MARS 1791 1 AVIS AUX FRANÇAIS SLR LES CLIBS
chef fanatique. La fureur des clubs a gagné toutes les classes, tous les âges et tous les sexes. Dans certaines villes les artisans s'arrachent à leurs travaux pour déraisonner dans les clubs; dans d'autres les jeunes gens se rassemblent entre eux'; dans d'autres encore on voit des jeunes filles sacrifier à la fureur du jour^. Ailleurs les femmes elles-mêmes forment des clubs où elles apprennent à leurs enfants à encenser la nouvelle idule du l'anatisme. Enfin on assure que, môme dans les campagnes, les rustiques cultivateurs transforment leurs veillées en Sociétés patriotiques, et que le magister, réunissant inconstitutionnellement les pouvoirs incompatibles de président et de secrétaire, tient école d'anarchie. Ces sociétés sont alfiliées à la grande Société de Paris, dite Club des Jacobins. C'est le centre où viennent se réunir toutes ces sociétés bâtardes que ce club fameux, semblable à une mère sensible et bienfaisante, accueille avec bénignité, réchauffe en son sein, alimente de l'amour de la patrie, encourage et excite à coopérer au grand œuvre de la régénération. C'est de là que partent toutes ces lettres d'atfdiation, reçues par ces petites sociétés avec une vénération singulière, un profond respect et des transports de joie inexprimables. Mais ces clubs sont-ils constitutionnels? Leur utihté est-elle reconnue? Quel est leur but? Ne serait-il pas plus avantageux de les proscrire? Ces questions sont importantes; leur examen est essentiel. Français, il faut enfin vous le dire : sous le prétexte de la liberté on vous enchaîne, et vos fers déjà sont plus pesants que les liens de douceur que vos législateurs ont nommés improprement vos fers, qu'ils vous ont dit de briser, et que, dans votre frénésie, vous avez rompus avec éclat et de mille manières différentes.
A'otre constitution, soit ancienne, soit nouvelle, ne permet point l'établissement de ces clubs; toutes vos lois contrarient leur institution ; le bon sens et la raison vous disent qu'ils ne doivent pas exister. Mais voyons quelle est leur origine.
1. Auch, Béziers, Nancj-, etc. {yole de l'auteitr du pampJdel.)
2. A Alais, il existe un club de jeuocs demoiselles. {Note de l'auteur du pamphlet.) On lit dans la Chronique de Paris du 2 janvier 1790 : « Vingt-deux jeunes citoyennes ont formé une société patriotique à Givrai en Poitou. M^'e Rose Pressac de la Chesnaye est secrétaire de cette société. » Et, dans les Annales patriotiques du n mars 1791, sous la rubrique : Club aristocratique de vieilles dévotes de village : « Où diable va se nicher l'esprit de faction? Dix ou douze vieilles femmes, suffisamment édcntées, ne se sont-elles pas avisées de former dans le village de Couches, près Ghagny (dans la ci-devant Bourgogne), un Glub présidé par monsieur le curé, où, après avoir fait un sabbat infernal avec les chicots qui leur restent à la mâchoire, elles se séparent pour se répandre ensuite dans les villages voisins et y porter leur babil menteur, anticivique et factieux, aux oreilles des bonnes mères de famille des campagnes, afin de les exciter contre les décrets sacrés de l'auguste Assemblée nationale I... »
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Comme les Français sont imitateurs, et rarement originaux, ils ont emprunté des Anglais l'idée des clubs. Chez, ces peuples, les clubs ou sociétés sont fort anciens; mais, depuis leur établissement, ils ont été soumis aux lois du cbangement, et, sous l'espérance de [dus de pei'fection, la suite des temps nous les a transmis tels qu'ils existent aujourd'hui. Les clubs, nommés aussi coteries ou sociétés, appartiennent au génie de la nation.
Il n'en est pas de même chez les Français.
On ne peut guère fixer à une époque certaine l'introduction ou plutôt l'origine de ces sociétés en France. Tout ce que l'on peut dire, c'est que, depuis vingt ans, elles se sont singulièrement multipliées. Connus d'abord sous le nom de sociétés, les clubs avaient pour objet l'amusement. On se rassemblait pour jouir des agréments de la conversation; quelques nouvelles publiques en étaient l'aliment; de vieilles anecdotes ou quelque journal littéraire remplissaient le reste de la séance. Bientôt l'oisiveté fit introduire le jeu; il devint une ressource contre l'ennui. Peu à peu les hommes abandonnèrent la société des femmes et s'isolèrent entre eux, sous le frivole prétexte de jouir d'une plus grande liberté. On peut reporter à cette ép(>([ue la dégénérescence de nos mœurs. Jusque-là, les hommes apportaient dans leur commerce cette aménité de mœurs, cette amabilité de caractère, cette douceur de sentiment, cette pureté de principes, qu'ils puisaient auprès des femmes; mais, lorsqu'ils ont eu poussé le génie de l'imitation jusqu'à s'en séparer comme les Anglais, toutes ces différentes vertus sociales ont fait place à une rudesse de caractère qu'on est convenu d'appeler énergie. Alors on a nommé faiblesse ce qu'auparavant on nommait bonté d'àme; les projets hardis et inexécutables ont pris le nom de patriotisme ; la langue s'est enrichie de mots insignifiants, auxquels on a accordé une certaine valeur pour cacher la faiblesse de leur sens; enfin, les Français se sont donné un nouveau caractère. On a voulu encourager les arts ; de nouvelles sociétés se sont érigées pour les favoriser. Les sciences ont paru trop resserrées, les lumières n'étaient pas assez propagées : les académies se sont multipliées pour les étendre. Le philosophisme, qui n'osait pas encore se démasquer, s'est glissé dans ces différents corps. Les sectateurs les plus ardents s'y sont introduits, et, quand ils ont été en assez grand nombre, l'explosion s'est faite ; les prétendus philosophes n'ont plus craint de se montrer; ils ont fait des prosélytes, et, dès que leur parti a été bien affermi, ils ont lancé dans le public ces brochures meurtrières, ces écrits incendiaires dont les ravages sont si sensibles aujourd'hui. De toutes parts la voix de l'erreur s'est fait entendre, et l'opinion publi-
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que, qui autrefois ne parlait que le langage de la vertu, n"a jjIus été que l'écho de tous les vices. Ces sociétés se sont érigées les protectrices de l'humanité. Elles ont proposé des questions morales, traité d'erreurs ce qui n'était que le fruit de l'expérience, et, prétextant de déraciner des préjugés antiques, elles ont introduit cette licence d'opinion dont les Français sont aujourd'hui les victimes.
C'est en vain que plusieurs fois le ministère essaya de sévir contre ces novateurs; une défaite leur préparait un triomphe. Le mot d'humanité, placé toujours à propos dans leur houche impure, était le signal du ralliement. Vous les avez vus, fiers et astucieux, s'ériger en Musées, se composer en Lycées, à l'instar des anciens Grecs. Comme tous les moyens leur étaient égaux, ils ont appelé à leur secours les secrets de cette jonglerie connue sous le nom de maçonnerie. La loge des Neuf-Sœurs s'est distinguée parmi les autres; on se souvient encore des fêtes funèbres qu'elle dédia aux mânes de Voltaire. Les femmes ont été alors admises en ces musées et ces autres sociétés, parce que l'on connaissait leur influence et qu'une fois qu'elles auraient été séduites, l'opinion publique serait plus aisée à diriger, et que l'on parviendrait beaucoup plus aisément au but que l'on se proposait. Malheureusement, les philosophes ne se sont point trompés. L'opinion publique a été subjuguée par toutes ces sociétés, et, pour être encore mieux assimilés aux Anglais, les Français ont formé les clubs. Ces monstrueuses sociétés ne pouvaient naître sous de plus favorables auspices. Les finances paraissaient être dans un état affreux de délabrement. Louis XVI avait convoqué l'Assemblée des notables. Alors tous les prétendus amis de l'humanité, tous ces clubistes, tous ces philosophes effrénés, s'emparèrent de toutes les presses. Dans le même moment on fut inondé de pamphlets satiriques, d'écrits politiques, de projets de réforme; on vit éclore des systèmes absurdes et impraticables, et, comme tout semblait permis, on enfanta jusqu'à des brochures luxurieuses dans lesquelles on gratifiait des plus scandaleuses aventures les personnes les plus chéries des Français. Tout fut reçu et lu avec la inéme avidité; le venin se glissa dans tous les cœurs avec une rapidité inconcevable. Les Français se crurent éclairés dès qu'ils surent qu'il y avait des abus, et les remèdes furent préparés même avant d'avoir vu les plaies. Tous devinrent législateurs. Le ministère fut odieux à tous les écrivains. Le cri de la réforme frappa les airs. La populace s'enflamma. On essaya de la soulever, mais elle n'avait pas encore été payée pour s'abreuver du sang des Français. Les novateurs furent forcés de mettre vm frein à leur rage ; ils se contentèrent de séduire les esprits; ils persuadèrent au peuple français
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que son roi était un despote; la reine devint l'objet de leurs calomnies; les princes et les ministres furent à leurs yeux transformés en des tyrans ; la religion et les ecclésiastiques furent accablés de mépris; et , pour sceller toutes ces horreurs , on demanda que les États généraux fussent assemblés. Le ministère, alors frappé de ces abus et de ces désastres, essaya de leur opposer sa Aigilance ; mais le mal était fait, et il était sans remède.
Deux ministres ' crurent que la force ferait ce que la raison n'avait pu opérer : ils firent fermer les clubs, avec des défenses très expresses aux membres de se réunir sans une permission de la police; mais ces précautions furent impuissantes. La liberté de la presse s'introduisit, et avec elle un déluge de maux. La convocation des États permit cette liberté. On ne voit plus que Vœux du peuple, de la noblesse, du clergé, du tiers état, Avis aux Français, Réclamations, Pétitions, etc. Alors la licence s"arma de toutes parts; les clubs se rouvrirent; M. Necker les protégea, le duc d'Orléans donna un asile à plusieurs ^ et le Palais- Royal devint le foyer d'où partirent toutes les étincelles qui ont incendié la France. Je ne rappellerai ni les motions ni leurs auteurs, je craindrais de souiller ma plume. Il suffit de dire que tout ce que Paris renfermait de plus vil 5 s'empara de l'autorité. On vit s'élever4 le Club des Impartiaux; mais, l'Assemblée nationale s'étant constituée à Paris,, plusieurs de ses membres formèrent ce fameux Club des Jacobins qui a donné naissance à tous les autres. Telle est l'origine de toutes les Sociétés des amis de la constitution.
Le titre est fastueux, le nom imposant. Vous croyez sans doute que ces Amis ne se rassemblent que pour sacrifier à la paix, précber la douceur et la modération dans les opinions, s'opposer aux partis violents, empêcher les insurrections : cessez de le penser. Français, vous êtes dans l'erreur. Tous ces associés, tous ces clubistes, sont vos ennemis les plus dangereux.
D'abord, ils se sont érigés sans droit, et ils n'en ont aucun pour s'assembler.
Suivant les lois anciennes, on regardait comme illicites toutes les assemblées qui se tenaient sans l'ordre ou la permission du souverain. Les recueils qui renferment ces lois en présentent une multitude qui
{. MM. de Briennc et de Lamoignon. {Note de l'orifjinal.)