DUBOIS-CRANCÉ A SES CONCITOYENS
(Inip. nationale, s. d., in-8 de 4 pages.)
[2G avril 1791 ■.]
[Nous ne saurions mieux faire comprendre les circonstances qui amenèrent ee discours qu'en citant ce qu'en dit M. Th. lung, le biographe de Dubois- Crancé - : « Le 18 avril 1791, le roi et la cour, sous prétexte de passer la semaine sainte à Saint-Cloud, quittaient les Tuileries. Arrêtés par le peuple, ils durent rentrer au palais malgré les eftbrls de La Fayette. Le lendemain ce général... donnait sa démission. A cette nouvelle, quelques bataillons s'agitent; celui des Blancs-Manteaux se réunit. Les meneurs arrêtent (c que le balaillon regarde toujours M. de La Fayette comme commandant de la garde nationale », et il lui jure de nouveau « un attachement inviolable et une confiance sans bornes ». Ils décident, en outre, que les réfractaires à ce serment seront expulsés. Plusieurs autres bataillons les imitent. C'est une sorte de coup d'État militaire. — 3Iais Dubois-Crancé fait précisément partie du bataillon des Blancs- JManteaux. Il en est grenadier. Prévenu de ce qui se passe, il envoie tout aussitôt sa démission. Le soir il se présente à la Société des amis de la constitution... »]
.Vprès avoir été, sans savoir pourquoi, et uniquement peut-être parce que je n'ai jamais varié dans mes principes, l'objet de mille absurdes calomnies, je me trouve, quoique membre de l'Assemblée nationale, dépouillé en ce moment d'un droit inhérent à ma qualité de citoyen, celui d'être garde national, par un événement fort extraordinaire, auquel je n'ai eu aucune part; je dois à mon honneur, et peut-être au salut du peuple, d'énoncer mes principes sur les circonstances qui ont accompagné et suivi la démission de M. de La Fayette.
Je déclare que je pense que toutes les lois ont été violées. Paris n'a pas dû voir sans une espèce de stupeur que le quart au plus de chaque bataillon, c'est-à-dire environ 9 à 10,000 hommes sur plus de 100,000 citoyens, actifs, ont juré, sur leurs armes, une obéissance sans bornes à leur chef, et proscrit de leur sein quiconque ne signerait pas ce serment.
1. On voit d'après la pièce suivante que cette lettre doit être reportée à la date du 26 avril 1791. Elle fut reproduite dans le n'^ 94 des Révolu lions de Paris (du 23 au 30 avril 1791), t. VIII, p. 124.
2. L'Ar)nëe et la Réoolulion. Dubois-Crancé, par Th. lung, Paris, 188i, 2 vol. in-12 (t. Icr, p. 159).