Ce début est extrait du Journal de la Montayne
3. Voir à ce sujet la délibération du conseil général de la Commune de Paris, du 9 germinal, et les paroles de Legendre à la séance de la Convention du 10. Moniteur, t. XXII, p. 88 et 93.
30 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [29 mahs 1794]
Société prenne des renseignements sur cet objet. — On demande qu'une députation soit nommée pour s'informer si l'administration de police a donné l'ordre dont il s'agit.]
Dumas. — Les bruits que l'on fait courir sont capables de faire planer les plus odieux soupçons sur l'administration de police. Je pense qu'il ne faut pas y ajouter foi, et qu'il faut les regarder comme des manœuvres de l'aristocratie. Je demande que le citoyen Lacombe fasse connaître la source où il a puisé le fait qu'il vient d'avancer.
Lacombe répond que, s'étant trouvé hier au Comité révolutionnaire, de la section des Tuileries, un inspecteur de police vint annoncer que la police avait défendu d'avoir chez soi le buste de Ghalier.
Legendre. — Que la Société soit en garde contre les faux bruits que l'on pourrait faire courir en ce moment. H n'est que trop vrai qu'il existe un système de détruire en un jour ce que les patriotes ont fait depuis la Révolution; il existe une portion d'hommes qui, n'ayant jamais eu le courage d'attaquer les vivants, cherchent à attaquer les morts, et veulent révolutionner les tombeaux. Il est possible aussi que l'on ait découvert, dans les grands mouvements de la Révolution, quelques faits mal interprétés, qui ont pu servir de base à de fausses dénonciations contre Chalier, et que les contre -révolutionnaires aient envoyé eux-mêmes ces dénonciations. Mais pourquoi leur donnerions-nous trop d'importance ? Lorsque le buste de Chalier existe dans la salle de la Convention, il peut bien exister dans celle des Jacobins. Je demande qu'une députation se transporte à la municipalité de Paris, et s'informe si l'ordre dont on vient de parler a été donné par l'administration de police, et que les calomniateurs soient punis, si le fait se trouve vrai.
Châles demande qu'on s'assure du civisme et des sentiments de l'inspecteur de police qui est allé au Comité révolutionnaire de la section des Tuileries annoncer que les bustes de Chalier étaient proscrits.
Collot (THerbois monte à la tribune.
Dumas. — Je demande à faire connaître un fait qui éclairera la discussion et sollicitera le développement des observations de Collot d'Herbois. Les contre-révolutionnaires font répéter par mille bouches que le buste de Marat va bientôt être extrêmement avili et que le monstre qui Ta assassiné pourra bien le remplacer. L'aristocratie veut profiter des circonstances actuelles pour attaquer la Révolution en alliant les patriotes les plus purs aux oppresseurs et aux traîtres, et l'on veut faire croire que les conspirateurs qui viennent d'être punis étaient des hommes semblables aux martyrs de la liberté. Je
demande que les Jacobins donnent aux propos que l'on tient aujourd'hui le caractère de contre-révolution, et qu'ils fassent trembler les conspirateurs.
CoLLOT d'Herbois. — Sans doute ce qu'a dit le préopinant est l'initiative [sic] de ce que j'avais à dire ; c'est une vérité trop réelle, que ceux qui attaquent Chalier veulent aussi attaquer Marat, et jeter dans un oubli profond tous ceux qui ont maintenant toute notre vénération. Il n'est que trop vrai que l'on voudrait faire immoler ceux qui conservent le souvenir de ces martyrs de la liberté. Des mesures dilatoires ont été proposées ici ; ce ne sont pas celles-là qu'il convient de prendre. Jacobins, vous avez jusqu'ici fait de grandes choses ; il y en a encore beaucoup à faire. Comment se peut-il que l'on veuille faire perdre en un instant aux martyrs de la liberté ce degré d'estime qui est pour les patriotes vivants la plus belle récompense et le plus puissant encouragement ? Comment a-t-on pu faire la motion de prendre des renseignements pour savoir s'il peut y avoir des inculpations graves contre Chalier? Comment peut-on s'imaginer que l'on effacera aussi promptement des sentiments profondément gravés dans nos cœurs ? Les traîtres resteraient donc dans notre mémoire plutôt que les patriotes purs et constants! Mirabeau n'est pas encore sorti du Panthéon, et Chalier serait proscrit 1 Jamais homme a-t-il mérité l'estime et l'amour des patriotes par plus de sacrifices que Chalier? Lorsqu'il fut jeté dans les cachots par les ordres de Précy, il conserva constamment une sécurité admirable ; en marchant au supplice et en arrivant à l'échafaud, il ne s'occupait que de ses frères. Il voyait le fer de la guillotine, tomber trois fois sur sa tête, et il n'en était pas effrayé ; trois fois il s'écria : Vive la République ! et il demanda qu'on lui attachât une cocarde. C'est celui-là qu'on vous propose d'exclure de vos séances I C'est une motion exécrable ; ceux qui vous l'ont faite sont de véritables contre-révolutionnaires. On vous dit que ce sont des commissaires de pohce, des administrateurs, qui proposent de proscrire le buste de Chalier ; mais ne voyez-vous pas qu'avec ces motions de commissaires de police les modérés cherchent à détruire la Révolution, et que, s'ils parviennent à briser le buste de Marat ou de Chalier, ils espèrent en mettre d'autres à leur place, le buste royal peut-être?... (// se fait un mouvement d'indignation.) Ouvrez les yeux sur les dangers qui vous environnent, et vous verrez qu'il faut prendre des mesures bien différentes de celles qui conviennent aux modérés. Les patriotes ont fait tomber la foudre sur des hommes infâmes qui trompaient le peuple ; ils leur ont arraché le masque ; ils
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arracheront tous les masques possibles ; ils seront toujours aussi terribles qu'ils l'ont été jusqu'ici. Que les modérés ne s'imaginent pas que c'est pour eux que nous avons tenu ici des séances glorieuses. Je déclare que celui qui a élevé des doutes sur le martyr Chalier est un ennemi de la Révolution et de la liberté, que cet homme est un contre-révolutionnaire caché sous une forme nouvelle, et qu'il doit être sans délai traduit au Tribunal révolutionnaire.
C'est ici une question où la conscience ne doit pas rester indécise ; il ne s'agit pas de savoir si Chalier était un patriote respectable; que celui qui a voulu agiter cette question se présente et qu'il dise quel est celui qui lui a inspiré cette pensée. C'est Pitt et Cobourg qui l'ont inspiré, comme ils avaient inspiré ceux qui voulaient exciter une insurrection pour détruire la liberté, pour renverser la Révolution.
Nous avons arrêté l'insurrection dès les premiers indices ; allons au-devant de ceux qui ont ourdi une nouvelle trame ; attaquons les modérés, qui croient que c'est pour eux que nous combattons. Que quiconque voudra toucher aux sentiments profonds d'estime et d'admiration que nous avons pour Marat et pour Chalier soit à nos yeux un contre-révolutionnaire, et qu'il soit poursuivi comme nos véritables ennemis.
Legendre. — J'observe à CoUot d'Herbois que le membre qui a fait part de ce qu'il savait sur les bruits relatifs à la proscription du buste de Chalier n'a pas proposé de l'exclure du sein de la Société.
Collot d'Herbois déclare qu'il a demandé la traduction au Tribunal révolutionnaire du commissaire de police* dont on a parlé, s'il est vrai qu'il en ait imposé au Comité de la section des Tuileries.
[Un citoyen, membre de la Commune, assure que l'administration de l)olice n'a pas commis la faute dont elle est accusée, et qu'hier, à dix lieuix's et demie du soir, le buste de Chalier était encore à la Commune, ce qui n'aurait pas lieu, si l'administrateur de police avait donné l'ordre dont il s'agit. — Rdiïy annonce qu'hier, au Théâtre du Vaudeville, un commissaire de police fit enlever le buste de Chalier. — Sur la motion de Veau, la Société arrête que les citoyens Laconche, Rafl'y, Renaudin et Martinet se transporteront au Comité de sûreté générale pour lui donner connaissance de ces faits. — Renaudin demande que la discussion s'engage sur la nouvelle
1. Ici le Journal de lu Monta fjne met un. point, et continue par la phrase suivante : « Danton a parlé, s'il est vrai, etc.. » Sauf cette erreur d'impression [Danton, au lieu de dont on, que nous avons rectifiée d'après la Feuille du Salut public, le texte du Journal de la Montar/ne est plus clair que les autres pour le discours de Collot d'Herbois. Aussi lavons-nous suivi dans la dernière partie de cette séance.
branche de conjuration qui vient d'être découverte, et que l'on fasse voir au peuple que des hommes perfides ont formé le projet d'anéantir l'esprit public en faisant courir les bruits les plus atroces contre les défenseurs de la liberté. — Dumaft, après avoir fait observer que la loi autorise l'accusateur public près le Tribunal révolutionnaire à poursuivre les conspirateurs sur la dénonciation des bons citoyens, demande que la dénonciation actuelle soit signée par ceux qui l'ont faite, afin que demain les contre-révolutionnaires soient arrêtés, et après-demain jugés. — Cette proposition est adoptée.
La Société de Lagny, district de Meaux, présente deux cavaliers jacobins qu'elle a montés, armés et équipés. On applaudit.
Séance levée à dix heures.
YII
SÉANCE DU H GERMINAL AN II (31 MARS 1794) présAexce de legendre *
[Après la lecture de la correspondance, lienaudin * demande que Saint- Just soit invité à donner à la Société la communication d'un rapport intéressant qu'il a présenté ce matin à la Convention. On annonce que Saint- Just vient d'envoyer chercher ce rapport à l'imprimerie.]
CouTHOX. — Enfin l'horizon politique s'éclaircit ; le ciel devient serein, et les amis de la République respirent. La Convention va, comme les armées, au pas de charge. Nous avons dit au peuple, à la Convention, aux Comités de salut public et de sûreté générale, et aux véritables Jacobins, que nous péririons plutôt que de souffrir que le peuple soit gouverné par la tyrannie ou par le crime. Nous vous avions annoncé depuis quelques jours qu'il fallait attaquer une nouvelle faction ; ce n'est peut-être pas la dernière. La Convention a tenu sa parole ; les chefs de la faction qu'elle a enchaînés aujourd'hui étaient des hommes qui ont paru mériter quelquefois la confiance du peuple: ce sont Danton, Delacroix, Camille Desmoulins. Ces hommes se donnaient la glorieuse qualification de vieux Cordeliers, «t ils n'étaient que de vieux conspirateurs.
1. Cette séance, consacrée à des discussions sur l'arrestation de Danton et de ses coaccusés, est reproduite sous une forme presque identique par tous les journaux. Nous donnons le texte du Moniteur, avec quelques corrections ou additions fournies par le Journal de la Montagne et la Feuille du Salut public.
2. Renaudin, juré au Tribunal révolutionnaire, siégea dans le procès des Dantonistes. Camille Desmoulins tenta de le récuser, sans y réussir. Monitewy t. XX, p. 128.