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AVRIL 4791] LE DIABLE AUX JACOBINS

rir sus par les patriotes, voire même les pendre, si la peur ne les forçait pas à la soumission la plus entière aux décrets de la Société. Le projet de dénonciation fut dressé, et les bonds du diable eurent toujours leur cours; ceux même qui avaient pu le fixer, et suivre tous ses mouvements, avait remarqué qu'il était devenu rouge comme la calotte d'un cardinal. Tout à coup, le diable s'élance, brise une croisée entière avec ses griffes, et la peur d'être arrêté dans son élan lui fit lâcher une pétarade si effrayante, et d'un fumet si insupportable, que tous ceux qui ont assisté à cette fameuse séance s'en sont trouvés imprégnés, et portent partout le poison, qui les a pénétrés jusqu'à la moelle des os; ils ont en outre un feu séditieux dans le regard; ils sont hargneux comme des diables. Ceux qui étaient familiarisés avec le fugitif avaient recommandé le plus grand secret sur ce qui s'était passé dans cette séance, et avaient demandé qu'il n'en fût pas fait mention sur le registre de la Société; mais plusieurs indiscrets, qui sont des aristocrates, ont dit à qui a voulu l'entendre qu'il ne fallait pas s'étonner du désordre général, que le diable en était l'auteur, qu'il avait des élèves plus méchants que lui dans la Société des amis de la constitution, et que le désespoir de se voir supplanté en diablerie par ceux qu'il avait formés lui avait fait prendre le parti d'aller présider un autre club. Depuis peu, on a découvert la véritable cause de la fuite du diable : c'est que M. de Lydda avait commis l'imprudence de tremper ses doigts dans un bénitier, et l'antipathie qu'il a pour l'eau bénite a été la principale cause de sa désertion.

d'après le « JOURiNAL DE LA RÉVOLUTION » DU 13 AVRIL 1791

La liberté étend de plus en plus ses limites. M. Rey, négociant à Cadix, demande à la Société et obtient l'avantage d'être admis dans son sein pendant son séjour à Paris. Fouille demande, de la part de M. Braoult, négociant de Fenestranges, et de M. Guerbert, procureur fondé du prince de... ' ; l'un et l'autre se proposent d'établir des Sociétés patriotiques dans leur pays. M. Guerbert est à l'instant introduit par l'un des secrétaires, au milieu des plus vifs applaudissements.

1. Il s'agit du prince de Loewcnstein. Voir iilus bas, p. 314.

312 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [11 aviul 1791]

« Le prince, dit-il, m'a envoyé copie de l'ordonnance qui enjoint aux Français qui ont la lâcheté de fuir' de soi'tir de ses États. lime marque que, jaloux d'entretenir la plus parfaite union avec la France, il est disposé, si l'Assemblé nationale le juge à propos, à faire arrêter les fugitifs qui se trouveraient sur ses domaines et à les livrer. L'endroit que j'occupe n'est pas considérable. Il y a 350 gardes nationaux et nous commençons à former une Société dont nous vous demandons l'affiliation. » M. Broglie observe que ce n'est pas la seule action méritoire du prince allemand, qu'il a toujours donné des preuves de sa bienveillance et fait l'accueil le plus favorable aux Français non fugitifs. En conséquence, il demande que le prince, personnellement, soit déclaré membre de la Société. Quelqu'un observe que nous ne pouvons pas nous affilier à des Sociétés étrangères. On répond que les Étals de ce prince sont enclavés dans la France, et qu'il ne peut au surplus y avoir d'inconvénients. Les propositions sont adoptées.

On annonce que l'évêque de Caen, travaillé par les perfides ennemis de la Constitution, a eu la stupide lâcheté de rétracter son serment2.

La Société de Metz dit un mot d'une horde monarchique dont les efforts tendent, comme à Paris, à faire naître des troubles : mais ils n'osent pas se réunir, et on porte une surveillance active sur toutes leurs démarches.

La Société de Sezanne a fait une pétition à la municipalité du lieu pour demander que le nom de Riquetti l'aîné fût substitué à celui d'une des rues de celte ville. Par respect pour le décret qui supprime les noms de terre et les sobriquets, Paris aurait dû donner au grand homme que la France regrette son nom de famille.

La Société de Caen, qui lui a aussi rendu les devoirs funèbres, demande qu'il lui soit élevé sur les ruines de la Bastille un monument digne de lui, et qu'on lise aux quatre façades du piédestal les emblèmes de la Raison, de la Vérité, de la Justice et de la Sagesse. Elle propose d'ouvrir à cet effet une souscription.

M. Rutledge, à la tète d'une députation du Club des Cordeliers, ennemi irréconciliable du monopole, annonce à la Société que les moulins de Corbeil sont sur le point d'être aliénés, que l'adjudication s'en fera jeudi prochain; il a fait des démarches auprès du Comité d'aliénation et du Directoire de département pour la faire suspenrlre, mais elles ont été infructueuses. M. Rutledge prétend que la Compagnie

\. C'est-à-dire d'ciuigrer.

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