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454 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [H si:itkmhhk 1794]

venir, que la Société prenne un tachygraphe. [La proposition du rédacteur est renvoyée à l'examen des Comités réunis.)

Un secrétaire fait lecture du procès- verbal de la séance d'avanthier, dont la Société a ordonné l'impression. Plusieurs membres l'ont des réclamations contre la rédaction et rétablissent les faits dans leur pureté '.

ZeyavsifM;' rappelle l'expression de Duhem, à laquelle on a donné une interprétation perfide. 11 déclare que c'est une comparaison que ce membre a faite, et qu'il a dit : « De même qu après un orage les crapauds sortent la tête du marais, de même, après la révolution du 9 thermidor, les aristocrates lèvent la tête »; ce qui les fait connaître aux patriotes, et leur donne la facilité de les terrasser. Il rappelle aussi que Duhem, en accusant la Société de Saint-Omer d'avoir pris le nom d'Ami(3 de la Convention, a remarqué que ce nom était excellent en lui-même, mais qu'il a dénoncé les circonstances et les motifs de ce changement de nom.

Duhem. — Quoique les explications données soient presque suffisantes, et que je les regarde comme très propres à confondre la calomnie, je crois devoir ajouter quelques détails.

Dans la nuit d'avant-hier, un député alla trouver Legendre et lui fit un rapport infidèle de ce qui s'était passé ici. Je ne ferai pas difficulté de le nommer : c'est Garnier (de l'Aube). Legendre, ainsi trompé, fit au Comité de sûreté générale des plaintes qu'il croyait très justes contre moi. Les membres auxquels il fit connaître ce que Garnier (de l'Aube) avait rapporté de mon discours ne purent s'empêcher de dire : « Il n'est pas possible que de pareilles choses soient sorties de la bouche de Duhem ! » Le Comité crut qu'il était nécessaire de me faire venir pour prendre des éclaircissements. Avant mon arrivée, il en reçut de la part de mon collègue Monestier, qui lui rendit un compte véritable de la séance. Quand je fus instruit du vœu du Comité, je m'y rendis, et j'exposai les faits tels qu'ils s'étaient passés ; Merlin (de Thionville) n'était pas présent.

Quand j'entrai dans la Convention, il y était question de l'assassinat de Tallien. Je fus indigné de voir que quelques membres me désignaient comme son assassin. Cette calomnie a été répétée dans les cafés ; le ridicule a même été poussé si loin que l'on assurait m"avoir vu me promener pendant trois heures dans la rue où demeure

1. Annales piilriolif/ues : « Monesfier, chargé de la rédaction du i)rocès-verl)aI de la fameuse séance du 23, monte à la tribune pour lire ses notes. La rédaction de Monestier ne plait point à la Société, et après ditiérentes observations, les Jacobins chargent de cette besogne leur Comité de correspondance. »

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Tallien, dans le même temps que vous m'avez vu tous à cette tribune, développant les réflexions que la calomnie a si mal interprétées.

Les Jacobins et le peuple se rappellent Tesprit qui a régné dans cette séance. On sait qu'au lieu d'y prêcher la destruction de la Convention nationale, on l'a au contraire défendue. Je parlai contre la Société de Saint-Omer et contre le mauvais esprit qui régnait à Caen. J'ai déposé au Comité de silreté générale dix-neuf pièces à l'appui de ce que j'avais dit contre la Société de Saint-Omer, et une pièce relativement à ce que j'avais dit pour Caen.

Je vous disais que j'avais été pénétré d'indignation en venant à la Convention : elle était si grande que ma langue se collait à ma bouche. Si on ne m'avait pas apporté plusieurs verres d'eau, je n'aurais jama,is pu parler... Il n'est pas de perfidie pareille à celle avec laquelle votre séance a été interprétée. Je compare ceux qui l'ont ainsi défigurée aux Harpies malfaisantes dont a parlé Yirgile, et qui corrompaient tous les mets qu'elles touchaient.

On s'appuie avec une malignité sans exemple sur la séance du 9 thermidor, qui est absolument étrangère à cette Société.

Quant à ce qui a été dit du Journal de la Montagne, je dois dire que la séance des Jacobins a été rendue assez fidèlement, mais le compte rendu de la séance de la Convention est détestable ; en me couvrant de boue, on calomnie la Société de la manière la plus atroce. Je demanderais que le journaliste en rendît demain un compte plus exact. Qu'on ne dise pas que je veuille accaparer l'opinion! J'aimerais mieux porter ma tête à l'échafaud que de m'ériger en despote et en ennemi de la République. Que la calomnie ne vienne pas nous accuser de vouloir être le centre de l'opinion publique ; nous ne sommes que les hussards de la Révolution, placés aux avantpostes et autour de la Convention. Périsse l'abominable individu qui voudrait la détruire! Nous lui sommes inviolablement attachés : une partie de nos membres sont des représentants. Si nous avons quelquefois chassé des députés, c'était pour l'honneur de la Convention elle-même. Et qu'importe à la Convention que quelques-uns de ses membres soient ou ne soient pas admis dans cette Société? Les Jacobins ne sont-ils pas libres de ne pas les admettre? Pourquoi voudraiton intervenir dans les règlements de la Société? Je le répète ; la Convention est le point de ralUement ; nous sommes désignés pour aller à la découverte et pour surveiller les ennemis de la chose publique. Malheur à ceux qui n'aiment pas la surveillance !

J'appuie la motion qui a été faite de renvoyer la rédaction du procès-verbal au Comité de correspondance ; j'invite les membres qui

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peuvent donner des détails sur ce qui s'est passé à les communiquer au Comité. C'est ce procès-verhal qui détruira la calomnie, et qui fera taire ceux qui veulent se servir de la séance d'avant-hier pour prêcher la destruction des Jacobins. Non, les Jacobins ne seront pas détruits! Ils veulent avec ardeur la République; ils professent dans tou's les moments de leur existence amour et respect à la Convention ; ils resteront toujours fermement attachés à la représentation nationale. {Applaudissements nnanimes.) La proposition de Duhem est adoptée.

[Une dépulation de la Société de Salon, département des Bouches-du- Rhôno, lit une adresse qu'elle doit présenter à la Convention pour l'inviter à rendre justice aux patriotes opprimés.

L'orateur entre ensuite dans quehpics détails sur la situation des esprits dans ce déparlement. 11 termine en annonçant que les Jacobins y sont calomniés, et qu'on y a envoyé les libelles qui se distribuent à Paris, tels que la Queue de Robespierre et autres ; il déclare que les patriotes persécutés regardent la Société comme leur refuge et leur apjjui, et qu'ils se promettent tout de son énergie républicaine. {On applaudil.)

Plusieurs citoyens de Marseille se présentent à la tribune : l'un d'eux prend la parole. Voici quelques fragments de son discours :

" C'est à votre signal que notre bataillon est venu renverser le trône et la tyrannie, et que nous îivons proscrit Barbaroux et la Gironde. En serait-il resté quelques débris impurs ? Parlez, frères et amis, parlez !

« Les Jacobins ont été dans tous les temps notre boussole ; le 9 thermidor, ce n'étaient pas les Jacobins (|ui étaient renfermés dans cette enceinte ; il y avait longtemps qu'ils gémissaient sous la tyrannie. Quand une grande révolution s'opère, il y a toujours des regrets ou une réaction. C'est cette réaction ([ui a fait incarcérer les patriotes d'Avignon, qui a fait sortir les nobles et les ])rêtrcs.

« Que la calomnie ne s'appesantisse ])as davantage sur la conduite franche et loyale des républicains. La Société de Marseille nous charge de vous assurer de son inviolable attachement ; elle vous jure union et fraternité. Que les écrivains soudoyés par l'aristocratie ne disent pas que nous voulons opérer un mouvement ; nous sommes des frères et des amis qui brûlent de resserrer les liens qui nous attachent à vous.

« Qu'on ne i)réfende })as également, lorsque nous disons que les patriotes ont pris la place des aristocrates dans les prisons, nous mettre dans la bouche des calomnies contre les représentants du peuple. J'ai entendu aujourd'hui avec une vraie satisfaction une maxime fondée sur la plus exacte vérité : « Que les départements n'avaient pas donné à leurs députés l'infaillibilité en ])artage. »

C'est à vous, c'est aux Sociétés populaires, sentinelles du peuple, qu'il appartient d'éclairer les Comités de la Convention, de faire connaître l'oppression des patriotes, d'apporter leurs pièces justificatives. Etroitement unies aux Jacobins et secondées par eux, les Sociétés populaires défendront avec succès le patriotisme persécuté. »]

Le président donne, au milieu des plus vifs applaudissements, l'accolade fraternelle à la dépulation.

La Société arrête ensuite que le discours de l'orateur, la réponse du président, les autres adresses lues dans la séance d'aujourd'hui, et les observations de Duhem et des autres membres, seront mises à la suite du procès-verbal de la séance du 23 *.

La séance est levée.

CY

PROCES-VERBAL DE LA MEME SEANCE DU 25 FRUCTIDOR AN II (41 SEPTEMBRE 1794) «

La séance est ouverte à sept heures par le vice-président.

Un secrétaire fait lecture du procès-verbal de la séance extraordinaire du 24. La Société en adopte la rédaction.

Une collecte est arrêtée pour le citoyen Gaubermaau, suisse du canton d'Appenzell. Elle s'est montée à la somme de 67 1. 10 s.

On fait lecture de la correspondance.

La Société de Tonneins-la-Montagne écrit aux Jacobins en termes injurieux et dit qu'elle ne les reconnaîtra que lorsqu'ils seront redevenus les hommes du 14 juillet, du 10 août et du 31 mai.

Trois autres Sociétés, et notamment celle de Périgueux, ont vigoureusement répondu à cette lettre, qui leur a été adressée, et en préviennent la Société. Sur la proposition d'un membre, on arrête la suspension de l'aflilialion avec la Société de Tonneins jusqu'à ce qu'elle soit revenue de son erreur. Les réponses qui lui ont été faites par la Société de Périgueux et autres seront insérées au Journal de la Montagne.

Un membre annonce que la commune de Jean-Jacques-Rousseau, département des Pyrénées-Occidentales 3, ci-devant Saint-Esprit, a déposé sur l'autel de la patrie une somme de 723,000 livres pour l'armement d'une frégate.

On fait lecture d'une adresse de la Société de Grenoble à la Con-

1. Voir plus haut, p. 437, la note sur la brochure qui contient le procès-verbat de la séance des Jacobins du 23 fructidor an II.

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