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Tome VI

34 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [31 mars 1794]

Il en a été fait un rapport que vous entendrez bientôt, mais il a été retardé par un événement que je dois vous faire connaître.

Des mouvements se sont manifestés avant d'entendre les Comités de salut public et de sûreté générale. Legendre*, qui doit se reprocher de s'être trop approché de l'impur Delacroix; Legendre, dont je ne veux pas attaquer les principes, a fait une proposition dont le but perfide était d'établir un privilège en faveur des députés arrêtés. Elle tendait à les appeler à la barre ou dans le sein de la Convention, pour entendre les inculpations qui leur sont faites et y répondre sur-le-champ. Il est certain que les principes s'opposaient à cette admission, qui a été refusée à d'autres. Les représentants sont comme les autres citoyens ; ils doivent être cités devant les tribunaux et jugés comme eux.

Sous le rapport de la simple violation d'un principe qui doit être sacré dans tous les temps, la proposition de Legendre était au moins très déplacée ; elle avait un but contraire à la liberté. L'intention machiavélique des conspirateurs avait été aperçue depuis quelques jours ; on les entendait dire qu'ils n'étaient pas tranquilles, car les traîtres ne le sont jamais ; on les voyait disputer sans cesse avec leur conscience, et dire entre eux : « Il faut nous préparer à une grande résistance, et savoir si les Comités de sûreté générale et de salut public veulent détruire les membres de la Convention les ims après les autres. » Leur but, après leur arrestation, était d'être entendus de la Convention, de calomnier les patriotes les plus purs, et d'établir une lutte scandaleuse, qui aurait peut-être amené l'avilissement de la Convention ou quelque chose de plus. Robespierre s'est trouvé là au moment où la proposition a été faite ; il a parlé avec son énergie ordinaire; il a détruit de fond en comble la proposition, et à peine lui a-t-on fait l'honneur de l'écarter par la question préalable. Saint-Just a fait alors son rapport ; il en est résulté que, depuis les premiers temps de la Révolution, Delacroix et Danton étaient les chefs que le ci-devant duc d'Orléans avait choisis. Ces hommes ont servi tous les partis, excepté celui du peuple. La Convention, indignée du récit des faits multipliés à la charge des conspirateurs, a décrété d'accusation Delacroix, Danton, Hérault, Camille Desmoulins et Philippeaux.

Cette circonstance est une nouvelle raison pour les véritables amis de la liberté de se ralher plus que jamais. Ce ne sont pas les derniers

i. Dans la séance de la Convention du matin, Legendre avait été le seul à prendre la défense de Danton, dont on venait d'apprendre l'arrestation, opérée pendant la nuit. Moniteur, t. XX, p. 94.

que nous ayons à combattre; mais nous exterminerons tous les scélérats, parce que nous sommes soutenus de toute la puissance du peuple, qui veut la liberté. Le système des scélérats que nous poursuivons est de répandre dans l'opinion publique de la défiance sur les plus zélés défenseurs de la liberté ; on débite avec affectation que les Comités de salut public et de sûreté générale sont coalisés pour s'emparer de l'autorité. Les Comités ne répondent pas à de pareilles injures, qu'ils méprisent; ils ne font pas de promesses, mais c'est par leurs actions que vous les connaîtrez. Ils sont toujours les mêmes ; ils poursuivront les conspirateurs, soit que nous les ayons vus à nos côtés depuis la Révolution, soit qu'ils aient été éloignés.

Les Comités sont composés d'hommes qui sacrifieraient dix mille vies, s'ils les avaient, pour le salut public.

Je dois ici invoquer l'opinion publique. Peuple, compte sur tes représentants ; ils sont prêts à faire tous les sacrifices. Ils ont besoin de ta toute-puissance ; mais sois tranquille, la liberté sera triomphante malgré tous les malveillants. Nous ne craignons ni l'examen du passé, ni celui de l'avenir; qu'on examine nos fortunes, notre existence première ; on verra que nous avons toujours été sans-culottes; nous le serons jusqu'à la fin, parce qu'il est impossible qu'un député qui augmente de fortune ne soit pas un conspirateur. Notre bonheur est dans celui du peuple ; que la liberté s'établisse, que le peuple soit heureux, et nous serons satisfaits. Les représentants ne demandent, après leurs travaux, qu'à retourner sous le chaume et à mourir sous les yeux de la nature, entre les bras de leurs parents et de leurs amis. Tels sont les sentiments de chacun d'eux ; mais, je le répète, ils ont besoin de l'appui du peuple et des Jacobins. Ce nom de Jacobins, l'effroi des tyrans, nous est nécessaire ; la Convention ne serait forte qu'à demi, si elle n'était pas composée de Jacobins.

Citoyens, la conjuration dévoilée aujourd'hui a des ramifications étendues. Il faut que les patriotes qui, à l'occasion de la conjuration d'Hébert, ont rendu de grands services à la liberté en faisant arrêter les malveillants, les arrêtent encore dans les places publiques, dans les cafés, dans les hôtels garnis. Les gens de bien connaissent les fripons à la mine. Il n'est pas permis à un citoyen de se permettre d'arrêter et de conduire des individus dans les maisons d'arrêt ; mais il a droit de traduire devant les magistrats ceux qui lui paraissent suspects. Le zèle et la surveillance sont nécessaires en ce moment plus que jamais ; les amis, les partisans de Delacroix vont s'agiter en tous sens. C'est aux bons citoyens à les faire arrêter et aux lois à les punir. La République doit se purger des crimes qui l'infectent. La

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justice et la vertu en sont les bases ; sans elles, il est impossible qu'elle subsiste; avec elles, elle est impérissable. [Ce discours est fréquemment interrompu par de vifs applaudissements.)

Legendre. — Je demande à justifier la proposition que j'ai faite ce matin à la Convention. Je déclare que, depuis que je connais Danton, je l'ai toujours regardé comme un patriote pur, et que c'est dans cette idée que j'ai pris la parole. Si j'ai commis une erreur, je proteste qu'elle est involontaire. Quant à Delacroix, je ne l'ai fréquenté que dans le département de la Seine-Inférieure ; j'ai toujours cru qu'il avait de bonnes intentions, mais jamais je ne l'ai autant estimé que Danton. Au reste, je m'en rapporte au jugement du Tribunal révolutionnaire, et je déclare que je serai le premier dénonciateur de celui qui voudrait entraver l'exécution du décret rendu aujourd'hui par la Convention. J'invite en outre tous ceux qui auraient à me reprocher des intrigues à se présenter pour m'accuser.

Une députation de la Société fraternelle des deux sexes, dite du Panthéon-Français, apporte le produit d'une souscription pour armer et équiper un cavalier jacobin. Une discussion s'étant élevée pour savoir si cette Société doit être regardée comme sectionnaire, afin de lui faire connaître les principes de la Société à cet égard, et les réponses de l'orateur de la députation ayant été négatives, Robespierre a demandé que la discussion fût fermée, que le don de la Société fût accepté, et que le Comité de présentation fût chargé d'examiner si la Société fraternelle du Panthéon doit conserver l'affiliation. — Adopté.

Saint-Just communique le rapport qu'il a fait à la Convention; il est accueilli par des applaudissements unanimes et multipliés.

fj?i citoyen employé à la fabrication des canons, à râtelier du Luxembourg , se plaint d'être victime des intrigants. 11 annonce que ces mêmes intrigants viennent de lui donner ordre de partir dès demain pour Commune-Affranchie, afin d'y remplir une mission pour laquelle il ne se sent pas propre. Il entre dans des détails assez étendus pour prouver que les patriotes employés à la fabrication des armes éprouvent depuis* longtemps des persécutions en raison des services qu'ils rendent à la chose -publique.

Robespierre. — Des intrigants ont trouvé le moyen de s'introduire dans l'administration des armes, et le Comité de salut public a éprouvé beaucoup de difficultés à détruire les entraves qu'ils mettaient à leur fabricatiou. J'invite le citoyen qui vient de parler à faire connaître au Comité de salut public les détails qu'il vient de donner.

Maintenant, je demande la parole pour faire connaître la situation

actuelle de Commune- Affranchie. J'observerai d'abord que les factions s'étaient divisées en deux branches : l'une qui avait pour but de tout bouleverser, de tout anéantir; et l'autre qui voulait ramener le peuple aux principes de l'aristocratie et du modérantisme. Les modérés se prévalaient des excès de l'autre faction pour justifier leur perfide système. Fabre d'Eglantine affectait les principes de sagesse en dénonçant Hébert. Dès que la faction d'Hébert a été étouffée, les modérés, et même ceux qui suivaient auparavant les principes d'Hébert, ont attaqué les patriotes les plus purs, en disant qu'ils sont des Hébertistes et des désorganisateurs. A Commune- Affranchie, les aristocrates ont calomnié les amis de Chalier, en les traitant d'Hébertistes. La commission temporaire, oubliant les aristocrates et les contre-révolutionnaires qu'elle avait à punir, a commencé des procédures contre les amis de Chalier. Le Comité de salut public, en ayant été instruit, a pris un arrêté portant qu'il est défendu d'intenter aucune poursuite contre la Société populaire de Commune-Affranchie. H a déclaré que, la mort d'un patriote étant une calamité publique, il regardait comme conspirateurs ceux qui poursuivraient les amis de Chalier. Un courrier extraordinaire a été expédié; il doit être arrivé avant qu'il ait été possible de faire le procès à aucun patriote et de l'immoler. Si l'arrêté du Comité n'était pas respecté, je déclare que le sang innocent des patriotes serait vengé.

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE LEGE.NDRE

\Un membre rend compte des victoires remportées par l'armée du Nord Il lit une lettre dont l'auteur annonce que les troupes françaises sont sorties de Landrecies et marchent sur Catillon. Cette lettre est accueillie par des applaudissements unanimes et réitérés. — On fait lecture d'une lettre du citoyen Fressinet, datée de Perpignan, qui rend compte de la position très avantageuse de l'armée des Pyrénées-Orientales, de la bonne disposition des soldats, et de la marche de l'armée sur trois colonnes vers l'ennemi. La Société renvoie ces lettres au Comité de salut public.

La Commission centrale de bienfaisance, à laquelle la Société a renvoyé les cent voies de bois qui lui étaient adressées par la Société de Clamecy

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pour être distribuées aux indigents de celte commune, vient remercier les Jacobins de ce qu'ils l'ont associée à une action de générosité et de bienfaisance. L'orateur de la députation annonce que la Commission centrale de bienfaisance a pris hier un arrêté portant que la distribution sera faite dans le plus court délai. Applaudi. — Lequinio, député, passe au scrutin épuratoire et est admis.]

Dufourny se présente pour faire lecture d'une lettre qu'il a reçue de DulDois-Crancé ; il commence par remettre sur le bureau une lettre de la Société de Cognac, contenant des détails sur la manière dont les habitants de cette commune ont manifesté leur patriotisme; ils se sont livrés sans relâche aux travaux pénibles de la fabrication du salpêtre. Le district seul a fourni huit mille combattants à la République. Dufourny annonce ensuite qu'il a reçu, il y a quelque temps, une lettre de Dubois-Crancé, contenant des observations qui s'appliquent parfaitement aux circonstances actuelles, et qu'il s'empresse de la faire connaître. Dans cette lettre, datée de Rennes, Dubois-Crancé parle d'abord des nouveaux dangers que la liberté a courus dans ces derniers temps ; il pense que ces dangers viennent de ce qu'on admet dans la Société des Jacobins des membres des autres Sociétés affiliées et les agents du Conseil exécutif. Il développe des considérations qui peuvent servir à prouver cette opinion ; il rappelle que Brissot avait choisi des agents parmi les Jacobins, et ceux qu'il avait choisis pour remplir les places étaient ses appuis et ses défenseurs ; il s'appuie d'une réflexion profonde de Robespierre, qui disait, en parlant à Servan, qu'il aimait mieux un ministre aristocrate qu'un ministre patriote.

Bouchotte et ses collègues, dit-il ensuite, furent appelés par les patriotes ; à peine furent-ils placés qu'ils choisirent des collaborateurs parmi les Cordeliers et les Jacobins. Les intrigants regardèrent alors ces deux Sociétés comme le chemin de la fortune. Les employés dans les bureaux des ministres forment un corps particulier. Les bureaux étaient fermés le soir, afin que les commis pussent venir en masse aux Jacobins et aux Cordeliers. Dubois-Crancé prouve ensuite combien l'esprit de corps est un instrument terrible entre les mains des intrigants et des ambitieux. Il déclare que permettre à des fonctionnaires publics d'avoir dans le sein des Jacobins voix délibérative, c'est anéantir la surveillance nécessaire dans un gouvernement libre ; c'est faire d'une Société le théâtre des intrigants et le forum des candidats. Il rappelle que, dans les moments où il a été question d'exciter des troubles, les aristocrates se sont introduits dans les Sociétés populaires, et que, quand on a voulu égarer l'opinion

publique, une foule d'individus, munis de diplômes, est venue, dans ces mêmes Sociétés, faire des motions, présenter des propositions insidieuses, faire naître des divisions et des agitations. Il compare ceux qui ont la vanité d'être membres de plusieurs Sociétés à la fois à ces anciens seigneurs qui se glorifiaient insolemment de porter plusieurs noms et d'être décorés d'une grande quantité de litres. Après avoir témoigné ses craintes de voir les intrigants se coaliser pour venir influencer les délibérations d'une Société ; après avoir fait ressouvenir d'une proposition que fît Hébert aux Cordeliers de se transporter en force aux Jacobins, pour y dominer et maîtriser l'opinion des autres membres, il propose d'arrêter ce qui suit :

1° Aucun citoyen ne pourra être reçu aux Jacobins, s'il est membre d'une autre Société dans Paris, excepté d'une Société particulière de section.

2° Aucun membre de Sociétés affiliées ni aucun fonctionnaire public ne pourra avoir séance ni voix délibérative dans la Société.

3*> Il sera attribué une tribune particulière aux membres des Sociétés affiliées et aux membres des Jacobins suspendus de leur droit de délibération par les fonctions dont ils sont revêtus. [Ici de violents murmures interrompent la lecture.) On demande de tous les côtés l'ordre du jour.

Le Bas demande que la Société improuve les principes de l'arrêté proposé, comme capable de désunir les patriotes.

Loys combat les principes de l'arrêté, en déclarant que, si la Société rélègue les membres des Sociétés affiliées dans une tribune, c'est rompre les liens de la fraternité qui unissent tous les républicains français, et tendre au fédéralisme. Il fait voir aussi combien il serait dangereux d'exclure les membres de la Convention du sein de la Société.

Thirion appuie les principes des préopinants ; mais il demande la continuation de la lecture, afin que l'on connaisse le caractère moral et politique de Dubois -Crancé, comme Ton doit connaître celui de tous les fonctionnaires publics. Il fait sentir combien il est avantageux pour la Société des Jacobins d'avoir dans son sein des membres de la Convention, afin de concerter avec eux les moyens de combattre les ennemis du peuple, et de recevoir d'eux les renseignements nécessaires sur la manière de se conduire entre les diverses factions et d'en triompher ; il appuie ses réflexions en rappelant que la faction Brissot n'a été terrassée que par l'union et l'accord parfait des Montagnards et des Jacobins.

Dufourny {d\i observer que les préopinants n'ont pas entendu le

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sens des expressions de Dubois-Crancé, et qu'il ne parle que des fonctionnaires publics, agents du Conseil exécutif. II prétend que cette lettre ne doit être regardée que comme un considérant, qui sert d'avertissement sur les dangers dont on est environné; il continue la lecture de Tarrêté, qui se termine ainsi :

« 4° La tribune de la Société sera ouverte à tous les membres des Sociétés affiliées, qui pourront présenter leurs idées comme ceux de la Société même.

« Sont considérés comme fonctionnaires publics les agents du Conseil exécutif, les juges, les administrateurs. »

Lequinio demande le renvoi de cette pièce au Comité de salut public.

Dumas dit que les principes de Dubois-Crancé tendent à la dissolution de la Société ; que, la base et le but de l'institution de la Société étant de former un faisceau de lumières et un centre de fraternité, on doit accueillir les lumières, de quelque partie de la République qu'elles viennent. C'est dans la Société des Jacobins que les fonctionnaires publics viennent apprendre les principes qui doivent diriger leur conduite et recevoir un véhicule qui les élève à la hauteur de leurs fonctions. 11 déclare que l'opinion de Dubois- Crancé a été méditée avec perfidie ou dans le dernier degré d'aveuglement. Il demande l'improbation.

La Société arrête l'ordre du jour, l'improbation et l'envoi au Comité de salut public de l'opinion de Dubois-Crancé.

Dumas, président du Tribunal révolutionnaire , fait lecture d'un discours, résultat des dépositions de plus de quatre cents témoins, dans lequel il développe toute la turpitude et la scélératesse de la faction Hébert, ses projets affreux, et les mo3ens plus affreux encore dont elle devait se servir pour arriver à la tyrannie. Ce discours obtient l'approbation unanime de la Société; elle en ordonne l'impression et la distribution aux tribunes *.

Thirion ayant rappelé à la Société qu'elle avait ordonné la rédaction d'une adresse aux Sociétés affiliées pour leur ouvrir les yeux sur la conjuration qui vient d'être dévoilée, et que cette adresse n'a pas encore été présentée, Collot d^Berbois fait observer qu'il ne s'agit pas de rédiger une adresse pareille à celle de la Convention -, mais simplement de faire parvenir aux Sociétés affiliées des pièces importantes, telles que le discours qui vient d'être lu, les rapports de

i. Le discours est imprimé dans le Journal de la Monlar/ne, t. 11, p. lloii. 2. 11 s'agit de l'adresse au sujet de la conspiration dllébert et de ses amis, votée par la Convention dans la séance du 1 germinal.

Saint-Jusl, l'acte d'accusation contre Hébert et ses complice?, et d'ajouter à ces pièces un commentaire concis et laconique, une lettre d'envoi, des notes explicatives, etc.; il invite ceux qui sont nommés commissaires avec lui pour cet objet ù rédiger les observations qu'ils croiront convenables de faire.

[Loys annonce que cinq individus traduits devant le Tribunal révolutionnaire, et amenés de Besançon à Paris, avaient échappé à leurs gardes. L'un d'eux a été pris en sortant du spectacle du Vaudeville ; trois autres ont été saisis dans la maison d'un parent do l'un d'entre eux ; le cinquième, se ])romenant tranquillement dans Paris, est allé lui-môme au Tribunal. Il invite les journalistes patriotes à rendre compte de ce fait, afin de donner à la gendarmerie un plus haut degré d'attention dans la sur\eillance des individus confiés à sa garde. — Dumas annonce à la Société que le cinquième des accusés dont Loys a parlé est venu dire au Tribunal : « Je ne sais où sont les gendarmes qui m'ont conduit ici ; je ne puis trouver mes coaccusés ; je vous prie de me donner des renseignements. » Il a été mis en lieu de siireté. L'orateur accuse les gendarmes d'une grande négligence; il déclare que beaucoup de prévenus, qui avaient été conduits à Paris, y sont restés pendant quelques jours en pleine liberté. — Loys annonce qu'en faisant les visites ordonnées par mesure de sûreté générale on a découvert beaucoup d'étrangers. Il invite les bons citoyens à les surveiller, quoique tous se soient mis en règle en venant à Paris.]

Uîie députation de la Société de Florensac vient dénoncer le Comité révolutionnaire d'Agde pour avoir enfreint les lois à son égard, et demande des commissaires, qui appuieront la dénonciation auprès de la Convention.

L'orateur de la députation parait à la tribune et dit : « Citoyens, nous sommes républicains, nous avons juré de sauver la liberté et d'anéantir toutes les divisions; l'esprit de parti ne fut jamais l'esprit républicain, ce ne sera jamais le nôtre. Nos cœurs, nés pour le bien, sentent fortement qu'il ne faut point de parti dans un État libre, car les partis rompent l'égalité sociale. Nous voulons l'unité, parce qu'elle est notre défense, notre salut : sans unité, point de centralité de gouvernement ; sans unité, point de force. L'unité doit être la maxime fondamentale de notre gouvernement révolutionnaire. Ce n'est malheureusement pas celle du Comité révolutionnaire d'Agde : abus d'autorité, extension des pouvoirs, invasion des territoires voisins, violation formelle de la loi du 1-4 frimaire qui sauve la République, arrestations dans les cantons voisins au-delà des limites marquées par la loi, voilà sans doute des excès bien coupables. Nous vous les dénonçons, nous démasquons ces hommes perfides qui, par l'abus du pouvoir qu'ils tiennent par la loi, voulaient armer les citoyens contre les citoyens, les cantons contre les can-

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tons, et, au milieu des discordes civiles, relever peut-être le trône et servir l'étranger. Plusieurs communes et l'administration du district.de Béziers ont dénoncé ces factieux au Comité de salut public. C'est au moment que la République, plus grande que jamais, va détruire les trônes des tyrans, c'est lorsqu'on ne peut nous empêcher de vaincre, qu'on veut semer parmi nous la division et la discorde. Et ceux qui méprisent si ouvertement la loi sur le mode du gouvernement révolutionnaire se disent des républicains ! Eh ! s'ils relaient, prêcheraient-ils la division et la révolte contre la loi? Ils sauraient la respecter et lui obéir. Ils la connaissent, et ils la violent! Périssent les factieux qui ne veulent se servir de la loi que pour opprimer !

Loin de nous toute espèce d'indulgence pour ceux qui attaquent l'ordre actuel des choses ! Immolons-les sans pitié sur la tombe du tyran ! Le Comité de salut public, la Société des Jacobins de Paris sauront toujours sauver la République. Nous marcherons toujours sous l'égide de la loi, et, lorsqu'elle sera violée, lorsqu'ils méconnaîtront le gouvernement que de vrais républicains se font un devoir de respecter et d'aimer, nous les démasquerons, nous les dénoncerons ; ils périront tous, oui , tous, avant que de souffrir l'infraction de la loi, l'oppression et le crime ' !

Séance levée à dix heures.

PRÉSIDENCE DE LEGENDRE

Châles demande que Gouthon rende compte de la séance mémorable qui a eu lieu aujourd'hui à la Convention nationale, et du décret qui oblige les membres de la Convention de mettre au jour leur conduite morale et politique *.

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