A OIT
sèment fie laquelle ils ont si puissamment concouru jusqu'à ce jour. II propose, en conséquence, un plan d'opérations importantes. Il demande d'abord que la Société s'occupe de la liberté de la presse et des opinions; il soutient ensuite qu'il est instant de proclamer des idées pures et salutaires sur le gouvernement, sur la manière de le simplifier et de lui donner la plus grande activité. Les autres objets dont il propose à la Société de s'occuper sont le Tribunal révolutionnaire, et les journalistes qui ont flagorné Robespierre, et cnressé cet ambitieux hypocrite.
Lequinio appuie les observations du préopinant, en ajoutant que le scélérat Robespierre avait l'intention d'empêcher l'instruction, pour parvenir avec plus de facilité à la tyrannie. 11 instruit la Société que le traître Hanriot, qui n'agissait que par ses ordres, a proposé, dans une des sections de Paris, d'anéantir toutes les bibliothèques. II termine en déclarant que l'instruction est le plus sûr garant de la liberté, et que, dans un pays où la liberté de la presse et des opinions n'existe pas, on ne trouvera que des brutes, des tyrans et des esclaves. — Sur la demande de Lequinio, la Société ajourne à quelques séances la discussion de ces objets intéressants.
Le membre qui avait parlé avant Lequinio reprend la parole à l'effet d'inviter les commissaires, nommés pour presser l'élargisst^ment de Dufourny et de Laveaux, de hâter leurs pas et leurs démarches à ce sujet, vu que ces deux citoyens ont des détails importants à communiquer sur la conspiration de Robes[»ierrc, et particulièrement Dufourny.
L'un des secrétaires fait lecture de la liste des candidats qui doivent composer la commission de quinze membres chargés de l'épuration de la Société.
Les citoyens nommés sont Dubois-Crancé, Hion, Léonard Bourdon, Perdrix, (iros, Fontaine et Jourdan.
La discussion de la suite de cette liste est renvoyée à la prochaine séance.
LA SOCIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ ET DE L'ÉGALITÉ SÉANTE AUX JACOBINS DE PARIS, A TOUTES LES SOCIÉTÉS POPULAIRES DE LA RÉPUBLIQUE, SALUT.
Paris, imprimerie de G.-J. Galetti, s. d., in-S» de 7 p. — Bibl. nat., Lb. 40/2328,
(18 thermidor an II — o août 1794)
Frères et Amis,
De grands événements se sont passés à Paris depuis quelques jours ; une grande révolution s'est opérée ; le tyran n'est plus, la patrie respire, la liberté triomphe. Déjà, dans toutes les parties de la République, ces heureux résultats ont été proclamés, le cri de la victoire s'est fait entendre dans toutes les contrées, et le 9 thermidor a pris sa place dans les annales de la Révolution. Les détails de cette mémorable journée sont consignés dans tous les papiers publics ; nous ne vous en parlerons point ; mais nous vous devons, nous nous devons à nous-mêmes, nous devons à la patrie de venger la gloire des Jacobins que des scélérats ont tenté de flétrir, en profanant par le crime et la révolte cette enceinte sacrée où le premier cri de la liberté se fit entendre et où tant de fois l'Europe nous contempla avec admiration proclamer les droits du peuple et les principes tutélaires de la prospérité publique.
Nous ne serions pas dignes de vous, si nous étions réduits à vous prouver que nous n'avons pris aucune part aux attentats énormes qui se sont commis dans le lieu de nos séances; nous serions inconsolables au milieu de nos triomphes, si le simple soupçon pouvait nous atteindre.
Non, non, Frères et amis, ils n'étaient point Jacobins, les brigands qui se sont emparés de l'asile de la liberté, pour y établir un foyer de rébellion contre l'autorité nationale, dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Cette horde de scélérats avait besoin d'un nom célèbre pour assurer le succès de ses crimes. Il fallait aux conjurés un levier puissant dans l'opinion, et le plus grand de tous leurs forfaits est peut-être celui d'avoir voulu s'approprier cinq années de gloire, pour revêtir le plus lâche et le plus odieux des tyrans. Les monstres ! . . .
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Ils se trahissaient eux-mêmes! hit jusque dans leurs crimes, ils rendaient un hommage solennel à la vertu, puisqu'ils empruntaient ce nom pour tromper le peuple et lui forger des fers, en lui donnant un maître.
Tant de scélératesse devait trouver un terme dans la force de la raison et dans la force du peuple. Aussi les vrais Jacobins, les vieux amis de la liberté n'ont point perdu courage dans cette importante conjoncture. Peu inquiets du succès momentané que des brigands obtenaient sur quelques hommes égarés et sur une multitude de femmes qui déshonoraient leur sexe par les huées et les vociférations de la fureur, ils se rallient dans leurs sections respectives. Là, ils font entendre les accents mâles et purs de la vérité ; ils parlent au peuple, ils lui rappellent ses droits, ses devoirs, l'obligation sacrée de conserver à la République le dépôt précieux qu'elle lui a confié, la représentation nationale; ils parlaient encore, lorsque déjà le crime pâlit, ses suppôts tremblent, la foudre éclate, et le tyran n'est plus. 0 puissance de la raison ! 0 grandeur du peuple ! Où sont maintenant vos ennemis? Quel ambitieux osera désormais se permettre d'asservir les Français ? Qu'il se présente au milieu de nous ! Qu'il vienne nous demander ce qu'est devenu ce colosse formidable, qui naguère menaçait insolemment la liberté publique en proscrivant les talents et les vertus? Nous l'enverrons interroger les restes impurs de ridole! Nous l'enverrons sur la tombe du tyran y lire les destinées qui l'attendent dans ces mots terribles gravés en caractères de feu : La tyrannie n'est plus, le peuple a juré la destruction de tous les oppresseurs du monde!
Frères et amis, si cet événement mémorable a de nouveau ébranlé tous les trônes, s'il atteste aux despotes l'impuissance de leurs efforts contre une nation libre et généreuse, il est aussi une grande leçon pour les peuples qui aspirent à la liberté. Puisse-t-il leur rappeler à jamais l'horreur de la domination et les dangers de l'idolâtrie I Périsse le premier traître qui, sous le masque d'une funeste popularité, oserait méditer la ruine de la patrie, en s'élevant audessus du niveau sacré de l'égalité !
Nous aurons sur ce point, frères et amis, de grandes choses à vous dire ; nous vous les dirons, parce qu'il faut que toutes les vérités soient connues. Nous vous parlerons sans détours; nous aurons le courage de vous parler contre nous7mêmes, parce que tout, jusqu'à nos fautes, doit servir la liberté de notre pays.
Qu'il nous suffise de vous dire en ce moment qu'il faut nous prémunir contre les tentatives de l'aristocratie et du modérantisme.
Après une aussi longue compression, il faut s'attendre à une réaction puissante et proportionnée aux malheurs que nous avons eu à déplorer; il faut donner à la sensibilité tout ce que l'humanité commande ; mais il faut arrêter cette sensibilité là où la malveillance voudrait s'en saisir comme d'une arme contre la liberté publique. La Convention nationale a déployé un grand caractère; elle a renversé le tyran et la tyrannie ; mais elle n'a point oublié que les ennemis de la liberté respirent encore. Ce n'est point pour eux qu'elle a opéré cette étonnante révolution. Elle veille et elle attend de vous que, toujours dignes du nom français, vous donnerez au monde le spectacle imposant d'un peuple fier, terrassant ses ennemis au milieu des orages et ne perdant jamais le sentiment de cette véritable grandeur dont l'exemple prépare chaque jour la libération du genre humain.
Nous sommes, etc. [sic).
La Société, dans sa séance du 18 thermidor, a arrêté l'impression de cette adresse, l'envoi à toutes les Sociétés affiliées, la distribution à ses membres et aux tribunes.
Thuriot, président; Bourdon (de l'Oise), Tallien, Simonne, Roussel l'aîné, Urbain Jaume, Sambat, secrétaires*.
1. Le jour même où les Jacobins rédigeaient cette adresse (18 tliermidor), la Convention recevait une adresse* d'une autre Société populaire, celle des Défenseurs de la patrie qui siégeait elle aussi au couvent des Jacobins. (Cf. Tourneux, n"' 9838 <à 9842.) Nous croyons devoir la reproduire ici, bien qu'elle ne se rapporte pas directement à notre sujet : c'est un texte qu'il est curieux de rapprocher des diverses manifestations du club des Jacobins au lendemain du 9 thermidor :
« On introduit à la barr-e une députation de la Société des Défenseurs de la République une et indivisible, séant aux ci-devant Jacobins, rue Honoré.
« L'orateur de la députatiox. — Citoyens représentants, nous venons contempler avec admiration le rocher contre lequel les complots des conspirateurs de tout genre viennent échouer.
« Un nouveau Catillna était dans cette enceinte ; le scélérat y jouait le rôle de défenseur de la patrie, tandis qu'il n'en était que l'oppresseur, et que, d'accord avec le perfide llanriot, qui croyait avoir en main la force armée, il prétendait se servir du peuple même pour enchaîner le peuple et se nommer dictateur.
« Les perfides! ne savaient-ils pas que la Convention clairvoyante déjouerait cette trame odieuse, et qu'elle sauverait la patrie ? Car n'est-ce pas en vain que le scélérat qui commandait la force armée de Paris criait aux armes ? N'est-ce pas en vain que la Commune perfide a fait ditîérentes proclamations pour exciter le peuple à la rébellion? N'est-ce pas en vain encore que des émissaires, envoyés de tous côtés, cherchaient à soulever les citoyens contre la Convention nationale, et à prendre la défense de l'infâme Robespierre, en obéissant à la Commune ? Mais, ô prodige ! le peuple n'a eu qu'un cri : « Volons au secours de la Convention ! » s'est-on écrié de toutes parts. On part; à l'instant les conjurateurs sic) sont voués à l'exécration et livrés au glaive de la loi.
« Représentants, la Société des Défenseurs de la République une et indivisible vous doit rendre compte de sa conduite. La voici : à l'instant où la conjuration
326 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [6 agit 1794]
PRÉSIDENCE DE TlIURIOT
Polverel et Sonthonax*, ci-devant commissaires civils à Saint-Domingue, écrivent qu'ils sont venus à Paris, où ils jouissent de leur liberté, conformément au décret de la Convention, qui a suspendu celui d'accusation porté contre eux-. Ils demandent à être admis à la séance. — (Accof^dé.)
Les Sociétés populaires de Nemours et de Montcenis annoncent qu'elles ont chacune ouvert dans leurs arrondissements respectifs une souscription pour la construction, équipement et armement d'un vaisseau de guerre. Celle de Nemours, non contente de donner cet exemple, a invité tontes les administrations et toutes les communes à se réunir pour opérer le bien public dans cette circonstance.
liaisson monte à la tribune pour répondre à une dénonciation
fut découverte, une partie de nos membres se rendirent à la Convention, et ont accompagné plusieurs représentants du peuple dans leur mission ;
« D'autres se sont ren<lus aux différents Comités de la Convention nationale pour y prêter main-forte ;
« Les autres enfin se sont rendus à leurs sections respectives pour y électriscr les âmes, et engager leurs concitoyens à voler au secours de la représentation nationale que des scélérats, soudoyés par le moderne Cromwell, voulaient égorger.
« Dans notre séance du 12, il a été arrêté à Tunanimité que chacun de nos membres serait tenu d'apporter un certificat signé du commandant de sa conq^agnie, et visé par un des Comités de la section, lequel attestera la conduite et les principes qu'il aura manifestés dans la journée mémorable du 9 au 10 thermidor et jours suivants, et que celui qui y manquera sera rayé du tableau de la Société.
<« Maintenant, représentants, nous vous invitons à ne pas abandonner la massue, que tous les traîtres ne soient punis de leurs forfaits, et les patriotes rendus à la liberté. Restez, oui, restez à votre poste jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de têtes couronnées, et nous répétons encore entre vos mains le serment irrévocable de verser tout notre sang pour défendre la représentation nationale.
« Vive lu République'. Vive la Convention nationale ! (On applaudit.)
« La mention honorable et l'insertion de l'adresse au Bulletin sont décrétées. » [Moniteur, t. XXI, p. 410.)
1. Le Moniteur et presque tous les journaux du temps défigurent ce nom en Santhonax, et nous-même avons déjà ici même reproduit cette erreur. 11 s'agit de Léger-Félicité Sonthonax ou Sonthonnax (1703-1813), qui fut membre du Conseil des Cinq Cents. Voir la notice ((ue lui consacrent MM. Robert et Cougny dans leur Dictionnaire des Parlementaires.