‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 69 sur 187 · Voir plus haut, p. 38(), noie · texte numérisé non relu

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2. Sur le refus des sections d'adhérer à cette adresse, voir la séance de la Convention du niônie jour, M fructidor, dans le Moniteur, t. XXI, p. (MO. 011.

■ 3. Il s'agit de la prise de Valencionncs et aussi de la prise du fort l'Ecluse, en Hollande. [Moniteur, t. XXI, p. 007.^

4. Nous donnons ce début de la séance d'après le Journal de la Montaçine. L'adresse de la Société de Beaune est imprimée avec plusieurs autres adresses sur le même sujet dans ce journal, numéro du 14 fructidor, t. III, p. 1007.

5. D'après Bûchez et Roux, t. XXXVI, p. 60, cette Société était « un débris des anciens Cordelicrs. » Elle siégeait dans la section des Quinze-Vingts, faubourg- Saint-Antoinc.

s'y introduisent pour combattre le patriotisme. Il demande que la députalion soit admise comme des citoyens qui viennent fraterniser.

Après quelques débats, la députation est admise comme étant envoyée par la Société des Défenseurs des Droits de l'Homme.

Elle fait d'abord lecture d'une adresse dans laquelle elle demande la correspondance des Jacobins *, Ensuite elle communique un discours très étendu sur les dangers dont la chose publique est menacée. Ce discours excite, à plusieurs reprises, de nombreu.x applaudissements*.

Raisson. — En applaudissant aux principes contenus dans ce discours, je crois devoir relever des erreurs qui s'y sont glissées.

La première est que c'est Robespierre qui a créé le gouvernement révolutionnaire ; ce gouvernement est l'ouvrage de la Convention, mais le tyran l'a dénaturé par les abus dont il l'a surchargé.

La seconde erreur est qu'il serait à désirer que le nom du tyran Robespierre fût eCfacé de l'histoire. Je pense au contraire qu'il est important de conserver les noms des scélérats, pour préserver les hommes des malheurs qui résultent de l'idolâtrie.

1. On en trouvera le texte dans le Journal de la Montagne, p. 1006. . 2. Les Annales patriotiques du 14 fructidor an II (p. 2649) donnent sur cette partie de la séance les détails suivants : « La Société populaire des Droits de l'Homme prie les Jacobins de lui contiimer leur correspondance. Cette fille aînée de la liberté se purge dans le sein de la Société-mère des reproches qu'on lui fait. Elle était accusée davoir pris part aux manœuvres des nouveaux fédéralistes, qui. sous le masque de la liberté, ne tendent qu'à annuler le gouvernement révolutionnaire, quand ils essaient, par des menées sourdes, de faire renouveler par le peuple les autorités constituées, et bientôt la Convention ellemême. Lorateur de la députation donne aussitôt lecture d'un ouvrage propre à déjouer les intrigues et les intrigants. Il examine d'abord ce qu'on doit entendre par intrigue. « Ce sont des moyens illicites d'accaparer l'opinion pour obtenir du « crédit. Les intrigants obtiennent du crédit dans les Jacobins et le peuple. C'est « à l'école de la vertu que le crime va prendre des leçons. Pour prouver cette « grande vérité, rétrogradons un moment. Cette Société adopta Brissot, Petion « et Robespierre. Qui donna tant d'influence à ces coquins ? Ce sont les Jacobins « eux-mêmes en les applaudissant. {Vivement applaudi.) Qui fit créer le gouver- « nement révolutionnaire? Ce fut Robespierre. Mais ce gouvernement, sage et « juste en lui-même, ne peut pas s'accorder avec la liberté des opinions. Faut-il « le détruire pour conserver la liberté de parler et d'écrire ? La Convention a « résolu ce grand problème ; rallions-nous autour d'elle; sa volonté est celle du « peuple. Mais, sans entraver les lois, ne les rendons pas tyranniques, et pour « concilier le gouvernement avec la liberté, ne connaissons jamais l'individu qui « nous enchante par ses beaux discours ; ne le protégeons pas plus qu'un autre, « et méfions-nous éternellement de ceux qui ont toujours à la bouche les grands « mots de liberté et d'égalité. » (Très bruyants applaudissements.) L'orateur demande ensuite comment l'intrigue parvient à persécuter les citoyens honnêtes en leur donnant des noms injurieux. Ces épithètes sont autant de semences de discorde. L'orateur finit par cette phrase : « Paix, humanité, égalité à tous « les français. » — Ce discours a été vivement applaudi. •>

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DuiiEM, — Non seulement ce n'est point Robespierre qui a provoqué l'établissement du gouvernement révolutionnaire ; mais encore je puis vous prouver que c'est contre son opinion qu'il a été établi. Tous les députés doivent se rappeler que, quelque temps avant le décret qui a créé ce gouvernement, un membre du Comité de salut public vint à la tribune proposer un projet de décret sur cette matière importante. On en demandait l'ajournement et l'impression ; mais Robespierre s'y opposa, en disant qu'il fallait le renvoyer à l'examen du Comité, parce qu'il savait pouvoir y dominer, et empêcher que celte grande mesure ne fût adoptée.

Quand la loi eut été portée, et que le gouvernement fut bien établi, l'on sait qu'il déplaisait à Robespierre, puisque lui et Coutbon le firent dégénérer de sa pureté primitive. En un mot, il est démontré que le véritable gouvernement révolutionnaire, tel que nous l'avons voulu, et que nous le voulons encore malgré les intrigants et les modérés, qui ne nous empêcheront pas de l'avoir, a existé contre le gré des conspirateurs ; ce sont eux qui l'ont vicié dans ses effets, et qui ont abusé de sa force pour opprimer le patriotisme.

Nous sommes en ce moment tiraillés en différents sens : des patriotes avaient été opprimés par la tyrannie ; la justice leur a été. rendue. Derrière ces vrais amis de la liberté nous avons les aristocrates, les modérés, les intrigants, qui sont parvenus à obtenir par surprise leur élargissement.

Aujourd'hui nous les voyons , masqués de l'apparence du patriotisme, prétendre avoir été victimes du robespierrisme. Nous les reconnaissons pour avoir appartenu aux familles des Brissot et des autres valets de la cour. Et nous aussi nous avons été sous le couteau de Robespierre. Mais nous oublions nos disgrâces pour ne songer qu'à la patrie. Dira-t-on que nous sommes les continuateurs de Robespierre, parce que nous voulons réduire l'aristocratie au silence ?

Il est instant que les patriotes se rallient et se serrent ; qu'ils ne s'imaginent pas que l'aristocratie puisse revenir aux principes ; que les royalistes, les Vendéens et les indifférents soient devenus subitement de chauds amis de la liberté. Jacobins, serrez-vous ; c'est vous qui avez commencé la Révolution, c'est vous qui la terminerez.

DuPERRET. — Je dois déclarer à la Société des Jacobins et au peuple que l'aristocratie livre en ce moment un combat terrible au gouvernement révolutionnaire. Ses ennemis déclarés sont les intrigants, les modérés, et les dilapidateurs de la fortune publique. Je ne vois pas quelle idée on s'est faite du gouvernement révolutionnaire ;

pour moi j'appelle gouvernement révolutionnaire celui qui est créé pour dompter et punir l'aristocratie, pour comprimer les fléaux de la société et protéger le patriotisme. Il est possible qu'on ait commis des erreurs ; il ne faut pas les regarder comme des crimes, mais examiner et rendre justice h la pureté de conscience qui pourra seule consolider le gouvernement révolutionnaire. Depuis la chute du tyran, nous avons vu paraître des hommes qui ne parlaient jamais, qui au 10 août délibéraient s'ils devaient prendre les armes pour la tyrannie ; nous les voyons, dis-je, parler aujourd'hui de la question de l'éligibilité : ce sont ces hommes qui ont proposé une adresse insidieuse dans les sections de Paris ; heureusement elle a été improuvéc par tous les bons citoyens, comme elle le méritait.

On cherche à diviser les patriotes en leur parlant de fraternité ; qu'ils réfléchissent bien qu'il ne peut y avoir de fraternité avec des hommes qui ont voulu nous assassiner au 10 août ; qu'aucune union ne peut exister entre la pureté du cœur et la bassesse des sentiments, entre le crime et la vertu.

Le vrai patriote, celui qui, pratiquant la morale et les vertus privées, porte en même temps la liberté dans son cœur, sert la patrie avec désintéressement, et n'exerce jamais envers ses amis et ses concitovens ce despotisme qui annonce l'égoïsme et l'ambition ; voilà celui qui mérite notre confiance, et avec qui nous pouvons fraterniser. Il ne faut plus être patriote avec des discours ; une belle action vaut mieux qu'un bel ouvrage.

Que les Jacobins relèvent une tête fière ; plusieurs auront été sans doute frappés de terreur : qu'ils reviennent de cet état de stupeur. Et moi aussi j'ai été épouvanté par le tyran ; sans vouloir affecter une fermeté factice, j'avouerai franchement que le tyran m'a fait peur'. Que cet effroi enfin s'évanouisse, et que dans cette Société, que l'on calomnie, et que l'on ne pourra jamais détruire, chacun vienne à la tribune y déposer ses alarmes et ses doutes. Je dirai que, partout où je vais, je vois l'aristocratie et le libertinage relever la tête. Je ne puis aller au spectacle sans voir régne? la même immoralité. 11 est très important que l'on soigne cette partie de l'instruction ; c'est surtout dans le moment actuel, où l'on a laissé échapper les plus dangereux principes, que l'on doit diriger l'opinion vers le but que la révolution et la liberté demandent, Groira-t-on que, tandis

1. Annales patriotiques : « Il faut être juste : Robespierre n'avait corrompu personne, mais il était redouté et détesté de tout le monde. Quant à moi, je suis franc : je ne l'ai pas démasqué, parce que je le craignais. (Très brut/an Is applau» dissemenls.) »

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que nous sommes encore obligés de combattre avec vigueur les ennemis de la Révolution, tandis que l'or de Pilt coule peut-être encore pour nous trahir, on a parlé de la constitution, et l'on a demandé qu'elle fût mise en exercice dès à présent ? Cette mesure fausse donnait nécessairement l'impunité à l'aristocratie. Nous n'avons pas travaillé pendant cinq ans pour nous voir ensuite replongés dans l'oppression. Non, jamais l'aristocratie ne pourra nous aimer; nous n'avons d'autre moyen.de faire triompher le patriotisme que de comprimer ses ennemis.

Il faut que le gouvernement révolutionnaire ait une pleine activité ; que les administrations soient régénérées, et que l'on n'y admette que des hommes qui professent les grands principes, et qui y répandent l'instruction ; c'est l'instruction que les tyrans ont toujours le plus redoutée ; le scélérat Dumas disait que, s'il existait encore pendant trois mois, il ne laisserait pas un homme de lettres en France. J'invite de nouveau les Jacobins à se serrer pour sauver la patrie*.

Ce discours excite de nombreux applaudissements ; on en demande l'impression, ainsi que celle du discours lu à la tribune par l'orateur de la députalion de la Société des Défenseurs des Droits de l'Homme. Après quelques débats, la Société, convaincue de l'ancienneté de celle des Défenseurs des Droits de l'Homme, lui accorde la correspondance.

Elle arrête l'impression du discours de Duperret seulement. Un membre annonce que dans le Midi le modérantisme lève la tête ; il donne connaissance d'une adresse de la Société populaire de Marseille à la Convention, et d'une lettre particulière de la même ville, annonçant que les prisonniers veulent s'insurger, et qu'on a trouvé sur une femme venue d'Aix trois cent quarante billets de la ci-devant loterie royale, marqués de fleurs de lis, et adressés à un prisonnier. Cette lettre est signée Jouve cadet *. Il ajoute par post-sci'iptum :

« Le modérantisme ne triomphe pas dans Marseille ; les patriotes et la garnison sont bien d'accord, et nous attendons de pied ferme

1. Daprès les Annales patriotiques, dont la version est fort dilTérente, l'orateur aurait terminé ainsi : « On ne nous parle plus aujourd'hui que de l'Etre suprême, et nos livres élémentaires ne contiennent que des fables. Perfectionnons l'éducation, respectons le talent, choisissons des hommes instruits, arrachons enfin les sciences du bourbier où les ignorants les ont plongées trop longtemps. »

2. Elle est publiée complètement par le Journal de la Monlarjne, numéro du 13 fructidor, t. III, p. 1003.

les malveillants et toute cette horde impure de modérés. Ce malin on a trouvé affiché au coin des rues un libelle diffamant. Voici à peu près ce qu'on y annonce : « Nous sommes modérés, mais « probes ; tous ceux qui ont servi la Révolution jusqu'à présent péri- « ront tous, parce qu'ils ont volé les deniers de la nation. » Ils ont beau faire et beau dire, leur triomphe ne sera pas de longue durée, parce que nous espérons que les vrais Montagnards vont reprendre leur énergie, et vont lancer la foudre sur tous les scélérats qui voulaient anéantir les vrais patriotes. »

Dans l'adresse à la Convention, les Marseillais se plaignent des cris d'apitoyement qui s'élèvent en faveur des aristocrates détenus; ils invitent les Montagnards à frapper les nobles et les prêtres qui ont constamment entravé la marche de la révolution, et à faire exécuter la loi du 17 septembre'. V(»ici l'analyse de cette adresse :

« Représentants, on a surpris votre religion quand on vous a demandé le rapport du décret salutaire qui ordonnait l'impression de la liste*. Alors quelles vociférations se sont fait entendre!... La Montagne est donc endormie quand les aristocrates se réveillent! Nous sommes là pour la défendre. Montagne de Sinaï, tonne ! éclate ! {Très bruyants applaudissements.) Donnez un nouveau tranchant à la hache nationale. Il se trame des complots dans les prisons... Déjà les ennemis du bien public se réveillent : c'est à vous à les démasquer, et nous demandons à les connaître '. »

(In autre membre fait part que, dans les départements du Gard, de Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, du Var, etc., les Sociétés populaires se sont déclarées en permanence ; qu'elles ont juré de faire à la Montagne un rempart inexpugnable, et de périr plutôt que de laisser opprimer les patriotes qui ont sauvé la République. {On applaudit.)

Real obtient la parole sur la liberté de la presse ; il annonce que cette question sera bientôt traitée à la Convention, et se plaint de ce qu'elle n'a pas été suffisamment discutée dans la Société pour former l'opinion sur cette matière importante. Il s'attache à prouver qu'une loi contre la calomnie serait très dangereuse. Il pense que la

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