‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 26 sur 187 · C'était le nom révolutlonnah'e de Sucy-en-Brie · texte numérisé non relu

C'était le nom révolutlonnah'e de Sucy-en-Brie

Jay {de Sainte-Foy] donne ensuite lecture du rapport qu'il a fait aussi au sujet de Guadet et de Salle, de Petion, de Buzot et de Barbaroux *.

Un autre înembj'e communique l'extrait d'une lettre de Jullien, commissaire de l'instruction publique, et envoyé dans le Midi par le Comité de salut public. Cette lettre confirme que Guadet et Salle ont enfin payé de leur tête leurs abominables complots, et que Petion, Buzot et Barbaroux sont arrêtés. « Nous les tenons, bien sûr ; » ce sont les propres expressions de la lettre. {Les plus vifs applaudissements retentissent dans toute la salle.)

Un membre annonce que des citoyennes se présentent pour dénoncer un membre qui, en ce moment, est dans son sein, et lequel a tenu les propos les plus contre-révolutionnaires; il demande que ces citoyennes soient entendues sur-le-champ.

Ces citoyennes indiquent aussitôt le membre qu'elles accusent. Cet événement excite un instant d'agitation, pendant lequel le dénoncé est sorti, accompagné de plusieurs membres, et à été conduit au Comité de sûreté générale.

Renaudin. — Tandis que vers Bordeaux l'on arrête des conspirateurs, il est ici des hommes qui ne sont pas moins perfides, et qui par conséquent ne doivent pas moins exciter votre surveillance. Je vous en dénonce un que voilà; il s'appelle Jaune. Je vous le dénonce pour un Hébertiste, qui a provoqué contre moi les atrocités que les conspirateurs provoquaient contre la Convention nationale, qui n'a pas craint de dire que les Cordeliers avaient raison, et que les Jacobins n'avaient pas le sens commun; je vous le dénonce pour avoir été auparavant l'ami des fédéralistes, ainsi que du contre-révolutionnaire Chàteau-Chabrillant et autres.

Renaudin invite en conséquence la Société à prononcer à l'égard de Jaune.

Celui-ci monte à la tribune ; il débute par nier tous les faits avancés par son dénonciateur, et demande à répondre devant les Comités de sûreté générale ou de salut pubhc.

La Société accède à cette proposition. Jaune et Renaudin se rendent aussitôt auprès de l'un des deux Comités.

On procède au scrutin épuratoire. Les citoyens Blaye, Dauveau, Reis, Delaville, Jamet, Geoffroy, Noël, Chardy, Chauvau, Faraud,

1. Ce rapport avait été fait à la Convention dans la séance du même jour. Moniteur^ t. XXI, p. 77. Le Journal de la Montagne et la Feuille de la République impriment par erreur Boucher au lieu de Jay.

192 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2G juin 1794]

Lequeiir, Potier, Tombe, Morel, Troqueau (liégeois), Dasteinville, Croupart, Vachet, Bresson, Moulins et Renaud sont admis *.

Le pi'ésident, après avoir fait l'annonce d'un don patriotique fait par une citoyenne des tribunes, et consistant en un paquet de charpie, lève la séance.

LU

PRÉSIDENCE DE LOUIS (dU BAS-HIIIN)

[La Société renvoie à son Comité des défenseurs officieux une lettre de déserteurs sous l'ancien régime, rentrés ])Our défendre la République, et qui demandent des secours. — La Société ordonne l'insertion de plusieurs lettres au Journal de la Montagne. Elle renvoie aux Comités de salut public et de sûreté générale les dénonciations i)résentées dans la correspondance. — Une lettre de Fécamp dénonce un ex-noble, nommé Benoît, qui s'est fait mettre en réquisition pour l'exploitation du salpêtre, afin de ne point partir pour l'armée. La Société arrête qu'elle renverra au Comité de salut public tous les faits de cette nature qui j)arvicndront à sa connaissance. — Blanchet annonce que Geiïroy est rétabli, qu'il ira demain à la Convention renouveler le serment de défendre l'unité, l'indivisibilité de la République, et qu'il viendra à la prochaine séance des Jacobins remercier la Société de l'avoir admis parmi ses membres.]

Robespierre^. — Il est temps peut-être que la vérité fasse entendre dans cette enceinte des accents aussi mâles et aussi libres que ceux dont cette salle a retenti dans toutes les circonstances oîi il

1. Nous n'avons pas toujours pu identifier les noms qui figurent dans les listes d'épuration et d'admission. Nous adoptons de préférence l'orthographe donnée par la Feuille de la République, car dans toutes les vérifications qui nous ont été possibles, nous avons remarqué que ce journal était celui qui déformait le moins les noms propres. Dans le cas présent, nous avons jugé préférable d'imprimer d'après lui Troqueau liégeois, au lieu de mettre, comme le Journal de la Montaane et le Moniteur, Troqueau , Liégeois ; de même Dasteinville, au lieu de Desteinville.

2. Le Journal de la Montagne et le Moniteur, qui le reproduit, indiquent seulement que Robespierre a parlé, et promettent de donner ultérieurement son discours. Après le compte rendu de la séance des Jacobins du 13 messidor, dans le Journal de la Montagne, T. Rousseau insère la note suivante : « Nous sommes forcés de remettre au prochain numéro le reste de cette intéressante séance. ■Quant au discours prononcé par Robespierre dans la séance du 9, et que nous avons promis de faire paraître textuellement, comme les notes qu'on nous en a remises n'ont pas tout le mérite de l'exactitude que nous désirons, nous atten-

s'est agi de sauver la patrie. Quand le crime conspire dans l'ombré la ruine de la liberté, est-il, pour des hommes libres, des moyens plus forts que la vérité et la publicité ? Irons-nous, comme les conspirateurs, concerter dans des repaires obscurs les moyens de nous défendre contre leurs efforts perfides? Irons-nous répandre l'or et semer la corruption ? En un mot, nous servirons-nous contre nos ennemis des mêmes armes qu'ils emploient pour nous combattre? Non. Les armes de la liberté et de la tyrannie sont aussi diflFérentes que la liberté et la tyrannie sont opposées. Contre les scélératesses des tyrans et de leurs amis, il ne nous reste d'autre ressource que la vérité et le tribunal de l'opinion publique, et d'autre appui que les gens de bien.

On juge de la prospérité d'un État, moins par les succès de l'extérieur que par l'heureuse situation de l'intérieur. Quand les factions sont audacieuses, quand l'innocence tremble pour elle-même, la République n'est pas fondée sur des bases durables.

Je dénonce ici, aux gens de bien, un système odieux qui tend à soustraire l'aristocratie à la justice nationale, et à perdre la patrie en perdant les patriotes ; car la cause de la patrie et celle des patriotes, c'est la même chose. De tout temps les ennemis de la patrie ont voulu assassiner les patriotes au physique et au moral. Aujourd'hui, comme dans tous les temps, on s'efforce de jeter sur les défenseurs de la République un vernis d'injustice et de cruauté; on dénonce comme des attentats contre l'humanité la sévérité employée contre les conspirateurs. Celui qui protège et favorise ainsi les aristocrates combat par là même les patriotes ; il faut que la Révolution se décide par la ruine des uns ou des autres. L'homme humain est celui qui se dévoue pour la cause de l'humanité, et qui poursuit avec rigueur et avec justice celui qui s'en montre l'ennemi ; on le verra toujours tendre une main secourabk à la vertu outragée et à l'innocence opprimée. Le barbare est celui qui, sensible pour les conspirateurs, €st sans entrailles pour les patriotes vertueux ; les mêmes hommes qui se laissent attendrir pour l'aristocratie sont implacables pour les patriotes. La faction des indulgents sont des termes par lesquels on a cherché à caractériser les anthropophages dont l'humanité coudrons pour le donner que l'auteur nous ait mis à même de le faire imprimer, conformément aux vœux de la Société. » — Ce discours est celui qui est donné sous la date erronée du 13 messidor par le Journal de la Montagne, et reproduit avec la même fausse indication de date par le Moniteur. Une analyse courte, mais assez précise, du discours de Robespierre, placée à la fin du compte rendu de la séance des Jacobins du 9 messidor, dans la Feuilté\de la République, nous a permis de rectifier l'erreur de date que nous avons signalée.

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