Tome VI. j
226 SOCIÉTÉ DES JACORINS [17 juillet 1794]
Monestier, après avoir déclaré qu'il n'a pas fait arrêter un seul individu qui ne fiU ou royaliste, ou fédéraliste, ou anti-Maratiste, consent que la Société ajourne son admission jusqu'après le rapport que le Comité de salut public doit faire du compte qu'il lui a rendu de sa conduite. « Non, non, s^écrie-t-on de tous les côtés. » Et la Société maintient l'arrêté qui admet Monestier au nombre de ses membres.
Follet demande à passer au scrutin, mais on le dénonce pour avoir rédigé et colporté un journal dont les principes n'étaient pas dans le sens de la Révolution. Après quelques débats, il est ajourné, et l'affaire est renvoyée aux quatre Comités réunis de la Société.
Un militaire, qui a trente-six ans de service et qui a fait quatorze campagnes, présente à la Société un sabre qu'il a enlevé aux esclaves.
La Société agrée l'hommage, et le Président lui répond : « Tu déposes entre les mains des Amis de la Liberté un sal)re dont tu t'es servi longtemps avec gloire, et dont l'épuisement de tes forces ne te permet plus le même usage. Ce don ne sera perdu ni pour toi, ni pour la patrie ; une arme dans la main de tout soldat français est toujours un gage de victoire. » Le président donne l'accolade fraternelle à ce brave guerrier.
Trois citoyennes se présentent et demandent l'élargissement de leurs maris détenus. Renvoyé au Comité des défenseurs officieux.
Le citoyen Deleage*, député suppléant, demande à passer au scrutin épuratoire. 11 s'élève des difficultés sur ce que ce citoyen a quitté la Société de Moulins, au moment où les patriotes avaient besoin de se rallier pour combattre les aristocrates, qui cherchaient ù. s'introduire dans le sein de cette Société. L'admission du candidat est ajournée.
Gueslon, qui, dans les dernières séances, a dénoncé Rousselin et plusieurs citoyens de Troyes *, se plaint de ce que l'on répand un libelle imprimé, dans lequel les faits qu'il a avancés sont traités de calomnies. Il répond sur sa tète que ces faits sont de la plus grande exactitude, et il se plaint de ce que les auteurs de l'imprimé qu'il dénonce ont dénaturé tous les événements : « Pourquoi, ajoute-il, ceux qui l'ont signé ne paraissent-ils pas comme moi à cette tribune pour y faire connaître la vérité? L'un d'eux est un habitant de Va-
1. Jean-Josoph Deieaïe, député suppléant du départemcut de rAllier, avait remplacé, le 24 tloréal an II, Petitjean, mort le 18 ventôse. '2. Voir plus hait, p. 219, la séance du 2G messidor an II.
lenciennes, absolument étranger à l'affaire dont il s'agit, et je demande que sa conduite soit examinée. »
Le citoyen dont le préopinant vient de parler en dernier lieu le dénonce comme un calomniateur, qui a débité les faussetés les plus insignes contre des citoyens de Troyes ; il annonce qu'il a des indices certains que Gueslon sera puni. Le même opinant déclare qu'il est en effet habitant de Valenciennes, qu'il s'y est toujours conduit en patriote, et que son plus grand bonheur est d'être échappé à la compagnie des esclaves.
Un auty^e citoyen fait observer à la Société qu'il n'est pas étonnant que Gueslon offre sa tète pour garant des faits qu'il a dénoncés, parce que sa famille est accoutumée à un pareil dévouement ; il annonce que ses parents offraient aussi bien leur tête pour la défense du tyran et de sa famille. Le même orateur instruit la Société que le mémoire, appelé libelle par Gueslon, a été communiqué au Comité de salut public et qu'on lui a dénoncé des trames affreuses, qui ont été ourdies à Troyes et qui tendaient à exciter des soulèvements sectionnaires. Il termine par demander que tous ces détails soient renvoyés au Comité qui est saisi de l'affaire. {Adopté.)
Le citoyen Bergo'at, de Saintes, acquitté par le Tribunal révolutionnaire *, prend la parole et dit : « Citoyens, frères et amis, un de « vos frères de la Société populaire de Saintes était, depuis un mois, « détenu dans les prisons de la Conciergerie, par les manœuvres de « l'aristocratie, qui avait juré sa perte en le dénonçant à son dépar- « tement. Ayant été acquitté une fois, on reproduisit cette même dé- « nonciation aux représentants du peuple Lequinio et Laignelot. « Enfin, l'on m'a dénoncé en troisième lieu au Tribunal révolution- « naire de Paris, d'où je viens de sortir victorieusement. Citoyens, la « cause de la liberté ne saurait triompher sans le, Tribunal révoluce tionnaire, dont je viens d'éprouver la justice, et le pays que j'ha- « bite ne tardera pas à voter des remerciements sur le bon choix de « tous les membres patriotes qui le composent. Vive le gouver- « nement révolutionnaire! Vive le Tribunal révolutionnaire et les « Jacobins ! »
Le Président répond : « Citoyen, tu n'as pas eu besoin d'autres défenseurs que ta pureté et celle de tes juges. Ton acquittement, en consacrant les preuves de ta vertu, ajoute aux marques multipliées de la vertu des juges, et détruit les calomnies lancées contre ce Tribunal, vengeur de la liberté. Le triomphe de l'innocence est toujours
1. Cf. Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire, t. V, p. 406.
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partagé parles patriotes, comme l'effroi des méchants est partagé par leurs complices. La Société t'admet aux honneurs de la séance. »
L'orateur reçoit l'accolade fraternelle du président de la Société, au milieu des applaudissements.
Barere donne lecture du rapport qu'il a fait le matin à la Convention, sur les nouvelles victoires et la reprise de Landrecies par les troupes de la République.
L'assemblée en ordonne l'impression.
PRÉSIDENCE DE BARÈRE
Après lecture du procès-verbal, adopté sans réclamation, on passe à la correspondance*.
Un citoyen écrit de Blaye : « ...Le canon d'alarme se fait entendre ; des émissaires se détachent ; on cherche, on aperçoit un pavillon en berne, on voit un gros bâtiment donnant la bande, échoué sur un banc. Aussitôt, les officiers du port font inviter, par l'organe du maire, tous les citoyens à voler au secours du vaisseau naufragé ; on court, on vole, on arrive sur le rivage. A l'exemple de leurs chefs intrépides, les citoyens de tout âge, de tout sexe se pré- «ipitent à l'envi ; et, pendant que les plus agiles se précipitent sur les bateaux à flot, d'autres non moins intrépides déchargent les gabarres et les lancent à l'eau. Malgré la violence, la contrariété des vents et des flots, on parvient enfin à force de voiles et de rames à sauver le vaisseau naufragé. Si le bâtiment est remis à flot, s'il est en état de continuer sa route jusqu'à la pointe de l'ile du Pâté, on le doit aux savantes et hardies manœuvres que les officiers et marins de ce port ont employées avec autant d'accord que d'intelligence. Le salut de ce bâtiment, nommé les Deux-Frères, est d'autant plus précieux que son principal chargement consiste en farine, et que sa perte eût été irréparable. »
1. Cette séance est rapportée dans les mêmes termes par le Journal de la Montagne et par le Moniteur.
2. Ici le rédacteur du Journal de la Montagne (n" du 3 thermidor) annonce que des extraits de cette correspondance seront donnés dans son numéro du lendemain. On trouvera en etTet ces extraits dans le n° du 4 thermidor, p. 693, 694.
Un citoyen rappelle à la Société qu'elle a arrêté dans sa dernière séance que Gauthier serait tenu de répondre, sur les dénonciations portées contre lui relativement au siège de Lyon * ; il demande que, s'il ne paraît pas à la tribune aujourd'hui, il soit exclu.
Un secrétaire fait lecture d'une lettre de Gauthier, dans laquelle il prétend que la dénonciation est l'efTet d'une intrigue qui opprime le département de l'Ain • ; il annonce qu'il s'occupe de rédiger par écrit les motifs de sa justification ; il invite la Société à suspendre son jugement jusqu'à ce qu'il ait été entendu.
Gouly fait part que Gauthier se trouve obligé d'écrire, parce qu'il lui serait impossible dans la position où il se trouve de se faire entendre de la Société, s'il n'avait pas écrit sa justification ; il annonce que la faiblesse de sa complexion en est la cause.
Le citoyeyi qui dénonce Gauthier demande avec instance que Gauthier monte à la tribune, ou qu'il soit rayé.
Dumas fait observer que la situation du dénoncé exige que la Société lui donne le temps de répondre ; il demande en conséquence l'ajournement.
Gouly dénonce celui qui a parlé contre Gauthier comme un calomniateur et l'instrument d'une intrigue qui s'étend dans tout le département de l'Ain : « Cet homme, dit-il, qui est venu vous dire dernièrement qu'il ne dénonçait pas facilement, et qu'il ne le faisait que quand il avait de grandes preuves, m'a dénoncé moi-même d'une manière infâme à la Société de Bourg, sans m'avoir jamais connu ; je demande qu'il vienne avec moi au Comité de sûreté générale pour s'y expliquer. »
Un membre atteste que le dénonciateur de Gauthier est un bon patriote ; il offre de l'accompagner au Comité de sûreté générale.
On demande que Gouly fasse part de la dénonciation dont il se plaint.
Gouly reprend la parole et fait part que son dénonciateur a signé qu'il était un stipendié de Pitt, et qu'il n'était allé en qualité de représentant dans le pays de Gex que pour favoriser l'évasion des contrerévolutionnaires, et qu'il a signé des choses plus infâmes encore.
Le citoyen dont parle Gouly se plaint de ce que, pour éluder la réponse aux faits qu'il impute à Gauthier, on cherche à le faire passer pour le calomniateur d'un autre citoyen. Il avoue qu'il a