‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 74 sur 187 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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elle n'osera les faire paraître, si elle n'a pas de chefs. Si, après le 10 thermidor, elle a levé la tête et insulté aux patriotes, c'est parce qu'elle avait des promoteurs dans ceux qui prêchaient le modérantisme et qui brûlaient d'avihr la Société des Jacobins, lorsqu'elle s'est présentée à la barre de la Convention.

Les ennemis de la chose publique n'ignorent pas que jamais ils ne pourront faire la contre-révolution, s'ils ne détruisent pas les Jacobins ; vous avez vu que depuis peu on a voulu faire le procès à la Convention ; vous connaissez les chefs de cette nouvelle faction : ce sont Tallien, Le Cointre et consorts.

Il y a dans votre sein des hommes qui ont insulté à celui qui prenait la parole en votre nom à la barre de la Convention * ; ils ont violé à votre égard le droit de pétition ; vous devez être fermes dans vos principes et reprendre votre énergie ; je demande que l'orateur de la Société nomme ici ceux qui l'ont maltraité de paroles, afin que l'on prenne des mesures sévères à leur égard.

Raissox. — Je ne veux pas être la cause de l'expulsion injuste de quelques citoyens ; il est possible que ceux qui m'ont insulté n'en voulussent qu'à moi seul, parce qu'ils étaient prévenus contre moi, [Uorateur est interrompu par des murmures.)

Lacombe. — Ce n'est pas la première fois que la Société a été mal reçue à la Convention ; elle a éprouvé le même désagrément du temps des Brissotins et à diverses autres époques. Je demande l'expulsion de ceux qui ont insulté dernièrement les Jacobins, par la raison seule que ces ennemis de la Société se sont séparés des patriotes, et oni voulu perdre la République.

Fayau. — La discussion en est venue au point qu il s'agit de nommer les individus et de les attaquer en face ; je vais le faire. Il faut savoir en ce moment si Tallien, Le Cointre etFréron doivent être membres de cette Société ; il est question d'examiner leur conduite. Rapprochons ce qui a été fait dans les dernières circonstances : Le Cointre a débité une diatribe contre plusieurs membres de la Convention ; elle semblait appuyée de faits, et il avait eu la malignité d'apporter à la Convention un ramas volumineux de pièces sur lesquelles il prétendait baser son accusation. Qu'est-il résulté de toutes ces pièces? Il n'en était aucune qui pût être apportée à l'appui de la dénonciation. Le Cointre a été déclaré calomniateur par la Convention ; il ne peut donc pas rester Jacobin.

\. Il s'agit (le Raison, qui, après avoir lu l'adresse des Jacobins à la barre de la Convention, le 8 fructidor an U (voir plus haut, p. 378), fut, parait-il, traité de scélérat par Le Cointre et Bentabole (Bûchez et Roux, t. XXXVI, p. 41.)

410 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [3 skitkmbuk 1794]

Tallien a fait un rapport perfide à la tribune, dans lequel il proposait une sorte d'amnistie pour les aristocrates, et il disait qu'aucun écrivain ne pourrait être interpellé pour ses écrits. Dans le sein de cette assemblée, Tallien a dit qu'il y aurait un 10 fructidor *, et qu'il se servirait, s'il le fallait, d'assassins pour le faire.

Une citoyenne ayant annoncé, dans la rue Montmartre, la prise de la ville de Condé, des assassins se précipitèrent sur elle et lui plongèrent le poignard dans le sein : voilà déjà un assassinat. On avait dit qu'il y aurait un 10 fructidor, et dans la plaine de Grenelle on a assassiné nos frères. Dans la dernière séance, jVi rappelé à la Société ce qui se passait dans les groupes.

Tout le monde conviendra que ce qui s'est passé annonce l'existence d'une conspiration. Toutes les fois qu'on a voulu en faire éclater une, on a répandu avec profusion la liste des membres de la Convention comme pour désigner des victimes. Aujourd'hui cette même liste se distribue abondamment, et l'aristocratie qui l'a fait imprimer a eu la perfidie de faire mettre en tête : Dernière édition. Ainsi, nos ennemis voudraient persuader au peuple que bientôt il n'aura plus de représentants ! Cette liste est accompagnée d'un rapport qui semble avoir été fait dans l'Assemblée ; mais ce fait est matériellement faux. Le véritable objet auquel les patriotes devaient faire attention, après le 10 thermidor, c'est que les prisons ne fussent pas ouvertes ; or il est constant qu'elles l'ont été aux conspirateurs; Tallien a énoncé des principes qui favorisaient les conspirateurs.

Fréron a demandé la liberté indéfinie de la presse ; c'était encourager les aristocrates à demander dans leur écrit un roi, un tyran. Si la liberté indéfinie de la presse existait, il faudrait faire le procès à ceux qui ont brisé les presses de l'infâme évêque d'Agra, qui a fait couler tant de sang dans la Vendée : ce brigand aurait eu le droit de dire au peuple : « Il faut des prêtres et des rois. » Si la liberté indéfinie de la presse était établie, vous verriez bientôt naître la discorde et la guerre civile. Je me résume en demandant que Tallien, Fréron et Le Cointre, qui n'ont pas répondu aux faits allégués contre eux, soient rayés aujourd'hui, s'ils ne répondent pas.

Carrier. — Après toutes les révolutions qui ont eu lieu depuis 1789, les ennemis du bien public levèrent la tête et voulurent s'attribuer à eux seuls le fruit de la Révolution qui s'était opérée. Aujourd'hui la faction des fripons et des dilapidateurs de la fortune pu-

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