Nous donnons cette séance d'après le Moniteur
coupables complices. Ces malheureux sans-culottes dont je vous parle (levaient être jugés dans celte décade, et toutes les dénonciations que vous avez entendues ici contre moi ne tendaient qu'à me perdre dans l'opinion publique et à me faire traîner au Tribunal révolutionnaire avec ces vertueux citoyens, qui ont été en même temps que moi assassinés par les chevaliers du poignard. »
L'orateur termine par demander des commissaires pour se transporter auprès des Comités de la Convention, à l'effet d'y demander que les citoyens dont il est question soient retirés de l'affreuse oppression dans laquelle ils gémissent. {Adopté.)
Un membre instruit la Société que le scélérat qui est allé chercher à Orléans ces infortunés citoyens, est Deschamps, infâme valet du moderne Catilina, et comme lui mis hors la loi.
Gouly rappelle à l'assemblée que les citoyens Thuriot, Fouché (de Nantes), Dubois-Crancé et TaUien sont encore victimes de la perfidie du tyran, qui a fait rayer les trois premiers de la liste des membres de la Société, et qui par ses manœuvres oppressives et liberticides est parvenu lui seul à faire suspendre le dernier de ses entrées aux séances de la Société. Gouly demande en conséquence que leurs entrées leur soient rendues.
Un membre déclare que deux bons patriotes ont été tout à la fois expulsés de la Société et mis en état d'arrestation. L'un est Dufourny, connu par son républicanisme ; l'autre est Laveaux, qui a eu le malheur de faire un journal dans lequel il décelait par ses judicieuses réflexions plus de talents que Maximilien, et de monter une imprimerie trop voisine de celle du nommé Nicolas, autre sbire et valet du despote. L'orateur demande des défenseurs officieux pour les deux opprimés.
Léonard Bourdon soutient avec raison que cette mesure ne suffit point, et que le soleil de demain ne doit pas éclairer la captivité de ces deux citoyens. Il propose de nommer des commissaires pour se rendre sur l'heure au Comité de salut public, à l'effet de lui demander l'élargissement de Dufourny et de Laveaux. [Adopté.)
TniRioN. — Si la Société n'avait point commis des fautes, nous n'aurions pas été surpris par le malheur auquel nous venons d'échapper. Poussant jusqu'à l'excès sa confiance dans l'individu le moins fait pour la mériter, souvent elle chassa de son sein des membres sans les entendre. Un citoyen avait-il le malheur de déplaire au tyran ? il se levait, le dénonçait, lui fermait la bouche, le faisait chasser, et, pour couronner son œuvre inique, le faisait, de son autorité privée, charger de fers. Ouvrez donc aujourd'hui les
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yeux, ô vous tous qui avez été éblouis et aveuglés par le clinquant de cette fausse vertu ; ouvrez les yeux, vous tous qui fûtes la dupe de cette mine abjecte, hypocrite et sournoise ; et retenez pour vérité qu'un homme vaut un homme, et que nous sommes tous égaux. Les exclusions dont ont été frappés tous ceux qu'on n'a pas voulu entendre sont radicalement nulles ; car le droit de se défendre est un droit naturel, sacré, imprescriptible, que le plus lâche des tyrans peut seul nous arracher. Et comment serait-il possible à l'homme pur, à l'homme faible, craintif et isolé, de se soustraire aux coups de l'ambitieux et du méchant, si le barbare, qui d'une main l'assassine, de l'autre lui ferme la bouche pour l'empêclier de prendre le ciel et le peuple à témoin de son innocence? J'ai vu, oui, j'ai vu des patriotes chassés par l'ordre de Robespierre. Sentex fut expulsé du milieu de vous pour avoir pris la défense d'un accusé, et avoir rempli le premier, le plus saint devoir d'un patriote juste et vertueux. Ainsi les hommes qui avaient mis la probité, la justice et la vertu à l'ordre du jour, ne semblaient nous avoir imposé les grandes obligations qu'elles prescrivent que pour s'en exempter eux-mêmes. Je demande qu'on regarde comme non avenue toute exclusion prononcée contre un citoyen qui n'a pu répondre aux accusations portées contre lui. {Adopté.)
Un membre fait observer que, si la Société ne prend les mesures les plus sévères, les intrigants ne tarderont pas à se glisser de nouveau dans son sein, et que peut-être d'autres tyrans renaîtront des cendres du premier... [Non, non! s'écrient ici tous les membres.) L'opinant avance que, la Société des Jacobins devant diriger l'esprit public, elle ne doit compter parmi ses membres que des hommes essentiellement justes et vertueux. Il propose en conséquence une nouvelle épuration, et demande qu'on ne rappelle po4nt ceux qui ont été rayés sans avoir été entendus, avant que d'avoir examiné les motifs de leur exclusion, parce que, dit-il, il peut se faire que plusieurs aient été rayés pour des raisons légitimes.
Monestier * demande que la proposition de Thirion soit maintenue, et que ceux qui n'ont pas été entendus soient admis pour s'expliquer à la tribune. « Les tyrans, ajoute-t-il, ont intérêt à se débarrasser des hommes vertueux et à se faire de leurs corps autant de marches pour monter au frône et s'y asseoir. S'ils font punir quelques coupables, ce n'est que pour capter la faveur et la confiance du peuple. Tous les citoyens que voas avez expu's33 sans avoir été entendus
1. Tout porte a croire qu'il saglt de Monestier ;du Puy-de-Dôme).
doivent être également traités, puisque vous ignorez s'ils sont innocents ou coupables. La tribune des Jacobins est le creuset par lequel ils doivent tous passer. C'est là que vous verrez couler à fond l'innocence supposée, et surnager la vertu purgée de toutes les taches que lui avait imprimées l'injuste soupçon. »
Un membre voudrait que ceux qui ont été exclus sans avoir pu se faire entendre fussent admis au Comité de présentation, pour y déduire leurs moyens de défense.
Thirion demande que l'arrêté pris sur sa proposition soit maintenu, et il s'appuie de l'observation de Monestier, que les citoyens doivent tous être également traités et admis à la tribune, devant tous être présumés innocents. Il approuve le nouveau scrutin demandé, mais il désire qu'il soit bien différent du premier, inventé par Robespierre pour favoriser ses partisans, et par lui traîné en longueur pour reculer l'admission des patriotes et introduire à son gré tous les intrigants. « Depuis six mois, dit-il, les droits sacrés de l'homme ont été ouvertement violés dans cette enceinte par le Catilina moderne. Peut-être se croira-t-on bien fondé à nous reprocher de ne nous être pas élevés contre l'oppression ; mais qui blâma jamais Brutus d'avoir joué le rôle d'imbécile à la cour de Tarquin, en attendant le moment favorable de le frapper et de sauver la liberté de son pays? Qu'on sache que la Montagne a suivi l'exemple de Brutus ! Il fallait, avant d'attaquer le tyran, donner au peuple le temps de s'apercevoir de la tyrannie ; il fallait que les moins clairvoyants fussent éclairés sur sa perfidie ; en un mot, nous n'avons point parlé, quand le moment de se faire entendre n'était pas arrivé. Dans cette tribune, on nous prodiguait les épithètes de scélérats et de traîtres, parce que nous avions le courage de demeurer tranquilles, et de ne pas céder à l'impulsion de cette tourbe ignorante qui couvrait de clameurs scandaleuses les déclamations hypocrites du tyran. Quand tous applaudissaient ce perfide enchanteur, certes il y avait du courage à se taire ; et c'est alors que l'imposteur Dumas nous appelait lâches et nous défiait de parler. Dès que le moment nous a favorisés, nous avons parlé ; nous avons mi^ux fait encore, nous avons agi. »
Thirion, après quelques observations, revient à sa première motion ; il demande que tous ceux qui n'ont pas été entendus soient réintégrés de droit, et que l'arrêté pris soit maintenu.
Un membre, après avoir déclaré que depuis six mois Robespierre avait introduit dans les Jacobins beaucoup de ses partisans, propose de sonder par l'examen le plus sé'vère la conduite et les principes de ceux qui ont été reçus depuis cette époque.
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Quelques membres demandent que l'on prenne des informations sur ceux qui ont insulté Brival et Châles pour avoir voté contre Robespierre, et qui rôdaient autour des députés pour savoir s'il y en avait qui fussent partisans de ce conspirateur.
Le citoyen Jaume, ci-devant exclu sans être entendu, sur la dénonciation de Renaudin, annonce qu'il devait bientôt paraître au Tribunal, et qu'il aurait été puni de mort, avec Destournelles , Dufourny et quelques autres. Il demande que sa carte lui soit rendue. Son vœu est accueilli, conformément à l'arrêté qui vient d'être pris.
Hion dénonce le citoyen Vézien pour l'avoir frappé et l'avoir chassé de la salle dans la nuit du 9, en lui disant qu'il était un scélérat et qu'il avait applaudi à la Convention au moment du décret contre Robespierre.
Vézien déclare qu'il a obligé Hion à sortir de la salle, parce qu'il n'avait pas sa carte ; mais il nie le surplus de l'accusation.
Royer se plaint de ce que la discussion s'engage sur les querelles particulières ; il fait la réflexion qu'il est étrange de voir aujourd'hui tant d'ennemis de Robespierre, lui qui paraissait avoir encore tant d'amis il y a trois jours. Il divise la Société en trois classes : la première, composée des hommes vendus à Robespierre, et qu'il faut punir; la seconde, des personnes égarées qu'il faut surveiller; la troisième, des hommes forts et vertueux, qui ont su résister aux huées indécentes des traîtres et de leurs soudoyés. Il soutient que c'est à ces derniers qu'appartient l'avantage de fermer le noyau sacré des Amis de la Liberté, et que ce sont eux qu'on doit appeler les vrais Jacobins. Il demande que l'on prouve à l'Europe que les Jacobins ne sont pas morts, qu'ils sont patriotes toujours brûlants, toujours énergiques, et qu'il soit fait une adresse à la Convention nationale, et une circulaire aux citoyens de toute la République, dans laquelle on reconnaîtra la faute qui a été faite d'idolâtrer un homme, et où l'on déclarera que l'idolâtrie est pour jamais bannie de la Société. — {Ado p lé.)
Châles se plaint de la manière indigne et scandaleuse avec laquelle il fut traité dans la nuit du 9. Il dénonce un nommé Lagarde pour s'être précipité sur lui dans le dessein de le frapper. Ce furieux, ayant été arrêté, se dégage des bras de ceux qui le retenaient, s'élance à la tribune pour soulever contre l'opinant l'indignation des partisans de Robespierre, contre lequel il lui reproche d'avoir voté. Entre autres propos atroces qui lui échappèrent, l'on frémit de celuici : « Châles a la tète de trop ; c'est à la guillotine à la faire tomber. »
L'orateur demande que, si Lagarde est dans le sein de la Société, il soit conduit au Comité de sûreté générale.
Un citoyen qui s'appelle Lagarde se présente.
Châles déclare que ce n'est pas celui-là, mais qu'il sait la demeure de l'autre, et que cela suffit pour prendre les mesures convenables.
Leforl est dénoncé pour avoir fait la proposition d'exclure tous les membres de la Convention qui auraient voté contre Robespierre.
Léonard Bourdon annonce qu'il est arrêté.
Une autre dénonciation s'élève contre Blanchet : on l'accuse d'avoir contribué à l'arrêté rendu sur la proposition dont il s'agit; Blanchet proteste qu'il u demandé le rapport de l'arrêté qui avait été pris sur la motion de Lefort, et qu'il n'a aucunement réclamé en faveur de cet arrêté.
Des membres dénoncent Blanchet pour avoir engagé en particulier Lefort à faire Tinfàme proposition qu'il fit.
Hassenfratz. — L'ombre de Robespierre plane-t-elie en ce moment sur cette enceinte ? C'est en effet par les dénonciations individuelles que ce tyran, divisant tout, brouillant tout parmi les Jacobins, voulait établir son autorité et régner despotiquement sur l'opinion, et nous retenir sous le joug. Je demande que désormais toule dénonciation soit faite devant les tribunaux qui en doivent connaître; il est par trop dangereux de venir jeter en public des germes funestes de discorde et de désunion. Que la Société s'occupe en ce moment d'un objet plus digne de son attention : je veux parler de l'instruction publique, que le tyran ne cessait d'écarler pour mieux parvenir à son but en dominant sur des ignorants et des aveugles.
Thirion demande aussi qu'on laisse de côté ces dénonciations particulières pour se livrer aux objets d'un intérêt majeur. Un de ceux qui lui paraissent devoir attirer toute la vigilance et le zèle de la Société est la surveillance à exercer sur l'action du gouvernement, qui par sa nature est rongeur. « Le tyran, dit-il, ne serait jamais parvenu à ce degré effrayant de pouvoir, s'il n'avait pas été placé dans le gouvernement, et si, dans ce poste, il ne s'était entouré d'individus mercenaires, avides de places, qui lui faisaient une escorte formidable ». H propose de renvoyer au Comité de présentation toutes les dénonciations individuelles.
Sa proposition est adoptée sans aucune réclamation, et la Société, terminant sa séance, arrête que, dans les suivantes, elle procédera à la réorganisation complète de ses Comités, à commencer par celui de présentation.
PRÉSIDENCE d'eue LACOSTE
Après la lecture du procès-verbal de la séance du 13, Legendre informe la Société qu'il a rempli la mission dont elle l'avait chargé, et qui tendait à obtenir une prompte décision sur le compte des citoyens Laveaux et Dufourny, incarcérés et victimes destinées à être sacrifiées tôt ou tard à la vengeance du tyran Robespierre. Legendre déclare qu'il n'a pas voulu se charger en même temps de faire aucune démarche en faveur des citoyens d'Orléans traduits dans les prisons de Paris, attendu qu'il n'a pas une connaissance assez approfondie de leurs principes, et à cet égard il émet son vœu, qui consiste à demander une discussion sur ce point dans Tune des séances de la Société. 11 l'invite de plus à peser avec attention toutes les demandes qui lui sont faites de défenseurs officieux, et à ne les accorder qu'avec la plus grande circonspection.
« Les complices de Robespierre, dit-il, vont aujourd'hui s'empresser de déchirer à vos yeux l'épais rideau qui couvrait tous ses crimes ; ils chercheront à se faire un appui auprès de vous de ce soin officieux, quoique tardif. Soyez sur vos gardes, citoyens; rappelezvous qu'en diverses circonstances la commune d'Orléans s'est montrée contre-révolutionnaire ; je pense donc que c'est là le moment de vous défier de toutes les pétitions que vous présenteront les citoyens de cette commune. Je demande qu'on n'en admette aucune, sans au préalable avoir pris des renseignements positifs sur la nature des affaires, sur les principes et la conduite politique des pétitionnaires. »
Après être convenu que la commune d'Orléans n"a pas marché dans le sens de la Révolution, Léonard Leblois soutient que les individus qui sont maintenant en état d'arrestation sont d'excellents patriotes; il annonce qu'un de ces malheureux citoyens a courageusement défendu Léonard Bourdon, représentant du peuple, et qu'il a reçu trois coups de baïonnette que voulaient lui porter les assassins ; il cite d'autres traits pour justifier les détenus, a Mes réflexions doivent d'autant moins vous paraître suspectes, dit Leblois en ter-