PRÉSIDENCE DE LOUIS (DU BAS-RUIN
[La Société populaire de Castillan, département du Bec-d'Ambès, écrit à celle de Paris qu'on a trouvé dans un champ les cadavres de plusieurs giron-^ dins, qu'on croit être Barbaroux, Potion et Buzot, — La Société populaire, de Salins fait passer des détails sur la fête de l'Être suprême, célébrée dans cette commune. — Le Club national de Bordeaux fait passer une adresse à la Convention, dans laquelle il se félicite do la mort de Guadet, de Salle et de Barbaroux. — Les Sociétés populaires de Gien, de Perpignan et de Foix envoient des adresses dans lesquelles elles témoignent toute l'indignation que leur inspirent les assassinats tentés sur la personne de deux représentants du peuple. — La Société d'Arles annonce que la municipalité a mis tous les habitants en réquisition pour la moisson. — Agricole Moureau écrit d'Avignon, le 9 messidor que « la Société populaire, le général Dauvergne, le bataillon de la Corrèze, celui de l'Ardèche, les femmes, les filles
des patriotes viennent se faire inscrire au rang des moissonneurs. — La Société d'Épernay, dont la richesse n'est qu'en patriotisme, mande qu'elle a armé et équipé l'un de ses membres, pour combattre les tyrans et défendre la liberté. — La Société de Provins donne connaissance des efforts multipliés des habitants de cette commune pour concourir au bien de la patrie.
Un membre annonce que la commune de La Roche (Mont-Blanc) a fait passer à la Société de Paris une grande quantité de beurre et de fromage, pour être distribuée aux nécessiteux de la commune de Paris. Ces denrées ont été mises aussitôt à la disposition de cette commune pour en faire la distribution. — Un militaire, échappé des mains de l'Autrichien, après avoir reçu dix-sept blessures, présente une pétition à l'effet d'obtenir des secours momentanés. Sa pétition est renvoyée au Comité des défenseurs officieux, pour en faire un prompt rapport. — Un citoyen, qui vient d'être acquitté par le Tribunal révolutionnaire, fait part de toutes les persécutions qu'il a essuyées. Mis en arrestation pour avoir fait une dénonciation, il est resté en prison trente-deux jours. Il demande qu'on lui donne des commissaires pour aller au Comité de sûreté générale dénoncer des conspirations préparées à Langres, son pays. Accordé. — Léonard Leblois se présente pour faire lecture de quelques détails rétrospectifs sur les troubles de nos colonies. — Taschereau demande l'ordre du jour et le renvoi au Comité de salut public. Adopté. — Un citoyen présentai sept jeunes élèves de l'École de Mars, envoyés par le district de Saint-Maixent (Deux-Sèvres). Il dit que plusieurs d'entre eux ont été prisonniers des brigands. On arrête que leurs noms figureront au procès-verbal.]
La séance se termine par le scrutin épuratoire. Les citoyens Jarousseau, Lechard et Furguburce ' sont admis après l'épreuve.
PRÉSmENCE DE LOUIS (DU BAS-RHIN)
L'administration du département de la Manche fait passer copie d'une adresse à ses concitoyens, pour les inviter à souscrire pqur l'armement d'un vaisseau de guerre. — Veau, lecteur de la correspondance, observe à ce sujet que les départements du Bec-d'Ambes, du Gard et de l'Hérault ont déjà donné le même exemple de dévouement pour la formation de notre marine républicaine , qui bientôt déploiera sur les deux mers plus de forces pour la liberté du
1. Nous adoptons, selon notre habitude en cas de doute, l'orthographe de la Feuille de la République, au lieu de celle du Journal de la Montagne et du Montreur qui donnent pour le dernier de ces noms « Burguburu ».
206 SOCIETE DES JACOBINS [7 juillet 4794]
monde que n'en déployèrent jamais les brigands d'Albion pour son asservissement. — La Société de Prancval (ci-devant Arpajon) nous apprend que la jeunesse de cette commune s'est transportée en masse à l'une des séances de la Société, pour demander à être employée à l'extraction du salpêtre.
« Dans une de nos séances, écrit la Société de Clermont (Oise), un membre a remarqué que les Jacobins de Paris avaient juré une Iiaine éternelle aux Anglais, et s'étaient levés en masse contre ces ennemis jurés du genre humain; aussitôt la Société de Clermont se lève spontanément, et prête à l'unanimité le même serment ; elle arrête de plus l'envoi du procès-verbal de cette séance à ses frères de Paris, »
L'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, établi à
Brest, apprend que les administrateurs du Finistère, fondateurs et
apôtres du fédéralisme dans ce département, viennent d'être livrés
au glaive vengeur des lois. La Société populaire de Tours fait passer
la copie de son adresse à l'armée de Sambre-et-Meuse.
• [La Société de Puyvicard^, séant dans une petite commune très patriote
du département des Bouclies-du-Rhône, fait passer aux Jacobins des observations j)oli tiques. « Le parallèle de l'ancien et du nouveau régime nous démontro, dit-elle, la nécessité des sages mesures j)rises par la Convention, en établissant le gouvernement révolutionnaire. » — L'Institut national fait hommage de sa quatrième livraison de musique à l'usage des décadaires. Mention civique.]
Le résultat du scrutin donne à la Société Barère pour président ; CofTmhal, pour vice-président; Vivier, Pellier, Gouly, député, Laugier et Ricœur, pour secrétaires.
On procède à l'épuration. Les citoyens Lenoir, Rokingerot, Gauthier et Vigé sont arlmis. Boursault est ajourné. — Gravier se présente au scrutin ; une citoyenne des tribunes, nommée Viala, le dénonce pour avoir tenu des propos inciviques, qu'elle rapporte : elle cite cinq témoins du fait. — Dumas annonce que la citoyenne qui viept de parler lui a remis une dénonciation signée, contenant ce qu'elle vient de dire, et plusieurs autres choses plus graves encore, le tout appuyé par les cinq témoins dont elle a parlé. On demande le renvoi du dénoncé au Comité de sûreté générale. Après avoir entendu Gravier, qui s'est épuisé en protestations de patriotisme, la proposition est adoptée.
Les citoyens Lesieur, Grandsire, Pilliard, Philippeaux-Sélicourl,
i. Nous n'avons pas pu identifier ce nom de lieu.
Morie, Miquelet, Fieffé, Marbel et Lerouge sont admis par le scrutin *.
David a la parole. Il rappelle que, sur la motion de Collot d'Herbois, la Société avait arrêté que le buste de Guillaume Tell serait placé dans la salle de ses séances. Il annonce que le citoyen Beauvalet, qu'il proposa lui-même dans le temps pour l'exécution de cet ouvrage, l'a achevé, et qu'il demande à en faire hommage à la Société. [Admis.) — Le citoyen Beauvalet entre aussitôt au milieu des applaudissements, dépose le buste sur le bureau, et monte à la tribune pour remercier les Jacobins de la confiance qu'ils lui ont accordée. — Sur la motion d'tm membre, le citoyen Beauvalet passe au scrutin épuratoire, et est admis comme membre de la Société. — David relève un fait, que la modestie de cet artiste lui faisait cacher : c'est qu'étant tout nouvellement reçu à l'Académie, au moment de la Révolution, il n'en a pas moins contribué de tout son pouvoir à la destruction de cette corporation.
CoLLOT d'Herbois. — Je pense que l'admission du buste de Guillaume Tell dans le sein de la Société présente un grand objet d'utilité publique. Je contempla avec plaisir les traits de ce vieil ennemi de la maison d'Autriche, et je me rappelle avec une égale satisfaction qu'il donna, il y a cinq cents ans, la mort à un tyran, et qu'il aftranchit son pays de la servitude. Il sera beau de voir ce grand homme placé à côté de Rrutus et des autres grands hommes dont la mémoire nous est toujours présente, et que nous devons toujours nous proposer pour modèles. Guillaume Tell a combattu avec intrépidité dans des circonstances pareilles [à celles] où les Français se sont trouvés; il n'avait peut-être pas autour de lui autant d'àmes énergiques, et la corruption était générale.
[Collot d'Herbois raconte l'histoire de Guillaume Tell, forcé par Gessler de tirer une flèche sur une pomme placée au-dessus de la tête ^e son fils. « Saint-Just, dit-il, a cité ce trait, dans un de ses rapports, d'une manière qui vous a fait impression ; je me plais à la citer encore pour qu'il soit gravé dans l'histoire. » Il ajoute que le sculpteur a indiqué, sous l'habit de Guillaume Tell, la flèche cachée pour être lancée contre Gessler. II conclut par les paroles suivantes :]
1. Suivant notre usage, nous avons suivi pour ces noms la Feuille de la République, qui seule nous renseigne sur la qualité de Gouly et sur l'ajournement de Boursault. La Feuille de la République imprime par erreur Bouly, au lieu de Gouly. Dans le même journal Aigé, au lieu de Vigé, nom déjà plusieurs fois prononcé aux Jacobins, nous paraît une faute d'impression. Le Journal de la Montagne et le Moniteur donnent Cellier, au lieu de Pellier, Viqueur au lieu de Ricœur, Lesueur, au lieu de Lesieur, pour ce dernier nom, le Journal de la Montagne a avoué sou erreur dans le numéro suivant.
208 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [7 juillet 1794]
Heureux les Suisses, qui se rappelleront qu'il a existé un Guillaume Tell dans leur patrie! En plaçant son buste nous allons en multiplier les copies ; faisons de petits bustes, de petites gravures de ce héros ; nous les enverrons aux Suisses comme un gage de notre amitié : de leur côté, ils feront graver les images de ceux qui se sont distingués en France par leur amour pour la liberté. Quant à moi, je l'avoue, j'ambitionne d'avoir en ma possession un portrait de Marat, gravé en Suisse. Voilà l'expression des cœurs sensibles. Les hommes* libres ont un fil électrique qui les unit dans tous les pays : voilà un nouveau genre de commerce ouvert. Cette idée me rappelle l'artiste qui vous a présenté le buste que vous avez sous les yeux ; mettons-le à la tête de ce nouveau commerce, et invitons-le à répandre le plus qu'il lui sera possible, dans la Suisse, de petits Guillaume Tell. [On applaudit.)
Le Pi^csident annonce que le représentan due peuple Milhaud fait passer copie d'une lettre écrite au Comité de salut public. Cette lettre apprend que les Français viennent de turt, dans une nouvelle affaire, six cents esclaves Espagnols, et de leur faire six cents prisonniers.
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
[La Société de Gien (Loiret) fait passer copie d'une adresse à la Conveniion, portant l'expression de la joie publique à l'occasion des victoires aussi rapides que multipliées de nos armées. — Za Société de Clermont (Oise), après avoir également fait part de rallégresse universelle que les brillants succès de la République font naître dans son canton, informe les Jacobins que le 25" régiment de cavalerie a fait don de deux jours de sa ration de viande, et a demandé la réduction de sa ration de pain à la même quantité que les autres citoyens de ce district. — La Société populaire de Sens envoie copie d'une adresse à la Convention.]
Giot annonce que la Société de Melun lui écrivit que le citoyen •Prieur-Lacombe, apprenant la mort d'un de ses fils, tué à la glorieuse bataille de Fleurus, n'en a pas moins témoigné la joie la plus vive de voir la patrie victorieuse, et que ce généreux citoyen a composé des couplets républicains, qu'il a chantés lui-même à la fête civique, célébrée quelques jours après. Giot annonce ensuite que
cette même Société vient d'ouvrir une souscription pour la construction et l'armement d'un vaisseau, et que cette souscription a produit en deux séances plus de 2,700 livres. ( Vifs applaudissements .)
Veau demande que ce fait soit communiqué à la Convention nationale, afin que l'Europe entière apprenne à son tour de quels efforts les Français sont capables pour anéantir la tyrannie. — Bentabole rappelle à la Société qu'il lui a remis, il y a quelque temps, au nom de celle de Strasbourg, la somme de 5,800 livres pour l'armement d'un vaisseau ; il demande que cette somme soit réunie aux autres souscriptions. — Un membre instruit les Jacobins que, sur l'invitation de la Société populaire de Bayonne (Basses-Pyrénées), la petite commune appelée ci-devant Saint-Esprit ouvrit une souscription pour le même objet ; le soir même cette souscription produisit plus de 600,000 livres, et à la fin de la décade plus de 1,200,000 livres.
Dumas prend occasion d'annoncer à la Société un fait, qu'il déclare n'être pas encore connu ; c'est que, dans le combat naval du 13 prairial, l'équipage d'un vaisseau français, qui se voyait couler bas, tirait encore sur l'ennemi de sqn troisième pont. « Ce trait, dit l'orateur, fait connaître jusqu'à quel point les vrais républicains poussent leur dévouement à la gloire de la patrie. »
Barère observe que la Convention nationale a été instruite de ce trait héroïque par un rapport qui lui a été fait à sa séance d'aujourd'hui, et qu'elle s'est empressée de l'immortaliser*.
La Société nomme des commissaires pour accompagner au Comité de sûreté générale wn citoyen qui a des faits à dénoncer contre des ci-devant nobles, des procureurs, des notaires, des gardes de Capet, etc., tous habitant dans les environs de Paris. — Les réclamations d'an citoyen dans une affaire qui lui est purement personnelle sont renvoyées au Comité des défenseurs officieux.
[Une ih'putation de Commune-d' Armes [ci-devant Saint -Etienne) présente à la Société le citoyen Pignon, ancien ami de Chalier, et qui vient d'être acquitté par le Tribunal révolutionnaire. Cette dépulation saisit cette occasion pour resserrer les liens de fraternité qui unissent la Société à celle des Jacobins de Paris. — Le citoyen Pignon prend la parole; il commence par annoncer qu'il a toujours professé dans son pays les principes qu'il puisait dans les écrits que les Jacobins y faisaient parvenir. Il déclare qu'il a oublié ses souffrances, et il loue la justice du Tribunal révolutionnaire. — Le Président lui fait part de la joie que la Société éprouve à le voir en liberté. Il donne ensuite l'accolade fratprnelle tant au citoyen Pignon qu'à la députation. Cette scène est suivie des plus vifs applaudissements.]
1. 11 s'agit du rapport sur le vaisseau Le Vengeur, présenté à la Convention par Barère dans la séance du même jour. Moniteur, t. XXI, p. 173.