Tome VI
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Robespierre, prononce un discours sur les cabales qui conspirent sourdement contre le gouvernement révolutionnaire, et sur les menées des traîtres qui brûlent de semer la division parmi les patriotes.
Robespierre. — Toutes les injustices particulières qui vous sont dénoncées méritent de votre part une sérieuse attention. Le premier devoir d'un citoyen est de secourir les opprimés : quiconque manque à ce devoir n'a pas même le sentiment du patriotisme. De toutes les vertus qui ont servi de base à la Révolution, la plus belle et la plus véritable est la plus négligée. Rien de si commun que les beaux discours insignifiants, rien de plus rare que la défense généreuse des opprimés, quand on n'en attend aucun profit ; rien de si commun que le ménagement pour les aristocrates; rien de si rare qu'une sincère humanité envers les bons citoyens dans le malheur.
De tous les décrets qui ont sauvé la République, le plus sublime, le seul qui l'ait arrachée à la corruption et qui ait affranchi les peuples de la tyrannie, c'est celui qui met la probité et la vertu à l'ordre du jour. Si ce décret était exécuté, la liberté serait parfaitement établie, et nous n'aurions plus besoin de faire retentir les tribunes populaires de notre voix; mais des hommes qui n'ont que le masque de la vertu mettent les plus grandes entraves à l'exécution des lois de la vertu même ; ils veulent se faire de ce masque un moyen de parvenir au pouvoir.
Il est peu d'hommes généreux qui aiment la vertu pour elle-même et qui désirent avec ardeur le bonbeur du peuple. Tous les scélérats ont abusé de la loi qui a sauvé la liberté et le peuple français. Ils ont feint d'ignorer ce qui était la justice suprême que la Convention avait mise à l'ordre du jour, c'est-à-dire le devoir de confondre les hypocrites, de soulager les malheureux et les opprimés, et de combattre les tyrans : ils ont laissé à l'écart ces grands devoirs, et s'en sont fait un instrument pour tourmenter les peuples et perdre les patriotesj
Il existe un Comité révolutionnaire dans la République ; vous allez croire peut-être quil s'est imaginé qu'il fallait anéantir l'aristocratie ? Point du tout ; il a cru qu'il fallait arrêter tous les citoyens qui, dans un jour de fête, se seraient trouvés ivres. Grâce à cette heureuse application de la loi, tous les contre-révolutionnaires sont restés tranquilles et en pleine sécurité, tandis que les artisans et les bons citoyens, qui s'étaient par hasard livrés à un mouvement de gaieté, ont été impitoyablement incarcérés.
Sans doute nous sommes plus ennemis de toute espèce de vice que
ces inquisiteurs méchants et hypocrites ; nous savons que l'ivresse est une maladie dont il faut guérir les hommes ; mais nous savons aussi distinguer les faux patriotes qui persécutent le peuple, tandis qu'ils sont indulgents pour les aristocrates.
La ligue de toutes les factions a partout le même système. S'il est parmi elles quelque apparence de vertu, ce n'est qu'un masque imposteur ; les scélérats qui se l'adaptent n'exigent jamais une soumission réelle aux lois de la République; ils ne voient dans les nobles que des cultivateurs aisés, de bons maris, et ils ne s'informent pas s'ils sont amis de la justice et du peuple.
Le décret qui met la vertu à l'ordre du jour est fécond en grandes conséquences. Nous avions prévu qu'on en abuserait, mais en même temps nous avions pensé que ce décret porté contre les oppresseurs imposerait aux fonctionnaires publics le devoir d'exercer la vertu, et de ne jamais s'écarter des obligations qui les lient à la patrie ; mais ces obligations ne les forcent point à s'appesantir avec une inquisition sévère sur les actions des bons citoj'^ens, pour détourner les yeux de dessus les crimes des fripons ; ces fripons, qui ont cessé d'attirer leur attention, sont ceux-là même qui oppriment l'humanité et sont de vrais tj-rans. Si les fonctionnaires publics avaient fait ces réflexions, ils auraient trouvé peu de coupables à punir, car le peuple est bon, et la classe des méchants est la plus petite.
C'est en vain que Roland me vante ses vertus et me présente le tableau de sa vie privée ; sans examiner ni cette apologie fastidieuse, ni l'histoire scandaleuse de la vie privée d'un Barbaroux, je demande à un homme : « Qu'as-tu fait pour la prospérité de ton pays? Quels travaux as-tu entrepris pour arracher le peuple français au joug odieux de la servitude ? » S'il me répond à cette question d'une manière satisfaisante, alors je le crois vertueux.
Necker fut dans le sein de sa famille un véritable tyran; n'en soyez pas étonné : un homme qui manque de vertus publiques ne peut avoir de vertus privées. Cette vertu de Necker et de Roland, que des intrigants ont voulu faire résulter du décret dont je vous parlais il n'y a qu'un instant, est diamétralement opposée à l'héroïsme et à l'humanité. Si je voulais suivre le système perfide de ces hommes qui ne connaissent point la vertu, vous verriez les hommes de bien opprimés et les intrigants relevant leur tête altière. Nos ennemis disent dans leurs assemblées secrètes : « Faites en sorte qu'il n'y ait que des fripons ; persécutons les patriotes, et ne cessons d'appuyer ceux qui, comme Hébert, veulent détruire sourdement la hberté de la France, ainsi que ceux qui, par leur modérantisme, veulent la ra-
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mener à l'esclavage ; poursuivons tous ceux qui aspirent à la liberté du genre humain. » Ces monstres dévouent, en conséquence, à l'opprobre et aux tourments tout homme dont ils redoutent l'austérité des mœurs et la sévère probité.
Le devoir du gouvernement est de remédier à cet abus. Pour remplir cet objet, il faut qu'il ait beaucoup d'unité, de sagesse et d'action. Quiconque veut cabaler contre le gouvernement est un traître, et je dénonce ici tous ceux qui se sont rendus coupables de ce crime. On veut calomnier le gouvernement révolutionnaire pour le dissoudre ; on veut flétrir le Tribunal révolutionnaire pour que les conspirateurs respirent en paix ; les artifices les plus infâmes sont inventés pour persécuter les patriotes énergiques et sauver leurs mortels ennemis.
Il n'est qu'un seul remède à tant de maux, et il consiste dans l'exécution des lois de la nature, qui veulent que tout homme soit juste, et dans la vertu, qui est la base de toute société. Autant vaudrait retourner dans les bois que de nous disputer les honneurs, la réputation, la richesse ; il ne résulterait de cette lutte que des tyrans et des esclaves. Après cinquante ans d'agitations, de troubles et de carnage , le résultat serait l'établissement d'un nouveau despote.
Il est naturel de s'endormir après la. victoire ; nos ennemis, qui le savent bien, ne manquent pas de faire des efforts pour détourner notre attention de dessus leurs crimes. La véritable victoire est celle que les amis de la liberté remportent sur les factions ; c'est cette victoire qui appelle chez les peuples la paix, la justice et le bonheur. Une nation n'est pas illustrée pour avoir abattu des tyrans ou enchaîné des peuples ; ce fut le sort des Romains et de quelques autres nations; notre destinée, beaucoup plus sublime, est de fonder sur la terre l'empire de la sagesse, de la justice et de la vertu.
Nous ne pouvons atteindre ce but que par des institutions sages, qui ne peuvent être fondées que sur la ruine des ennemis incorrigibles de la liberté. Voyez ce qui arrive à chaque effort du patriotisme contre la vertu ; les factions redoublent d'artifice à mesure que nous déployons notre énergie, et, si cette même énergie vient à se ralentir, elles en profiteront pour prendre de nouvelles forcés ; elles disputeront le terrain, el donneront aux conspirateurs le temps de se rallier. A tout moment, elles cherchent à diviser et à se faire des partisans ; si l'on n'y prenait garde, il se formerait bientôt des factions en assez grand nombre pour lutter contre la liberté et égorger ses amis.
En vous présentant ces réflexions, je dénonce les efforts de nos ennemis sans prédire leurs succès ; je sais que tout ce qui est criminel sur la terre doit disparaître, mais il n'est pas moins vrai que le crime fît, de tout temps, jusqu'à nous, le malheur du monde.
Il faut une excessive légèreté pour s'endormir sur les conjurations, et pour perdre un instant ce courage ardent qui nous porte à dénoncer les conspiratf'urs ; ce n'est pas pour provoquer aucune mesure sévère contre les coupables que j'ai pris ici la parole; que m'importe leur vie ou leur mort pourvu que le peuple et la Convention soient éclairés ! Mon but est de prémunir tous les citoyens contre les pièges qui leur sont tendus, et d'éteindre la nouvelle torche de discorde qu'on cherche à allumer dans la Convention. Ce qu'on voit tous les jours, ce qu'on ne peut cacher, c'est qu'on veut avilir la Convention par un régime de terreur. Il existe des rassemblements qui ont pour but de répandre ces funestes idées ; on cherche à persuader à chaque membre que le Comité de salut public l'a proscrit.
Ce complot existe ; mais, puisqu'on le connaît, tous les bons citoyens doivent se ralher pour rétoufifer. C'est ici que, clans tous les temps, les députés patriotes se so^t réunis pour faire triompher la vertu ; si la tribune des Jacobins devient muette depuis quelque temps, ce n'est pas qu'il ne leur reste rien à dire ; mais le profond silence qui y règne est l'effet d'un sommeil léthargique, qui ne permet pas d'ouvrir les yeux sur les dangers de la patrie. On veut donc forcer la Convention à trembler; on veut la prévenir contre le Tribunal révolutionnaire et rétablir le système des Danton, des Camille Desmoulins; on a semé partout des germes de division. On a substitué la défiance à la franchise, le calcul des âmes faibles au sentiment généreux des fondateurs de la République. Il faut toujours en revenir à ces principes : la vertu publique et la justice suprême sont les deux lois souveraines sous lesquelles doivent ployer tous ceux qui sont chargés des intérêts de la patrie.
Il n'y a qu'un moyen pour un peuple, qui ne peut pénétrer par luimême à chaque instant dans les replis de l'intrigue: c'est de conserver ses droits, et de faire en sorte que son courage ne puisse échouer contre la perfidie ; c'est de comparer avec la justice tout ce qui n'en a que l'apparence. Tout ce qui tend k un résultat dangereux est dicté par la perfidie.
Elle est un sentiment gravé dans le cœur de tous les patriotes et qui est la pierre de touche pour reconnaître leurs amis; quand un homme se tait au moment où il faut parler, il est suspect ; quand il
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s'enveloppe de ténèbres ou qu'il montre pendant quelques instants une énergie qui disparaît aussitôt, quand il se borne à de vaines tirades contre les tyrans, sans s'occuper des mœurs publiques et du bonheur de tous ses concitoyens, il est suspect.
Quand on voit des hommes ne sacrifier des aristocrates que pour la forme, il faut porter un examen sévère sur leurs personnes.
Quand on entend citer des lieux communs contre Pitt et les ennemis du genre humain, et que Ton voit les mêmes hommes attaquer sourdement le gouvernement révolutionnaire; quand on voit des hommes, tantôt modérés, tantôt hors de toute mesure, déclamant toujours, et toujours s'opposant aux moyens utiles qu'on propose, il est temps de se mettre en garde contre les complots.
La Révolution se terminerait d'une manière bien simple et sans être inquiétée par les factieux, si tous les hommes étaient également amis de la patrie et des lois. Mais nous sommes bien éloignés d'en être arrivés à ce point : j'en atteste les hommes probes. Qu'ils déclarent si, quand ils veulent défendre un patriote tout criblé des blessures de l'aristocratie, et qu'un aristocrate doucereux se présente, il ne se groupe pas aussitôt autour de ce dernier beaucoup d'hommes qui cherchent à le soutenir.
Mais les gémissements d'un patriote opprimé ont-ils donc plus de peine à se faire entendre dans de certaines âmes que les plaintes hypocrites de l'aristocratie ?
Concluons de là que le gouvernement répubhcain n'est pas encore bien assis, et qu'il y a des factions qui contrarient ses effets. Le gouvernement révolutionnaire a deux objets : la protection du patriotisme, et l'anéantissement de l'aristocratie. Jamais il ne pourra arriver à ce but, tant qu'il sera combattu par les factions. Assurer la liberté sur des bases inébranlables sera pour lui une chose impossible, tant que chaque individu pourra se dire : Si aujourd'hui l'aristocratie triomphe, je suis perdu. Il y aura toujours dans le sein du peuple une grande réaction contre les intrigues, et il en résultera peut-être beaucoup de déchirements.
Mais les scélérats ne triompheront pas, car il est impossible que les hommes qui ont épousé le système profond de la justice et de la liberté consentent jamais à laisser à de si vils ennemis un triomphe qui serait à la fois la honte et la perte de l'humanité entière. 11 faut que ces lâches conspirateurs, ou renoncent à leurs complots infâmes, ou qu'ils nous arrachent la vie. Je sais qu'ils le tenteront; ils le tentent même tous les jours ; mais le génie de la patrie veille sur les patriotes.
Jaurais voulu donner plus d'ordre et de précision à ces réflexions, mais j'ai suivi le sentiment de mon âme. Je cherche à étouffer les germes de division et à empêcher qu'il ne se forme deux partis dans la Convention ; j'invite tous les membres à se mettre en garde contre les insinuations perfides de certains personnages qui, craignant pour eux-mêmes, veulent faire partager leurs craintes. Tant que la terreur durera parmi les représentants, ils seront incapables de remplir leur mission glorieuse. Qu'ils se rallient à la justice éternelle, qu'ils déjouent les complots par leur surveillance, que le fruit de nos victoires soit la liberté, la paix, le bonheur et la vertu, et que nos frères, après avoir versé leur sang pour nous assurer tant d'avantages, soient eux-mêmes assurés que leurs familles jouiront du fruit immortel que doit leur garantir leur généreux dévouement.
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
Lecture de la correspondance. Plusieurs pièces sont renvoyées aux Comités de la Convention et à ceux de la Société. Le citoyen Colin, de Louhans, adresse à la Société des réflexions sur les avantages de la vertu. La Commission d'instruction publique fait également passer divers imprimés, parmi lesquels il s'en trouve un relatif au martyr de la liberté, Agricole Viala, dont la fête sera célébrée le 10 thermidor prochain. La Société en ordonne la mention civique et l'insertion au procès-verbal.
Un membre annonce que Commune-.\ffrancliie est régénérée, qu'elle est au pas, et que c'est aux efforts constants des amis de Chalier que l'on doit cet heureux changement; il donne, pour preuve de son assertion, lecture d'une adresse de Commune-Affranchie à la Convention nationale. — Couthon, après avoir présenté le tableau de toutes les menées qui ont successivement froissé les patriotes de Commune- Affranchie, tous dignes amis de Chalier, demande que les Jacobins applaudissent aux principes développés dans l'adresse, et que le président donne aux citoyens Fillion, Emery et Gravier, membres de la Société et du Tribunal révolutionnaire, le baiser fraternel, en signe de l'amitié que la Société de Paris porte aux amis de Chalier et
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de Gaillard , qui composent aujourd'hui la Société de Commune- Affranchie.
Dumas. — Je ne doute nullement qu il n'y ait des patriotes dans la commune où l'on a vu le glorieux martyre de Chalier ; mais, par la raison même qu'on l'a souffert, j'en conclus que la majorité des habitants était entièrement perdue de royalisme, et infectée de tous les vices ennemis de la liberté, de l'égalité et de la vertu. N'oublions jamais ce grand principe : l'intégrité de quelques patriotes ne doit pas servir de palladium aux ennemis toujours nombreux de la patrie. Et que sont devenus ceux qui ont abreuvé d'amertume ses braves défenseurs? Ont-ils tous été punis? S'il est permis d'en douter, il est donc prudent de suspendre son jugement sur la généralité des habitants de cette cité rebelle, et d'exercer sur eux une surveillance toujours renaissante et toujours plus active.
Robespierre. — L'exemple de Commune-Affranchie peut expliquer une théorie que j'ai déjà remarquée. Les patriotes défendent de tous leurs moyens les patriotes ; ils ne laissent prendre aucun repos aux intrigants et aux traîtres; sans cesse ils les harcèlent et les combattent ; les aristocrates font précisément tout le contraire. J*ai connu Chalier au moment où les représentants du peuple patriotes étaient eux-mêmes persécutés. Ce fut lui qui le premier découvrit la perfidie de Roland, et me le dénonça pour tenir chez.lui un immense magasin de libelles dirigés contre la Montagne et contre moi. Chalier n'eut pas plus tôt connu ce ministre conspirateur, qu'il l'abandonna, et renonça à la justice qu'il venait réclamer auprès de lui, ne voulant rien devoir à un traître qui cherchait à allumer la guerre civile en France.
L'orateur ajoute que, depuis ce moment, il n'a plus connu Chalier que par les actes d'héroïsme et de vertu qui ont immortalisé son nom. Les ennemis du peuple n'ont pu établir leur triomphe que par l'assassinat de cet homme également patriote et intrépide. Il rappelle ici le courage de ce républicain au moment de son supplice, prolongé par la scélératesse des aristocrates de Lyon, qui firent quatre fois tomber la hache sur sa tête, qu'il soulevait à chaque fois, en criant d'une voix mourante : « Vive la République ! Attachez-moi la cocarde! »
Robespierre entre ensuite dans le détail des services rendus par les amis de Chalier; il les connaît tous ; il connaît aussi ses persécuteurs. Le sort des premiers a été d'être opprimés par toutes les factions qui se sont succédé. Ils ont opposé à ces vexations tyranniques et inouïes un calme et une patience dont il est impossible de trouver un exemple
dans l'histoire d'aucun peuple. Le siège trop prolongé de Lyon une fois terminé, et lorsque cette commune fut rentrée sous le pouvoir de la République, les amis de Chalier ne furent point rendus au bonheur qu'ils avaient si bien mérité par leur constante vertu. On avait eu le soin de faire évader Précy et tous les autres conspirateurs, quoiqu'on ait poussé l'astuce jusqu'à envoyer au Comité de prétendues dépouilles de ce monstre. La porte de Lyon leur fut ouverte au moment même où l'armée républicaine entrait, et ils sortirent par la porte où était le corps d'armée que commandait Dubois-Grancé, qui resta immobile. Il est une autre cause de l'impunité des conspirateurs : c'est que la justice nationale n'a pas été exercée avec le degré de force et d'action qu'exigent et que commandent les intérêts d'un grand peuple. — ■ La Commission temporaire déploya d'abord de l'énergie, mais bientôt elle céda à la faiblesse humaine, qui se lasse trop tôt de servir la patrie, et elle perdit, avec tout son courage, son dévouement et sa pureté. Après avoir cédé aux insinuations des aristocrates pervers, la persécution fut établie contre les patriotes euxmêmes : la cause de ce changement si criminel peut se trouver dans la séduction de certaines femmes, et c'est à ces effroyables manœuvres qu'on peut attribuer le désespoir qui a porté Gaillard à se donner la mort. Réduits à fuir, les patriotes viennent déposer leurs plaintes au Comité de salut public, qui les arrache à la persécution et comprime par l'effroi leurs odieux persécuteurs. Ainsi donc la vertu sera éternellement en butte aux traits de deux factions qui, opposées en apparence, se rallient toujours pour sacrifier les patriotes. [Ici l'orateur jwe de venger Chalier, Gaillard et toutes les victimes de l'infâme ainslocratie.)
Les principes de l'orateur sont d'arrêter l'effusion du sang humain versé par le crime ; les auteurs des complots dénoncés n'aspirent au contraire qu'à immoler tous les patriotes, et surtout la Convention nationale, depuis que le Comité a indiqué les vices dont elle devait se purger. Quels sont ceux qui sans cesse ont distingué l'erreur du crime, et qui ont défendu les patriotes égarés ? Ne sont-ce pas les membres du Comité ? Ceux qui réclament la justice ne peuvent être redoutables qu'aux chefs des factions, et ceux qui veulent perdre dans l'opinion les membres du Comité ne peuvent avoir d'autre intention que de servir les projets des tyrans intéressés à la chute d'un Comité qui les déconcerte et les anéantira bientôt.
Robespierre termine par dénoncer l'auteur de toutes ces manœuvres, qui est le même qui a persécuté les patriotes à Commtine- AfTranchie, avec une astuce, une perfidie aussi lâche que cruelle : le
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Comité (le salut public ne fut pas sa dupe. « Nous demandons enfin, dit-il, que la justice et la vertu triomphent, que l'innocence soit paisible, et le peuple victorieux de tous ses ennemis, et que la Convention mette sous ses pieds toutes les petites intrigues. »
Coutkon, qui avait interrompu Robespierre, pour citer des faits à la charge de Dubois-Crancé, relativement au siège de Commune- Affranchie, fait la motion qu'il soit rayé de la liste des membres de la Société. {Adopte.)
Sur la motion de Robespierre, Fouché sera invité à venir se disculper à la Société des reproches qui lui ont été adressés.
Robespierre jeune s'explique vivement sur le système de silence et de torpeur auquel se livre la Société, et dit qu'il va suivre l'exemple de courage qui vient de lui être donné. Des patriotes sont tourmentés, et les Jacobins ne prennent pas leur défense ! Le mal est à son comble, quand l'énergie est comprimée aux Jacobins. Il se plaint de ce qu'on emploie les plus basses flatteries pour jeter la division entre deux patriotes : on a été jusqu'à lui dire qu'il valait mieux que son frère. « Mais en vain, s'écrie-t-il, voudrait-on me séparer de lui : tant qu'il sera le proclamateur de la morale et* la terreur des scélérats, je n'ambitionne d'autre gloire que d'avoir le même tombeau que lui. » L'orateur invite tous les patriotes à se rallier, à dénoncer tous les abus, et à prendre mutuellement entre eux la défense de tous les amis de la liberté ; il demande enfin que l'opinion publique se prononce dans toute son énergie.
CouTnoN. — Tous les patriotes sont frères et amis ; pour moi, je veux partager les poignards dirigés contre Robespierre. [Ici toute la salle retentit des cris : « Et moi aussi ! ») Les continuateurs d'Hébert se glissent partout pour opprimer les patriotes : si un homme pur s'élève contre les fripons, il est traité de modéré par les uns ; s'il propose de sévir contre les traîtres, il est traité d'homme sanguinaire par les autres ; et voilà les deux écueils entre lesquels un ami du peuple doit marcher. Veut-il parvenir à son but sans s'égarer ? 11 faut qu'il poursuive ces deux factions avec un tel courage et une persévérance si active qu'aucun des coupables ne reste impuni, et que tout innocent jouisse enfin du calme qui n'appartient qu'à la vertu. Voilà le but auquel tend sans cesse le Comité de salut public. Ceux qui osent avancer que ce Comité veut dominer ne connaissent ni le peuple, qui ne peut le souffrir, ni le Comité lui-même, qui ne peut en concevoir la pensée, et je déclare que le poignard qui percerait le cœur d'un défenseur de la patrie me percerait aussi le sein, ou je le vengerais.
i'n membre dénonce un a^ent du prêtre Fauchet, qui, travaillant avec lui à la Convention nationale, a volé une espingole. Il est nommé inspecteur à la poste. Le membre est invité à faire sa dénonciation au Comité de sûreté .trénérale. — F.-L.-M, Laporte, juge du Tribunal révolutionnaire, passe au scrutin épuratuire, et est admis. — Couthon rappelle que c'est après-demain le 14 juillet. La Société arrête qu'elle se transportera en masse à la Convention nationale pour présenter une adresse de félicitations au peuple frauçais, et demander une fête pulilique, à laquelle les Jacobins et les citoyens des tribunes assisteront.
SÉA^XE DU 20 MESSIDOR AN lï (li JUILLET 1794)
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
l.ecUirc do la correspondance. — Un riloyen de J'royes se ])laint (ravoir été incarcéré par ordre d'une Conunission dite des 24, formée par Rousselin, commissaire du ci-devant Conseil exécutif. Il dit que Danton et Rousselin ont levé une taxe révolutionnaire de 170,00() livres sur les habitants de Troyes et qu'ils ont menacé du Tribunal révolutionnaire ceux qui se ])laindraient. — • CniitliOii reirarde le discours du préo[iinanl « comme un dévelopiiement |irécieux du système des Hébert et des Danton •>, qu'il appelle des <c scélérats qui voulaient exaspérer le peuple par l'alliéisme et par la disette ». Il invite le jiréopinant à se rendre demain, à une iieure. au Counté de salut publie. Il n'y a pas liesoin, ajoute-t-il, de nommer des eommissaires, et il ajout'- (pic (' le r(''sullat de tous les renseignements donnés sera sans doute le renvoi d(> lioussclin cl (le ses complices au Tribunal r(''Volulionnaire. »;
On fait lecture d'une lettre de F(jucbé, par laquelle il prie la Société de suspendre son jugement jusqu'à ce que les Comités de salut public et de sûreté générale aient fait leur rapport sur sa conduite publique et privée.
RoBESiMERRE. — Je commencc par faire la déclarati(jn que l'individu Foucbt'- ne m'intéresse nullement. J'ai pu être lié avec lui, parce que je l'ai cru patriote. Ouand je l'ai dénoncé ici, c'était ukuus à cause de ses crimes passés que [tarée qu'il se cachait pour en commettre d'autres, et parce que je le regarde comme le chef de la conspiration (\\ui nous avons à déjouer.
J'examine la lettre qui vient d'être lue, et je vois qu'elle est écrite par un homme qui, étant accusé pour des crimes, refuse de se justi-
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I fier devant ses concitoyens. C'est le commencement d'un système de I tyrannie. Celui qui refuse de répondre à une Société populaire dont ' il est membre est un homme qui attaque l'institution des Sociétés populaires. Ce mépris pour la Société des Jacobins est d'autant plus inexcusable que Fouché lui-même n'a point refusé son suffrage, lorsqu'il fut dénoncé par les patriotes de Nevers, et que même il se réfugia au fauteuil des Jacobins. Il y fut placé, parce qu'il avait des agents dans cette Société, lesquels avaient été à Commune-Affranchie. Il vous débite un grand discours sur sa conduite dans la mission dont il avait été chargé. Je ne chercherai pas à analyser ce discours. La Société a jugé que Fouché ne veut rien dire, puisque ses réflexions sont insignifiantes.
Il est étonnant que celui qui, à l'époque dont je parle, briguait l'approbation de la Société, la néglige lorsqu'il est dénoncé, et qu'il semble implorer, pour ainsi dire, le secours de la Convention contre les Jacobins. Craint-il les yeux et les oreilles du peuple? Craint-il que sa triste figure ne présente visiblement le crime, que six mille regards fixés sur lui ne découvrent dans ses yeux son âme tout entière, et qu'en dépit de la nature qui les a cachées, on y lise ses pensées? Craint-il que son discours ne décèle l'embarras et les contradictions d'un coupable ? Un homme censé doit juger que la crainte est le seul motif de la conduite de Fouché ; or, l'homme qui craint les regards de ses concitoyens est un coupable. Il prend pour prétexte que sa dénonciation est renvoyée au Comité de salut public ; mais oublie-t-il que le tribunal de la conscience publique est le plus infaillible ? Pourquoi refuse-t-il de s'y présenter ?
L'obligation de rendre compte de sa mission aux Comités de salut public et de sûreté générale, qui sont le gouvernement, et à la Convention, qui en est la source ou plutôt qui est le gouvernement par essence, cette obligation, dis-je, ne détruit pas celle de paraître aux yeux d'une Société respectable, et ne l'excuse pas d'avoir l'air de la mettre en contradiction avec la Convention. Un représentant est responsable à la Convention de ses actions ; mais un bon citoyen ne balance pas à paraître devant ses concitoyens. Si le système de Fouché pouvait dominer, il s'en suivrait que ceux qui ont dénoncé des complots hors de la Convention ont commis un crime. Telle fut la marche de tous les conjurés, qui, dès le moment oîi on a voulu les juger, ont fui cette Société, et l'ont dénoncée aux différentes Assemblées nationales comme un rassemblement de factieux.
J'appelle ici Fouché en jugement. Qu'il réponde et qu'il dise qui, de lui ou de nous, a.soutenu plus dignement les droits des représen-
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tant du peuple, et foudroyé avec plus de courage toutes les factions? Est-ce lui qui dévoila les Hébert et les Chaumette, lorsqu'ils tramaient des projets d'assassinat et qu'ils voulaient avilir la Convention? Non ! C'est nous qui, dans cette tribune, lorsque les Hébertisles prétendaient être plus patriotes que nous, les avons fait voir à découvert. C'est nous qui avons fait taire les fausses dénonciations.
Qu'ils disent s'ils auraient été écoutés ici, ces hommes qui n'avaient servi la Révolution que pour la déshonorer et la faire tourner au profit de l'étranger et de l'aristocratie ! Tous les vils agents qui conspiraient n'ont pas plus tût vu leurs pareils dévoilés et punis, qu'ils ont paru abandonner leur cause ; et, parce que nous avions écarté les calomnies perfidement répandues contre la Convention, ils ont étendu ce principe sur eux-mêmes de manière à le rendre tyrannique. Les moindres paroles contre cette espèce d'hommes ont été regardées par eux comme des crimes; la terreur était le moyen dont ils se servaient pour forcer les patriotes au silence. Ils plongeaient dans les cachots ceux qui avaient le courage de le rompre ; et voilà le crime que je reproche à Fouché !
Il ne dira pas que ce sont les principes de la Convention qu'il a professés; l'intention de la Convention n'est pas de jeter la terreur dans l'àme des patriotes, ni d'opérer la dissolution des Sociétés populaires. Quelle ressource nous resterait-il, si, tandis que des conjurés conspirent et préparent des poignards pour nous assassiner, nous ne pouvions parler en présence des Amis de la liberté ?
Robespierre déclare ensuite que Fouché est un imposteur vil et méprisable ; que sa démarche est l'aveu de ses crimes et que la conduite qu'il tient est semblable à celle des Brissot et des autres scélérats, qui calomnient la Société dès qu'ils en sont chassés. Il assure que jamais la vertu ne sera sacrifiée à la bassesse, ni la liberté à des hommes dont les mains sont pleines de rapines et de crimes, a Je ne veux rien ajouter, dit-il en terminant; Fouché s'est assez caractérisé lui-même. J'ai fait toutes ces observations, afin que les conspirateurs sachent une bonne fois que jamais ils ne doivent espérer d'échapper à la surveillance du peuple. »
Un citoyen de Commune -A /franchie dénonce contre Fouché quelques faits très graves. La Société les renvoie au Comité de salut public et, sur la motion d'un membre, Fouché est exclu de la Société.
Les citoyens Tolède et Dessyrier, qui se sont trouvés à Commune- Affranchie du temps de Foi»ché, et qui se prétendent inculpés, montent à la tribune. — Robespierre fait observer que ces deux citoyens
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détournent, sans le vouloir, l'attention de dessus Fouché, et que sa cause ne doit pas être commune avec la leur. Il rappelle que toujours les conspirateurs ont cherché à se sauver en s'accostant des patriotes purs ; il invite en conséquence Tolède et Dessyrier à ne pas interrompre une discussion dans laquelle ils ne sont pour rien. — Des membres ayant rendu justice au patriotisme de ces citoyens, ils descendent de la tribune.
[Le Président invite les Jacobins à venir dans le jardin national fêter l'anniversaire de la prise de la Bastille.]
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
[Les républicains de la Société populaire d'Aubctcrre écrivent qu'ils ont régénéré leur Société. Elle était mauvaise au 31 mai; elle compte maintenant plus de trois cents patriotes. — La Société populaire du Mont-Araxe (ci-devant Saint-Clar) « applaudit au décret sublime portant qu'il ne sera fait aucun prisonnier anglais ou hanovrien )>, et à celui qui défend aux capitaines de vaisseau français de laisser couper leurs lignes. — Les administrateurs de Béziers se plaignent que les meneurs de la Société populaire de leur commune ont fait insérer dans le n° B3 du Journal de la Montagne une diatribe qui les dépeint comme des hommes immoraux, ambitieux ou hypocrites. — La Société du Faouët (Morbihan) écrit aux Jacobins })0ur témoigner sa joie du décret qui établit le culte de l'Etre suprême et la croyance à l'immortalité de l'âme. — La Société de Chablis fait passer une adresse qu'elle envoie à la Convention pour la féliciter de la réorganisation du Tribunal révolutionnaire par le décret du 22 prairial. — La Société de Bayonne annonce qu'elle exclut de son sein tous les faillis. — Robespierre prend la parole et se j)laint de l'abus que les Sociétés po])ulaircs l'ont des principes. « Voyez, dit-il, la direction que prend le zèle de la Société de Bayonne! Elle s'occupe d'exclure de son sein, qui? Les conspirateurs? Les nobles? Les hébertistcs ? Non ! Mais ceux qui n'ont pas été assez riches dans un moment de Révolution pour payer leurs dettes ! » Il demande que le Comité de correspondance soit invité
1. Cette séance ne figure pas dans le Moniteur. Nous la reproduisons d'après le Journal de la Montagne. Les trois discours de Robespierre, dont nous avons intercalé les passages les plus importants dans ce compte rendu, sont donnés à part par le Journal de la Montar/ne, et T. Rousseau déclare qu'il publie les notes mêmes de Robespierre. La déclaration de ce dernier contre le gouvernement •inilitaire est donc originale et exacte. Nous savions déjà, par le témoignage de Carnot, publié dans les Mémoires sur Carnot que, vers cette époque, Robespierre disait à Barère : « Ne fais pas tant mousser les victoires. »
à faire à la Société de Bayonne des représentations dans le sens qu'il a indiqué. Adopté à l'unanimité.
Sijas dénonce Pile, commissaire du mouvement des armées de terre, comme un homme qui fait tout en secret, et qui ne permet pas que ses deux adjoints (dont Sijas est l'un) portent rien à la connaissance du Comité de salut public. — Un membre déclare que Pile a l'arrogance et l'ineptie des anciens ministres, et que les chefs de bureau ne peuvent pas travailler avec lui. — Ze Bas demande des commissaires pour accompagner Sijas au Comité de salut public. — Sijas déclare qu'il n'a pas besoin de commissaires. — Robespierre dit que le Comité est instruit de la dénonciation, et qu'il sait que Pile ne se soumet pas à la surveillance. II continue par des réflexions générales dans un discours dont voici le principal passage :]
Nous devons nous prémunir contre l'ambition qui conspire avec plus de succès au milieu des triomphes. Enfin, nous devons anéantir l'intrigue souterraine qui, comme un ver rongeur, flétrit les plus beaux fruits de la victoire et de la liberté, et tourner nos exploits guerriers au profit du peuple et de l'humanité.
Il faut empêcher qu'on ne parvienne à substituer aux généraux fidèles et aux guerriers patriotes des ci-devant nobles et des intrigants, qui rôdent autour de certains d'entre nous. Il faut nous mettre en garde contre le gouvernement militaire, qui doit toujours échouer contre la puissance de la Convention nationale, tant qu'elle restera unie et inébranlable dans ses principes. Si on la divisait, si on l'énervait, si elle cessait de rallier à elle le peuple par la vertu même du peuple, elle ouvrirait une vaste carrière aux factions, et il s'élèverait une puissance rivale de la sienne. Cette puissance serait le gouvernement militaire, auquel vous verriez se rallier les hommes corrompus qu'elle pourrait renfermer dans son sein.
La conduite du commissaire Pile mérite la plus sérieuse attention. €e n'est pas sans raison qu'on s'enveloppe du voile du mystère : il est à craindre qu'on ne veuille protéger des militaires aristocrates et perdre ceux qui se sont bien conduits ; mais tous les complots se briseront contre la Convention nationale et contre le Comité de salut public, qui sauront triompher des intrigants qui cherchent à les diviser. Je n'en dirai pas davantage. Le développement de ces vérités sera peut-être un jour le salut de la République.
Un citoyen donne des détails compromettants pour Dubois-Grancé f^ -et Gauthier ; il les accuse notamment d'avoir facilité l'évasion de Précy et de ses sateUites.
Barère monte à la tribune et fait lecture de son rapport, qui est accueilli par des acclamations. La Société en arrête l'impression et la distribution.
224 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [16 juillet 1794]
{Robespierre déclare qu'il approuve le décret de la Convention qui a interdit les banquets patriotiques. Il ajoute :]
Les calonnnies contre le gouvernement révolutionnaire et aussi contre le Tribunal révolutionnaire, les persécutions dirigées contre les patriotes énergiques et probes, ont un rapport intime avec ces banquets. Des intrigants adroits voulaient s'y glisser et amener, s'il eût été possible, une amnistie pour les conspirateurs. Le peuple ne se montre dans une attitude vraiment digne de lui que lorsqu'il est séparé des conspirateurs. Il était grand et sublime le jour de la fête de l'Être suprême : le crime n'osait alors se montrer ; les intrigants n'y étaient pas, ou ils étaient si petits qu'on ne pouvait pas même les apercevoir. Mais, si nous le divisons par tables, ce n'est plus le peuple, ce ne sont que des coteries, des mélanges de patriotes et d'aristocrates. Soyons moins unis avec ces derniers, et nous serons beaucoup plus amis entre nous.
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
Le citoyen qui a dénoncé Gauthier 2, relativement aux événements qui se. sont passés au siège de Commune-Affranchie, demande que la Société lui écrive pour qu'il ait à répondre sur les diverses inculpalions qui lui sont faites. La proposition est adoptée.
Sur la motion de T. Rousseau, archiviste de la Société, deux commissaires sont nommés pour l'accompagner au Comité de salut public, à l'effet d'y présenter des observations sur un objet d'administration intérieure de la Société.
La Société populaire de Granville fait passer des détails intéressants sur une fête célébrée dans cette commune, en mémoire du siè"-e qu elle a soutenu ; le représentant du peuple en mission dans ce département a prononcé à cette occasion un discours pathétique dont nous donnerons demain l'extraite
1. Nous donnons cette séance d'après le Journal de la Montagne. Le Moniteur n'en fait pas mention.