Tome II
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sur les moyens d'y remédier. Voici l'abrégé de ces observations :
1° Que le royaume, employant pour 30 millions de soie et n'en recueillant que pour 1-2, était obligé d'en tirer de l'Italie, presqu'en totalité pour 24 millions à peu prés ;
2° Que ces 24 millions de soie l)rute sont une matière toute manufacturée, puisque dans la soie brute sans aucun apprêt, dont le prix est de 20 livres à peu près, telles sont les valeurs constituantes :
Le sol pour mûriers, de 4 livres à 5 livres.
Les diverses mains-d'œuvre pour éducation des vers, filature, gain du cultivateur 13 livres.
Total 20 livres.
Que sur 11 à 12 millions de soie apprêtée, nommée organsin, que nous fournit le Piémont, la main-d'œuvre est encore plus considérable; le prix de cette soie est de 30 livres.
Le sol pour mûriers 3 livres.
Main-d'œuvre pour la soie brute lo livres.
Main-d'œuvre jusqu'à la soie organsinée 10 livres.
Total 30 livres.
Dans lesquelles 30 livres la main-d'œuvre entre pour o sixièmes, et la matière première, l'extraction du sol n'entrent que pour un sixième dans cette valeur.
Achevons ce calcul. Le mélange de la soie est tel que le prix moyen de ces matières que nous tirons de l'Italie est de 23 livres, et elles comportent alors 20 livres do main-d'œuvre. De là à ce qu'elles soient toutes manufacturées, les 10 onces se réduisent, par la coction, à 12 onces, et le prix moyen des étoffes simples et riches ne passe pas 43 livres les 12 onces; il en résulte que la hvre de soie de 23 livres parvient, chargée de toutes les autres façons, jusques à 43 livres. C'est 20 livres encore pour tous ces travaux; or, la main-d'œuvre sur la soie brute est aussi de 20 livres au terme moyen : la soie brute est donc un objet de manufacture aussi avantageux que la fabrication; encore n'est-il pas sujet aux échecs de la concurrence, du luxe et de la mode; et le Piémont a si bien senti cela qu'il n'a point été jaloux d'élever des manufactures, mais bien de la perfection et du débit de ses organsins.
3° Le mémoire représentait que cette main-d'œuvre, cette sorte de manufacture de soie brute, possède encore un avantage précieux et rare d'être éparse dans les campagnes, à la différence de presque toutes les autres, qui ne répandent les richesses que dans les villes;
de plus, que ce travail a lieu dans le teuips où les campagnes n'ont pas d'autres travaux ;
4° Que la soie des provinces oi!i l'on pouvait se proposer de répandre cette culture au degré sufTisant, telles que la Touraine et quelques autres, était la plus belle soie de l'Europe; qu'il ne s'agissait que d'un surcroît de 25 à 30 millions de récolte en soie ; qu'on ne s'apercevrait pas qu'aucune autre culture eût été forcée de céder la place à cette nouvelle branche; que l'on savait au contraire que, plus la campagne est riche, plus elle se couvre de productions.
Ce mémoire se terminait enfin par conclure qu'il fallait donc attacher au sol même le succès de nos manufactures; que ce serait non seulement leur assurer une prospérité durable, mais encore doubler leur étendue réelle; qu'il fallait diriger ses efforts vers ce point de vue d'avoir au moins assez de soie pour notre consommation ; et, en conséquence, calculant quels en étaient les moyens, l'espace de vingt années paraissait suffisant pour y parvenir, avec une dépense de 90,000 livres par an. Ce mémoire s'appuyait encore sur ce que, n'étant plus d'États en Europe qui n'eussent des manufactures en soie, les étoffes étrangères rivalisaient chez nous-mêmes avec nos propres manufactures, sans qu'il y eût même disette réelle, et c'est ce qui est effectivement arrivé. Il y a quatre ans que, ne trouvant plus d'organsins en Italie, et le peu de ballots qui restaient en France étant enfermés dans les magasins de deux ou trois capitalistes , cette soie monta subitement de 30 à 48 livres la livre, cherté qui fit écrouler toutes nos manufactures en ce genre, qui, depuis, n'ont pas été rétablies, et ont laissé à celles de tous nos voisins le temps de se fortifier et de prospérer; sans compter que depuis ce temps encore la perte sur le change a rendu les soies d'Italie de 12 à 15 p. 100 plus chères pour nous que pour les étrangers.
Ces détails. Messieurs, contiennent un exposé assez complet de la situation de nos manufactures en ce genre et des causes de leur décadence ; ils éclaircissent ce chaos d'incertitudes et de difficultés dans lequel se perdaient nos administrateurs du commerce, maîtres des requêtes. Enfin, ces détails font apercevoir par quelles opérations directes et faciles on peut rendre la prospérité à cette branche d'une consommation indispensable.
Si nous portions la même analyse sur les autres parties, sur les laines principalement; si, sans même présenter l'étroite liaison que les troupeaux ont avec l'agriculture, l'utilité des engrais, la condition améliorée du cultivateur, l'occupation des femmes et des enfants, nous nous bornions simplement à estimer le prix de la main-d'œuvre
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qui entre dans la laine brute, telle que nous la tirons de l'étranger, nous trouverions qu'elle monte à plus des trois quarts de sa valeur. Si ensuite nous cherchions pourquoi, par exemple, en Angleterre l'affermage des terres est de beaucoup plus cher qu'en France, et cependant les laines y sont de beaucoup meilleur marché (ce qui prouve encore mieux que l'extraction du sol n'entre pas pour le quart dans la valeur de la laine brute) ; si nous considérions par quels moyens s'y éleva en si peu de temps ce commerce immense de laines manufacturées, dont l'opulence et l'étendue, selon l'expression d'un de leurs auteurs \ ont rendu les Anglais arbitres du pouvoir en Europe; si, jetant les yeux sur le développement de cette branche, vous voyiez tous les pays autour de nous, excepté l'Italie encore , se couvrir de troupeaux et d'excellentes laines; si vous les suiviez dans les marais de la Hollande, desséchés et couverts de troupeaux ; si vous voyiez la Suède échouer d'abord dans ses essais, sous Christine, en regarder la tentative comme chimérique, la tenter de nouveau un siècle après et y réussir; si enfin, après avoir vu des troupeaux et de belles laines partout, jusque dans les terres glacées du Jutland et du Danemark, de là vous reportez les yeux sur la belle région de la France presque déserte encore de troupeaux , et n'observez dans ceux qu'on y rencontre que saleté, négligence, abâtardissement, et cependant entendez pronostiquer que son climat ne leur sera jamais propre, et tout ce protocole de réponses négatives et désespérantes dont on a tant de fois accablé le zèle et lintelligence, certes vous éprouverez quelque indignation d'être encore si loin des progrès qui nous appartenaient dans ces grands moyens de population et de richesses, et vous appliquerez votre génie et vos forces à réparer les malheurs causés par tant d'ignorance et de découragement.
Nous pourrions faire de pareilles observations sur presque toutes les parties du commerce, sur les filatures et les ouvrages de coton, de lin et autres matières, enfin sur les innombrables travaux qui ont lieu avec les terres et les minéraux. Mais, que dis-je? si, suivant ainsi tous les éléments de l'activité publique dans le grand système qu'elle compose, nous examinions la liaison de ces principes avec le bien-être moral et politique des peuples c'est alors que, remplis de plus en plus de respect et de reconnaissance, nous tournerions de ce côté tous nos efforts et nos combinaisons, au lieu de les épuiser quelquefois en expédients de finances, qui, je le répète, dans leur