ToME VI
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nouvelor les scènes sanglantes du Tribunal révolutionnaire , qui faisait guillotiner en 1794 pour des opinions qui avaient été prononcées en 1789.
Après avoir combattu ceux qui prétendent que la liberté illimitée de la presse porte atteinte au gouvernement révolutionnaire, l'opinant déclare qu'on ne doit pas étendre ce droit imprescriptible jusqu'au pouvoir de corrompre la morale. Quanta la loi sur la calomnie, il pense qu'elle ne peut pas exister, et que les hommes qui craignent la calomnie sont ceux qui ne se conduisent pas bien. Il rappelle que Louslallol, qui a été assassiné |)ar les partisans de La Fayette, disait que la calomnie était peut-être utile en révolution ; ce qu'on appelle calomnie est souvent la vérité la plus pure. H conclut eu demandant que chacun {misse dire ce qu'il pense, et épancher son cœur sur les abus qu'il voit.
Cinq cavaliers jacobins, armés par la Société de Sarlat, se présentent aux Jacobins pour exprimer leur dévouement. Le président leur donne, au nom de la Société, l'accolade fraternelle '.
Une députai ion de la Société de Sedan^ est admise et prononce un discours pour remercier la Sociélé-mère de l'Adresse qu'elle a envoyée aux Sociétés affiliées, à propos des événements du 9 thermidor -.
PRÉSIDENCE DE DEUIAS
ihi secrétaire annonce une lettre de Page, Bruslé et Legrand, commissaires de Saint-Domingue^, détenus à la maison d'arrêt du Luxembourg.
Quelques membres parlent à ce sujet ; les uns demandent la lecture, et les autre.s le renvoi de la lettre au Comité de salut public.
1. Le coinpto rendu du Moniteur s'arrête ici. Les lignes qui suivent sont extraites du Journal de l<i Monfnrfitp. T^e discours de la députation de la Société de Sedan est imprimé dans ce Jdiini.il. luiméro du 8 fructidor, t. III. p. 9.j8.
^2. Le discours des cavaliers j,iciil)iiis est imprimé dans le Journal de la Monlaipic 11" du 8 fructidor, t. III, p. !):i8.
;i. Voir à pr()pos de cette atlairc, la séance de la Convenlioii du ."j fructidor. Moniteur, t. XXI, p. ;iGG.
Monestier demande que l'on accorde aux citoyens qui écrivent les mêmes avantages que ceux accordés à Polverel et Sonthonax, leurs adversaires. Après avoir fait observer que Polverel et Sonthonax n'ont pas été étrangers à la faction Brissot, il déclare que, puisqu'on les laisse en liberté , on devrait au moins donner aux autres citoyens de Saint-Domingue la faculté de se faire entendre.
DuFOURNY. — Mon intention n'est pas que l'on juge de la conduite qu'on a tenue en dernier lieu dans les colonies par celle que l'on avait tenue précédemment ; mais il doit être permis de rappeler que, quand Brissot dominait dans le sein de cette Société, Sonthonax était son agent au Comité de correspondance. Brissot voulait alors qu'il fût rédigé une adresse à la cour pour demander la guerre ofiFensive ; on devait envoyer aussi une adresse aux Sociétés affiliées, pour les engager à réunir leurs voeux pour cette guerre. Déjà cette adresse était composée, et Sonthonax, qui en était le rédacteur, en fit lecture. Il s'éleva des réclamations, et elle ne fut pas adoptée. Cette circonstance me fait penser que Sonthonax, qui fut depuis nommé commissaire par le pouvoir exécutif, ne put acquérir la faveur de la cour qu'en servant le parti de Brissot.
Lequinio pense que l'on ne doit point accorder de privilège à un parti plutôt qu'à un autre, et qu'il est de la justice de la Société de supposer innocents tous ceux qui sont compris dans l'affaire des colonies, jusqu'à ce qu'ils aient été jugés. En conséquence, il demande que la Société ne se départe point en ce moment des principes de justice qu'elle a toujours professés, et qu'elle agisse de la même manière envers tous.
On demande le renvoi au Comité de salut public.
Monestier déclare que, quoiqu'il respecte les lumières des Comités, il s'étonne de voir que l'on fuit le grand jour, et que l'on veut renvoyer à un Comité les choses qui peuvent donner des éclaircissements au peuple sur l'affaire importante des colonies. Il demande la lecture de la lettre, et la nomination d'une commission chargée d'examiner à fond l'affaire des colonies et d'en faire un rapport à la Société. — La lecture de la lettre est arrêtée.
Page, Bruslé et Legrand dénoncent comme lin roman le rapport historique fait à la tribune des Jacobins par Sonthonax et Polverel. Us invitent la Société à suspendre son jugement, et déclarent que, si les réclamants qui se pi*ésentent peuvent être entendus, il ne leur sera pas difficile de faire connaître tous les crimes odieux dont ces commissaires se sont rendus coupables. Entre autres forfaits, ils leur reprochent d'avoir brûlé la ville du Cap^ égorgé ses habitants, pillé
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200 millions, et cherché à rendre les colonies indépendantes de la France. Ils terminent en invitant la Société à appuyer auprès du Comité de salut public une pétition dans laquelle ils réclament les mêmes avantages que ceux donnés à Polverel et à Sonthonax.
Après quelques débats, la lettre est renvoyée au Comité des défenseurs officieux.
Monestie)\ après avoir fait sentir combien il était important de reprendre dans les îles la prépondérance qui convient à la nation française, et de réduire enfin l'Angleterre, cette puissance orgueilleuse qui veut encore maintenir son empire tyrannique sur les mei^, demande que, dans la prochaine séance, six membres soient nommés pour examiner l'affaire des colonies sous son véritable point de vue.
Cette proposition est adoptée.
Maurk. — C'est à la tribune des Jacobins que doit toujours brûler le feu sacré de la liberté qui embrase les cœurs des patriotes ; c'est d'ici que la vérité, semblable à ces signaux ingénieux qui portent promptement la pensée dans des pays éloignés, doit se propager comme une lumière éclatante dans tous les lieux de la République. Quand le peuple eut renversé la tyrannie, il s'attendit qu'il aurait à combattre tous les tyrans de l'Europe et tous les ennemis nés de la liberté des hommes ; mais il ne comptait pas avoir à terrasser les nombreuses conspirations de l'intérieur qui ont existé. Ces conspirations tendirent la main aux émigrés, aux aristocrates et aux tyrans armés contre nous; alors la liberté fut à deux doigts de sa perte; mais la Convention ouvrit les yeux sur les dangers de la France, et prit des mesures pour les écarter loin d'elle.
Des Comités révolutionnaires furent organisés, et bientôt la victoire fut mise à l'ordre du jour. Aussitôt les conspirateurs travaillèrent à tourner contre le peuple cette arme terrible ; vous avez vu l'effet de leurs sinistres projets : linnocence et le patriotisme ont été opprimés et plongés dans les cachots. A peine la conspiration de Robespierre a-t-elle été anéantie, qu'on a voulu s'occuper de rendre la liberté à ceux qui en avaient été. les victimes ; mais ouvrons les yeux sur l'espèce d'amnistie que l'on a voulu accorder à tous les détenus. Lorsqu'il fallait anéantir l'aristocratie, pourquoi a-t-on ouvert les prisons pour en laisser sortir des ci-devant comtes, ducs et autres nobles, et des parents d'émigrés? Depuis peu de temps je suis étonné de voir à la Convention une nouvelle espèce de côté noir, composé de parents de détenus, qui ne manquent pas de faire retentir la salle d'applaudissements quand on propose des mesures de modérantisme. On renvoie indistinctement des hommes qui ont signé ou rédigé des
adresses au ci-devant roi et à La Fayette, et des écrits fédéralistes. Des députés même ont l'impudeur de solliciter eux-mêmes l'élargissement de ces hommes, qui n'attendent peut-être leur sortie que pour aller se réunir aux Chouans • .
Citoyens, prenons pour exemple Brutus, qui fit punir ses fils pour sauver la patrie, et les envoya au supplice, après avoir satisfait par des larmes aux sentiments de la nature. Si les entrailles maternelles de la République réclament des enfants, ce sont ces sans-culottes un moment égarés par la perfidie, et qui ont depuis, dans les moments de danger, pris les armes pour défendre la République au péril de leur vie. Ce sont ces hommes vertueux qu'il faut ramener au giron de la patrie, parce qu'ils n'ont été éloignés que par ceux qui se sont revêtus du manteau tricolore pour cacher leurs crimes et leurs pensées aux yeux du peuple et de ses magistrats. Sans doute la liberté triomphera ; mais il ne faut pas ajourner ses triomphes ; que bientôt l'arbre de la liberté étende ses rameaux bienfaisants sur la France heureuse et paisible. Si quelqu'un veut venir s'y reposer avec nous, nous le recevrons avec fraternité, pourvu qu'il ne vienne pas dans l'intention de nous troubler.
Je me suis fait un devoir d'acquitter ici ma conscience, étant sur le point de partir pour les départements, où j'ai été pendant longtemps. Eloigné de la Convention, j'errais dans une mer inconnue, et je me suis vu obligé de revenir ici pour connaître la conduite que j'avais à tenir depuis la chute de la dernière conspiration. A peine arrivé, j'ai été surpris de voir qu'une fausse humanité, semblable à un esprit de vertige, s'était emparée de nous. L'humanité est une vertu qui doit être exercée tous les jours ; mais nous ne devons pas l'épuiser en un seul jour au détriment de la patrie. Si l'on accorde la liberté aux personnes incarcérées, il est important de ne la rendre qu'aux patriotes opprimés, et de distinguer ceux qui n'ont qu'un patriotisme d'emprunt d'avec ceux qui ont le véritable patriotisme, celui du cœur. Les faux patriotes sont ceux qui veulent faire en un jour ce que nous avons eu de la peine à faire en cinq ans ; ils ont une démarche peu assurée et une conduite équivoque; ils parlent sans cesse de leurs contributions, de leurs dons patriotiques, comme si toutes ces choses constituaient essentiellement la vraie vertu et le patriotisme réel. Les
l. Tiirreau, dans la séance de la Convention du 6 messidor, Fouché, Rovére, Bourdon de l'Oise', Thuriot, dans la séance du 7. avaient demandé l'application de la loi de libération du 18 thermidor à de nouvelles catégories de détenus. Moniteur, t. XXI, p. 572 et 573. De là l'irritation des députés qui voulaient le maintien du gouvernement révolutionnaire.
S0CIKT1-: DKS JACOBINS