuple est Jacobin par le tait ; car tout ami de la vertu est un Jacobin : je propose en conséquence de lui faire délivrer sur-lechamp le signe extérieur, c'est-à-dire la carte qu'il mérite si bien de porter.

Cette motion est appuyée par un autre membre, qui demande que dès ce moment ce digne républicain soit reconnu Jacobin, et qu'extrait du procès-verbal lui soit envoyé ; elle est adoptée à l'unanimité.

{De nouveaux applaudissements annoncent l^ entrée de Robespierre; sur la motion de Bentabole, V accolade fraternelle lui est donnée par le président.)

Legendre. — La main du crime s'est levée pour frapper la vertu ; mais- le Dieu de la nature n'a pas soufifert que le crime fût couronné. Lorsque des scélérats ont médité la perte de deux représentants du peuple, ce n'est pas eux qu'ils voulaient attaquer, mais la liberté elle-même. C'est en frappant celui qui, dans l'Assemblée constituante et depuis, s'est montré l'ennemi de tous les aristocrates, et celui qui a toujours été une des plus fermes colonnes du patriotisme, et qui a défendu dans les Sociétés populaires les droits sacrés de l'humanité avec une intrépidité constante ; c'est en frappant, dis-je, ces deux patriotes, que l'on a voulu anéantir la liberté. Ils n'étaient pas les seuls qui dussent tomber sous le fer des assassins ; les tyrans en auraient désigné d'autres, qui auraient été suivis par de nouvelles victimes auxquelles le même sort était destiné- Les ennemis extérieurs ne pouvant point anéantir la liberté en attaquant les patriotes en masse, ils les attaquent en particulier ; ils croient que leur criminelle audace pourra faire tomber l'énergie française ; mais ils n'ont pas calculé que, si le peuple est grand par sa nature, il est sublime dans les revers.

Legendre invite les patriotes à redoubler de surveillance et d'activité, et à ne point laisser aller seuls les représentants du peuple, dont l'existence est très utile à la République. Il annonce qu'il veillera lui-même, et qu'il est disposé à présenter son corps au fer des assassins, lorsqu'il sera dirigé sur les représentants que les tyrans veulent ravir à la France.

Dumas prend la parole pour faire connaître les détails des assas-

sinats médités contre plusieurs représentants. 11 annonce que le citoyen Voulland, maintenant président de la Société, a failli être une de ces victimes. Après s'être étendu sur les particularités déjà connues de l'assassinat de Gollot d'Herbois, il parle de celui qui a été tenté de nouveau contre Robespierre, par une fîUe de vingt ans. 11 présente ensuite des observations sur la proposition faite de donner une garde aux représentants du peuple ; il déclare que jamais ils ne le souffriront, eût-elle le nom de garde d'amitié, et qu'ils sont assez gardés dès qu'ils savent que le peuple surveille tous les conspirateurs et tous les traîtres. Il termine en proposant à la Société de se transporter demain en masse à la Convention, pour lui annoncer que les Jacobins ont mis toutes les vertus à l'ordre du jour, qu'ils surveillent les complots tramés contre la liberté, et que les victoires de nos armées iront maintenant de concert avec les triomphes de la vertu. [Adopté.)

Voulland annonce à la Société qu'il n'a pas couru de dangers, comme Ta dit Dumas ; il donne connaissance du fait dont il s'agit : « Une femme, dit-il, dont l'amant a péri sur l'échafaud, croyant que c'était moi qui avais dénoncé les crimes de son amant, a écrit au Tribunal révolutionnaire, à la police et au Comité de sûreté générale une lettre dans laquelle elle se déchaîne contre moi. Elle leur dit qu'elle n'a plus d'espoir, puisque son amant a péri, et qu'il ne peut lui rendre le bonheur en ramenant la royauté. Elle dit aussi : « Ne « crois pas que je n'aie plus l'usage de ma raison ; j'en ai encore assez « pour signer de mon sang : Vive le roi! Vive le roi! » — En effet, ces mots étaient écrits en rouge. Au reste, il n'y a plus de danger, le Tribunal a fait justice de cette femme, il y a deux jours. »

On renvoie au Comité de salut public la proposition, faite par Nollin, de solliciter un décret portant qu'aucun armurier ne pourra délivrer des armes ofTensives qu'à des citoyens connus par leur civisme.

Un citoyen. — L'assassinat est à l'ordre du jour dans toute la République : un patriote estimable de la commune de Coulommiers a été assassiné par trois scélérats en sortant de la Société populaire, à un quart de lieue de la ville ; ces trois assassins sont traduits au Tribunal révolutionnaire.

Une section entière demande à être admise à la barre. On observe que, la salle étant déjà remplie, il n'est pas possible de l'admettre. On propose de la recevoir par députation, ce qui est appuyé par Robespierre, afin que la discussion importante que l'on traite en ce moment ne soit pas interrompue.

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CouTHON. — Nous ne devons pas être étonnés de voir la tyrannie combattre contre la liberté ; mais il faut remonter à la source des assassinats, et en découvrir la cause. La- faction de l'étranger a ses foyers d'activité dans Paris, parce que Paris est le centre do la force et des moyens ; elle agit par des êtres immoraux, par les athées, par les corrupteurs et par les assassins. Les conspirations ont été découvertes : l'étranger l'a vu, et il a tremblé ; et, pour faire diversion, il a mis les assassins en action. Opposons à tant de scélératesse beaucoup de vertu ; la présence seule de la vertu peut tuer le crime. Redoublons d'efforts et de surveillance ; nous ne devons plus dormir que les tyrans et toutes les factions ne soient anéantis. [On applaudit.)

Quant aux mesures de police, rapportez-vous-en à la Convention. Les représentants du peuple sauront tout braver et faire leur devoir, malgré les poignards dont ils sont menacés. Les tyrans ne peuvent pas détruire la liberté en faisant assassiner quelques patriotes; si nous tombons sous le fer meurtrier, nous saurons mourir dignes de nous-mêmes et de la confiance du peuple. On a parlé de nous donner des gardes. J'aime à croire que cette proposition est partie d'une intention pure; mais je dirai qu'il n'y a que les despotes qui veulent avoir des gardes, et que nous ne sommes pas faits pour leur être assimilés. Nous n'avons pas besoin de gardes pour nous défendre ; c'est la vertu, c'est la confiance du peuple et la Providence qui veillent sur nos jours ; nous avons aussi des amis qui sont là pour nous secourir. Ce serait offenser nos amis, le peuple et la Providence, que de croire que nous pourrions avoir des gai'des plus sûres. Il faut redoubler de surveillance, et songer que la plupart des hommes qui nous environnent, et qui veulent paraître les plus ardents patriotes, sont souvent nos plus cruels ennemis. Mais qu'ils ne s'y trompent pas; ils sont connus; leur mauvaise foi est à découvert. On rencontre quelquefois, sous ces masques de patriotisme, cette abominable faction de l'étranger, qui soudoie les assassinats et les crimes, faction dirigée par le cabinet britannique, auteur des forfaits les plus atroces. Je demanderais que la Société, sans prendre aucun arrêté, déclarât par un mouvement spontané qu'elle regarde cet affreux gouvernement comme coupable de lèse-humanité.

(Oui, oui! s^écvient simultanément tous les membres et tous les citoyens présents, en se levant par un mouvement sponta7ic.)

CouTiiox. — Ce mouvement sublime sera aperçu ; cette déclaration solennelle sera entendue de tout l'univers; il se trouvera sans doute dans les pays habités par le despotisme et l'oppression des philosophes vertueux, des Stanhope, qui livreront au glaive de l'opinion

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publique les scélérats qui ont ravi aux peuples les droits les plus sacrés et les plus imprescriptibles.

L'orateur termine en déclarant qu'il y a des précautions à prendre pour soustraire les représentants aux assassinats, et qu'il est prudent de n'admettre chez eux aucun individu avant que leurs bonnes intentions aient été prouvées : il prévient en conséquence les patriotes de ne pas être surpris d'une formalité nécessaire. « Au reste, dit-il, ce n'est pas pour moi que je parle ; mon existence physique m'a rendu moins utile que les autres, quoiqu'elle n'ait rien diminué de la chaleur de mon patriotisme : je parle pour ceux dont les moyens et l'existence sont plus utiles à la chose publique. » (« Vous l'êtes tous! » s^écrie-t-on de tous côtés.)

Legendre proteste qu'il n'a eu aucune mauvaise intention en faisant l'invitation aux bons patriotes de ne pas laisser aller seuls les représentants dont les têtes sont menacées ; il assure qu'hier, un citoyen lui ayant dit qu'il fallait donner une garde aux membres des Comités de salut public et de sûreté générale, il répondit que cette mesure était contre-révolutionnaire, et que jamais une pareille pensée n'était entrée dans sa tête. « J'ai une femme et un enfant, dit-il. Eh bien 1 je n'en suis pas moins décidé à me sacrifier pour ma patrie; jamais je nai été conduit par un autre intérêt que par l'espoir de faire le bonheur de mes concitoyens ; j'ai été malheureusement trompé par des scélérats couverts du masque du patriotisme, mais c'est une erreur de mon esprit, et non de mon cœur, [Applaudi.)

Une lettre de la citoyenne Geffroy annonce que la suppuration est bien établie sur la plaie de son mari, et que les dispositions sont bonnes. [Applaudi.)

Robespierre. — Je suis un de ceux que les événements qui se sont passés doivent le moins intéresser ; il ne m'est cependant pas permis de ne pas les envisager sous le rapport de l'intérêt public. Que les défenseurs de la liberté soient en butte à la rage des factions et aux poignards de la tyrannie, c'est une vérité que les patriotes ont prévue de tout temps. Jamais ils n'ont cru devoir vivre pendant une longue suite d'années ; ils connaissent trop bien les tyrans et leurs complices pour n'avoir pas prévu les scélératesses que ceux-ci devaient emploj'er pour les détruire. Je disais, il y a deux mois : « Si nous battons les ennemis, si nous déjouons les conspirations qu'ils ont créées par la corruption, nous serons assassinés. » Les satellites des tyrans ont mordu la poussière ; les traîtres ont péri sur l'échafaud, et les assassins ont aiguisé leurs poignards contre nous. Je ne

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sais quelle impression doivent faire ^prawper les crimes de la tyranme aux. miaisfres pervers de leurs atrocilés, mais je ne puis m'empccher de vous rendre compte de celle que j'ai moi-même éprouvée.

J'ai senti qu'il était plus facile de nous assassiner que de vaincre nos principes et de subjuguer nos armées. L'assassinat est un crime effroyable ; les tyrans l'emploient sans difficulté, parce que c'est le moyen le plus conforme à leur faiblesse. Plus la vie des défenseurs de la cause du peuple et de l'humanité est incertaine et précaire, plus ils doivent se hâter de rendre à leur patrie tous les services qu'elle a droit d'attendre de leur énergie et de leurs lumières, et de remplir leurs derniers jours d'actions utiles à la liberté. Quand les puissances tyranniques de l'Europe se liguent pour étouffer notre immortelle Révolution, un ardent partisan des droits sacrés de l'homme ne doit pas s'imaginer qu'il doit vivre longtemps.

Moi qui ne crois point à la nécessité de vivre, mais seulement à la vertu et à la Providence, je me trouve placé dans l'état où les assassins ont voulu me mettre; je me sens plus indépendant que jamais de la méchanceté des hommes. Les crimes des tyrans et le fer des assassins m'ont rendu plus libre et plus redoutable pour tous les ennemis du peuple ; mon âme est plus disposée que jamais à dévoiler les traîtres et à leur arracher les masques dont ils osent encore se couvrir! [Vifs applaudissements.)

Lâches agents de la tyrannie, méprisables appuis des oppresseurs du genre humain, sortez de vos repaires obscurs ; paraissez tels que vous êtes aux yeux d'un peuple indigné de vos crimes ; voyez-nous exposés à vos poignards homicides, le sein à découvert, ne voulant pas être environnés de gardes ! Frappez, nous attendons vos coups ; calculez avec quelle facilité quelques centaines d'assassins peuvent enfoncer le glaive meurtrier dans le cœur de l'homme de bien, qui n'a pour défense que ses vertus, la surveillance du peuple et la Providence. Mais, d'un autre côté, mesurez la profondeur de votre scélératesse et les peines que doit attirer l'énormité de vos perfidies. Attendez-vous au jugement du peuple et de la Providence ; vous n'échapperez point ni à l'un ni à l'autre.

Français, amis de l'égalité, reposez-vous sur nous du soin d'employer le peu de vie que la Providence nous accorde à combattre les ennemis qui nous environnent. Nous jurons par les poignards rougis du sang des martyrs de la Révolution, et depuis aiguisés contre nous, d'exterminer jusqu'au dernier les scélérats qui voudraient nous ravir le bonheur et la liberté.

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[Des applaudissements unanimes et prolongés suivent ce discours énergique, ou brillent la vraie bravoure, la grandeur d'âme répubicaine, le plus généreux dévouement à la cause de la liberté et la philosophie la plus prononcée.)

Rousselin fait la motion de rendre des honneurs civiques au citoyen Geffroy dans la fête qui sera célébrée le ^0 prairial.

Robespierre combat cette proposition en déclarant que les honneurs que l'on paraît vouloir rendre aux représentants du peuple et à ceux qui les ont défendus ne sont qu'un piège adroit inventé par les partisans de la tyrannie ; il rapproche la motion faite en dernier lieu de celle qui a pour objet de donner une garde aux représentants et fait voir que toutes deux tendent à jeter sur eux de la défaveur, à leur attirer l'envie et la calomnie en les accablant d'honneurs, à les isoler pour leur faire perdre l'estime, et tourner contre eux tout ce que la haine peut inventer, à faire croire que la Convention n'est pas assez éclairée pour accorder aux citoyens les récompenses qui leur sont dues, enfin à leur ravir la satisfaction d'agir avec désintéressement. 11 s'étonne de ce qu'un homme qui ne paraît que très rarement à la Société s'obstine à présenter toujours des motions insidieuses. Il lui reproche d'avoir, lors de l'affaire de Danton, cherché à détourner l'attention de dessus ce scélérat en prononçant un discours dangereux, et d'avoir été envoyé ici, pour le prononcer, par le ministre Paré, ami de Danton. Il fait part que Rousselin devait présenter une autre motion très insidieuse, mais qu'il l'a retranchée, parce qu'il a vu qu'elle était blâmée par quelques patriotes ; elle consistait à demander qu'on allât rendre grâce à l'Etre suprême, dans le temple de la Raison, pour avoir conservé les jours des représentants. Il fait voir que cette mesure est très dangereuse, parce qu'elle ramène aux anciennes cérémonies religieuses.

Couthon annonce à la Société que Rousselin a été dénoncé au Gomité de sûreté générale, pour avoir dépensé dans une mission qu'il surprit au Comité de salut public une somme de 80 à 100,000 livres, pour avoir colporté les écrits de Paré, l'ami de Danton, et pour d'autres faits.

Après quelques débats, Rousselin est exclu de la Société et traduit au Comité de sûreté générale.

Séance levée à dix heures.

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PRÉSIDENCE DE VOULLAND

[Blanchel, charge par la Société do se rendre compte des blessures du citoyen Geffroy, raconte la visite qu'il a faite à ce citoyen. Il lui a annoncé que la Société dans sa dernière séance avait décidé à Tunanimité de le recevoir parmi ses membres. Il annonce que le bulletin de l'état des blessures de Geffroy sera lu tous les jours à la tribune de la Société par un commissaire. Enfin il demande un extrait du procès-verbal pour le porter à Geffroy. Adoptée]

La Société populaire de Saint-Geniez écrit qu'elle a chassé de son sein les prêtres corrompus et corrupteurs. « Adorer la divinité, ditelle, aimer le prochain, observer la loi, voilà la religion que nous aurons désormais, et cette religion n'a pas besoin de prêtres ni d'évêques, à qui l'on donnait jadis une abbaye pour n'avoir rien fait, et un évêché pour ne rien faire. » [Applaudi.) — La Société de Langres écrit : « L'épuration des membres de notre Société a jeté dans notre commune des semences de division, dont nous ignorons quel sera le terme. Pleins de confiance dans les vertus de la représentation nationale, dans le zèle infatigable des membres du Comité de salut public, dans le courage et l'énergie de la Société des Jacobins, autour de laquelle nous chercherons toujours à nous rallier, nous vouons à l'anathème les royalistes, les modérés, les intrigants et les fripons... Nous sollicitons près la Convention l'envoi d'un brave Montagnard, qui adjoindrait aux officiers municipaux des patriotes éclairés et vertueux, et serait en outre chargé du soin d'épurer nos autorités constituées. » — Lebourg dénonce la Société populaire de Langres, pour avoir envoyé un prêtre en qualité de commissaire, pour défendre un homme contre lequel le Comité de sûreté générale croit devoir prendre des mesures sévères. Il demande que la correspondance soit suspendue avec cette Société. — Robespierre appuie la proposition, en déclarant qu'il y aurait un grand danger à maintenir la correspondance. Il reproche lui-même à la Société de Langres d'avoir demandé qu'il fût envoyé dans ce pays un représentant du peuple, comme si cette Société avait le projet d'entourer de malveil-

1. Ce début de la séance est résumé d'après le Journal de la Monlafjne.

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lants le représentant du peuple qui «erait envoyé, et de l'engager dans de fausses démarches.

La proposition de Lebourg est adoptée.

Billaud-Varenne. — Il a été présenté, dans la séance d'hier, à la Convention, deux rapports extrêmement intéressants, dont l'un a été prononcé par Barère ; il est maintenant dans la salle ; je demande qu'il communique à la Société le rapport quil a fait. (Adopté.)

Ba7'ère monte à la tribune au milieu des applaudissements ; des mouvements d'enthousiasme accompagnent la lecture de ce rapport*. — La Société en ordonne l'impression et la distribution aux membres et aux tribunes.

On demande que Robespierre monte également à la tribune pour faire lecture du discours qu'il a présenté à la Convention. (Adopté.)

Cette lecture est entendue avec le même enthousiasme que celui de Barère. Des cris de Vive la République î partent simultanément et à plusieurs reprises de toutes les parties de la salle. Ce discours sera, comme le précédent, imprimé et distribué, soit aux membres, soit aux citoyens des tribunes.

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE VOULLAND

[La Société républicaine d'Uzerche fait hommage à la patrie d'un hussard équipé et monté. — La Société de Compiègne écrit que le Dieu de la liberté a préservé de l'assassinat Collot d'Hcrbois et Robespierre. — Ze citoyen Fraissinet écrit d'Aurillac, le 29 tloréal, que dans les départements du Gard, de l'Hérault et des Bouches-du-Rhùne, on se nourrit déjà des nouvelles productions de la terre.

\. Il s'agit du rapport présenté par Barère au nom du Comité de salut public, le 1 prairial : il avait pour sujet les crimes du gouvernement anglais et avait été rédigé à la suite des tentatives d'assassinat contre Collot d'Herbois et Robespierre ; il fut suivi du vote d'un décret portant qu'il ne serait plus fait de prisonniers anglais ni hanovriens. Après ce rapport, Robespierre prononça le discours dont il est question à la fin de cette séance des Jacobins. La Convention avait décrété que le rapport de Barère et le discours de Robespierre seraient imprimés et traduits dans toutes les langues. [Moniteur, t. XX, p. 567 et 380.)

Un dépnin de la Société de Fontainebleau exprime, au nom de cette Société, l'horreur que ses collègues ont ressentie <à la nouvelle des attentats dirigés contre Uobcspierre et Collot d'IIerbois. Il fait lecture d'une adresse à la Convention qu'ils ont rédigée à ce sujet.]

Une députation de la Société de Caen prend la parole : « Nous avons rendu, dit-elle, à la Convention, un juste tribut de reconnaissance dans l'adresse que nous avons lue à la barre ; nous lui devions aussi le tableau de notre conduite révolutionnaire depuis Taurore de la Révolution; nous l'avons déposé sur le bureau. Nous nous sommes empressés de vous le communiquer. Puisse ce faible travail, qui n'est qu'un récit pur, simple et fidèle de notre marche révolutionnaire depuis 1789, dissiper entièrement ce nuage qui a semblé vouloir nous dérober à la République! Des brigands, des conspirateurs avaient semé l'alarme dans notre malheureuse cité, y avaient agité les torches du fanatisme et secoué les brandons de la guerre civile ; mais, grâce aux vrais et sincères représentants du peuple, ces scélérats ont subi la peine due à leurs forfaits. » — La députation termine, après quelques autres observations, en témoignant les peines que la Société de Caen a éprouvées en apprenant l'assassinat commis contre deux représentants.

Le Président répond en ces termes : « Vous avez frémi, citoyens, à la nouvelle de l'attentat horrible médité contre deux des plus fidèles représentants du peuple, membres de cette Société, chers à la Révolution et à tous ses incorruptibles amis. C'est dans votre commune qu'a été comploté le meurtre de l'immortel Marat ; c'est de votre commune qu'est sorti le monstre qui est venu trancher le fil de ses jours précieux, avec toute la froideur de la scélératesse la plus consommée ; c'est dans votre commune qu'a été organisé le complot de cette conspiration, dont le but était de changer la forme de notre gouvernement en le fédéralisant. Yos yeux sont donc ouverts aujourd'hui; vous connaissez enfin ceux qui vous ont trompés et qui voulurent nous perdre. Leur supplice, justement mérité, et réservé à tous leurs complices, vous a calmé peut-être en vous effrayant ; les services que la République a droit d'attendre de vous, et dont vous venez de nous donner l'assurance, nous apprendront si vos serments sont bien sincères. La Société, qui ne veut point élever aucun doute fâcheux sur leur sincérité, ne s'opposera point à ce que vous jouissiez des honneurs de la séance. »

Taschereau demande que, si l'on rend compte au procès-verbal de l'adresse qui vient d'être présentée , on en retranche une réflexion qui ne convient pas dans la bouche des patriotes. Cette réflexion est

que la patrie est malheureuse d'être exposée aux coups des assassins *. Il déclare que la patrie ne peut pas être malheureuse, quand le despotisme qui l'opprimait a disparu. (Applaudi et adopte.)

Un membre annonce que la Société de Caen, a^ant reçu de la part de celle des Jacobins une lettre fraternelle, cette même Société de Caen la renvoya aux Jacobins avec une réponse maligne et insidieuse. Il demande que le Comité de correspondance donne des renseignements sur ce fait.

Un citoyen de la députation prend la j)arole pour déclarer que la lettre dont il s'agit est tombée entre les mains de quelques scélérats, qui ont compromis la Société en faisant une réponse très insidieuse. Il proleste que la Société de Caen, ayant été instruite de cela, écrivit aussitôt pour désavouer cette réponse.

Les dénonciations se succèdent contre l'esprit de la commune de Caen. — Un citoyen du département de la Mayenne fait part que les aristocrates se réfugiaient à Caen dans le commencement de la Révolution, et qu'ils y trouvaient asile et protection. — Lacombe, arrivant de cette commune, annonce qu'elle est encore fort éloignée de la Révolution, et qu'on n'y parle ni des armées, ni de la Convention nationale. La Société de Caen est accusée d'avoir souffert dans son sein un homme qui déclamait contre la Montagne. — Martinet demande quelles sont les arrestations salutaires qui ont été faites jusqu'à ce jour dans la commune de Caen, qui doit renfermer des partisans du fédéralisme.

Un des députés de cette Société entreprend de répondre aux dénonciations, en disant que tous les citoyens du Calvados qui ont été traduits au Tribunal révolutionnaire ont été reconnus innocents et mis en liberté. Quelques autres faits graves ayant été cités, Vadier prend la parole. « Ce qui prouve, dit-il, que les patriotes sont opprimés à Caen par l'aristocratie, c'est que l'on n'a envoyé ici que les innocents au Tribunal révolutionnaire, et que les aristocrates, qui devraient déjà être punis, n'}' ont pas encore paru. 11 est étonnant de voir à cette tribune des députés d'une Société prétendue patriotique de Caen venir s'apitoyer sur la patrie ; il est faux de dire que la patrie soit malheureuse lorsque les ennemis de la liberté sont punis et les patriotes en sûreté. Ce ne sont pas des phrases de palais que nous demandons, mais des expressions franches. Il est surprenant que, lorsqu'on parle d'assassinats commis dans la personne des représen-

1. On a vu que le Moniteur n'a pas donné cette phrase dans son compte rendu du discours du président.

160 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [28 mai 171)4]

tants, lorsque les tyrans emploient cette infâme et dernière ressource, ce soient des députés de Caen qui viennent se lamenter sur ces événements. Avez-vous oublié que l'assassin de Marat est sorti de cette commune? Lors de ce fameux assassinat, avons-nous vu ici des députations de Caen s'indigner d'un forfait aussi atroce? Non. Pourquoi donc en voyons-nous une aujourd'hui? Je ne vois dans cette démarche qu'une hypocrisie ou une peur masquée. Je demande que les députés, dont le maintien ne prévient pas en faveur de leur patriotisme, soient conduits au Comité de sûreté générale. [Applaudissements.)

Un membre fait observer que des intrigants s'imaginent souvent se donner un air de patriotisme en paraissant à la Société des Jacobins, et que ce but pourrrait bien être celui des députés de Caen. Il rappelle que c'est dans cette commune que deux représentants ont été arrêtés ; que Buzot et Barbaroux y tramaient naguère l'anéantissement de la République; que de là sont partis des écrits pernicieux qui ont fédéralisé plusieurs départements. Il déclare que ceux qui ont souffert toutes ces choses ne peuvent pas être devenus sincèrement les amis ardents de la République.

Après quelques débats, la Société adopte la motion de Vadier; elle arrête, en outre, que sa correspondance sera suspendue avec la Société de la commune de Caen, jusqu'à ce qu'elle soit délivrée des aristocrates qui l'oppriment.

[Une collecte est accordée à un jeune défenseur de la patrie, âgé environ de seize ans, blessé au service de la République; elle produit 118 livres. {Applaudissements). — La Société de Senlis présente deux cavaliers jacobins, qu'elle a montés et équipés à ses frais. {Applaudissements.) — Une députation de la Société populaire d'Avignon vient assurer les Jacobins que cette Société continue de surveiller et de livrer au glaive de la loi les scélérats et ceux qui sont ingrats envers leur patrie. Elle demande que les Jacobins veuillent bien ne pas cesser de fraterniser avec les patriotes avignonnais, qui, de leur côté, maintiendront avec zèle l'esprit public dans les lieux circonvoisins. Elle termine en demandant que les Jacobins invitent le Comité d'instruction publique de la Convention à faire un rapport sur les honneurs dus au patriote Lcscuycr, mort en défendant la patrie.]

Séance levée à dix heures.

SÉANCE DU H PRAIRIAL AN II f30 MAI 1794)

PRÉSIDENCE DE VOULLAND

Blanchet annonce à la Société qu'hier il a porté au citoyen Geffroy l'extrait du procès-verbal et la carte de Jacobin ; ce généreux citoyen l'a chargé de témoigner à ses frères les Jacobins la satisfaction qu'il avait de les voir prendre part à ses douleurs. [Applaudi.) — Le citoyen Bousseau, membre et archiviste de la Société, lui fait hommage d'un ouvrage de sa composition, intitulé : Les Crimes de la Monarchie et les Vertus de la République, discours au peuple français et à la Convention nationale. {Mention civique.)

[La Société populaire de Toulouse communique une circulaire qu'elle adresse aux habitants des campagnes. « Quelques malveillants, dit-elle, cherchent à vous égarer et à vous rappeler à des idées superstitieuses, que la sagesse de nos législateurs "déracine tous les jours. » La circulaire conclut ainsi : « Obéir religieusement aux lois, n'aimer ni les rois ni les prêtres, faire le bien, haïr le mal, soulager l'humanité malheureuse, aller au-devant des besoins de nos égaux, idolâtrer la vérité et pratiquer les vertus ; voilà ce que la Convention nous prescrit, et ce que notre raison nous permet de croire que rEterncl exige. » [Applaudi.) La même Société fait passer une adresse qu'elle a envoyée à la Convention pour la féliciter du décret du 18 floréal: « Qu'exige le Créateur de la nature, dit -elle? La pratique des vertus pour tout culte, et la destruction des vices pour sacrifice. ■» (Mention civique de ces deux adresses *.)]

Le Comité de présentation fait son rapport sur l'admission de deux citoyens. Il en résulte que les renseignements pris sur le compte de ces citoyens sont absolument à leur avantage; en conséquence, le Comité propose de les admettre à l'épuration : ce sont les citoyens Lemonnier et Hesnaud. La proposition du Comité est adoptée. — Le citoyen Hesnaud, présent à la séance, est admis par le scrutin au milieu des applaudissements.

Le citoyen Genest, officier de santé dans la commune de Choisysur-Seine, fait part que c'est lui qui a saisi le scélérat Saintanax, prévenu de complicité avec l'assassin de Collot d'Herbois : il s'applaudit d'avoir eu le bonheur de livrer entre les mains de la jus-

1. Cette partie entre crochets est résumée d'après le Journal de la Montagne. Tome VI. 11

162 SOCIETE DES JACOBINS [30 mai 1794]

tice un scélérat qui a prêché le royalisme et profané la cocarde tricolore.

Un citoyen de Nogent, département de la Haute-Marne, demande des défenseurs officieux pour un autre citoyen, l'un de ses associés dans la partie de la coutellerie, traduit au Tribunal révolutionnaire pour avoir fabriqué des poignards. Il annonce que ces prétendus poignards ne sont autre chose que des poinçons de bureau. Il en présente un échantillon.

Un membre demande le renvoi au Comité des défenseurs officieux. Dumas combat cette proposition, en demandant qu'aucun défenseur ne soit accordé en cette circonstance. Il déclare que le Tribunal doit être isolé, parce que la décision d'une affaire est dans la nature de la dénonciation et dans la conscience des jurés, et que d'ailleurs, ce Tribunal exerçant une justice sévère et prompte, les défenseurs officieux ne pourraient manquer de retarder sa marche. « Un négociant prévenu, dit-il, a pour lui sa correspondance, ses registres et l'objet du négoce pour lequel il est dénoncé. S'il a fabriqué des poinçons, il ne sera pas possible de les confondre avec des poignards. Il suffira, pour remplir le vœu du réclamant qui a paru à cette tribune, que le fait dont il a parlé soit recueilli par des membres du Tribunal, afin que l'on examine l'affaire avec attention. » — La Société passe à l'ordre du jour.

[La section des Gardes-françaises présente trois cavaliers armés et équipés à SCS frais. — Les Vétérans nationaux viennent féliciter la Société sur l'énergie qu'elle a montrée en faisant connaître le danger des Sociétés sectionnaircs. (Applaudissements.)]

Dumas prend de nouveau la parole pour prouver combien il est important de ne pas accorder à la légère des défenseurs officieux à tous ceux qui viennent en demander. Il fait part que le citoyen qui en a demandé aujourd'hui n'a pas dit toute la. vérité, et que le négociant traduit au Tribunal révolutionnaire n'est pas seulement accusé de fabrication de poignards, mais encore de marchés d'argent. H demande que l'on exécute à la rigueur l'arrêté portant qu'aucun défenseur officieux ne pourra être accordé sans que le Comité n'ait préalablement examiné l'affaire pour laquelle on en sollicite.

Nuandin annonce qu'une citoyenne âgée, qui fréquente les tribunes, a fait une chute aujourd'hui ; deux citoyennes, qui l'ont vue tomber, l'ont conduite chez elle avec humanité ; elles ont vu avec douleur que cette citoyenne logeait au sixième étage, et qu'elle était dans un pressant besoin. Il demande, en faveur de son patriotisme et de son indigence, une collecte pour cette citoyenne. — Cette propo-

sition est adoptée sans réclamation. La collecte a produit io2 livres.

Le citoyen Petit fait observer que la journée de demain est l'anniversaire du 31 mai ; il demande que, pour célébrer la mémoire d'un événement qui a sauvé la liberté, la Société se porte en masse à la Convention pour lui témoigner sa joie du bonheur que la France a eu de terrasser les Brissotins, et avec eux tous les ennemis de la Révolution. [Adopté.)

Les citoyens Moché, Richebrac et Retournât sont admis par le scrutin épuratoire.

Un citoyen du pays de Franchimonl., qui a reçu du Comité de salut public une mission particulière, demande à passer au scrutin. — Lacombe s'y oppose, en disant qu'il y a un arrêté portant que nul Liégeois ne pourra être admis qu'après un rapport du Comité de présentation. — Des dénonciations ayant été faites contre ce citoyen, Bentabole demande qu'elles soient communiquées au Comité de salut public, pour qu'il examine s'il y a lieu à continuer, d'après cela, les pouvoirs qu'il a conflés audit citoyen. [Adopté.)

{Le président fait lecture de deux lettres de Givet, annonçant que Jourdaa a battu Beaulieu et qu'il est à sa poursuite. Yifs applaudissements.]

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE VOULLAND

[La Société du Havre-Marat écrit que les militaires, de la garnison ont abandonné une partie de leur ration de viande fraîche pour faire du bouillon aux indigents. On applaudit.]

Une lettre de Langres attribue les divisions qui existent entre les citoyens de celte commune aux intrigues d'un prêtre envoyé à Paris pour se plaindre de quelques persécutions prétendues exercées contre les patriotes. — Un 77iembre arrivé de Langres fait part que celte commune renfermait autrefois sept à huit cents prêtres, seule cause du mauvais esprit qui règne dans ce pajs. Il demande, après quelques observations, le renvoi de la lettre précédente au Comité de sûreté générale. La Société adopte cette proposition, et arrête que l'opinant se transportera également à ce Comité, pour lui com-

164 SOCIETE DES JACOBINS [1" juin 1794]

muniquer les renseignements qu'il a pris dans la commune de Lan grès.

La Société d'Autun invite la Société des Jacobins à faire des démarches auprès de la (Commission de l'organisation et des mouvements des armées, pour obtenir un brevet de pension au citoyen Bouley, âgé de cinquante-quatre ans, qui a servi sa patrie avec dignité dans les armées, et qui s'est toujours montré bon époux et bon père. — Cette proposition, convertie en motion, est arrêtée.

l^a Société populaire de Ghâlons-sur- Marne communique une adresse qu'elle envoie à la Convention. «... Loin de nous, y est-il dit, ces cruels qui ne voient dans l'ouvrage de l'Auteur de la nature que l'effet du hasard, et qui, niant l'immortalité de l'âme, parce qu'ils ont la conscience gangrenée, osent ranger sur la même ligne les bons et les méchants ! Loin de nous aussi ces charlatans égoïstes, ces despotes subalternes, qui d'un Dieu juste et bon avaient fait un Dieu barbare et inflexible, un Dieu tel qu'il leur fallait pour couvrir leurs crimes ! Ces prêtres oisifs, ces célibataires corrompus, complices des ennemis du peuple, ne faisaient consister leur culte que dans des cérémonies bizarres et dans un jargon inintelligible. » Cette Société témoigne ensuite son indignation de l'assassinat tenté contre deux représentants du peuple, et félicite le brave Geffroy de son action héroïque.

Sur la proposition des Comités réunis, le citoyen Rousseau, membre et archiviste de la Société, est nommé rédacteur du Journal de la Montagne '.

[Une députation des nourrices des Enfants de la Patrie vient se plaindre de la mauvaise qualité de la nourriUirc qui leur est distribuée el de la modicité de leur traitements. Elles demandent que la Société leur nomme des défenseurs officieux pour faire faire dans leur maison les réformes nécessaires. La SociétQ nomme des commissaires pour examiner l'aflaire, el pour en rendre compte à la Société.]

CouTHON. — Si Barère n'était pas présent à la séance, je me ferais un grand plaisir de vous faire part des nouvelles avantageuses qui

1. En ttMe ilti numéro du 10 prairial au 11 (t. 111, p. .'JO.'J:, T. Rousseau annonce aux abonnés qu'il dirige le Journal de la Montaçjne. 11 dit qu' « un. des grands vices de ce journal était de manquer de cadre », et qu'il en a formé un, qu'il .suivra exactement; il promet d'y consacrer quatre colonnes aux séances et débats de la Société des Jacobins, et il tient à peu prés sa promesse. Les comptes rendus des séances et l'extrait de la correspondance des Jacobins donnés par le Journal de la Montagne sont signés T. Rousseau, à partir de la séance du 16 prairial, publiée dans le numéro du 18 (t. 111, p. 323\ Le compte rendu précédent était encore signé Aristide Valcour.

fier jLiN 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 165

ont été annoncées aujourd'hui à Ja Convention, et de vous dire comment les ennemis de la République continuent d'approvisionner les républicains; mais Barère est dans votre sein : je pense que vous serez contents de l'entendre ; je demande qu'il monte à la tribune, et qu'avant de vous donner les détails, il passe à l'épuration.

Cette double proposition est adoptée.

Barère est admis sans réclamation; de nombreux applaudissements accuetllent les nouvelles qu'il annonce.

[^Les administrateurs du district de Valognes font passer une lettre de félicitations qu'ils envoient au citoyen GefTroy. — Une dépuiaiion de la commune de Sceaux-V Unité présente la mère du jeune Bara, martyr de la liberté ; elle annonce que cette vertueuse citoyenne a deux fils dans les armées. {Applaudissements unanimes.) — Le président donne l'accolade fraternelle à la citoyenne Bara. — Couthon demande que la Société déclare qu'elle a vu avec une grande satisfaction la mère de Bara dans son sein, et qu'elle honore cette citoyenne vertueuse, qui a donne le jour à un héros. — Loys demande, par amendement, que la Société déclare qu'elle accepte l'offre qui a été faite par la commune de Sccaux-l'Unité des deux bustes de Bara et de Viala. La proposition, ainsi amendée, est adoptée.]

Les citoyens Fremanger, Mounier et Desfrues (sic) sont admis par le scrutin épuratoire.

Barère fait lecture du rapport qu'il a présenté aujourd'hui à la tribune de la Convention, et qui est relatif à l'éducation républicaine des jeunes sans-culottes français*. Le rapport, ainsi que le décret, est entendu avec des applaudissements réitérés.

Une collecte est accordée à un citoyen et à une citoyenne qui sont dans l'indigence ; elle a produit 179 hvres. Il en sera fait une nouvelle dans la prochaine séance, pour être partagée, ainsi que celle-ci, par égales portions entre ces deux personnes.

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE VOULLAND

[Le citoyen Fraissinet écrit de Nîmes, le 8 courant, que la récolte des cocons est si abondante cette année, que la soie sera à plus bas prix que

1. Il s'agit du rapport et du décret relatifs à la fondation de V Ecole de Mars. ^Moniteur, t. XX, p. G22;.

166 SOCIÉTÉ DES JACOBLNS |4 juin 1794]

le fil, la laine et le coton. Les oliviers, les vignes, pronietlcnt une récolte abondante. On applaudit. — La Société populaire de Nîmes envoie un discours prononcé, le décadi 10 floréal, dans le temple de la Raison. — Des transports de joie et des applaudissements multipliés accueillent la lecture de la capitulation que Dugommier a fait signer au général espagnol Navarre de Eugen. — Des covimissaires de la SocùHé de Tournan-l' Union (Seine-et-Marne) présentent un cavalier jacobin équipé et monté par leur Société. Us annoncent que leurs concitoyens recherchent avec ardeur le salpêtre. Ils ajoutent qu'ils partagent l'indignation générale contre ceux qui ont attenté à la vie des représentants du i)euple. On applaudit.

Les citoyens Soiiberbielle et Rcnaudin, nommés par la Société pour se rendre chez une citoyenne qui dernièrement fit une chute dans Tune des tribunes, rendent compte de leur mission. Il résulte de leur rapport que l'accident, qui d'abord avait paru grave, n'est en effet que léger. Ils ont trouvé cette resi)ectable patriote plus occupée de la Société des Jacobins que de son mal. Une seconde collecte, ordonnée en faveur de cette vertueuse républicaine et d'un autre citoyen, produit une somme de 85 livres. On arrête, de plus, que tous les papiers distribués à nos frères des tribunes seront exactement portés chez la convalescente, jusqu'au jour où son entier rétablissement lui permettra de revenir prendre sa place à nos séances.]

Différents honnmages sont faits à la Société. Le citoyen Perret, sculpteur, offre un plan du Jardin de la Révolution française, pareil à celui qu'il a présenté au Comité de salut public. Un autre artiste dépose la troisième livraison de la musique à l'usage des fêtes nationales. La Société arrête la mention civique de ces différents dons.

[Une lettre de Bar-sur-Aubc dénonce un nommé Gonet. — Un membre appuie cette dénonciation, et demande qu'elle soit portée au Comité de sûreté générale de la Convention. Adopté.

Un citoyen demande que la Société s'intéresse à Gâcher, maire de Troyes, qu'il présente comme une victime de Xavier Audouin, ci-devant adjoint à la 6"^ division de la guerre. David- De lis le, député de l'Aube, dit que Gâcher est un individu de mauvaise foi, qui cherche à se faire donner une pension à laquelle il n"a pas droit. Sur la proposition de David-Dclisie, la Société passe à l'ordre du jour'.

Bouin relève une expression de l'orateur de la députalion de Monl-Chalier, qui consiste à dire que la Société de cette commune est « la fille aînée des Jacobins ». Il se plaint de cette ligne de démarcation que l'on a plus d'une fois affecté de vouloir introduire entre les Sociétés, ainsi qu'entre les patriotes. Il invite les bons citoyens à s'élever fortement contre ces hérésies politiques, toutes les fois que l'erreur les avance à la tribune. Ces observations judicieuses sont applaudies. Le député de Mont-Clialier observe au même instant qu'il n'a pas dit que sa Société était la fille aînée, mais « la digne fille des Jacobins » ; ce qui, en effet, est très différent.]

1. Jusqu'ici, la partie entre crochets est donnée d'après le Journal de la Mon tagne.

Le citoyen Fouché (de Nantes), député, est nommé président de la Société ; le citoyen Monge, vice-président. Les nouveaux secrétaires sont les citoyens Louchet, député ; Rollin et Gros,

Les citoyens Mausiot, Pons, Minier et Lemel sont admis, après avoir subi le scrutin épuratoire.

Différentes adresses sont lues; des députations sont entendues.

Séance levée à dix heures.

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