MARS 1791] AVIS AUX FRANÇAIS SUR LES CLUDS
En ont-ils davantage sur les autres citoyens ? Cette question n'en serait pas une, si l'on ne savait pas que les clubs s'arrogent ce droit, qu'il est des hommes assez faibles pour le leur accorder, et d'autres trop timides pour le leur contester.
Persuadez-vous bien, Français, que les clubs ne sont point un corps: ils sont formés, au détriment de la société, par un renversement d'idées inconcevable; ces associations renferment pêle-mêle une horde de citoyens que vous n'auriez jamais osé regarder naguère comme une bonne société. Il y a, je le sais, parmi eux de bons citoyens, mais ils sont rares. D'ailleurs, comment oseraient-ils fronder l'opinion des novateurs? Que de dangers les menaceraient ! Leur fermeté, leur vertu héroïque, ne pourraient arrêter la rapidité du torrent qui les entraîne malgré eux.
Jusqu'à présent on avait pensé que la liberté des actions et celle des opinions ne peuvent recevoir d'autres limites que celles que la loi leur prescrit. Dans ces circonstances, les ministres de la loi surveillent les citoyens ; eux seuls sont responsables des délits, et, comme il leur appartient de les prévenir, il leur appartient en même temps de les dénoncer et de requérir l'exécution des lois.
Les clubistes ne pousseront peut-être pas l'audace jusqu'à prétendre que ce soin leur est confié : les décrets eux-mêmes les démentiraient.
La réputation est un bien aussi précieux que fragile. Un rien nous la donne, un rien nous l'enlève. Combien de réputations déjà ont été immolées à la fureur des Amis de la constitution ? Qui ne sait que, dans ces clubs, on admet les délations et les discussions sur les personnes? Qui ne sait que, pour rassurer les consciences timorées, on se promet sur ces objets le secret le plus inviolable, et que ce secret n'en est plus un dés que la séance est levée?
Les clubs sont un vrai tribunal d'inquisition. Les limiers de la police connus autrefois sous le nom d'espions n'étaient pas si à craindre que les Amis de la constitution. Nul citoyen n'est exempt de leur inspection. La défiance les arme contre tous, rien ne peut émousser leurs poignards. La vertu la plus pure, la vie la plus tranquille, ne sont pas à l'abri de leurs traits. Là se développent avec courage les
de surveillance n'est qu'une usurpation de pouvoirs, qu'une révolution criminelle de tous, et un attentat à la chose publique. [Noie de l'original.) — Déjà, dans la séance du 10 novembre 1790, le maii"e de Paris avait auiené à la barre une députalion des 48 sections qui, par l'organe de Danton, demanda le renvoi des ministres. [Moniteur, VI, 344.) Quant à l'incident dont parle ici l'auteur du pamphlet, le récit en est en effet textuellement emprunté au Journal de Paris, du 26 janvier 1791.
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jalousies personnelles, les haines héréditraires et les animosités. Là sont égorgés les citoyens honnêtes, là s'exerce la calomnie. On dirait qu'élevée sur un fauteuil au-dessus du président, elle préside ellemême l'Assemblée. Comme la délation est une marque de surveillance, on dénonce avec impunité : dans cet antre de la calomnie, l'ami ne prendra jamais la défense de son ami, le fils n'osera venger son père, le frère s'armera contre son frère ; et, dans ce combat, s'il est une voix assez hardie pour parer les coups que l'on porte à l'innocence opprimée, peut-elle se flatter d'effacer les traces de la calomnie ou de n'en pas devenir aussitôt la victime ? Ses blessures sont incurables; les cicatrices qu'elle laisse ne peuvent jamais se fermer. Quelque salutaire que soit ce baume, quelque charitable que soit la main qui le verse, la plaie est faite; vous pouvez la soulager, mais non la guérir. Admettez que l'accusé reste sans défense : déjà la sentence de proscription est lâchée ; le secret en voile l'horreur à la victime, et on la désignera à la populace qui s'en emparera pour la sacrifier au premier signal.
La soif de la délation est si brûlante chez les jacobites qu'ils s'accusent eux-mêmes. Dernièrement, on a vu Alex. Lameth dénoncer aux clubs des Amis de la constitution de Paris les d'André, les Duquesnoy, les Beaumetz, etc. Quoique ces honorables, ces inviolables, aient toujours siégé parmi les membres du côté gauche de l'Assemblée, qu'ils aient soutenu et professé la doctrine des Jacobites, ils n'en ont pas moins été exposés aux effets de la délation. C'est en vain qu'ils ont réclamé, qu'ils ont rendu publiques les lettres par lesquelles ils répondent à leur délateur : la Société des Jacobins, loin de les venger et d'accueillir leurs plaintes, a pris de là occasion de marquer sa reconnaissance au dénonciateur en publiant que les déclamations des intrigants sont à ses yeux des titres honorables pour les amis de la liberté) et que la lettre de 3L Duquesnoy ajoutait à Vestime et à la reconnaissance qu'elle a pour M. Alex. Lameth ■.
Jugez, Français, à ce trait choisi entre mille, de ce que l'on doit attendre des Amis de la constitution.
Si vous en croyez à leurs discours, ils vous animeront au bien public par leur exemple. Ce sera avec peine, diront-ils, qu'ils se verront ol)ligés de déployer la rigueur de leur ministère. Ils vous diront que Vhumanité les dirige, que la tolérance les éclaire, que le patriotisme les échauffe, que la vertu les soutient; mais n'en croyez
1. Supplément au Journal de. Paris. n° 32, où se trouvent et la lefirc de M. Duquesnoy et Tarrêté des Jacobites. {Note de l'oriyinal.) Voir plus haut, p. 132, le texte de ces documents.
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rien. Ce sont des serpents que vous réchauffez en votre sein, des traîtres qui vous séduisent par un langage emmiellé.
Je sais que la vertu ne craint rien, mais elle a tout à redouter. Elle se montre à découvert, et, par là, elle est plus exposée aux blessures. Sachez enfin, bons Français, que tous les clubistes se lient entre eux par des serments exécrables. Ils imitent le fanatisme cruel de ces ligueurs fameux dont l'histoire ne nous a conservé les noms que pour perpétuer Fhorreur dont nos ancêtres furent indignés contre eux. Vos Amis de la constitution sont aussi fanatiques, aussi cruels, que les membres de la Sainte-Union. Les ligueurs juraient, à la face du ciel, d'immoler ceux qui ne partageaient pas leurs fureurs : vos Amis de la constitution jurent aussi de sacrifier ceux qui ne peuvent trahir ni leur conscience, ni leur roi, ni leur Dieu. Ils jurent de défendre et soutenir le monstre de la constitution; ils jurent de n'avoir plus qu'une même opinion, et ils viennent d'inventer encore un nouveau serment, par lequel ils consomment leur ignominie, en jurant d'être des délateurs, c'est-à-dire des bourreaux, de dénoncer tous les ennemis de la constitution, ceux qui feraient ou méditeraient quelque entreprise contre elle, et de soutenir de leur fortune, de leur vie, de leur sang, ceux qui auront le courage de dénoncer, d'être délateurs. Ainsi, voilà un prix accordé aux délations. Ainsi, les délateurs bientôt seront sanctionnés par l'Assemblée nationale. Ainsi, bientôt elle ajoutera aux mille et un serments de son invention celui de jurer d'être dénonciateur, et la [peine du refus sera d'être proscrit. Ainsi, nous allons voir renouveler en France les proscriptions de Sylla, les cruautés de Caligula et de Néron. Ainsi, le massacre de la Saint-Barthélémy va renaître; le son effrayant de la cloche annoncera de nouvelles Vêpres siciliennes. Que l'Assemblée nationale elle-même frémisse d'effroi ! La terrible loi de la délation la frappera comme les autres citoyens qu'elle a déjà frappés de son glaive. Les corps administratifs lui sont déjà soumis : le Club jacobite d'Uzès vient d'accuser pardevant le corps [législatif la municipalité de cette ville de persécuter le civisme des clubistes et de fomenter des troubles '. On se doute bien que l'Assemblée nationale, qui s'honore d'une correspondance directe et juridique avec les clubs, a envoyé l'adresse au Comité des rapports, afin d'instruire le procès, et d'ordonner ensuite que la municipalité se rende à Orléans, où elle sera jugée par la cour provisoire. Pour être tout à fait despotes, il ne manque plus aux clubs que d'avoir
1. Voir l'adresse de la Société des amis de la constitution d'Uzès, exposant les dangers qu'ils ont courus et qu'ils courent encore, lue dans la séance de l'Assemblée nationale du 12 mars 1791. [Archives îHii'leme7itaires, t. XXIV, p. 51.)
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dénoncé l'Assemblée nationale à tous les Français. C'est ce que leur surveillance ne manquera pas de leur suggérer.
Que dis-je? les clubs ont déjà appesanti sur l'inviolable Assemblée la verge du despotisme dont ils sont armés. Les Amis de la constitution de Yalognes, auxquels se sont depuis associés les Amis de Coutances, n'ont pas craint de diriger leurs traits contre l'effrayant colosse renfermé au Manège.
Un projet de loi, qui détruit les dispositions de la coutume de Normandie sur les successions, avait effrayé le ci-devant bailliage de Coutances. Ils ' avaient écrit à leurs commettants pour avoir leur opinion sur une loi dont Tinfluence sera particulièrement sensible en Normandie, Cette démarche, aussi sage que louable, a enflammé le zèle des Amis de la cofistUution de Valognes. La lettre des députés a été regardée par les amis comme un crime de lèse-nation : ils ont délibéré 2, pris des arrêtés, écrit des injures aux députés, les ont déclarés rebelles à la nation, ont traité leur lettre de libelle, et ont fini par décréter que l'on dénoncerait la lettre et ses auteurs aux Clubs jacobins et à toutes les Sociétés affiliées, aux feuilles patriotiques et à l'Assemblée nationale.
Ces amis ont porté leur rage jusqu'à essayer de soulever les paysans contre le château du député 3 qui, se trouvant en Normandie par congé, s'est chargé de la lettre de ses collègues. Telle était l'humanité des Amis de la constitution. Cette dénonciation, qui est un vrai délit contre les droits de la nation, la liberté du peuple et celle des opinions, ne pouvait rester sans réponse. Un député normand 4 a monté à la tribune pour tonner contre cet attentat des Amis de la constitution, contre cet outrage fait à des représentants de la nation, patriotiquement diffamés, humainement livrés à la fureur d'un peuple aveugle et dénaturé. Les députés ont étouffé la voix de cet honnête orateur par leurs cris affreux de l'ordre du jour. Loin de faire justice de cette déclaration, et de venger les députés de Coutances, l'Assemblée nationale a eu la bassesse de condamner à l'anéantissement et la dénonciation et la réponse, en les renvoyant au Comité des rapports. C'est