AVRIL 1791] LETTRE DE M. C .. A M. D
]ez-vous que je le paye pour être des Jacobins? Il est bien peu de ces Sociétés où il n'en coûte douze livres tous les trois mois à chaque membre : ainsi, nous sommes prolétaires pour les Jacobins comme pour la législature. Et vous voyez bien, mon ami, que nous n'aurons rien à objecter : car l'envie ne nous prendra pas de payer les frais des Sociétés, nous qui sommes les fondateurs, tandis que les nouveaux reçus ne paj'eraient rien.
Et puis ajoutez à cela les inductions avantageuses que les clubs monarchiques, à qui nous faisons la guerre, je ne sais pourquoi, puisqu'ils veulent la constitution comme nous, tirent en leur faveur de ces scènes scandaleuses et sanglantes dont nous donnons le spectacle si souvent. Ils disent hautement : les Jacobins voudraient soulever l'esprit public contre nous; mais avons-nous jamais été cause, comme eux, que le sang ait coulé? Allons-nous à droite et à gauche quémander des prosélytes? Est-il sorti de nos plumes un seul écrit qui porte le peuple à l'insurrection? Payons-nous des journalistes pour dire qu'ils ne sont pas dignes de jouir des droits de l'homme, comme ils le font à notre égard? Et cependant, si quelqu'un est indigne de jouir des droits de l'homme, c'est celui qui en abuse pour asservir sa patrie, et qui, comme eux, fait auprès du peuple le vil rôle de flatteur, comme les courtisans le faisaient jadis auprès des rois. Savez-vous, mon ami, que les reproches sont forts, et d'autant plus forts que les preuves viennent à l'appui, et qu'elles sont entre les mains de tout le monde?
Enfin je vous dis, mon cher, que de la manière dont nous nous conduisons, nous marchons à notre perte, et que je la regarde comme prochaine. A quoi, dans le fond, nous servira d'avoir été les oppresseurs de notre patrie pour être nous-mêmes les esclaves des intrigants qui nous font agir? En serons-nous plus gras quand nous aurons servi de marchepied à l'élévation de quelques hommes qui n'ont pas la gloire d'avoir renoncé à Jeur noblesse, puisqu'ils ne pouvaient la conserver plus que les autres, mais qui, contraires aux autres, ont voulu s'en dédommager en régnant sur la France? Une fois puissants, ils nous mépriseront, parce qu'ils n'auront plus besoin de nous; et nous nous trouverons placés entre leur tyrannie et l'indignation du peuple. Faites part de mes observations à votre Société, je ne les crois pas indiff"érentes. Je suis, etc..
374 SOCIÉTÉ DES JACOBINS [2 mai 1791]
Mai 1791
d'après « LE LENDEMAIN DU i MAI 1791
Ouverte à six heures, par 400 membres; continuée avec 400; close à dix heures, par 80 à 90 au plus.
Procès-verbal ou chronique honteuse. Adresses, compliments, bavardages.
M. Gouy d'Arsy pérore sur les assignats; il pérore longtemps; il en veut de 2o, de 15 livres, de 10, de 5, et même de 2 livres.
MM. Rœderer et Charles Lameth font chorus , et veulent qu'on fasse la monnaie avec nos cloches.
Ces messieurs demandent de petits assignats à tous les échos. Ils en ont besoin pour plus d'un usage.
C'est, grâce à eux, peut-être un mal nécessaire, mais c'est un de ces palliatifs sous lesquels le mal s'aigrit.
Le particulier qu'on rencontre aux Jacobins sous le titre extérieur de député extraordinaire d'Avignon dit que Carpentras est assiégé, mais que le feu de la ville est vigoureux et soutenu; il ajoute qu'il n'est pas douteux que l'artillerie de la place est servie par des canonniers français.
On lève tristement la séance. Toutes les entreprises de ces messieurs ne tournent pas également à bien.
[2 MAI 1791 1 MÉMOIRE DE M. MAURAY 3To