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véritables patriotes sont ceux qui disent : « J'ai combattu pour la liberté ; je me suis trouvé dans les plus grandes crises de la Révolution ; je remplissais tranquillement mes devoirs, quand j'ai été arrêté parles factieux pour n'avoir pas voulu servir leurs intrigues. »
Si les Jacobins goûtent mes observations, je crois qu'ils s'empresseront d'envoyer au Comité de sûreté générale une députation pour l'engager à se défier des solliciteurs qui réclament la liberté des aristocrates ; la députation trouvera des Montagnards, des vrais amis de la liberté, qui écouteront Ses représentations, et qui se feront un devoir de faire un examen sérieux des tableaux qui contiennent la liste de ceux auxquels on a donné la liberté.
Je compare la Révolution à une route par laquelle doit passer le char rapide du gouvernement révolutionnaire ; s'il se trouve dans cette route des obstacles qui arrêtent sa marche, il est juste, sage et prudent de les faire cesser, d'aplanir la route, de la rendre douce et facile, et d'offrir partout au char de la Révolution un passage étendu, libre et commode. Les obstacles dont je parle sont les partisans de l'aristocratie ; le seul moyen de les écarter, c'est la réclusion : c'est une mesure nécessaire ; il faut prendre garde qu"'elle ne devienne inutile en relâchant des aristocrates enfermés. Il s'agit delà liberté de vingt-cinq millions d'hommes ; nous voulons jouir promptement de cette liberté chérie.
Mallarmé. — Mon collègue a dit de grandes vérités; vous les avez approuvées ; il s'agit de prendre des mesures dans des circonstances difficiles. Depuis quelque temps, les vrais défenseurs du peuple gémissaient sur ce qui s'est passé ; on dit que nous n'avons abattu le tyran que pour ouvrir les prisons à l'aristocratie, et malheureusement il est certain que beaucoup d'aristocrates ont été remis en liberté ; un pareil malheur ne serait pas arrivé, si l'on eût écoulé la motion faite par des Montagnards intrépides, de faire imprimer la liste de ceux qui seraient élargis et de ceux qui les auraient fait sortir.
Si la vérité, la justice et la vertu étaient bannies de dessus la surface de la terre, c'est aux Jacobins qu'il faudrait accourir pour les retrouver. C'est à cette tribune que les grands principes doivent être proclamés. Dejjuis que le décret salutaire qui ordonnait la formation de ces listes a été rapporté, l'aristocratie et le modérantisme triomphent. Nous avons revu parmi nous des ci-devant nobles, des ex-constiluants, des membres de l'Assemblée législative vendus à la cour. Les Montagnards s'indignent de ces abus ; bientôt ils pourront se réveiller; mais qu'on prenne garde que ce réveil ne soit celui du lion ; le peuple est là pour les défendre, et les Jacobins existent dans
ce sanctuaire ! Mes collègues qui sont ici, avouent comme moi qu'ils gémissent de ce qui se passe, et qu'ils reçoivent des lettres des départements, dans lesquelles on leur marque que le modérantisme se réjouit. On a ouvert les maisons d'arrêt à des hommes qui avaient insulté le peuple français, et en ce moment ils provoquent des mesures révolutionnaires contre les patriotes.
Je ne crois pas que ce soit au Comité de sûreté générale que nous devions envoyer une députation, mais à la Convention elle-même. Vous irez lui dire la vérité avec énergie, lui présenter vos inquiétudes sur ce qui se passe et sur le système de clémence qui entoure le Comité de sûreté généi*ale. Vous lui direz à la barre : « Yeut-on encore donner des fers à la France? La Révolution est-elle finie, pour que l'on accorde une amnistie aux aristocrates? Est-ce parce que nos frères d'armes versent leur sang pour la liberté que les ennemis de la Révolution sont rendus à la société ? Quand ferez-vous cesser cet esprit de vertige? Sommes-nous près de jouir des douceurs de la paix? Les tyrans ont-ils mis bas les armes? Nous croyons que les aristocrates ne sont relâchés que par surprise ; mais il est temps d'arrêter ce fléau dévastateur. Nous vous demandons le maintien du décret qui ordonne la formation de la liste de ceux qui sont mis en liberté. Qu'on ne dise pas que nous voulons ramener le système de terreur qui a été détruit ; nous ne voulons pas de terreur permanente, mais nous demandons la justice. Point de clémence ni d'humanité envers les ennemis du peuple ! »
Mallarmé termine en demandant que la Société se transporte 4emain tout entière à la barre de la Convention, pour lui demander qu'il soit formé une liste de tous ceux qui auront été élargis, et pour l'inviter à maintenir le gouvernement révolutionnaire dans toute son énergie.
Un membre fait part qu'un député * a osé proposer aujourd'hui à la Convention la convocation des assemblées primaires pour élire les membres des Comités révolutionnaires.
Monestier annonce que cette proposition a été accueillie comme elle le méritait, c'est-à-dire avec une improbation formelle.
Dufourny rappelle qu'il rédigea, il y a un an, une affiche dans laquelle il prédisait ce qui est arrivé : les abus des incarcérations arbitraires ; il proposa alors de faire imprimer la liste de ceux qui seraient élargis, afin de remédier à ce grand inconvénient. Aujourd'hui il pense que cette mesure n'est pas suffisante, et qu'il faut faire