‹ La société des Jacobins; recueil de documents (volume 4)Chapitre 91 sur 187 · Tome VI · texte numérisé non relu

Tome VI

482 SOCIETE DES JACOBINS [17 septembre 1794]

Le Président répond : « Les Jacobins ont toujours été les grenadiers de la. Révolution, et ses plus fermes appuis. Les tyrans de l'Europe, les combattent avec fureur, les apostats de la liberté les calomnient avec délices; nos armées sont là pour combattre les premiers, les Jacobins sont ici pour faire face aux autres et les repousser. » Il donne ensuite, au nom de la Société, le baiser fraternel à la dépulation et au cavalier jacobin.

Un mejnbre demande et la Société arrête que l'extrait du procèsverbal et la réponse du Président seront délivrés à ce républicain.

Des citoyens de la section de Bon-Conseil donnent lecture d'une adresse que la section a présentée le matin à la Convention. La Société reconnaît, aux termes énergiques de l'adresse, et aux mesures justes et révolutionnaires qu'elle contient, la section qui fit la première attaque contre le tyran Capet. Elle y applaudit à plusieurs reprises, et le président répond en ces termes : « Les dilapidateurs de la fortune publique stmt dans les groupes succursaux des modérés. Ce sont ceux qui veulent ressusciter le côté droit; ce sont les chefs de nos ennemis. Le modérantisme est le chemin-couvert de la royauté ; la liberté indéfinie de la presse est l'arme impie avec laquelle on veut l'obtenir. Mais le blasphème que les conspirateurs ont prononcé, lorsqu'ils ont demandé l'anéantissement des Sociétés populaires, est l'extrait mortuaire de cette faction impie. » Le baiser fraternel est dorme par le président aux citoyens de la section Bon-Conseil au milieu des applaudissements universels.

La section de la Montagne se présente à la tribune et dit : « Frères et amis, la section de la Montagne venait hier, en assemblée générale, de reconnaître ces principes patriotiques et républicains, qui sont les vôtres, dans des adresses à la Convention datées de fructidor, telles que celles de Dijon, de Grenoble, etc. Tous les connaissez, ces adresses ; il n'est pas besoin de vous dire l'effet qu'elles opéraient sur les cœurs. . . A l'instant il fut mis sur le bureau un pamphlet cacheté, adressé à l'assemblée générale, par la voie de la petite poste. Ce pamphlet intitulé : les Jacobins d'aujourd^hui rappelés à l'ordre, par un Jacobin d'autrefois, sans autre nom d'auteur, que les lettres initiales L. B., de l'Imprimerie de la rue Meslée, n" 3o, portait pour épigraphe : I^es abus naissent de la violation des principes.

« Cependant la section, indignée de n'y voir qu'une calomnie atroce contre les Sociétés populaires, adroitement répandue pour faire la contre-révolution, en les perdant dans l'opinion publique, dévoua sur le champ aux flammes cet écrit pestilentiel. En même temps elle

arrêta de nous députer vers vous pour fraterniser dans la pureté des principes qui nous sont communs avec vous.

« C'est dans les crises du danger, frères et amis, que le bon républicain doit sentir sa force et en user. En prenant le nom de la Montagne, la section a cru que, plus que toute autre, elle s'imposait le devoir de monter jusqu'au sommet, pour forger les foudres qui doivent écraser les vils et perfides aristocrates. Dans des temps d'embarras, la section fut aidée de votre courage, pour leur résister. Qui donc, plus que nous, combattra à votre côté les ennemis du vrai républicanisme? Notre éloquence, en ce point, est le serment que nous en avons fait,

« Nous le dirons, frères et amis : quiconque aime la patrie doit défendre les principes que vous publiez et professez. C'est dans votre sein que le fœtus de la République, conçu dans les orages, a reçu sa première formation, La Société des Jacobins, c'est-à-dire des Amis de la liberté et de l'égalité, qui la fonda, la soutint toujours avec franchise. Avec vous nous reconnaissons que son centre est la Coni^ vention ; avec vous nous reconnaissons que les Sociétés pbpulaires en sont l'appui nécessaire.

« Tous n'eûtes qu'un malheur, frères et amis, ce fut celui que, pendant que vous étiez tous à vos postes respectifs, la nuit du 9 au 10, des complices, des esclaves du nouveau tyran s'emparèrent de cette enceinte glorieuse, berceau de la République, pour tenter de faire la promotion du tvran dictateur ; mais au même instant que vous le sûtes, vous punîtes de la proscription les factieux usurpateurs de votre nom sacré et du temple que vous avez érigé au patriotisme.

« Que nous reste-t-il donc, frères et amis ? C'est de ne faire qu'un avec les vrais Jacobins, qui sont l'âme de la République, avec les vrais patriotes répandus depuis le cœur de la Convention, qui tient les rênes, jusqu'aux dernières extrémités de la République, qui lui obéissent, pour la maintenir contre toutes les incursions des tyrans, et les ambitieux de tous les grades,

« Voilà, frères et amis, ce que voulut la section de la Montagne, quand elle vola des premières à la Convention, la nuit du 9 au 10 thermidor. Voilà ce qu'elle veut aujourd'hui, en nous députant vers vous. La section de la Montagne croit que nous devons, tous les patriotes, nous réunir d'un bout de la République à l'autre.

« Elle entreprendra tout contre des ennemis audacieux déjà abattus, qui, dans de vains efforts pour se relever, menacent plus par le crime et la trahison que par la force de leurs armes, « Oui, citoyens, n'en doutons pas, ils trembleront toujours, ces

484 SOCIETE DES JACOBINS [17 septembre 1794]

lâches, d'opposer leurs arir.es aux nôtres, tant que nous serons réunis dans les bons principes, dont les vrais Jacobins sont professeurs et précepteurs,

« Signé : Ciiabert, Azard, Legrand, Jobert, Raulin, Lapierre, Jenick, P.-N. Goubert, Sallior, Res- DON, N.-D. Darman, Burgurieu, Guérault, Gaulter, Tuevenin. »

L'orateur est souvent interrompu par des acclamations républicaines, et <Ies applaudissements réitérés.

Le Président lui répond au nom de la Société, que la section justifie bien le nom glorieux qu'elle porte ; il Vassure que, si le fœtus de la Bcpnblique a reçu sa pj'eniière formation dans cette enceinte, son accouchement, tout laborieux qu'il soit, sera conduit au terme heureux de la liberté et de VégaHlé. Il offre et donne à la députation de la Section de la Montagne le baiser fraternel.

On demande, et la Société arrête par acclamation, que son adresse sera imprimée, envoyée aux Sociétés affiliées, et aux sections de Paris, et distribuée aux membres de la Société, et aux citoyens des tribunes.

La section de Chalier succède à celle de la Montagne. L'orateur, après avoir fait part de ce qui s'était passé hier à l'assemblée générale de la section, communique à la Société l'arrêté suivant, qu'elle a pris :

« Extrait du procès-verbal de rassemblée générale de la section de Chalier.

« Séance du décadi, trente fructidor, Van second de la République française, une et indivisible

« L'assemblée générale, après avoir entendu la lecture de l'adresse de la Société populaire de Dijon , adhère à l'unanimité à ladite adresse; arrête que son adhésion sera communiquée à la Convention nationale, aux Jacobins, et aux quarante-sept autres sections ; et nomme à cet effet les citoyens Edon, Tardieu et Bach pour commissaires.

« Elle arrête en outre que les mêmes commissaires porteront aux Jacobins le vœu unanime de la section, de ne jamais se séparer de la Convention nationale, ni des Jacobins ; qu'elle défendra de toutes ses forces cette Société célèbre, et toutes les Sociétés populaires, contre les manœuvres des aristocrates de toutes les couleurs. Elle ari'ête enfin qu'elle ne fera qu'ime masse avec les Jacobins, pour comprimer les contre-révolutionnaires, qui osent lever une tête insolente ; et que

le présent arrêté sera imprimé au nombre de deux mille exemplaires. »

L'orateur termine par instruire la Société que les mêmes commissaires s'étaient transportés à la section du Panthéon, où quelques aristocrates avaient égaré un moment les nombreux patriotes de cette section , en leur faisant improuver l'adresse de la Société de Dijon. A peine cette adresse fut-elle lue hier dans l'assemblée générale de la section du Panthéon, qu'elle fut couverte d'applaudissements. Les sans-culottes, rendus à eux-mêmes, ont applaudi avec enthousiasme à l'arrêté de la section de Chalier ; mais quelques échappés des prisons, u?i Mercerot, qui n'avait pu obtenir de certificat de civisme, et qui était nouvellement sorti (le la maison d'arrêt, a demandé la parole contre le commissaire porteur de rarrèlé, Ta calomnié en présence de l'assemblée, et a élevé une cabale, pour empêcher que ce commissaire eût la faculté de répondre. Il a été soutenu par un ci-devant prêtre, Tabbé tie Cournand; et un ci devant homme de loi, qui occupait le fauteuil alors, a présenté la demande du commissaire d'une manière astucieuse, et l'a empêché dobtenir la parole. « Ils ont donc triomphé, dit l'orateur, mais ce triomphe ne sera pas long ; tous les bons citoyens vont se réunir, et les contraindre à s'ensevelir dans la poussière. »

Le Président répond : « C'est dans les orages politiques que les peuples libres montrent leur magnanimité. Les forces des ennemis de la liberté diminuent en raison de celles qu'elle acquiert elle-même. La Société vous félicite sur votre sollicitude patriotique. »

On demande l'impression de l'arrêté de la section Chalier, et le baiser fraternel pour les membres de la députation, ce qui est adopté.

La section du Mont-Blanc donne lecture de l'adresse suivante :

« Frères et Amis, « La section du Mont-Blanc nous a députés vers vous, pour vous faire part d'une scène patriotique, qui a eu lieu hier dans son sein, à l'occasion de la Société des Jacobins. L'aristocratie et le modéranlisme, aussi lâches dans leur conduite que faibles dans leurs moyens, avaient trouvé celui de glisser parmi les pièces de la correspondance de la section du Mont-Blanc une de ces diatribes qui encombrent les avenues du Palais-Egalité, d'où elles ne sortent que pour passer dans le boudoir des courtisanes. Le secrétaire en ayant commencé la lecture, on crut devoir le laisser continuer, d'abord pour que les citoyens qui ne lisent pas ces productions sentissent la

486 SOCIÉTÉ ])KS JACOBINS [17 ski-thmiuîe I705-]

faiblesse des raisonnements de vos antagonistes, et aussi pour que la section prononçât son vreu sur la Société des Jacobins. A peine cette lecture fut-elle terminée que l'assemblée, par un mouvement unanime et spontané, déclara calomnieux et faux le délicieux écrit. Elle déclara aussi que, dans son opinion, les vrais Jacobins n'avaient pas démérité de la patrie. Bientôt le pamphlet fut lacéré et traîné dans la boue.

« Tels sont. Citoyens, les sentiments de la section du Mont-Blanc sur les Sociétés populaires'. Ainsi ils perdent leur temps et leurs guinées, ceux qui soudoient des agents pour calomnier cette Société. Le peuple se dit : « Si les Jacobins faisaient à la patrie le mal qu'on leur « impute, l'aristocratie ne demanderait pas leur destruction. » Et le peuple raisonne juste : car l'aristocratie n'a pas provoqué la dissolution des Feuillants et de la Sainte-Chapelle, parce que ces clubs marchaient de front avec les conspirateurs. Elle crie aujourd'hui contre les Jacobins, parce que vous n'avez pu voir sans frémir les miasmes pestilentiels sortis des prisons pour infecter l'atmosphère de la Révolution, parce que vous avez demandé la stricte observation de la loi du 47 septembre*. Eh bien! qu'ils tremblent, les scélérats ! La France se prononce; les Sociétés populaires de Grenoble, d'Aix, de Marseille, d'Auxerre, de Saint-Quentin et de Dijon, et une foule d'autres, ont déjà énoncé le langage du républicanisme. Encore un moment, et ils seront dans la poussière. Quant à vous. Jacobins, continuez de remplir la tâche importante que vous vous êtes imposée. Le peuple, toujours ami de la Montagne, le peuple, toujours plein de confiance dans la Convention nationale, ne vous sépare pas plus d'elle, que vous ne vous en séparez vous-mêmes ; et la section du Mont-Blanc promet respect et soumission aux décrets de la Convention, amitié et fraternité aux Jacobins, et haine éternelle aux intrigants, aux modérés et à tous les ennemis du peuple. »

La Société, applaudissant aux sentiments patriotiques et éclairés contenus dans celte adresse, en a ordonné l'impression, l'envoi aux sections, l'affiche dans Paris, et la distribution.

Le Président répond à la députation : « Le crime et la dépravation sont aussi indissolublement unis que le patriotisme et la vertu ; il n'est donc pas étonnant que les libelles aristocratiques se trouv.ent aussi bien dans les mains des courtisanes, que dans celles des aristocrates. Vous avez donné à ce pamphlet des apostats de la cause populaire la destination qui lui convenait. Il n'en est aucun qui

Page 1