Tome VI
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sÎBte à parer les coups portés aux ennemis de l'humanité, pour leur donner la facilité d'en porter des nouveaux aux patriotes. Ce système ne doit avoir d'autre nom que celui de contre-révolutionnaire, parce qu'il tend à égorger les défenseurs de la patrie, et à jeter sur eux une teinte affreuse de cruauté. La faction des indulgents est confondue avec les autres : elle en est l'appui et le soutien. Le premier devoir d'un bon .citoyen est donc de la dénoncer en public. Je ne prendrais pas aujourd'hui la parole contre elle, si elle n'était pas devenue assez puissante pour essayer de mettre des entraves à la marche du gouvernement.
Tandis qu'un petit nombre d'hommes s'occupe avec un zèle infatigable aux travaux qui leur sont imposés par le peuple, une multitude de fripons et d'agents de l'étranger ourdit dans le silence une combinaison de calomnies et de persécutions contre les gens de bien. Déjà sans doute on s'est aperçu que tel patriote qui veut venger la liberté et l'affermir est sans cesse arrêté dans ses opérations par la calomnie, qui le présente aux yeux du peuple comme un homme redoutable et dangereux. Elle fait donner à la vertu l'apparence du crime, et à la bassesse du crime la gloire due à la vertu. Chaque jour elle invente de nouveaux forfaits pour réussir dans ses affreux complots ; ce sont les indulgents qui ne cessent de s'en servir comme d'une arme terrible. Cette faction, grossie des débris de toutes les autres, réunit par le même lien tout ce qui a conspiré depuis la Révolution ; elle a profité de l'expérience, pour renouer ses trames avec plus de perfidie ; aujourd'hui elle met en œuvre les mêmes moyens employés jadis par les Brissot, les Danton, les Hébert, les Chabot, et tant d'autres scélérats. Plusieurs fois on a vu les Comités de salut public et de sûreté générale attaqués en masse ; aujourd'hui, on aime mieux attaquer les membres en particulier, pour parvenir à briser les faisceaux. Autrefois on n'osait pas diriger ses coups contre la justice nationale ; aujourd'hui on se croit assez fort pour calomnier le Tribunal révolutionnaire et le décret de la Convention concernant son organisation ; l'on va même jusqu'à révoquer en doute sa légitimité. Vous sentez toute l'importance de cette machination ; car détruisez la confiance accordée aux patriotes,'et alors le gouvernement révolutionnaire est nul, ou il est la victime des ennemis du bien public , et alors l'aristocratie triomphe. Détruisez le Tribunal révolutionnaire, ou composez-le de membres agréables ou factieux ; comment pourrez-vous espérer de rompre les fils des conspirations, si la justice est exercée par les conjurés eux-mêmes ?
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Les despotes et leurs satellites savent bien que, lorsqu'un patriote succombe, d'autres patriotes succombent aussi, et la cause du patriotisme éprouve le même sort. Ils croient pouvoir nous amener à nous détruire les uns les autres, par la défiance qu'ils veulent exciter parmi nous. Il affectent de présenter aux citoyens les travaux de la Convention nationale comme ceux de quelques individus. On a osé répandre dans la Convention que le Tribunal révolutionnaire n'avait été organisé que pour égorger la Convention elle-même : malheureusement cette idée a obtenu trop de consistance. En un mot, je le répète, aujourd'hui les premières tentatives faites pour détruire la liberté sont renouvelées avec des formes plus respectables. Le plus haut degré du courage républicain est de s'élever au-dessus des considérations personnelles, et de faire connaître, au péril de sa vie et même de sa réputation, les perfidies de nos ennemis. Quant à moi, quelques efforts que l'on fasse pour me fermer la bouche, je crois avoir autant de droit de parler que du temps des Hébert, des Danton, etc. Si la Providence a bien voulu m'arracher des mains des assassins, c'est pour m'engager à employer utilement les moments qui me restent encore.
Les défenseurs de la patrie ont à combattre ordinairement les assassins et les calomniateurs; mais il est affreux d'avoir à répondre en même temps et aux uns et aux autres. Qu'un homme arrange dans un cercle des actes d'accusation contre les patriotes, c'est un phénomène qui se réalise aujourd'hui. Les assassins et les calomniateurs sont les mêmes hommes envoyés ici par le tyran de Londres. On lit dans les papiers payés par l'Angleterre les mêmes choses que disent chaque jour des Français que je dénonce comme agents de l'Angleterre et de la tyrannie.
Qu'il me soit permis de parler de moi dans une affaire qui n'est pas bien importante pour moi du côté de l'intérêt personnel. A Londres, on me dénonce à l'armée française comme un dictateur ; les mêmes calomnies sont répétées à Paris ; vous frémiriez si je vous disais dans quel lieu. A Londres, on a dit qu'en France la calomnie avait réussi, et que les patriotes étaient divisés; à Londres, on fait des caricatures, on me dépeint comme l'assassin des honnêtes gens, des libelles imprimés dans les presses fournies par la nation elle-même me dépeignent sous les mêmes traits. A Paris, on dit que c'est moi qui ai organisé le Tribunal révolutionnaire, que ce Tribunal a été organisé pour égorger les patriotes et les membres de la Convention; je suis dépeint comme un tyran et un oppresseur de la représentalion nationale. A Londres, on dit qu'en France on imagine de pré-
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tendus assassinats pour me faire entourer d'une garde militaire. Ici ion me dit en parlant de la Renault, que c'est sûrement une affaire d'amourette, et qu'il faut bien croire que j'ai fait guillotiner son amant. C'est ainsi que l'on absout les tyrans, en attaquant un patriote isolé, qui n'a pour lui que son courage et sa vertu.
[(.(Robespierre, s'écrie un citoyen des tribunes^ tu as tous les Français pour toi. »)
Robespierre. — La vérité est mon seul asile contre le crime; je ne veux ni de partisans, ni d'éloges : ma défense est dans ma conscience. Je prie les citoyens qui m'entendent de se rappeler que les démarches les plus innocentes et les plus pures sont exposées à la calomnie, et qu'ils ne peuvent rien faire que les tyrans ne cherchent à le tourner contre eux.
Quelle doit être la conduite des amis de la liberté, lorsqu'ils se trouvent dans la misérable alternative ou de trahir la patrie, ou d'être traités de tyrans, d'oppresseurs, d'hommes injustes et avides de sang, s'ils ont le courage de remplir leurs devoirs et la tâche que leur impose la Convention, et de préférer l'innocence opprimée à la horde exécrable des scélérats qui conspirent contre la liberté ? Trahissez la patrie d'une manière ariroite : bientôt les ennemis du peuple sont à votre secours. Défendez la cause de la justice : vous ne pourrez pas dire une parole sans être appelé tyran et despote, vous ne pourrez pas invoquer l'opinion publique sans être désigné comme un dictateur. Ceux qui défendent courageusement la patrie sont exposés comme ils l'étaient du temps de Brissot ; mais je préférerais encore au moment actuel celui où je fus dénoncé par Louvet, sous le rapport de ma satisfaction personnelle ; les ennemis des patriotes étaient alors moins perfides et moins atroces qu'aujourd'hui. L'accusation de Louvet est renouvelée dans un acte trouvé parmi les papiers du secrétaire de Camille Desmoulins, ami du conspirateur Danton; cet acte était près de paraître, lorsque le Comité de sûreté générale l'a découvert et l'a renvoyé au Comité de salut public. Les conjurés y citent tout ce qui s'est passé dans la Révolution à l'appui de leur dénonciation contre un prétendu système de dictature. A examiner l'absurdité de la dénonciation, il serait inutile d'en parler ; des calomnies aussi grossières ne sont pas faites pour séduire les citoyens, mais on verra qu'elles n'étaient préparées que comme un manifeste qui devait précéder un coup de main contre les patriotes. Que direz-vous, si je vous apprends que ces atrocités n'ont pas semblé révoltantes à des hommes revêtus d'un caractère sacré, que parmi nos collègues eux-mêmes il s'en est trouvé qui les ont colportées ?
Robespierre, après avoir fait observer que toutes les calomnies des tyrans et de leurs stipendiés peuvent jeter une sorte de découragement dans l'âme des patriotes, invoque pour appui la vertu de la Convention nationale, vertu qui donne la force de résistance, et l'obligation de mettre sous ses pieds les intérêts de l'amour-propre, et de ne pas se laisser ébranler par les efforts redoublés des calomniateurs ; il invoque aussi le patriotisme et la fermeté des membres <les Comités de salut public et de sûreté générale, ainsi que la vertu des citoyens zélés pour les intérêts de la République ; il représente que ce ne sont pas des applaudissements et des éloges qui sauveront la liberté, mais une vigilance infatigable ; il invite donc les bons citoyens à dénoncer les actes d'oppression, à observer et dévoiler les intrigues étrangères.
« Quand les circonstances se développeront, continue-t-il, je m'expliquerai plus au long ; aujourd'hui, j'en ai dit assez pour ceux qui sentent. 11 ne sera jamais au pouvoir de personne de m'empêcher de déposer la vérité dans le sein de la représentation nationale et des républicains. Il n'est pas au pouvoir de tyrans et de leurs valets de faire échouer mon courage. Qu'on répande des libelles contre moi, je n'en serai pas moins toujours le même, et je défendrai la liberté et l'égalité avec la même ardeur. Si l'on me forçait de renoncer à une partie des fonctions dont je suis chargé, il me resterait encore ma qualité de représentant du peuple, et je ferais une guerre à mort aux tyrans et aux conspirateurs. »
Séance levée à dix heures et demie.
PRÉSIDENCE DE LOUIS (dU BAS-RHIN)
[Le citoyen Geffroy et sa famille, accompagnés de plusieurs citoyens de sa section, se présentent à la séance au milieu des applaudissements. Il remercie la Société de l'avoir admis parmi ses membres. Le Président le félicite. Le président remplit ensuite le vœu de l'assemblée en donnant à Geffroy, ainsi qu'à son épouse, ses enfants et à Collot d'Herbois, l'accolade fraternelle.
« En voyant ici Geffroy et sa famille, dit Collot d'Herbois, ou plutôt en voyant une famille de républicains se réunir à la grande famille des républicains, c'est se représenter l'image des vertus républicaines. Nous voyons
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un père el une mère dévoués à la pairie, et dos onfanls qui vivent et croissent pour la patrie. Ne sont-cc pas là vos sentiments, citoyens et citoyennes ? (<f Oui, oui ! » s'ëcrie-t-on de toutes parts). 11 est beau de voir aussi se retracer les sentiments qui animent tous les républicains ; ils sont l'image des soins que nous aurions voulu rendre à Geiïroy dans ceux que lui ont donnés Rufin et Legras ; mais notre estime aussi a contribué à sa guérison ; elle la fortifiera, et les victoires que nous apprenons achèveront de consolider son rétablissement.
Nolin invite la Société à ne {)as perdre de vue que, lorsque nous triomphons au dehors, les émissaires de Pitt redoublent d'elTorts et d'activité dans l'intérieur de la République. « Cardons-nous donc, dit-il, de rien perdre de cette attitude, de cette surveillance et de cette énergie qui seules déconcertent tous les projets liberticides. »]
Veau annonce l'arrivée et la présence à la séance de Jeanbon Saint- André, qui, après avoir reçu l'accolade du président, monte à la tribune au milieu des applaudissements, et dit : « Il me serait impossible d'exprimer les sentiments de ma reconnaissance pour les marques d'estime que vous me témoignez. La Convention nationale et le Gomité de salut public m'avaient chargé d'une entreprise importante et pénible ; je m'en suis acquitté aussi bien qu'il m'a été possible ; j'aurais désiré pouvoir mieux faire encore. Nous avons garanti le convoi de la rapacité anglaise. 11 était destiné pour un peuple que Pitt voulait affamer, mais pour un peuple qui a le droit de vivre, puisqu'il a la volonté d'être libre. Ne soyez point surpris, quand je vous dirai que les agents de Pitt inondent la République , car il était si bien instruit de tout qu'il nous avait devancés sur la route du convoi. »
(L'orateur fait ici le récit des opérations et des manœuvres qui ont eu lieu de part et d'autre pendant cette expédition.)
« Les deux armées en présence, continue-t-il, se sont battues avec tant de chaleur et avec un tel acharnement que l'histoire ne fournit aucun exemple d'un pareil combat naval. Jamais artillerie n'a été mieux servie ni plus active. Après quatre heures de combat, les Anglais cessèrent leur feu les premiers, et, si tous nos capitaines se fussent également bien conduits, les Anglais ne pourraient pas se vanter d'avoir un seul de nos vaisseaux. Notre but était de sauver le convoi ; c'était ce dont nous étions chargés, et c'était là ce que nous devions faire, sans nous mettre en peine des dangers que nous pouvions courir. Notre but est parfaitement rempli. Le convoi est entré en entier dans le port de Brest, quoique Pitt ait dit qu'il avait été emmené et vendu à Londres ; il n'y manque pas un bâtiment. De cent dix-sept voiles chargées en Amérique, la cent dix-septième avait péri en route par une fausse manœuvre. L'Anglais n'a pu tenir la
mer ; il a été obligé de regagner ses ports, étant réduit à la plus grande détresse, et délabré. Cependant, après la bataille, nous pensâmes avec raison que le convoi n'était pas hors de tout danger ; car l'ennemi avait envoyé douze gros vaisseaux de ligne, montés par ses généraux les plus expérimentés, pour intercepter ce convoi dans les atterrages vers les ports de la République. Nous fûmes donc audevant de ces douze vaisseaux, qui bientôt prirent la fuite, et que nous poursuivîmes à la distance convenable; après quoi, nous levâmes la chasse pour aller au convoi et le conduire au port. »
Jeanbon Saint-André rapporte plusieurs traits particuliers de bravoure. <f Nous avons vu des hommes, dit-il, se dévouer à des périls certains; des canonniers ne voulant jamais abandonner leurs pièces; un adjudant, blessé au bras, faire panser sa blessure et retourner à son poste, et, blessé de nouveau, se consoler de ne pouvoir continuer en criant : Vive la République ! Un jeune citoyen, ayant la jambe cassée, s'aperçoit, au moment où on l'emporte, qu'on allait tirer le canon ; il demande à être témoin de l'effet ; voyant que le
boulet frappait à bord de l'ennetni : « Ah I b , s'écrie-t-il, tu
voulais avoir ce vaisseau ; tu ne l'auras pas. » Le capitaine du vaisseau la Montagne^ ayant les deux cuisses emportées, dit : « Assurez le représentant du peuple que je fais en mourant des vœux pour la République. » Il me serait impossible de rapporter tous les traits de bravoure qui ont si^alé cette expédition. J'ai recommandé expressément aux capitaines de les recueillir et de me les adresser ; cette correspondance excitera la plus vive satisfaction. Dans les hospices, les blessés et malades ne désirent leur prompte guérison que pour retourner aussitôt au combat. Avant de partir de Brest, j'y ai laissé une flotte formidable, prête à sortir au premier ordre du Comité de salut public. Les travaux s'y continuent avec la plus grande activité. Les ouvriers travaillent comme les soldats se battent. Je ne doute pas que nous ne soyons vainqueurs sur mer comme sur terre, et la République affranchira cet élément de la tyrannie anglaise. Vous combattez, avec des vertus, des hommes qui n'en ont pas. Or, dans les décrets de l'Auteur de la nature, si le vice peut quelquefois l'emporter un instant sur la vertu, en dernière analyse la vertu finit toujours par écraser le vice.
La Société populaire de Belleville renouvelle ses sentiments de fraternité : elle annonce qu'elle s'est épurée, et présente un cavalier jacobin, qui jure de ne quitter son poste que lorsque les tyrans seront détruits. — Le Président répond, et donne l'accolade fraternelle au cavalier et à la députation, au bruit de vifs applaudissements excités
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par le rapport de Jeanbon Saint-André, et renouvelés au récit rapide que fait Collot (VHerbois des nouvelles annoncées à la Convention. « Je n'entreprendrai pas, dit-il, dans cet instant, d'entrer dans le détail des avantages de ces victoires. Ce sont les vertus qui ont combattu les crimes et les tyrans : les crimes ont été abattus, et les tyrans et leurs esclaves se sont retirés consternés et en division. Le Bon, qu'on avait calomnié, a pris, dans le département où il était en mission, des mesures qui ont beaucoup contribué à ces victoires. Les représentants du peuple ont donné au courage toute son extension ; les généraux aussi ont fait leur devoir. Ce sont les principes, ce sont les vertus du peuple qui partout sont mis en pratique. Nous voyons Jeanbon Saint- André, nous verrons aussi Robespierre*, qui a eu sa part aux succès de l'armée d'Italie ; nous voyons Geffroy ; et quand chacun concourt ainsi au salut de la patrie, son triomphe ne peut pas être douteux. »
La section des Invalides présente deux cavaliers jacobins. La Société applaudit, et le président, après leur avoir fait une réponse pleine de vérités et de sentiments républicains, leur donne l'accolade fraternelle.
SÉANCE DU 13 MESSIDOR AN II (l«r JUILLET 1794)
PRÉSIDENCE DE LOUIS (dU BAS-RHIN)
Un membre informe la Société que, l'un des commissaires introducteurs demandant la carte à un garde nationale qui se présente pour entrer, celui-ci ne fait, pour toute réponse, que lui montrer la place d'un bras qu'il a perdu dans les combats, et passe. La Société, satisfaite de cette réponse si éloquente, quoique muette, en ordonne la mention au procès-verbal. — On donne lecture de deux lettre? .écrites par des républicains de Montargis : l'une accompagne le testament d'un prêtre fanatique et autres pièces de ce genre ; l'autre missive dénonce un jugement du tribunal criminel du département du .Loiret. On ordonne le renvoi de ces deux lettres, avec les pièces, au Comité de sûreté générale.
[La Société révolutionnaire de Sens écrit pour rendre compte d'une 1. Il s'agit de Robespierre jeune.
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scène sanglante dont la commune de Vaudeurs a été le théâtre, le l*'" messidor. « Ce malheureux pays était devenu une petite Vendée : l'erreur, l'imposture, le crime, la scélératesse aristocratique et fanatique semblaient y avoir établi leur repaire; cependant, grâce à l'énergie républicaine de nos braves frères d'armes, ces monstres qui, dans cet antre infect, avaient conjuré la perte de la République, et qui brûlaient de la soif du sang des pa^iriotes, ou sont anéantis, ou vont subir incessamment le supplice qui attend tôt ou tard les traîtres infâmes et les contre-révolutionnaires. Malgré la valeur et le nombre de nos frères, cinq d'entre eux sont tombés sous le fer des brigands, entre autres le commandant de légion, vieillard de soixante-seize ans. -Nous comptons dix-neuf blessés. Le citoyen Maure, représentant du peuple, a donné, dans cette circonstance, comme dans toutes les autres, des preuves de son ardent amour pour la patrie, de son zèle et de son humanité. Nous ne saurions trop nous louer du courage et de l'intrépidité qu'ont déployés nos gardes nationaux ; l'action a été chaude ; elle devait l'être, car ces vils brigands, ennemis jurés de la République, voyant leur perte assurée, ne virent d'autre ressource pour eux que dans l'espoir abominable de vendre le-.ir vie le plus chèrement qu'ils pourraient. »
Le Président lit deux lettres que la 'Société l'avait chargé d'écrire à une citoyenne et à son fils, retenu dans ses foyers pour la guérison de ses blessures.]
Les représentants du peuple près l'armée des Pyrénées occidentales font passer des détails sur une victoire des républicains, qui ont mis en déroute quatre mille Espagnols commandés par Caro et uq juarquis d'Escalante. Ce dernier avait pris la fuite sans donner aucun ordre pour la retraite. Les postes du rocher de la Croix-des- Bouquets et quelques autres ont été défendus avec cette intrépidité dont les hommes libres peuvent eux seuls donner Texemple. {Applaudissements unanimes.)
Une très jeune citoyenne^ aveugle-née^ se présente à la tribune, pour témoigner à la Société sa reconnaissance de ce qu'elle lui a donné les moyens de se procurer les secours que la loi lui accorde ; elle se met sous les auspices des Jacobins, et les invite à lui continuer leur appui tutélaire et leurs soins bienfaisants. — Le Président lui répond qu'il est de la destinée des Jacobins d'inspirer non seulement la terreur aux despotes et à leurs partisans, mais encore de voler au-devant des besoins de leurs frères infortunés, et d'être partout les soutiens de ceux qui réclament leur aide et leur appui.
Collot d'Herbois présente à la Société le brave militaire qui, après avoir été fait prisonnier, est parvenu à arracher un drapeau aux ennemis, à s'échapper de leurs mains et à rejoindre son bataillon. Ce soldat républicain, qui a reçu le matin un tribut de satisfaction de kl part de la Convention, reçoit du président de la Société l'accolade fraternelle. Il monte ensuite à la tribune, et raconte d'une manière
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aussi naïve que détaillée les circonstances qui ont accompagné son action mémorable ; il proleste que son intention est de retourner le plus tôt qu'il pourra sur la frontière, d'y combattre les esclaves, et d'y défendre la République jusqu'à la mort. — La Société applaudit à plusieurs reprises à ce récit, et elle arrête, sur la motion d'un membre, qu'extrait du procès-verbal sera délivré à cet intrépide guerrier.
Des officiers faits prisonniers à Landrecies, et qui se sont échappés du milieu des féroces Autrichiens, viennent pour se plaindre de n'avoir reçu qu'un mois de leur solde; ils demandent des défenseurs officieux pour obtenir par leur entremise ce qui leur -est dû. La Société envoie la demande à son Comité des défenseurs officieux. — Un de ces militaires prend la parole, au nom de ses frères d'armes, pour protester qu'ils ne dégénéreront jamais des républicains, et pour jurer, avant que de retourner aux armées, non pas qu'ils mourront, mais qu'ils vivront pour vaincre les ennemis du peuple français.
Loys demande que le Comité des défenseurs fournisse ce qui est nécessaire aux réclamants, pour satisfaire à leurs besoins du moment, et qu'il prenne les moyens les plus expéditifs pour leur faire obtenir ce qui leur revient. — Barère^ après avoir combattu cette proposition, demande que ces militaires répondent à la sollicitude des citoyens, et leur donnent connaissance de ce qui s'est passé à Landrecies, relativement à la capitulation honteuse de cette place ; il dit à la Société que les patriotes qui défendaient Landrecies ont bravement combattu les satellites des tyrans, et qu'ils ont mieux aimé périr tous glorieusement les armes à la main que de consentir à la défection opérée par une partie de leurs compagnons d'armes. — Un des officiers pétitionnaires déclare que le conseil de guerre qui a fait la capitulation n'en a donné aucune connaissance à la garnison ; que toute la ville était incendiée, mais que les remparts étaient encore en état de soutenir l'assaut; qu'on avait assuré aux soldats qu'il ne restait plus que pour vingt-quatre heures de poudre, et que l'ennemi avait été introduit dans la place sans que la garnison ait pu s'y opposer, puisqu'on se garda bien de lui en parler, — Un autre de ces mêmes officiers annonce que le Tribunal révolutionnaire donnera sur cette affaire les détails les plus essentiels, attendu que le général qui commandait à Landrecies, et l'adjudant général Lamarche, qui tous deux paraissent avoir fait ou du moins accepté la capitulation, ont été arrêtés et conduits à la Conciergerie.
Les pétitionnaires sont renvoyés au Comité de salut public.
PRÉSIDENCE DE LOtJIS (dU BAS-REIN)
Un citoyen prend la parole pour relever une erreur qui s'est glissée dans la rédaction du procès-verbal de la dernière séance. « Ce n'est pas, dit-il, l'adjudant général Lamarche qui a été conduit à la Conciergerie avec le général commandant à Landrecies, mais l'adjudant général Frémont. »
[Une dépittation déjeunes élèves de l'Ecole de Mars paraît à la tribune; Gauthier, l'un d'eux, porte la parole en leur nom, e^ prononce un discours qui se termine par les mots suivants : « La France nous contemple, les Jacobins nous observent, la gloire de la République nous électrise, la patrie parle, la sainte humanité revendique ses 'droits ; nous voilà prêts à tout entreprendre pour les faire triompher. Le ciel nous seconde. Déjà les nations étrangères effacent la rouillé de l'antique servitude, et attendent de nouveaux Décius français. La postérité couvrira nos tombeaux des fleurs de l'amitié, des lauriers de la victoire, et les arrosera des larmes du sentiment. (Vifs applaudissements.) — « Espoir de la patrie, répond le Président, vous remplirez dignement son attente ; elle se flatte que vous conserverez la liberté conquise par vos pères. La Société reçoit avec satisfaction les serments que vous venez de prononcer, et vous reçoit avec sensibilité dans son enceinte. »
— L'orateur répond que tous les élèves de l'École de Mars sont des admirateurs zélés de Bara et de Viala. (Nouveaux applaudissements, au milieu desquels le président donne l'accolade fraternelle à l'orateur de la députation.)
— Une citoyenne annonce que la mère de ce jeune homme, qui manifeste de si heureuses dispositions, fréquente habituellement les tribunes de la Société. (Nouvelles marques de satisfaction.) — La Société de Reims informe la Société qu'elle vient d'ouvrir une souscription pour l'armement d'une frégate. — La Société populaire de Nîmes fait passer une adresse qu'elle envoie à la Convention, pour la féliciter sur le décret portant qu'il ne sera fait aucun prisonnier anglais.]
Veau présente, au nom des quatre Comités, la liste de plusieurs citoyens qui, après avoir passé au scrutin épuratoire, sont admis par la Société comme membres de son Comité d'administration.
Sur la proposition de Renaudin, le citoyen Magnain, nouveau juré du Tribunal révolutionnaire, est admis par le scrutin épuratoire. Les citoyens Duquesnel, Hannoyer, Laurent, Potheret et Paillet sont aussi admis après la même épreuve.
Une députation des nourrices des Enfants de la Patrie vient té-
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moigner sa reconnaissance des soins que la Société a pris pour elles. Après avoir invité les Jacobins à se montrer toujours leur appui, elles demandent que Ton s'occupe à mettre une juste proportion dans leurs appointements, et qu'on accorde à une nourrice la permission de garder un élève pendant plus d'un mois. — Renvoyé au Comité de salut public.
Dumas présente quelques réflexions sur la nécessité d'abolir les abus de cette maison. « La Commission des secours publics, dit-il, s'occupe de cette réforme ; son travail est prêt. » Après diverses observations sur l'utilité de cet établissement, il termine par assurer qu'il est de la plus grande importance que le nombre des nourrices soit assez grand pour qu'un enfant reçoive en arrivant les secours nécessaires. « Et il faut, ajoute-t-il, que le choix des nourrices soit tel qu'on n'en puisse trouver une seule qui ne soit aussi bien constituée au physique qu'estimable au moral, comme celles qui, jusqu'à ce jour, ont rempli les premières et importantes fonctions de la maternité ». — La Société accueille les observations de Dumas et les pétitionnaires, parmi lesquelles on remarque une jeune Africaine, qui nourrit deux enfants, l'un blanc et l'autre noir.
La séance est terminée par la lecture du rapport intéressant de Barère sur les succès des armées de la République. Cette lecture est fréquemment interrompue par les plus vifs applaudissements.