Voir la pièce suivante, p
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disaient ses amis, n'étaient que des intrigants, ses plus cruels ennemis. A ces mots, je ne pus me contenir; je m'avançai vers cet homme, qui avait trois pouces de plus que moi, et je lui dis qu'il trompait le peuple, qu'il n'y avait aucune division entre la Convention et les Jacobins, qu'ils ne faisaient qu'un. Alors partit un ci'i de : Vive la Convention/ Je le répétai comme les autres, et je dis : Vivent la Convention et les Jacobins ensemble! On cria : A bas les Jacobins! Je repris : Vivent les Jacobins, les Sociétés populaires et les Droits de Vh.omme! Ces hommes m'entourèrent et me serrèrent au point de m'étouffer; ils me [joussèrent ainsi jusqu'à un endroit oà je crois qu'il y a des tonneaux; alors arriva la garde avec un commissaire de section ; le nombre des messieurs qui m'entouraient était alors bien augmenté, il pouvait monter à six cents. J'étais précédé de gens qui criaient : A bas les Jacobins! A bas les intingants ! A bas la queue de Robespierre ! Le commissaire de police me demanda ma carte ; je lui montrai celle de député ; je ne me contentai pas de cela, je lui montrai encore celle de Jacobin : « L'une ne va pas sans l'autre », lui dis-je. [On applaudit vivement.) La première fit quelque sensation, la seconde excita encore les cris de : Vive la Convention! A bas les Jacobins !
[On conduisit l'orateur au corps de garde, le Coinilé de sûreté génci'alo le ïil élargir. L'orateur continue ainsi sa relation :]
Deux sans-culottes avaient entendu un petit muscadin à cravate qui venait jusque sous la lèvre crier : .4 bas les Jacobins ! Quoique toute la foule fût de son parti, ces deux sans-culottes le saisirent et le conduisirent avec moi au Comité de sûreté générale. Lorsque je me fus expliqué avec le Comité, on interrogea le jeune homme, qui se trouva n'avoir que vingt ans, et être dans la réquisition. 11 avait eu la précaution d'amener avec lui quatre personnes pour déposer en sa faveur. Il dit qu'il venait de l'armée du Nord, qu'il vivait chez sa grand'mère, et qu'il était protégé par un député^ qu'il ne nomma pas. J'ai su ce matin que ce jeune homme, quoique dans la réquisition, et muscadin dans toute la force du terme, avait été mis en liberté.
[L'orateur ajoute qu'on a volé au Palais-Royal le j)orte-monnaic d'un des deux braves sans-culottes qui l'ont défendu.]
N. . . — J'observe que les muscadins veulent anéantir les Sociétés populaires, et qu'ils se sont donné le mot pour crier : « Vive la Convention ! »
N... — Voici d'autres détails sur l'événement d'hier. Je trouvai
devant le corps de garde un jeune homme de Marseille, qui avait marché contre les troupes de la République, et dont la mère était enfermée, parce qu'il passait pour émigré. Aidé de trois patriotes, je le conduisis au Comité de sûreté générale. Ce jeune homme ne désavoua pas les faits : il dit qu'on l'avait trompé, qu'on lui avait dit que l'armée de Cartaux était l'armée rebelle, et que celle qui marchait contre lui était de la République. Il ajouta qu'il était resté quinze jours avec les rebelles, et qu'il n'était retourné dans ses foyers qu'après avoir perdu son fusil dans un endroit nommé Opin, à deux lieues de Marseille ; ainsi cet homme se battrait encore, s'il n'avait pas perdu son fusil.
Ce jeune homme était dans les groupes ; il était mal vêtu, il avait une mauvaise culotte, un mauvais bonnet, et cependant il n'est pas sans quelque aisance ; son père tenait l'hôtel des Ambassadeurs à Marseille, et il se nomme Robin.
Nous le laissâmes, ce jeune homme, au Comité de sûreté générale; je le crus arrêté ; mais la première personne que je vis ce matin, à l'entrée du Comité de sûreté générale, fut ce même jeune homme, qui était alors bien paré, en habit de drap, en manchettes, une culotte serrée, etc.; il a sûrement donné des notes contre les Marseillais qui sont à Paris •.
Ux CITOYEN DE MARSEILLE. — Citoyeus, la première fois que nous avons paru à cette tribune, nous nous étions flattés de faire au milieu de vous un plus long séjour. Notre premier serment a été d'obéir aux lois émanées de la Convention -nationale ; le décret rendu ce matin nous ordonne de partir, nous partirons demain. [On applaudit.) Nous emportons le regret de ne pouvoir concourir avec vous à assurer le triomphe de la liberté et de l'égalité.
Vous l'avez vu, citoyens, et votre correspondance vous l'apprend chaque jour, les patriotes sont persécutés, incarcérés et mis en fuite, ils ne trouvent pas même dans beaucoup d'endroits un asile dans les Sociétés populaires. A Avignon, et dans plusieurs autres villes du Midi, les parents des émigrés et les individus qui, par une perfide clémence, sont sortis de prison, entrent dans les Sociétés populaires et en chassent les patriotes.
C'est à vous, citoyens, à ranimer l'esprit public; c'est de vous que les patriotes attendent appui et secours ; les patriotes de Marseille,
1. Les Annales patriotiques du .3 vendémiaire an III, p. 3050, relatent ici l'expulsion de Leymerie, accusé par Bernard (de Saintes) d'avoir fait « mettre Real au secret « et d'avoir rédigé des dénonciations contre la Société.
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quoiqu'on les accuse de fédéralisme, vous seront toujours dévoués, parce que vous l'êtes vous-mêmes à la Convention nationale.
[L'orateur termine en déclarant que tous les hommes du 10 août ne sont pas morts à Marseille. — Un député de La Société populaire d'Aix lui succède à la tribune : il fait le tableau des persécutions qu'éprouvent les patriotes dans les départements du Midi.]
Le président. — Yous emportez les regrets d'une Société dont vous avez mérité l'estime par votre patriotisme. Reportez dans le Midi le feu civique dont vous êtes embrasés. Les conspirateurs qui nous attaquent aujourd'hui ne sont pas plus forts que La Fayette, qui a été anéanti, et plus astucieux que les Girondins, qui ont succombé sous la massue nationale. Leurs successeurs ne tarderont pas à les suivre. [On applaudit.)
Caraffe instruit la Société qu'un mandat d'amener a été lancé contre lui par un commissaire de police ; les motifs en sont consignés dans l'un des numéros de Fréron. Il invite la Société à prendre en considération ce nouvel acte tyrannique, dirigé plutôt contre elle que contre lui.
Une députation de la Société populaire de Dun-sur-Loir, ci-devant Châteaudun (Eure-et-Loir), présente douze cavaliers jacobins. La Société témoigne sa satisfaction par de nombreux applaudissements, et le président donne aux cavaliers le baiser fraternel.
Le Comité de présentation donne lecture de la liste des citoyens qui doivent compléter le Comité de correspondance. Ils sont adoptés.
ADRESSE DE LA. S(3CIÉTÉ DES AMIS DE LA LIBERTÉ ET DE L^ÉGALITÉ SÉANTE AUX CI-DEVANT JACOBINS, A PARIS, A TOUTES LES SOCIÉTÉS POPULAIRES DE LA RÉPUBLIQUE
Paris, imprimerie G.-V. Galetli, s. d., iii-8° de 0 p. — Bibi. nal., Lb 40/790 *.
Frères et Amis,
Depuis la dernière crise que nous avons éprouvée, les travaux de notre correspondance ont été ralentis et presque interrompus. Tous
1. Cette adresse a été imprimée dans le Journal de la Montagne, n» du 4 vendémiaire an III, p. 1207. — Le Moniteur (réimpression, t. XXH, p. 98' en a publié un extrait qui commence seulement à cette phrase : « Les triumvirs, frappés par le glaive de la loi. . . »
nos moments ont été remplis par une nouvelle épuration, par l'examen sévère de la conduite de tous les membres dans la nuit du 9 au 10 thermidor. Les Jacobins, pour être fermes dans leur conduite et courageux dans l'exposition de leurs principes, doivent dans tous les temps les maintenir dans toute leur pureté et donner l'exemple de la sévérité ; ils ne doivent compter au milieu d'eux que des amis de la patrie, et non les complices d'aucune faction.
Nous sommes heureusement, frères et amis, arrivés à ce terme de notre régénération ; et nos travaux vont reprendre une nouvelle activité ; nous vous invitons à les partager, à démasquer tous les intrigants, qui ne se couvrent du voile du patriotisme que pour obtenir la confiance et la trahir.
Les triumvirs, frappés par le glaive de la loi, et dont la mémoire est vouée à l'analhème, nous donnent à tous cette grande leçon, que les principes et la patrie sont tout, et que les hommes ne sont rien ; que l'idolâtrie pour eux est un crime public, qui tue la liberté et l'égalité.
Nous n'avons pas vu sans un profond intérêt, dans toutes vos lettres relatives aux événements du 10 thermidor, que tels étaient, frères et amis, vos sentiments et vos principes. Unissons-nous sans cesse, non pour la cause de quelques individus, mais pour le salut public.
On cherche à détruire cette union fraternelle ; on cherche à rompre ce faisceau redoutable aux ennemis de la liberté ou de l'égalité ; on nous accuse, on nous poursuit des plus noires calomnies. L'aristocratie et le modéranlisme relèvent une tête audacieuse. La réaction funeste occasionnée par la chute des triumvirs se perpétue; et du sein des orages, conjurés par tous les ennemis du peuple ouvertement coalisés contre la liberté, est sortie une faction nouvelle, qui tend à la dissolution de toutes les Sociétés populaires ; elle tourmente et cherche à soulever l'opinion publique ; elle pousse l'audace jusqu'à nous présenter comme une puissance rivale de la représentation nationale, nous qui combattons et nous unissons toujours avec elle dans tous les dangers de la patrie ; elle nous accuse d'être les continuateurs de Robespierre ; et nous n'avons sur nos registres que les noms de ceux qui, dans la nuit du 9 au 10 thermidor, sont restés fermes dans les postes différents que leur assignaient leurs fonctions et les dangers de la patrie, que ceux qui ont servi de leurs personnes ou défendu par leurs discours la représentation nationale.
Mais nous répondrons à ces vils calomniateurs en les combattant sans cesse. Nous leur répondrons par la pureté de nos principes et de nos actions et par un dévouement inébranlable à la cause du peuple
496 SOCIETE DES JACOBINS [19 sei-tembhk 1794]
qu'ils ont trahie, à la représentation nationale qu'ils ont déshonorée, et l'égalité qu'ils détestent.
Nous les accusons au tribunal de l'opinion publique d'être euxmêmes les complices et les continuateurs de toutes les factions. Les Cazalès et les Maury, les Brissot et les Gorsas, les Royou et les Durozoy, renaissent de leurs cendres et renouvellent contre nous toute leur tactique, leurs diatribes, toutes les anciennes rapsodies de leurs feuilles contre-révolutionnaires et du manifeste de Léopold.
Et tandis que les Sociétés populaires donnent à la République et au monde entier le spectacle le plus touchant de dévouement et de vertus civiques ; tandis que, par un mouvement subit et spontané, elles se sont toutes levées pour applaudir aux décrets de la Convention nationale, approuver nos principes et invoquer notre surveillance ; toutes ces adresses, tous ces écrits brûlants de patriotisme et d'énergie se sont transformés, par cette insolente faction, en œuvre de ténèbres que nous avons, dit-elle, nous-même fabriquées; les touchantes réclamations du peuple, l'emportement, et le cri unanime du patriotisme opprimé et de la vertu courageuse, sont transformés en clameurs séditieuses.
Et par qui sommes-nous dénoncés aussi impudemment? Par des hommes couverts de sang, par des dilapidateurs de la fortune publique, par des complices de d'Orléans, de Danton. Quels sont les lieux où se fabriquent ces libelles infâmes et ces armes empoisonnées ? Les maisons des hommes suspects rendus à la liberté.; les boudoirs des courtisanes ; les foyers des spectacles; le repaire des émigrés, des contre-révolutionnaires et de tous les ennemis du peuple, le ci-devant Palais-Royal ; déjà même le mot de royauté s'est fait entendre, et dans le même moment, les factieux demandaient à Paris la destruction des Jacobins et les complices de Dusaillant formaient le projet de proclamer Louis XVII sur les frontières du Gard.
Mais, rassurez-vous, frères et amis ; la justice et la vertu ne tarderont pas à triompher ; la Convention nationale s'est montrée ferme et inébranlable à toutes ces suggestions perfides ; l'opinion publique, un instant froissée, reprend une direction consolante pour les patriotes ; le procès- verbal de notre dernière séance et les adresses que nous vous envoyons vous prouveront l'énergie qui anime les sections de Paris et qu'elles sont prêtes à réunir leurs efforts aux nôtres, pour le triomphe de la hberté, de l'égalité, de l'anéantissement des ennemis du peuple.
Que partout, frères et aniis, les patriotes marchent d'un pas ferme et courageux ; que leur contenance soit calme, mais énergique ; que
notre unique point de ralliement soit la Convention nationale, notre seul but, le salut de la patrie, et l'affermissement de la Révolution ; montrons-nous les observateurs sévères de la loi ; surveillons les intrigants; dénonçons les traîtres et les fripons ; rassurons les faibles, éclairons les hommes trompés ; encourageons le travail et l'utile industrie ; honorons les défenseurs de la patrie, et, les prenant pour modèles, combattons avec la même énergie et le même courage tous les ennemis intérieurs. Voilà la tâche qui nous est imposée ; voilà les devoirs que nous avons à remplir, et nous y serons fidèles.
La Société, dans sa séance du [sic) troisième des sans-culotlides tan deuxième de la République française, une et indivisible, a arrêté l'impression, l'affiche et l'envoi aux Sociétés populaires de la République et aux sections de Paris.
Bassal, président; Chambellan, Loys, P.-J. Duuem, secrétaires.
SÉANCE DU oe JOUR DES SANS-CULOTTIDES DE L'AN II (21 SEPTEMBRE 1794) »
PRÉSIDENCE DE BASSAL
On ouvre la séance à sept heures par la correspondance.
Garnier (de Saintes). — Je demande la parole sur les dangers qui, de toutes parts, environnent et menacent les patriotes. Citoyens, on veut, on prétend, anéantir les Jacobins, c'est-à-dire les républicains, et, par suite nécessaire, la République elle-même. On attaque la République dès l'instant qu'on attaque l'égalité. Il est impossible que ceux-là soient véritablement républicains qui osent avancer qu'un million d'hommes en nourrit 24 millions, assertion qui, si elle était avouée, supposerait ces derniers dépendant nécessairement des premiers. Les Girondins voulaient aussi la liberté comme à Lacédémone et à Rome ; c'est-à-dire la liberté subordonnée à l'aristocratie des talents, des richesses et de l'orgueil. Ils consentaient volontiers, ces Girondins, à accorder une portion de liberté aux autres, pourvu toutefois qu'ils fussent eux-mêmes au-dessus de tous, et que leur liberté fût illimitée. Ces factieux, semblables à ceux qui sortent aujourd'hui de leurs cendres, demandaient impérieusement et à grands
1 . Nous donnons celte séance d'après le Journal de la Montagne. Tome VI. 32
498 SOCIETE DES JACOBINS [21 seitkmhhk 179t]
cris la dissolnlion des Sociétés populaires, et en cela ils ne faisaient qu'émettre le vœu liberlicide des Dumouriez, des La Fayette, des Léopold. Une fois ces Sociétés dissoutes, plus de patriotes, plus de républicains, et par conséquent plus de République !
[Cet liorriblc système, conlinuo roraleur, se reproduit en ce momcnl avec plus de fureur qu'autrefois.]
Je vous interpelle ici, vous tous qui avez l'audace d'attaquer les patriotes, je vous somme de nous rendre compte de votre conduite en présence du peuple. Que faites-vous journellement ? Journellement vous allez piquer la table de ces gros boutiquiers, de ces riches financiers, de ces aristocrates gangrenés qui ne doivent qu'à votre protection la fatale liberté dont ils jouissent. Je le conçois, tous ces Messieurs, à la compagnie desquels vous sablez les vins les plus exquis, détestent cordialement les Jacobins, parce que ceux-ci vous reprochent et vous reprocheront éternellement la liberté que vous leur avez rendue, et dont ils ne font usage que pour assassiner la patrie.
Mais, tandis que vous partagez les repas somptueux des riches, des aristocrates qui doivent leur liberté à votre protection, que font les Jacobins? Ils vivent en commun avec les sans-culottes ; ils partagent avec l'humble réduit le dîner frugal des hommes libres, égaux et vertueux. Venez nous combattre avec votre liberté indéfinie de la presse : c'est avec notre mâle courage, notre probité sévère, notre austérité de mœurs que nous vous répondrons. Les traits empoisonnés que lance la calomnie s'émoussent tous contre Tégide impénétrable de la vertu.
[L'orateur continue en disant que la meilleure manière de répondre « aux libelles infâmes que Timposture ne cesse de répandre » contre les Jacobins, c'est de nous occuper constamment du bonheur de ce bon peuple, pour qui l'art des jouissances et des plaisirs ne fut jamais que celui des sacrifices et des privations.]
Il donne de grands exemples de vertu, ce peuple. Il n'est pas ingrat, comme on le prétend, et tout ce que vous ferez pour lui, il ne manquera pas de vous en témoigner sa reconnaissance. Invinciblement attaché aux hommes justes et probes, voilà pourquoi il estime et chérit les Jacobins; mais en obtenant ses suffrages, il vous est impossible de vous concilier ceux des aristocrates, des ci-devant prêtres, nobles et parents ou amis des émigrés.
[Ces derniers, ajoute l'orateur, sont ceux qui vous font la guerre depuis cinq ans : c'est eux que nous devons combattre. Il continue ainsi :]
[■2i SEPTEMBRE 179i] SOCIÉTÉ DES JACOBINS 499
On nous reproche d'avoir appelé à Paris une foule de citoyens des déparlements pour opérer un mouvement; mais qui n'aperçoit pas d'ab'ird toute la fausseté de cette absurde allégation? Les braves citoyens que le hasard ou leurs affaires attiraient à Paris ne l'ont-ils pas quitté dès linstant que la loi s'est fait entendre? Pénétrés de respect pour elle, ils y ont obéi sans murmurer ; et en nous faisant leurs a' lieux ils ont emporté avec eux l'idée de l'estime et de l'amitié qu'ils vous doivent, et du profond mépris dont ils couvrent vos lâches calomniateurs.
Soyez fiers de votre prol^'lé, osez vous enorgueillir de votre patriotisme^ de votre républicanisme ; attachez-vous aux sévères Montagnards ; serrez-vous auprès d'eux ; entourez, défendez, couvrez de vos corps il Convention tout entière ; forcez-la à vous investir de la confiance dont le peuple vous honore, et que des méchants seuls peuvent entreprendre de vous ravir.
[L'orateur « compare les calomnies atroces que raristocratic dirige contre nous à ce fer que le perfide Espagnol cache sous son manteau ». Il ajoute qu' « on parle beaucoup plus d'assassinats qu'on n'en commet ». Il conclut par les rétlexions suivantes:]
Ne nous abusons point : le système de fausse et cruelle clémence qu'on met en avant n'annonce que trop que l'on conspire en secret contre les meilleurs citoyens ; déjà les victimes sont désignées, et l'on n'attend que le moment du sacrifice. .Mais quels sont donc les hommes qui nous prêchent cet affreux modérantisme, cette pitié meurtrière ? Ce sont les mêmes hommes qui demandaient la tète de sept députés, pour en demander cinquante autres le lendemain.
Ici Garnier invite, presse de nouveau tous les bons citoyens de se rallier autour de la Convention nationale, qui seule est véritablement le palladium sacré auquel est attaché le salut du peuple.
L'orateur déclare que la très grande majorité de la Convention pense comme tous les patriotes qu'il invoque, et que les principes des députés qu'on a prélen lus être attaqués par les Jacobins, sous le nom de Marais, sont les mêmes que ceux des Montagnards.
Il ajoute qu'il n'existe que quinze à vingt intrigants, dilapidateurs de la fortune publique, qui tentent l'impossible pour renverser les Sociétés populaires. Il termine en présentant à l'assemblée plusieurs motifs très puissants pour tous les patriotes de se rallier, de se rapprocher, de s'unir étroitement, à l'effet de défendre tous ensemble la liberté et l'égalité menacées.
Ce discours, très étendu, a été plusieurs fois interrompu par les
500 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [21 septembhe 1794]
plus vifs applaudissements '. La Société en a ordonné l'impression, la distribution à ses membres et l'envoi aux Sociétés affiliées*.
[Levasseur (de la Sarlhe) annonce la victoire remportée par l'armée de Sambre-et-Mcusc.]
« Nous avons, ajoute Levasseur, un million d'hommes sous les armes. Je ne sais pas trop comment il pourra s'arranger avec le million de riches qui prétend nourrir le reste de la France ; ce million d'hommes armés, content de verser son sang pour la* patrie, ne se vante pas de la nourrir, et certes, jamais il ne souffrira qu'un million de riches gouverne les vingt-quatre autres millions qu'il tiendrait toujours sous sa dépendance.
« Vivent les vingt-quatre millions/ » s'écrie-t-on soudain de toutes les parties de la salle.
La Société renvoie aux trois Comités de salut public, de sûreté générale et de législation des notes présentées par le citoyen Lefranc ' sur la situation des départements de l'Aisne, de la Seine, de la Marne, etc., relativement aux subsistances et aux manœuvres sans nombre qu'emploie l'aristocratie pour corrompre l'esprit public.
1. Ou lit dans les Annales patriotiques, supplément au n" 032 : « Au moment où Garnie)- s'écrie que 30 Montagnards triompheront de 30,000 scélérats : « Oui ! « oui ! s'écrient les tribunes. Aussitôt un Jacobin se lève brusquement de dessus « les bancs, s'élance à la tribune, prend Garnier dans ses bras, le serre très étroi- « tement, l'embrasse, et puis, levant ses bras et son chapeau en l'air, il s'écrie : « Oui I Oui ! Le peuple sera du parti des Jacobins ! » Alors les cris de Vive les Jacobins ! Vive la Montaqne '. se répètent dans toute la salle. »
2. Discours prononcé par Garnier {de Saintes) à la Société des Jacobins de Paris, le 1" vendémiaire an III de la République une et indivisible. Imprimerie G.-F. Galetti, s. d., in-S" de 8 p. — Bibl. nat., Lb 40/791. — La date que le titre attribue à ce discours est inexacte, puisqu'il a été prononcé le cinquième jour des sans-culottides de l'an IIL Mais la rédaction définitive n'en fut adoptée par la Société qu'à la fin de la séance du l" vendémiaire.
3. « Le même orateur ajoute qu'il a pensé être martyrisé à coups de pierres, le jour de la N. D. de septembre pour avoir essaj'é d'empêcher les villageois de Seine-et-Marne d'aller à la messe et à vêpres ; il a été poursuivi et forcé de se cacher au moment où il s'efforçait de les rassembler dans le temple de la Raison, pour prêcher sur les fêtes décadaires. » Annales patriotiques, supplément au n» 632 du 4 vendémiaire an III.
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SÉANCE DU l^-- VENDÉMIAIRE AN III (23 SEPTEMBRE 1794 ) »
PRÉSIDENCE DE BASSAL
[Lecture de la correspondance. — Un membre demande que la Société n'envoie pas sa dernière adresse à la Société de Tulle, attendu que celle Société est « dirigée en ce moment par le nommé Bardon, ex-législateur, qui a voté en faveur des La Fayette, des Bertrand ». — Raisson réplique que, dans les circonstances présentes, les Jacobins ne sauraient agir avec trop de prudence, et il fait décider que la correspondance avec la Société de Tulle ne sera pas suspendue. Il rappelle ensuite que la Société a accueilli plusieurs pétitions en faveur de citoyens injustement détenus, notamment en faveur de Clémence et Marchand, faussement accusés d'avoir voulu arrêter, dans la nuit du 9 au 10 thermidor, un bataillon qui volait à la défense de la Convention. Raisson lit une lettre de la Société de Luzarches, qui atteste le civisme de Clémence et de Marchand. — Loys donne lecture d'une délibération du district de Scnlis, dans le même sens; il ajoute qu'il a communiqué cette pièce au représentant Faure. — Montant déclare que l'imputation faite à Marchand, d'avoir essayé d'arrêter un bataillon qui se portait au secours de la Convention dans la nuit du 9 au 10 thermidor, est une calomnie.]
La Société, après quelques autres témoignages rendus en faveur de ces deux citoyens, arrête que des défenseurs officieux, auxquels elle adjoint Montant, se transporteront au Comité de sûreté générale.
Plusieurs membi^es se plaignent des difficultés qu'éprouvent les patriotes incarcérés pour se faire rendre justice.
LÉONARD Bourdon. — Des individus que la Société a cru devoir exclure de son sein lui déclarent une guerre à mort; mais combien la Société n'est-elle pas supérieure à ses ennemis ! Et quels sont-ils, ces fameux coryphées du modérantisme et de l'aristocratie ? Apprécions leur tactique, examinons leurs moyens. . .
On est venu à cette tribune pour réclamer la liberté indéfinie de la presse ; je vous avoue franchement que je n'ai vu dans ceux qui faisaient cette demande que des trompeurs ou des trompés. Est-ce donc sous un gouvernement révolutionnaire, quand les lois de ce gouvernement la restreignent, que peut exister cette liberté indéfinie ?
Une multitude de pamphlets contre-révolutionnaires, plus dégoû- • tants les uns que les autres, infectent en ce moment l'esprit public.
1. Nous donnons cette séance d'après le Journal de la Montagne.
ii02 SOCIKTÉ DES JACOBINS [23 ski'tkmiiuk I7U4]
Les Sociétés populaires, qui se sont élevées à côté du trône, sont parvenues à le renverser : de là cette haine invétérée que n'ont cessé de nourrir et d'exaspérer contre elles les parti*:ans rie la tyrannie ; mais rassurons-nous: il ne nous sera pas plus difficile de vaincre les continuateurs des Brissot et (Jorsas que ces trop coupables iibellistes eux-mêmes.
Quelques prétendus publicistes, voulant sans doute faire preuve d'esprit et d'érudition, ont avancé que les Jacobins étaient en France ce qu'est la Chambre haute en Angleterre ; mais sans faire attention à la niaiserie de cette comparaison, qui ne s'aperçoit pas d'abord de sa fausseté? La Société d(;s Jacobins, ainsi que les autres Sociétés populaires, n'a été instituée que pour discuter les grands objets du bonheur et du salut public, et pour surveiller tous les abus qui s'introduisent dans le gouvernement. Elle ne fait pas les lois, mais elle prépare, elle mûrit l'opinion que doit prendre et conserver le peuple sur les principes que le corps législatif consacre par ses décrets.
[Ici l'orateur se phiint que les malvcillanls aient essayé d'cinpèclier Jiier la translatiou des cendres de Marat au Panthéon et que ce beau jour ait été « souillé par la motion scandaleuse de mettre les scellés sur les Archives des Jacobins m.
Il réfute les calonuiies répandues sur les opérations qui se faisaient au pare de Meudon. La surveillance étroite qu'on exerçait autour de ce parc s'explique par ce lait qu'il était l'entrepôt de toutes les inventions utiles au salut de la République. L'orateur continue ainsi :]
Vous vous plaignez, citoyens, que les patriotes aient plus de peine à obtenir justice que les aristocrates : la raison en est simple.
Après la mort de Robespierre, ceux qui avaient du crédit et des connaissances ont eu plus de facilité pour faire solliciter leur élargissement que de pauvres sans-culottes, qui n'ont pour tout appui que leurs femmes et leurs enfants.
Ainsi les dépositaires de l'autorité pubhque se sont vus entourés d'hommes qui ont sollicité la mise en liberté de leurs amis. 11 est arrivé que ces élargis ont employé tous les moyens qui étaient en leur pouvoir pour faire arrêter ceux qu'ils soupçonnaient d'avoir pris part à leur arrestation.
[L'orateur rappelle que la Convention a approuvé la dernière démarche (|ue les Jacobins ont faite auprès d'elle à ce sujet.]
Le moyen d'éviter les pièges qui nous sont tendus, c'est de faire notre grand ordre du jour des objets soumis à la discussion de la Convention. C'est en observant la même règle de conduite que nous
avons constamment ailoptée et suivie depuis 89, que nous confondrons nos calomniateurs et terrasserons nos implacables ennemis.
Lacombe. — La cause de la longue détention des patriotes vient de ce que les défenseurs officieux, nommés par la Société pour réclamer les patriotes, ne peuvent point parvenir au Comité de sûreté générale.
Depuis un mois vous n'avez pas obtenu un seul élargissement. Vous vous rappelez qu'après la journée du 20 juin, sept juges de paix, rassemblés au cbàleau, voulaient faire le procès aux patriotes. Eh bien ! ces juges de paix sont en liberté. Je ne m'étonne pas que les patriotes soient dans les prisons, quand j'en vois sortir tous les aristocrates.
Bassal. — Rien n'est plus à l'ordre du jour que ce que nous venons d'entendre. Je vais vous en parler aussi. J'ai prié un censeur de chercher si Gouly était dans la salle pour me contredire, s'il le peut, sur les faits que je vais citer relativement au département de l'Ain'.
[Bassal se plaint que Gouly ait, ce malin, à la Convention, profilé de son absence, pour soutenir que les patriotes n'étaient pas opprimés dans le département de l'Ain. Il rappelle que l'administration de ce département a été fédéraliste, et que ces administrateurs lui ont écrit lors de sa mission pour avouer leur faute et solliciter l'indulgence. Ils devaient être arrêtés. Or, le représentant Boisset, en mission dans l'Ain, les laisse libres et fait mettre en prison 40 patriotes. Bassal continue ainsi :]
11 ne faut pas regarder la silualion du département de l'Ain comme celle d'un seul département, mais comme celle de toute la République : on doit l'attribuer à l'élargissement de tous les arist(»crates. C'est ici la lutte des patriotes contre les ennemis du peuple. Je demande que cette importante adaire soit à l'ordre de toutes les séances, et que les patriotes de toute la République soient invités à nous faire part de ce qu'ils souffrent, afin que nous puissions voler à leur secours. (On applaudit.^
[Une députailon de la section du Marché communique une lettre annonçant que le bataillon de celte section, « après trois mois de prison dans le château de .Monlaigu », s'est rendu au camp de la rivière, près de Nantes, et que, là, il a été surpris par les brigands de la Vendée, dont une troupe avait pris riiabil de la cavalerie républicaine. La Société charge le Comité dos défenseurs officieux de s'informer des motifs pour lesquels ce bataillon a été retenu trois mois au château de -Monlaigu.]