‹ La société des Jacobins; recueil de documentsChapitre 117 sur 243 · MARS 1791] AVIS AIX FRANÇAIS SLK LES CLUDS · texte numérisé non relu

MARS 1791] AVIS AIX FRANÇAIS SLK LES CLUDS

proscrivent ces sortes d'assemblées. Ces lois, quoique anciennes, sont un monument durable de l'amour de nos rois et de nos soins pour la chose publique. Mais à quoi bon citer ces lois, direz-vous? Elles ne sont plus que les monuments gothiques de l'imperfection de nos aïeux. Ils n'étaient pas libres comme nous. Vieillis sous l'empire du despotisme, leur philosophie n'était qu'un composé d'erreurs, un amas de préjugés, et leur respect pour le roi n'était qu'une chimère.

Si tel était votre raisonnement, Français, je vous dirais : Vous n'êtes pas faits pour la vérité. Vos lois anciennes déposeront toujours contre vous, et attesteront à la postérité combien fut habile et sage la main qui les traça. Mais examinons si les lois nouvelles , tant préconisées et chargées d'éloges, favorisent les clubs et les autorisent.

J'ai déjà dit. Français, que l'Assemblée nationale avait réuni en elle tous les pouvoirs. Cette confusion doit opérer en eux un choc qui les détruira infailliblement. Chaque pouvoir est circonscrit en des limites au delà desquelles il ne peut s'étendre. Votre Assemblée nationale, ayant placé en ses mains le pouvoir législatif, y a joint aussi le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Ces vérités sont si sensibles qu'on me dispensera sans doute de les établir'. Mais avait-elle le droit de réunir ces pouvoirs? Cette question, difficile au premier aspect, se résout aisément, si l'on considère que les cahiers, les mandats par vous donnés à vos députés, ne le leur permettent pas. Ils se sont donc eux-mêmes érigés en législateurs, mais ils n'en avaient pas le droit. Ils ont donc fait ce qu'ils ne pouvaient pas faire. A partir de là, je demande s'ils pouvaient élever une nouvelle constitution sur les ruines du trône français qu'ils ont renversé, sans en avoir le droit ni les pouvoirs. Toutes les voix me répondent que non. Mais, si vos législateurs n'ont pas pu changer l'ordre ancien, bouleverser la monarchie, anéantir le roi, comment des Sociétés peuvent-elles s'élever en vos murs sous le titre d'Amis d'une constitution illégale et révoltante? Ce ne peut être que par l'abus de la liberté vantée par l'Assemblée nationale et par une inconséquence des plus à craindre.

Oui, l'abus de la liberté a enfanté toutes ces Sociétés. L'enthousiasme seul a fait la force de l'Assemblée nationale, l'irréflexion a préparé ses succès, une soumission aveugle et avilissante a assuré l'exécution à ses décrets.

Mais, pour se ménager ces basses ressources, les députés ont employé le moyen le plus sûr : ils ont brisé les liens politiques qui te-

1. Cette idée a été parfaitement développée dans une brochure de quatre-vingttrois pages, intitulée : Opinion de M. de Rully, député à l'Assemblée nationale, sur la nouvelle constitution. [Note de l'original.)

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naient les Français attachés à leur gouvernement. Ils leur ont dit : Vous êtes libres. Ils ont crié à la liberté; des milliers de voix ont répété : Nous sommes libres. Maîtres alors de l'opinion publique, assurés de la gouverner et de la diriger en tous sens, les députés ont décrété les droits de l'homme, et cette fameuse déclaration a introduit la licence et l'anarchie. Au mot de liberté , le peuple s'est cru transporté en une autre région. Comme tout est extrême en lui, il a pensé qu'on avait anéanti les lois, et les députés le lui ont persuadé. La contagion s'est rapidement étendue dans les provinces. Tout le peuple s'est enivré de liberté, comme d'une boisson délicieuse. Mais il fallait .l'entretenir dans ses erreurs. Des écrivains familiarisés avec tous les genres de séduction ont favorisé l'insurrection en lui prêchant l'indépendance et l'égalité. Les mots de vertu, de patriotisme, d'humanité, de tolérance, et surtout de liberté, flattaient les oreilles de ce bon peuple si agréablement que le poison circulait déjà dans toutes les veines et que le co^ur était gangrené avant que les bons citoyens eussent eu découvert la plaie qui l'avait introduit. Ainsi, à l'aide du patriotisme, on a nommé aristocrates de vrais amis du peuple; et ce nom, presque inconnu jusqu'alors, a produit plus d'effet qu'on n'attendait. On a vu proscrits des citoyens vertueux et respectables. Les uns se sont travestis et ne doivent leur vie qu'à un heureux déguisement; les autres se sont exilés, et, tels que nos princes fugitifs, ils ont été chercher un asile sur une terre étrangère, où il ne leur reste que la douloureuse consolation de pleurer en silence sur les ruines de leur patrie. Ainsi, la liberté a détruit la Bastille, dont les tours ne furent jamais si meurtrières que le sont les feuilles des Brissot, des -Carra, des Prudhomme, des Camille Desmoulins, des Corsas, et des autres forcenés que la rage de la Révolution a vomis; ainsi, la tolérance a jeté dans les cachots des innocents dont tout le crime était de ne pas partager les fureurs des patriotes; ainsi, l'humanité, à qui il fallait des victimes, a plongé ses mains dans un sang versé en holocauste sur l'autel de la patrie ; ainsi, l'iuimanité a inventé le jeu cruel de la lanterne; ainsi, le patriotisme a incendié tant de châteaux; ainsi, la liberté commet tous les jours des forfaits non moins atroces... Je mets au nombre de ces découvertes les Clubs et toutes les Sociétés des amis de la constitution.

L'Assemblée nationale savait bien qu'elle ne pouvait rien sans le peuple, qu'elle ne pouvait exister sans lui. C'était trop peu pour elle de lui accorder le bienfait de la liberté. Le rétablir dans ses droits, lui en donner la déclaration, était encore une marque trop faible d'amour et d'estime : elle a porté sa sollicitude jusqu'à lui déclarer

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