SÉANCE DE LA 3« DES SANS-CULOTTIDES DE L'AN II (19 SEPTEMBRE
PRÉSIDENCE DE DELMAS
[Lecture de la correspondance.]
On fait lecture d'une adresse de la Société populaire d'Auxerre aux Jacobins de Paris, et de la copie d'une adresse de la même Société à la Convention nationale.
1. Nous reproduisons cette séance d'après le Journal de la Montagne.
490 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [19 sKi-TEMUiiK 1704]
On demande l'impression de ces adresses,
Théray observe que l'on ne doit point ordonner l'impression d'une pièce envoyée à la Convention, avant que la Convention ait elle-même émis son opinion.
Un membre répond qu'il y a une lettre adressée particulièrement à la Société, et que dès lors elle peut en ordonner l'impression.
Vkau. — J'observe que les ennemis de la chose publique sont toujours prêts à user de ce qui peut nuire aux Sociétés populaires; le projet de ces hommes est de les représenter comme se trouvant toujours en opposition avec la Convention. Or, dans l'adresse qui vous est écrite, vous voyez que l'on annonce que, si la Convention ne fait pas justice, on se la fera soi-même : c'est là une provocation à l'insurrection que la Société ne peut pas approuver ; je demande la question préalable sur l'impression.
La Société passe à l'ordre du jour sur l'impression, et ordonne qu'un extrait seulement de l'adresse sera inséré au Journal de la Montagne '.
[Suite de la lecture de la correspondance.]
Raisson expose que le Comité de currespondance ne peut suffire à répondre aux nombreuses lettres qui arrivent des Sociétés affiliées. Il répond cependant aux réclanialions particulières; mais quant à celles qui sont relatives à l'oppression générale des patriotes, à l'opinion des Sociétés sur la journée du 9 liiermidor, le Comité a cru qu'il fallait une circulaire pour toutes ces lettres. Le Comité a pensé que la Société devait à toutes les communes, qui l'instruisent chaque jour de. ce qui se passe dans les départements, un compte de la situation de Paris. Raisson fait lecture de l'adresse, qui est souvent interrompue par des ap|;5laudissements.
Crassous observe que l'on a omis, dans celte adresse, d'ajouter au mot liberté celui iïégalilé. Il pense qu'on ne peut se dispenser de rétablir ce mot, dans un moment surtout où l'on a professé une maxime contraire à l'égalité. « Ou a dit ce matin, ajoute-t-il, qu'un million d'hommes dans la Répubrupie faisait vivre les vingt-quatre autres millions qui la composent. Cette maxime est incontestablement destructive de l'égalité, car il n'est pas possible que, dans une pure démocratie, vingt-quatre millions d'hommes puissent dépendre d'un million d'autres hommes, qu'un peuple industrieux puisse, en quelque sorte, être aux gages de quelques hommes avantagés de la fortune,
1. Cet extrait se trouve dans le ii° 14j du Journal de la Monta(/ne.
[19 sEPTEMiîUE 1794] SOCIÉTÉ DES JACOBCS'S 491
ou par hasard, ou par intrigue, ou par dilapidation. C'est un blasphème contre la souveraineté nationale. C'est dans la masse que gît la nation. Les Jacobins, qui ont toujours défendu les droits du peuple, qui se sont serrés avec la nation autour de la constitu-tion démocratique qui, en consacrant les droits de chacun, les a mis à leur place, afin que la partie pauvre, laborieuse, ne soit pas dans la dépendance de la partie riche, mais oisive, les Jacobins doivent veiller à ce qu'un pareil système ne s'établisse pas. »
[Crassous conclut en demandant que les Jacobins pr(^chcnt « le maintien de l'égalité n et qu'ils rétablissent dans l'adresse le mot Égalité.]
La Société arrête l'impression de l'adresse, l'envoi aux Sociétés populaires, aux armées, aux sections, et l'affiche dans Paris •.
Le Président annonce que plusieurs citoyens des tribunes demandent à être entendus sur les événements qui sont arrivés hier à la maison Égalité, devenue de nouveau Palais-Royal.
[Le capitaine des canonniers de la section des Tuileries annonce que, la nuit dernière, il rencontra dans un café, rue Honoré, le frère de l'abbé Royou. « Je nomme cet individu, dit-il, parce que je l'ai souffleté. Ce monsieur, sachant ce qui se passait au Palais devenu royal, dit à une personne qui entrait : « Tu es jacobin? » — « Oui, répond l'autre, et je m'en fais gloire. » — « Tu vois comme on les tance, reprend Royou. » Cet homme dit ensuite qu'en se bandant les yeux et arrivant dans la Société des Jacobins, on était sûr de trouver un assassin et un voleur dans la personne du premier individu que l'on touchait. On le mena à l'administration de police, qui le fit conduire au Comité de sûreté générale. Le citoyen Merlin (de Thionvillc) regarda cette affaire comme de peu d'intérêt, et laissa partir cet homme, cousin de Fréron, et employé dans une administration publique. »]
L'opinant termine en assurant la Société que les canonniers ne verront jamais en elle que l'avant-garde de la Convention, et que, s'il se manifeste des dangers pour la représentation nationale, ils inviteront la Société à venir avec eux lui faire un rempart de leurs corps. {« Oui, oui, » s'écrient tous les Jacobins et les citoyens des tribunes.)
Lanot. — Voici quelques détails sur ce qui s'est passé hier soir au Palais-Royal. Hier, entre huit et neuf heures du soir, je traversais le jardin, accompagné de deux excellents républicains; j'aperçus dans un coin un groupe d'environ quatre-vingts personnes, au milieu desquelles était un homme d'une stature énorme, et dont la voix était analogue à la taille ; il disait hautement que, s'il arrivait quelque chose, il fallait se rallier à la Convention ; que les Jacobins, qui se