Contre les suspects
mérite les honneurs du bûcher ; il faut les traîner dans la boue. » Le président, après avoir exprimé ainsi le vœu de la Société, donne à la députation du Mont-Blanc le baiser fraternel.
La section des Tuileries se présente à la tribune, et donne lecture de l'adresse suivante, qu'elle a présentée le matin à la Convention nationale, et dont elle a arrêté la communication aux quarante-sept autres sections et aux Sociétés populaires :
« Citoyens Représentants,
« Depuis cinq ans nous combattons pour la liberté. Nos enfants versent leur sang pour elle. Nous avions cru avoir détruit la tyrannie. Nous avions cru avoir abattu le fédéralisme. La chute et le supplice de Robespierre faisaient espérer que la République allait arriver au port.
« Mais le royalisme et le fédéralisme osent lever une tète audacieuse. Un système de modérantisme se propage. On parle ouvertement de dissoudre les Sociétés populaires, comme si elles ne reposaient pas sur les droits sacrés de Thomme, comme si elles n'avaient pas été jusqu'ici le boulevard de la hberté, les premiers remparts de la Convention nationale.
« Ces mêmes hommes, après avoir opéré la dissolution des Sociétés populaires, iraient plus loin. Bientôt ils ne manqueraient pas d'attenter à la Représentation nationale, et c'en serait fait à jamais de la liberté.
« Citoyens représentants, vous ne l'ignorez pas : c'est la faction d'Orléans qui revit et nous agite. C'est sur le rejeton impur d'une plus impure encore que les fédéralistes, les aristocrates et les puissances coalisées fondent leurs criminelles espérances. On veut nous désunir, on veut nous isoler; mais nous avons juré l'unité et l'indivisibilité de la République, et le faisceau de la liberté ne se brisera jamais dans nos mains.
« Au nom de la patrie, au nom de nos braves enfants qui combattent et triomphent pour elle, prenez des mesures justes et vigoureuses, punissez les fédéralistes, les aristocrates, les dilapidateurs des deniers publics. Protégez les patriotes, protégez les Sociétés populaires. Le peuple s'est toujours rallié à vous; il est là pour vous soutenir. Concevez toute sa force, concevez la votre. Fermeté, justice, courage, et vous aurez encore une fois sauvé la chose publique. »
Le Président répond que les deux extrêmes de la Révolution ont toujours été la cruauté et le modérantisme ; que la Société a détruit toutes les factions, qu'elle ne craint point les restes impurs des d'Or-
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léans et des Danton, parce que son préservatif contre ces miasmes pestilentiels est l'amour ardent dont elle brûle pour la liberté. — La députation reçoit le baiser fraternel au milieu des plus vifs applaudissements.
Voraleur de la députatioii des Tuileries, capitaine des canonniers de la section, annonce que les canonniers de Besançon leur ont écrit pour leur témoigner les mêmes sentiments qui les animent tous depuis le commencement de la Révolution, et particulièrement dans celte circonstance. Il assure la Société que les canonniers de Paris sont dans ce moment ce qu'ils ont toujours été : les ennemis déclarés des aristocrates, des modérés, des dilapidateurs, et les amis des Jacobins.
La Société lui témoigne, par ses applaudissements, combien elle partage ces sentiments, et la satisfaction qu'elle éprouve de voir les patriotes reprendre cette énergie qui a sauvé la Républi(]ue dans tous les moments de danger.
Un membre de la Société, citoyen de la section Poissonnière, annonce que le même esprit, qui a régné hier dans les assemblées générales de la presque totalité des sections, a animé fortement la sienne. Là, comme ailleurs, les patriotes ne font qu'un avec la Convention et la Société des Jacobins; aussi la section a-t-elle arrêté que les adresses des Sociétés populaires de Dijon et de Grenoblp seraient imprimées et distribuées chacune au nombre de douze cents.
La Société était encore dans l'enthousiasme patriotique que lui Inspiraient les sentiments qui successivement avaient été manifestés à sa tribune par les députations des différentes sections de Paris, lorsqu'un membre a fait part de la victoire brillante remportée par les républicains français à Bois-le-Duc, et annoncée le matin à la Convention. Tous les membres de la Société, et les citoyens et citoyennes des tribunes ont prouvé, eu se levant au milieu des cris de Vive la République, vive la Convention nationale! qu'ils avaient repris leur énergie, et que le règne des intrigants allait finir.
Le Président donne le résultat du scrutin pour le renouvellement du bureau. Les suivants ont réuni la majorité des suffrages : Bassal, député, Président; Bouin, Vice-président \\)\\\\QTa, député, Gleizal, député, Dubosq, Chambellan, Eynaud et Loys, Secrétaires.
Un Secrétaire annonce que la collecte qui vient d'être faite monte à67L H s.
Un Membre demande et obtient la parole. Il retrace ce qui s'est dit et passé à la séance. Il voit dans l'esprit qui anime tous les patriotes, dans cette réunion des sections de Paris et des Jacobins à la Convention nationale, il voit la destruction et l'anéantissement prochain
d'une faction composée d'hommes, qui auraient été bien vite reconnus ennemis de la chose publique, si on avait pu lire d'abord dans le fond de leur cœur, et examiner le fond de leur bourse.
« ^/ Jious possédions ce secret, ajoute l'orateur, demain la Révolution serait terminée. Gomment ont-ils pu se persuader un instant, ces conspirateurs modernes, qu'ils parviendraient à vous abattre? Comment ont-ils pu s'imaginer que les habitants de Paris les seconderaient dans leurs infâmes projets? Ils se sont lourdement trompés, les insensés I Ils ne savaient pas qu'il est contre nature qu'une mère enfonce le poignard dans le sein de son enfant. Paris fut le berceau de la Révolution : non, Paris ne sera point son tombeau ! »
Les nombreux et réitérés applaudissements, qui retentissent de tous côtés, annoncent le réveil des patriotes; et l'orateur pense qu'il est essentiel que toute la République en soit instruite. Il demande en conséquence que la Société ordonne l'impression du procès-verbal de la séance de ce jour, l'envoi à toutes les Sociétés affiliées et aux sections de Paris, l'aniche et la distribution.
Cette proposition, mise aux voix, est adoptée à l'unanimité.
Le Comité de présentation présente la liste des candidats proposés pour être membres de la Société, après avoir été admis par lui, et leurs noms affichés. La Société l'approuve et prononce leur admission au nombre de ses membres.
La séance est levée à dix heures et demie.
Signé : Bassal, député, président, Urbain Jaume, Chambellan, Loys, Gleizal, député, P.-J. Du- HEM, député, Dl'bosq, secrétaires.
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