AVIS AUX FRANÇAIS SUR LES CLUBS
I s. I. II. il., in-8 de ."JS pages.)
[Mars I79L]
Réveillez-vous, Français, il n'est plus temps de dissimuler. Tous êtes avilis et dégradés par une honteuse sécurité ; ayez le noble courage de secouer le joug de votre nouvelle constitution. De jour en jour le danger s'accroît, vos malheurs se multiplient. Des ti-oupes nomhreuses de conjurés vous entourent; ils ont enchaîné votre énergie. Le voile qui vous cache la vérité devient de plus en plus impénétrable. Bientôt vous n'aurez plus de ressources ; bientôt les remèdes seront l»lus affreux que les maux. Bientôt vos mandataires vous auront plongés dans l'abîme qu'ils ont entr'ouvert sous vos pas, et qu'ils n'ont dérobé à vos yeux qu'à l'aide de l'édihce le plus frêle et le moins assuré.
Ce n'était pas assez pour vos systématiques députés de s'être écartés de la route que vos cahiers leur avaient tracée; il ne leur suffisait [)us encore d'avoir envahi toute autorité, il leur était réservé d'anéantir tous les i)Ouvoirs. 11 est même douteux que, dans ces temps de li'ouble et d'anarchie, l'Assemblée nationale ait un pouvoir, ait une autorité : car je ne puis accorder le pouvoir et l'autorité à une puissance despotique qui ne s'est arrogé le droit de commander que pour commettre le mal avec plus de sûreté, et qui ne fait des lois que pour arriver avec impunité et sans obstacle à l'exécution de ses desseins criminels. Autrefois vous aviez un roi; votre amour et votre fidélité [tour lui étaient son égide. Votre exemple était imité chez les peuples voisins, et ils s'en autorisaient pour honorer leurs monarques. Aujourd'hui que l'Assemblée nationale vous a éclairés, elle vous a dit que l'autorité de votre roi n'était qu'un préjugé, qu'un être fantastique qui vous tenait asservis depuis quatorze cents ans, et elle vous a appris à briser un lien qui faisait votre bonheur. Tout en déclarant que le gouvernement français est un État monarchique', elle lui enlève la
1. Art. 2 de la constitution. (Noie de l'uitleuv du ])a)tiphlel.) Gel article 2 du décret du 1'^''-^ octobre 1789 est ainsi conçu : «. Le gouvernement français est
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dénomination sous laquelle il avait toujours été reconnu depuis son origine : la France n'est plus un royaume, elle est devenue un gouvernement, comme si c'était une honte pour les Français du dix-huitième siècle de déclarer [sic] leur gouvernement du nom qui toujours avait fait sa gloire.
Encore si, dans les transports de leur amour pour la nouveauté, vos députés eussent laissé à votre roi Tantique autorité que vous saviez respecter en lui, les bons Français trouveraient dans un prochain retour du calme la consolation des maux qui vous affligent; mais vos députés, jaloux de toute autorité, ont ravi à votre monarque le pouvoir, dont il ne s'était jamais servi que pour faire le bien, et, au mépris de vos volontés, écrites en caractères indélébiles dans vos cahiers, ils Font dépouillé de toute souveraineté, pour se revêtir eux-mêmes des autorités que vous reconnaissiez en lui, et que vous affermissiez encore davantage. Yotre roi désormais ne sera plus qu'une ombre de roi , un vain ornement du trône , trop heureux encore d'être chargé par les illustres représentants de la nation d'envoyer leurs décrets répandre le trouble et la désolation par toute la France, après les avoir munis humblement de sa signature. N'espérez pas, vertueux Français, que votre roi rentre dans l'exercice de ses droits , l'Assemblée nationale s'est déclarée permanente^ c'est-à-dire éternelle. Pouvait-elle jamais mieux flatter l'ambition des démagogues, des républicains et de toutes les sectes politiques? Qui d'entre eux ne se croit pas déjà appelé à la prochaine législature? Les candidats politiques déjà se croient élevés à la tribune comme les Mirabeau, les Petion, les Robespierre, les Barnave, les Chapelier; déjà ils se disputent à qui sera l'apôtre de la démagogie ou du répubhcisme (sic); déjà le fauteuil présidentiel brille à leurs yeux. Leurs tètes exallées enfantent de nouveaux projets, nous préparent de nouveaux désastres. Des sociétés se forment où ces modernes législateurs font l'essai de leurs talents; de toutes parts on érige des clubs ; des Amis de la constitution se répandent en tous lieux. L'erreur se propage; les grandes villes ont érigé comme un trophée à la Révolution, en permettant dans leur sein l'établissement de ces Sociétés des amis de la constitutions
Leur exemple est imité dans les cités du moyen ordre, et, dans les petites villes, des citoyens imbéciles se rangent sous le drapeau d'un
monai'chique. Il uy a point en France d'aiitoiilé supr-rieurc à la loi; le roi ne rè^ne que par elle, cl ce n'est qu'en vertu de la lui qu'il peut exiger Tobéissancc. »
1. Art. 4 (le la constitution : « L'Assemblée nationale sera permanente. »