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Mills. uVo/e de iorifjinal

produit imynense et leur disposition, ne sont qu une particularité, une conséquence de Vaisance publique.

En ranimant l'activité intérieure, on travaille directement au succès du commerce extérieur; ce commerce ne consiste pas grossièrement à se défaire de ses denrées, mais dans un choix et une balance d'échanges bien entendus ; commerce qui aiderait lui-même à multiplier chez nous et pour nous-mêmes toutes ces denrées essentielles de nécessité et de consommation générale. Pour cela, il faut à l'industrie encore une longue application et de grands progrès, et faire du commerce une sorte de propriété et de droit public bien connus, accessibles et chers à tous les citoyens.

Je vous ai exposé. Messieurs, la misérable situation d'une branche de commerce que j'ai connue davantage et prouvé l'unique moyen de réparer sa décadence.D'autres réclameront également pour celles qu'ils ont cultivées. Mais qui concertera toutes les mesures d'un intérêt général ? Qui, avec la connaissance même la plus entière de l'état du commerce et des moyens de succès, pourra la mettre en action? L'individu est impuissant pour faire avancer une si grande masse. Ainsi, quand j'ai soumis au gouvernement mes observations, quand je lui ai fait apercevoir qu'en accroissant de 30 millions cette sorte de manufacture de soie brute, sur lesquels il n'y a pas moins de 25 millions de main-d'œuvre; quand, dis-je, je lui ai fait entrevoir qu'il en résulterait non seulement une prospérité stable dans toutes nos manufactures de ce genre, mais encore par la suite un entrepôt considérable de soie brute et d'organsins dans la ville de Tours, qui, de misérable et dépeuplée qu'elle est aujourd'hui, recouvrerait ainsi le rang d'une ville du premier ordre, sans prendre ce succès sur la prospérité des autres villes du royaume; enfin quand j'ai partagé les malheurs et présenté le remède, j'ai fait tout ce qui était en mes moyens, et là se termine mon action possible.

Il doit donc paraître très urgent que l'Assemblée nationale prenne en grande considération cette cause, et qu'elle s'occupe à former très prochainement une administration générale, un centre de lumières et de combinaisons dont les opinions et l'autorité ne puissent être tyranniques , mais où tous les départements, où tous les individus puissent offrir et concerter tous les moyens et les rapports d'une prospérité commune. Cette composition est très délicate : il faut qu'elle soit libre, et ne soit point confuse ; qu'elle soit puissante, et ne soit pohit arbitraire ; qu'elle soit protectrice, et soit sans prédilection. Ne faites pas succéder, Messieurs, la présomption à la présomption, et des intendants à des intendants.

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D'après ces réflexions, nous avons à souhaiter, dans la forme de cette administration de commerce et d'agriculture :

1° Qu'elle soit composée d'un certain nombre de membres qui aient eux-mêmes une profession qui les attache au commerce ou à l'agriculture; qu'ils soient électifs, et nommés pour six ans, de manière qu'il y en ait une partie de renouvelée tous les ans ;

2° Que tout mémoire qui, au premier aperçu, paraîtrait digne d'être admis, ou bien qui, pour être admis de droit, aurait besoin d'être signé et déclaré utile par plusieurs personnes de même profession que le solliciteur, fût remis à trois membres au moins, commissaires pour l'examiner; le solliciteur aurait droit de choisir deux de ces commissaires;

3° Que la loi réglât le temps de l'examen à donner aux propositions remises aux trois commissaires et l'admission du solliciteur, qui aurait droit de présence et de discussion; le délai du rapport serait également déterminé par la loi;

4° L'exposé de la demande et l'extrait des raisons du solliciteur seraient faits et signés par lui en tête du rapport ;

o° Que la décision quelconque, refus ou accession, fût motivée dans la réponse délivrée au solliciteur, et signée de ses trois commissaires.

Telles sont les bases générales à proposer, car la forme des corps administratifs fait presque en toute occasion le tort ou la vertu des hommes toujours prêts à devenir ce qui les arrange le mieux. Il faut donc que l'accès, que la sollicitation soit facile, simple, publique en quelque sorte. Songez que celui qui a travaillé avec le plus de courage, d'utilité et de persévérance, est presque toujours celui qui échoue à la porte d'un rapporteur : sa langue se glace devant sa présomption et sa légèreté ; et, sous toute espèce de despotes, il n'y a que les affranchis qui obtiennent. Épargnez donc à des hommes libres des sollicitations humiliantes; sans quoi, dès qu'un administrateur pourra à son gré congédier ou protéger, tant qu'il pourra donner arbitrairement à nos mémoires sa faveur ou son néant^ toujours sa protection sera un trafic; la corruption se reproduira dans le nouveau comme dans l'ancien régime, et le bien, pourtant si facile à faire, restera encore dans les spéculations imaginaires.

Messieurs, la dernière question est de savoir si, dans ce moment, quelque opinion que vous embrassiez sur les questions précédentes, la chose publique ne doit pas un dédommagement et des secours, comme une dette, une restitution à ceux qui, soutenant le plus longtemps qu'ils ont pu le faix de la Révolution, ont sacrifié à riiumanité sonflrante leur fortune et leur sans.

Oui, Messieurs, les malheurs de nos manufactures sont la cause publique. Laissez à l'oppression le mépris des maux individuels; sous un gouvernement sans vertu, le malheur du commerçant le plus utile est tout à sa charge, et il est mis en oubli comme une conséquence de ce qu'il est malheureux; mais c'est ainsi qu'en flétrissant d'insouciance et d'abandon le commerce de chacun de ces individus, on s'accoutume à le dédaigner en général et à le détruire sans se croire coupable de négligence et de barbarie.

On ignore les sacrifices auxquels un chef de manufacture est luimême forcé ; il faut qu'il se livre avec confiance à la branche de commerce qu'il a embrassée; les fortes avances, les crédits, les préparations de matières, les nombreuses machines anéanties dans les temps d'inoccupation, tout démontre qu'il est hors de son pouvoir de répondre des événements. S'il n'était que malheureux et dépouillé, il resterait dans le silence ; mais ses maux ne sont pas terminés à sa ruine, et, je le répète, est-ce au moment où vous cherchez à rendre aux mœurs et à la fidélité des engagements tout leur empire que vous pouvez abandonner à la mort civile ceux qui ont rempli les plus saints devoirs de la république?

On doit à sa patrie son bien et son sang, on les lui doit même sans dédommagement; mais ici ce n'est plus un sacrifice : ici, c'est l'innocent qui crie sous le glaive de la loi ; ce n'est plus l'homme malheureux, c'est l'honnête homme puni, et ils sont en grand nombre; ils sont en droit, Messieurs, de déposer dans votre sein leur honneur comme leur propriété dernière et la plus sacrée ; en périssant, ils sont en droit de le mettre sous votre sauvegarde ; ils ont tout sacrifié à leurs concitoyens, à l'humanité; ils ont rempli leurs engagements envers la patrie, et la patrie doit à leur probité et à leur persévérance de leur rendre une réputation sans tache.

Un plus grand intérêt encore se joint à ce grand intérêt; l'innombrable multitude d'ouvriers désœuvrés est telle que, dans la plupart de nos départements, un quart, un tiers de la population est réduit à subsister d'aumônes. Je puis citer Tours, qui ne contient plus que dix-sept mille' habitants, dont plus de huit mille sont inscrits pour vivre de charités. On a fait mention de plusieurs autres exemples à l'Assemblée nationale, et elle à eu à cœur d'y remédier. Mais quels sont, quels seront ces secours? Vous en reposerez-vous sur la distribution faite aux départements de sommes disproportionnées avec

1. En 1686, Tours avait 7o,00Û habitants; 2o,0Û0 il y a dix ans; aujourd'hui n,000. [Noie de l'original.)

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les besoins? Sur ces travaux de charité, pernicieux même en ce qu'ils dispersent et déforment des ouvriers qui seront perdus pour les manufactures? Vous avez décrété un secours de quinze millions destiné à ces travaux, mais un secours insuffisant a ce très grand inconvénient que, ne répondant qu'à une très faible partie des besoins, ils auront cependant tranquillisé notre sollicitude sur cette détresse effrayante qui, subsistant malgré cela toujours, semblerait une calamité nouvelle et une source de difficultés irrémédiables. Chez nos voisins, rimp(H annuel pour la mendicité surpasse quatre-vingts millions; certes, nous n^imiterons pas FAngleterre dans ce qu'elle a de plus défectueux. Heureusement, en France, la mendicité n'est pas une profession, elle n'y sera que passagère; mais une contribution aussi considérable et annuelle de quatre-vingts millions votés en Angleterre pour le soulagement de l'indigence témoigne assez ce que l'on doit aux malheureux. Combien ne devons-nous pas nous-mêmes nous hâter de leur porter les secours les plus prompts et les plus positifs? C'est là une des conditions, un des actes les plus obligatoires de cette confédération solennelle qui a proclamé l'égalité, égalité qui est loin d'isoler les intérêts, annonce au contraire un sentiment profond de compassion et de fraternité. Ainsi, parles quinze millions dernièrement décrétés, l'Assemblée nationale a bien pourvu aux besoins d'une classe très apparente d'ouvriers, une classe très distincte des moins laborieux (c'est une vérité), et des plus immoraux, toujours prêts à quitter leur état, toujours, au premier prétexte, se trouvant rassemblés, flottants, partout inconnus et partout dangereux, n'ayant d'intelligence et de courage que pour briser, détruire, interrompre l'ordre public, fatiguant les yeux, excitant la peur encore plus que la pitié. Mais il est une autre classe d'ouvriers bien autrement importante, et que vous n'apercevez pas, dont le courage, appliqué à tous les moments de leur vie, est joint à une grande probité; une multitude immense d'ouvriers que leur honnêteté et leurs mœurs préservent du vagabondage, attachés, périssant dans leurs foyers. J'ai vu de près, Messieurs, j'ai vu les ravages du besoin et du dénûment absolu; la misère n'est pas une maladie, ce sont toutes les maladies, et nul objet plus digne de nos délibérations ne doit passer avant celui qui doit mettre un terme à cette inoccupation meurtrière. Relativement donc à cette classe d'ouvriers précieux sous toutes sortes de rapports, je me résume et me renferme dans la première demande que j'ai faite d'un secours déterminé provisoirement en prêts aux manufactures. Nous osons croire, lorsque l'Assemblée nationale a décrété en secours extraordinaires, et le quart des re-

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venus, et les autres secours qui ont suivi, et quatre cents millions d'assignats, et cinq cents autres millions pour acquitter religieusement les dettes causées par les anciennes profusions, nous croyons, dis-je, que les manufactures presque anéanties et la moitié de la population ne réclameront pas vainement une si faible partie de cette somme immense. Ne perdez pas de vue que les fonds que vous leur destinerez ne seront pas une dépense morte; qu'ils reviendront régulièrement, par leur emploi même, en nouveaux secours; qu'ils rentreront en des temps marqués, et formeront une caisse ouverte constamment aux besoins les plus urgents du commerce; que, répondant enfin à toutes sortes de vues morales, vous aiderez en même temps à faire revivre la pudeur des intérêts, la confiance et l'exactitude.

Pour démontrer mieux encore la convenance d'une telle application dans les secours publics, supposons ici la caisse susdite des secours déterminée à 30 millions, et ces 30 millions distribués en prêts à 300 manufactures qui, chacune, occupent 1,000 personnes : vous aurez secouru 300,000 individus; ces ouvriers, rétablis dans l'exercice lucratif de leurs professions, véritablement dans leur entière propriété, rendront eux-mêmes l'activité à une autre multitude d'ouvriers de toutes espèces, et le mouvement à toutes les consommations. Si au contraire vous voulez pourvoir à la subsistance de 300,000 ouvriers en travaux de charité à 10 sols par jour, il vous en coûtera 30 millions en huit mois pour les entretenir en état de misère, et avoir encore au bout de ces huit mois cette multitude d'ouvriers sans métier, déformés de tous métiers, et dans une situation encore plus déplorable qu'ils n'étaient. Messieurs, ceci est exact; par exemple, parmi le grand nombre d'ouvriers que nous occupions, la majeure partie gagnait de 45 sols à 3 livres etjusqu'à 4 livres par jour, les autres de 20 à 25 sols; tombés tous également dans une inaction totale, ou réduits à des travaux intermittents de charité où le meilleur ouvrier, le père de famille, gagne 8 à 10 sols qu'il va chercher à deux lieues, épuisés de fatigues, de besoin, de chagrin, ils sont sortis en quelque sorte du cercle accoutumé de toutes les relations sociales, et ont glacé par leur misère tout ce qui correspondait avec eux; de sorte qu'un malheureux ne se rencontre pas qu'il n'y ait forcément une foule de malheureux. Aussi combien le retour de l'action et de la prospérité sera prompt avec les moindres secours appliqués selon la nature même des rapports qui lient tous les hommes! Daignez vous pénétrer de cette vérité que, pour l'ouvrier, les aumônes ne sont pas un secours, et que vous ne pouvez offrir à sa reconnaissance que le retour de ses travaux.

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C'est donc par les manufactures seules que vous pouvez répandre le plus généralement et le plus sûrement les secours, et que vous répondrez au double objet de nos réclamations, de conserver l'honneur de riionnéte homme et la vie de l'ouvrier. La sévérité, la probité des principes de l'Assemblée nationale lui imposent elles-mêmes cet acte de justice autant que de bienfaisance.

Permettez-moi, Messieurs, de vous rappeler les trois questions qui font l'objet de ce mémoire :

1° Doit-on en général porter des secours au commerce? Et, ce point décidé, quels doivent être ces secours?

2" Y aura-t-il une administration générale pour le commerce? Et quelle sera sa composition?

3" Dans cette époque d'une régénération si désirable, mais douloureuse, les citoyens les plus utiles seront-ils abandonnés et punis? Et laissera-t-on succomber avec eux dans l'abime de leur destruction des multitudes d'ouvriers sans pain et sans travail? Ou se déterminera-t-on à les préserver en commun de tant de malheurs, par une avance déterminée à 3 p. 100 aux manufactures?

Lu à rassemblée des Amis de la constitution, séante aux Jacobins, et hnpriiné par son ordre, le 1^ janvier 1791.

d'après le duc de CHARTRES'

23 janvier. — Dîné jeudi ^ à Monceaux ; il y faisait une chaleur horrible, occasionnée par des tuyaux de chaleur. J'avais un très grand mal de tète. En sortant pour aller aux Jacobins, au comité de présentation, je fus saisi par le froid; j'endossai MM. Galand, Topin et Gaspard Fontaine, dont le patriotisme m'était certifié par M. Lebrun...

[Même séance d'après YOrafeur du peuple, IV, 234 5].

Dans une des dernières séances du Club de Jacobins, tous les Amis

1. Co)'?'esponfl(()ire de Loia.s-I'hilippc-.Josepfi d'Orléans, p. 24o.

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