Voir le Moniteur, t. XVII, p. 143, 5o9 ; t. XXI, p
qu'il prétend avoir été faite, contre lui, à la Convention, par Elie Lacoste, et qu'il dit être consignée dans un journal. Il fait lecture d'une lettre qu'il a adressée aux Comités de salut public et de sûreté générale, et qu'il se propose de faire imprimer pour la distribuer à la Convention». Raisson réfute longuement, dans cet écrit, le reproche qu'il prétend lui être fait, d'avoir contribué à délivrer des certificats de résidence à des émigrés.
Elie Lacoste déclare qu'il est monté à la tribune de la Convention, le H du courant, pour dénoncer un projet qui tendait cà faire rentrer en France des émigrés, et à les rétablir dans la jouissance de leurs biens; que déjà un homme, sous des noms supposés, avait obtenu des certificats de résidence et de non-émigration, et qu'il existait à ce sujet un arrêté signé par La Chevardière, Aumont et Raisson, membres du département ; il ajoute qu'il n'a pas dénoncé ce dernier, et que, si les journaux ont rapporté autre chose que ce qu'il vient de dire, ils ont tort. Au reste, il annonce que les pièces relatives à cette affaire sont renvoyées aux tribunaux, et que les discussions qui auront lieu à cet égard feront connaître les coupables.
Legendre observe qu'un homme ne doit pas prendre la parole à la tribune des Jacobins, s'il n'y a été formellement dénoncé. Il soutient qu'on ne doit permettre à qui que ce soit de se servir du prétexte d'une phrase consignée dans un journal pour venir faire son apologie dans le sein de la Société. Après avoir déclaré que, malgré son observation, il estime Raisson et son patriotisme, il demande que la Société des Jacobins s'occupe exclusivement du bien public, et laisse de coté toutes les particularités. Il termine par demander le rappel à l'ordre de quiconque s'écarterait de ce principe.
Sonthonax et Polverel paraissent à la tribune. Sonthonax a le premier la parole. Il commence par déclarer que Polverel et lui ont été indignement calomniés en France, et que les auteurs de toutes ces calomnies atroces sont deux prétendus commissaires d'une assemblée coloniale qui n'existe plus : « Nous vous jurons, dit-il, que nous avons été en Amérique les martyrs des principes que vous professez ; et pour vous prouver que nous avons le cœur pur et la conscience sans reproche, nous nous contenterons de vous citer notre soumission prompte et entière au décret d'accusation lancé contre nous. »
1. Lettre adressée aux Comités de salut public et de sûreté générale, par Uaissox, commissaire par intérim de la Commission d'agriculture et des arts, le 14 thermidor, l'an deuxième de la République. Iinpr. de Ballard, s. d., in-4'. — IJibl. nat., Lb 41/im.
328 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [6 août 17941
Sonlhonax entre ensuite dans plusieurs détails sur la situation actuelle des colonies. Il en résulte que nos Ues-du-Vent ont été livrées à l'Anglais et à l'Espagnol par l'infâme trahison, mais que déjà la Guadeloupe est recouvrée. Les Français, au nombre de dix-huit cents hommes, possèdent encore la moitié de Saint-Domingue; l'autre moitié est occupée par les royalistes, les fédéralistes, les Anglais et les Espagnols. La partie du sud est intacte. Les prises des Anglais dans le nord se réduisent à une ville. Dans la partie de l'ouest, ils se sont emparés du ci-devant Port-au-Prince, actuellement Port-Républicain. Ils y ont volé aux Français quarante-cinq bâtiments chargés de subsistances coloniales. Cette place a paru être défendue, et cependant elle ne l'a été que très faiblement, et ensuite elle a été livrée. Le Gap lient toujours, et tout annonce que cette ville importante ne cessera jamais d'être une possession française. Sonthonax assure qu'une des principales causes de tous les malheurs qui ont affligé la colonie est une proclamation du général anglais, dans laquelle il affirmait aux patriotes que les deux commissaires civils étaient proscrits en France, et qu'ils allaient tomber sous le glaive de la vengeance nationale. Les deux commissaires ont été forcés de s'échapper pour se mettre en sûreté, et dès ce moment les commandants des diverses places ont cessé de se montrer en républicains ; mais, depuis, le génie de la liberté et de l'égalité a repris le dessus. Il y avait dans ce pays une petite Vendée, composée des nègres révoltés par les royalistes, qui espéraient ramener l'esclavage en France, en se livrant à toutes sortes d'horreurs dans les colonies. Les commissaires civils, avant leur destitution, publièrent une proclamation dans laquelle ils découvraient la vérité aux personnes trompées et égarées : cette proclamation porta un coup très sensible à la puissance des royalistes, et la plupart de ceux qu'ils avaient abusés abandonnèrent leur coupable parti dès qu'ils eurent reconnu leur lâche perfidie. Les contre-révolutionnaires avaient fait accroire aux nègres révoltés que Gapet, en mourant, avait fait un testament dans lequel il leur assurait la liberté, s'ils pouvaient parvenir à faire monter son fils sur le trône.
Après quelques autres détails, l'orateur entre dans des observations sur le caractère des nègres, si injustement méprisés par les planteurs ; il avance que ces noirs sont si braves, si dévoués à la cause sacrée de la liberté pour laquelle ils combattent, qu'ils ont préféré manger l'herbe des champs à la honte d'obéir aux vils Espagnols. Ces malheureux ont acquis, depuis qu'ils ne sont plus le jouet des caprices de leurs maîtres, un degré d'énergie qui les rend redou-
tables aux ennemis de la liberté. Chaque jour, ils se forment dans l'art des guerriers, et leurs efforts ne tarderont pas à rendre Saint- Domingue la plus puissante et la plus florissante de nos colonies.
Polverel parle après Sonthonax ; il déclare qu'il n'ajoutera rien à son récit, vu que les événements seront tous connus dès que les Comités de la Convention auront fait l'examen des pièces qui concernent les colonies. Après avoir assuré que la liberté avait conservé aux Français la grande moitié de Saint-Domingue, et qu'elle leur rendrait avant peu les Iles-du-Vent, livrées par des traîtres, Polverel parle, comme son collègue, en faveur des noirs. En vain leurs ennemis ont prétendu qu'ils ne travailleraient plus dès qu'ils seraient libres, rien de plus faux ; il fait part à ce sujet de l'anecdote suivante : « Les propriétaires planteurs viennent solliciter des commissaires civils un ordre portant que les nègres seraient obligés de travailler jour et nuit à la préparation des cannes à sucre; les commissaires trouvent cette demande détestable; ils pensent qu'il serait cruel de forcer des hommes à s'occuper nuit et jour d'un travail qui dure ordinairement trois mois; ils se déterminent à employer la seule voie de persuasion vis-à-vis des nègres. Les commandants sont assemblés; on leur représente que la France a le plus grand besoin du produit des cannes à sucre, pour soutenir la guerre et défendre la liberté des hommes de couleur. Celte simple représentation leur suffit ; les nègres arrêtent sur l'heure qu'ils travailleront jour et nuit à la préparation des cannes. »
Polverel termine en déclarant que son collègue et lui sont partis républicains pour les colonies, qu'ils s'y sont conduits en républicains, et que les principes qui les ont dirigés jusqu'alors ne cesseront jamais de les animer.
PRÉSIDENCE DE THURIOT
[Lecture de la correspondance. Les commissaires des sections d'Orléans écrivent à la Société des Jacobins pour lui faire hommage de l'adresse que les sections d'Orléans viennent de présenter à la Convcnlien pour la féliciter de la chute du tyran. — La Société régénérée de Moulins écrit que la manu* facture d'armes établie en cette ville a envoyé, le 6 de ce mois, 600 fusils complets et 6,600 pièces de garniture à Paris.
330 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [8 août 1794]
Sur la jtroposilion de Moneslier, la Sociétô reçoit dos déjnitations des communes de Clermont-Fcrrand, de Riom et d'un grand nombre d'autorités constituées du département du Puy-de-Dôme, venues pour calmer les inquiétudes qu'on peut concevoir sur ce département.
Quarante soldats de la garnison de Landau, détenus à Sainte-Pélagie, demandent des défenseurs officieux pour réclamer leur liberté. — Maure fait remarquer que les Comités de salut public et de sûreté générale sont saisis de cette afl'aire, et il obtient qu'on leur renvoie la lettre des (piarante militaires, qui, dit-il, sont presque tous des officiers. — On nomme des commissaires pour accompagner au Comité d'agriculture un membre de la Société populaire de Pontoise, venu pour demander le raj)port d'un décret sur les moulins].
L'assemblée passe de suite à réleclion des quinze mennbres qui doivent régénérer la Société*.
Quelques difficultés s'élèvent d'abord sur la manière de procéder à cette élection, et sur les moyens de connaître les membres les plus anciens de la Société.
« Certes, dit Hion, cette difficulté n'existerait pas si l'on pouvait nous représenter ici les premiers registres de la Société; mais il est impossible de les trouver, car le contre -révolutionnaire Desfieux s'en est emparé ; c'est lui qui les a enlevés à la Société. Je demande donc, à défaut de ces registres, que les plus anciens Jacobins paraissent à la tribune, à commencer par ceux, qui ont été reçus membres du tem{)s que la Société tenait ses séances dans le réfectoire de cette maison '. »
Un membre observe qu'il ne suffit pas de s'en tenir scrupuleusement à l'ancienneté de la réception, mais qu'il faut s'attacher principalement au patriotisme des membres, et que l'éclat de celui des plus anciens a parfois subi de fatales éclipses, et n'a pas toujours brillé dans toute sa pureté.
Hion et quelques autres membres déclarent que la Société n'aura, dans cette circonstance, égard au mérite de l'ancienneté qu'autant qu'il sera appuyé par un mérite bien plus réel encore, celui de la vertu. « L'intention de la Société est certainement de ne choisir ici que des hommes irréprochables, et nous ne devons pas douter qu'elle n'emploie tous les moyens que sa prudence lui suggérera pour que son choix ne l'expose point à un tardif, mais inutile repentir. »
Dubois -Crancé demande que l'on interroge les candidats qui se présenteront à la tribune, pour recueillir de leur propre bouche l'aveu